samedi 14 septembre 2019

Memory - Christine Féret-Fleury


Memory, Christine Féret-Fleury

Editeur : Lynks
Nombre de pages : 189
Résumé : Il y a le phare, où Mem mène une existence de captive, coincée entre son frère Sam et l’inquiétant Joris. Il y a le quotidien, morne et gris, la peur au ventre, peur d’être frappée, peur de prononcer un mot interdit, peur de déployer ses ailes, et qu’elles lui soient arrachées. Il y a le rêve, aussi, toujours le même, qui l’aide à tenir le coup. Jusqu’au jour où le refuge du trio est attaqué. Libre presque malgré elle, Mem s’en va sans un regard en arrière ...

Un grand merci aux éditions Lynks pour l’envoi de ce volume et à la plateforme SimPlement pour avoir rendu ce partenariat possible.



- Un petit extrait -

« Apprendre. C'est comme une faim. Mieux que la faim. Si je pouvais dévorer les mots pour les enfermer dans mon corps, je le ferais. »

- Mon avis sur le livre -

Quand il y en a plus … il y en a encore ! A chaque fois que je viens à bout de ma (toute) petite pile de services presse, un petit paquet m’attend sagement dans la boite aux lettres, à croire que ma factrice m’espionne pour savoir quand poster les colis ! L’avantage de ce « chassé-croisé », c’est que je suis beaucoup moins angoissée que lorsque les livres arrivaient tous en même temps : pas besoin de jongler avec les dates butoirs et plannings de publication, les lectures et chroniques s’enchainent tout naturellement par ordre d’arrivée … C’est ainsi que, quelques jours à peine après être entré sur les étagères, Memory en est ressorti car son tour était venu de venir se frayer une petite place dans mon cœur de lectrice. Car croyez-le ou non, mais je n’oublie jamais un livre : il y a toujours un petit quelque chose, une phrase, une émotion, une réflexion, qui reste à jamais gravé dans ma mémoire … 

Cela fait des années que Mem vit enfermée dans le Phare, avec pour seule compagnie son frère Samuel et le cruel Joris qui la battent quotidiennement. Des années que son quotidien se résume à la faim, à la douleur, à la peur, à la servitude. Car elle n’est rien d’autre que Mem. La petite Mem, toute juste bonne à faire la cuisine, la vaisselle, la lessive, le ménage, à obéir et à se taire. A oublier. Oublier ce que veut dire « rêver », « mère », « pourquoi », « avant ». Tous ces mots interdits, bannis, dangereux, qui dansent dans son esprit mais qui ne doivent jamais passer la barrière de ses lèvres gercées par la mer et le froid. Jusqu’au jour où les Autres attaquent le Phare, lui offrant la liberté qu’elle n’a jamais connue, jamais cherchée. Poussée par une envie irrésistible qu’elle ne s’explique pas, Mem fuit le Phare et s’élance vers l’inconnu. Sans un regard en arrière, sans une once de regret. Elle le sent, là-bas, elle trouvera les réponses aux questions qu’elle ignore encore se poser …

Au collège, on nous apprend que l’incipit d’un roman doit nécessairement apporter au lecteur les informations essentielles pour comprendre le récit : où, quand, qui, quoi ? Ici, l’autrice se joue des conventions et les balaye d’une vague : le lecteur est plongé dans une délicieuse incertitude, tout comme dans un rêve. Il devine plus qu’il ne sait. Alors il se laisse porter, sans trop savoir où il a mis les pieds, sans trop savoir dans quoi il s’est engagé. Il se laisse guider par la petite Mem, qui elle-même ne sait pas trop où elle va : jusqu’à présent, elle se contentait d’obéir aux ordres, comme on lui a appris à le faire au Centre d’Apprentissage. Livrée à elle-même, dans la plus parfaite des solitudes, Mem quitte ce Phare, sa maison, sa prison, pour découvrir « ce qu’il y a, là-bas, derrière la ligne des collines qui protègent le port ». Elle n’a d’autre envie que de tourner le dos à ce lieu qui fut le témoin des coups et des insultes. Elle n’a d’autre but que de savoir, enfin, ce qu’on lui a toujours caché.

Savoir. Apprendre. Tel est ce qui l’attend au bout du chemin. Guidée par celle qui fut son institutrice, Mem se libère des chaines qui l’entravaient et libère enfin les mots qui enflaient dans son cœur. Ces mots chargés de peur et de peine, mais aussi d’espoir, ces mots interdits qu’elle ne parvenait pas à oublier malgré les coups et les menaces, ces mots dont elle comprend à peine le sens mais qui luttaient pour ne pas disparaitre dans les méandres de l’oubli. Ces mots qui, petit à petit, enfin délivrés, font ressurgir des souvenirs. « Avec les mots, on peut raconter toutes les histoires du monde », explique Calipse à la petite fille qui découvre ce qu’est un livre. Car dans ce futur où règne une dictature du travail et du silence, les livres, la connaissance, les mots eux-mêmes ont été bannis pour mieux contrôler le peuple. Et voici que Mem découvre tous ces mots interdits : « rêve », « confiance », « liberté », « espérance ». Elle apprend à voyager sans bouger, à rêver toute éveillée, tandis que les signes sur le papier prennent vie dans sa tête. Mem apprend à lire.  

Bien plus qu’un livre d’anticipation, c’est donc bien une sorte de voyage initiatique que l’autrice nous invite à effectuer aux côtés de Mem. Petite fille, adolescente ou jeune femme, Mem change d’âge et de visage au gré des chapitres. Chaque pas la rapproche un peu plus de son passé, ce passé qu’on a vainement tenté d’effacer mais qui ressurgit furtivement, une bribe de souvenirs par-ci par-là, l’écho d’un visage, l’ombre d’une berceuse. Sans ce passé qui se dérobe à elle, Mem n’est qu’une coquille vide : comment savoir qui on est quand on ignore qui on a été ? Au gré des rencontres, au fil également des mésaventures, Mem retrouve progressivement son identité, par le pouvoir des mots et celui de la bienveillance. Et le lecteur jubile de la voir, page après page, se révéler à elle-même, se retrouver elle-même. Jusqu’à ce que son prénom s’impose à elle, comme une évidence : il a toujours été là, mais elle n’a jamais réussi à le voir. Mais désormais, Mem sait qui elle est, et elle sait également ce qu’elle doit faire …

En bref, vous l’aurez bien compris, j’ai beaucoup aimé ce petit livre qui ne ressemble à aucun autre. Ce roman, c’est un peu comme un songe : on se retrouve hors du temps et de l’espace, dans un lieu et une époque qu’on ne peut déterminer avec précision … On est suspendu au bord du vide, retenu par de simples mots qui nous racontent l’odyssée de la petite Mem, qui nous happent et nous emprisonnent pour mieux nous émouvoir, pour mieux nous transformer. Car on ressort de ce roman un peu changé de l’intérieur, on a le sentiment un peu confus d’être détenteur d’un secret primordial, de n’être que le relais d’un message crucial, qui se niche au fond de notre être, quelque part, on ne sait où. C’est un récit à la fois dur et doux que nous propose Christine Féret-Fleury, un récit très atypique mais surtout très important. Il y a au creux de ce récit une véritable lettre d’amour à la littérature, un hommage au pouvoir et à la magie des mots. C’est un roman plutôt déconcertant, car il ne se laisse pas enfermer dans un genre ou dans des règles, mais c’est vraiment un beau roman, alors n’hésitez pas …

mercredi 11 septembre 2019

Cheval Fantôme, tome 1 : L'étalon sauvage - Terri Farley


Cheval Fantôme1, Terri Farley
L’étalon sauvage

Editeur : Flammarion jeunesse
Nombre de pages : 290

Résumé : Quelle joie pour Sam de revenir chez elle après deux ans d’absence due à un grave accident de cheval ! Pourtant, Blackie, son premier et seul cheval, lui manque terriblement : nul ne l’a revu depuis l’accident… Soudain, un étalon d’argent surgit devant Sam, plus beau et plus sauvage que les autres : est-ce un signe ? Blackie est-il revenu aussi ?





- Un petit extrait -

« L'étalon se dressa dans les airs, se cabrant si haut qu'on eût dit qu'il cherchait à toucher la lune de ses antérieurs. Puis il hennit avec force. Sam comprit comme s'il avait parlé. Depuis la berge sauvage de la rivière, le Fantôme venait de lui promettre qu'il reviendrait. »

- Mon avis sur le livre -

Déjà toute petite, j’aimais que les étagères de mes bibliothèques soient jolies et bien ordonnées : hors de question d’avoir un broché qui côtoie un livre de poche ou que les tomes d’une même saga soient éparpillés au petit bonheur la chance ! Je maudissais Bayard poche pour avoir réédité les Grand galop avec un dos différent (puisque cela me laissait face à un dilemme atroce : les ranger dans l’ordre des tomes et avoir des dos dépareillés en permanence, ou distinguer les deux éditions et les avoir dans le désordre le plus total) … mais j’adorais la collection « Cheval Passion » de Flammarion jeunesse car il y avait une réelle harmonie qui rendait vraiment bien quand on les alignait ! Rien que cela donne presque envie de se procurer toute la collection pour avoir une magnifique étagère …

Cela fait déjà deux ans que Samantha a quitté le ranch suite à une terrible chute de cheval … Deux ans que Blackie, son poulain, a disparu. Désormais âgée de treize ans, la jeune fille est de retour chez elle. Mais rien ne se passe comme prévu : les employés de son père ne voient en elle qu’une « fille de la ville », son ami d’enfance semble lui en vouloir pour une obscure raison, et le nouveau voisin est un homme exécrable qui n’a qu’une seule envie, capturer et « dresser » l’étalon le plus sauvage des alentours, le Fantôme. Seulement voilà, Sam en est persuadée au plus profond de son cœur depuis qu’elle a rencontré ce cheval : le Fantôme et Blackie ne sont qu’un seul et même équidé. Parviendra-t-elle à se faire accepter des cowboys, à comprendre le comportement de Jake, et surtout à empêcher Slocum de mettre la main sur son poulain devenu grand ?

Premier tome d’une saga de 24 tomes – bien que seuls les 8 premiers aient été traduits en français, pauvres de nous –, L’étalon sauvage est indiscutablement un tome introductif … et c’est bien ce que je lui « reproche ». Bien sûr, il faut présenter les personnages principaux et poser le contexte, mais j’ai trouvé ce premier opus vraiment long et lent. L’intrigue tarde terriblement avant de se mettre laborieusement en branle, on tourne en rond comme pour bien marteler dans la tête du petit lecteur que « Sam est têtue, Jake est surprotecteur et Slocum est un monstre » … Même à dix ans, je n’avais pas eu besoin de trois-cent pages pour m’en rendre compte : au bout de cinq chapitres, c’était intégré et j’attendais avec impatience que l’action se mette enfin en place ! Ce que je voulais, c’était que Sam croise la route du Cheval Fantôme qui donne son nom à la saga, et savoir ce qui allait se passer entre eux ! Pas « m’entendre dire » – si l’on peut parler ainsi – pendant plusieurs centaines de pages des évidences !

Un début laborieux, donc. Mais cela n’empêche pas ce petit roman d’être fort sympathique : préparez-vous à embarquer en plein Far-West avec des cowboys, des troupeaux de bétail à guider à cheval à travers les interminables prairies, des troupeaux de mustangs sauvages … Aujourd’hui encore, j’ai des étoiles dans les yeux en imaginant le décor (même si j’ai une peur bleue des vaches, ce qui était fort compliqué dans mon ancien centre équestre, western jusqu’au bout des sabots …) : dépaysement garanti avec cette série qui promet d’être fort captivante ! Une jeune fille déterminée, qui aime tant son cheval (même si elle ne l’a connu que peu de temps) qu’elle est prête à « sacrifier » la joie de le revoir pour le savoir libre et heureux, un étalon redevenu sauvage mais qui semble se souvenir de ce petit bout de femme qui s’est occupé de lui quand il n’était qu’un poulain … Sans oublier le cruel Slocum à qui l’on rêve de mettre une baffe, et contre qui Sam va se dresser envers et contre tout ! J’ai beaucoup aimé Jake, ce jeune homme hanté par l’accident de Sam, dont il se sent responsable, et qui oscille entre son rôle de protecteur autoproclamé et celui d’ami d’enfance attentionné … J’ai eu plus de mal avec le père de Sam, un peu trop froid à mes yeux … mais j’ai eu un vrai coup de cœur pour Compère la petite génisse que Sam a pris sous son aile (c’est tellement mignon) !

En bref, vous l’aurez bien compris, même si j’ai trouvé que ce premier tome trainait en longueur, j’aime beaucoup ce qu’il promet pour la suite … Au point que je vais probablement m’acheter les tomes suivants dans un avenir plus ou moins proche ! Samantha est une jeune héroïne très attachante : j’aime beaucoup sa détermination à prouver sa valeur aux employés de son père, mais aussi sa maladresse … beaucoup de petites cavalières et de petits cavaliers peuvent se retrouver en elle ! J’aime également énormément la façon dont l’autrice met en valeur le respect de sa monture : on le sent très bien à la façon dont elle parle de Slocum et de ses « méthodes », elle désapprouve totalement la violence « banalisée » qui existe parfois en équitation (malheureusement, aujourd’hui encore, beaucoup de moniteurs encouragent les cavaliers à « réveiller » leur monture à l’aide d’un coup de cravache … quel barbarie !) et elle invite très fortement à créer un lien de confiance et d’amitié plutôt qu’un lien de domination. Les cavaliers et cavalières en herbe ont besoin qu’on leur apprenne qu’une équitation plus douce est possible, et le beau lien qui unit Sam à son poulain est exemplaire sur ce point ! Je recommande donc malgré cette langueur de tome introductif …

samedi 7 septembre 2019

Traverser les orages - Lucile Caron-Boyer


Traverser les orages, Lucile Caron-Boyer

Editeur : Librinova
Nombre de pages : 285

Résumé : Liv rentre en première.
L’année de ses seize ans, une année qui sera celle de tous les bouleversements. Heureusement, pour affronter la tempête, elle a ses armes secrètes : Margot, Max, Lisa et Rodolphe.
Bien plus que des amis, sa confrérie…

Un grand merci à Lucile Caron-Boyer pour l’envoi de ce volume et à la plateforme SimPlement pour avoir rendu ce partenariat possible.


- Un petit extrait -

« Je savais que la peur pouvait vous paralyser, que l'angoisse vous faisait perdre vos moyen, mais j'ignorais que le bonheur aussi, parfois, peut vous couper le souffle.   »

- Mon avis sur le livre -

Quand la sonnerie de l’école primaire retentit à nouveau en bas du village après deux mois de silence, quand la cour de récréation se remplit à nouveau d’éclats de rire et de cris enfantins, c’est le signe indiscutable que l’automne va prochainement faire son grand retour … Et tandis que les arbres se parent progressivement de leurs robes orangées, tandis que le calme reprend ses droits après le chaos touristique de la saison estivale, l’envie de m’emmitoufler sous ma couette avec un bon livre et une tasse de tisane ou de chocolat chaud revient au grand galop. Ainsi, pour célébrer le début de cette nouvelle année scolaire, j’ai choisi de me plonger dans le petit dernier de Lucile Caron-Boyer : j’avais adoré son premier roman, Mon petit cœur de pierre, et le résumé de Traverser les orages me paraissait tout aussi prometteur … si ce n’est plus.

Du haut de ses quinze ans (bientôt seize), Liv est une adolescente comme les autres. Elle partage son quotidien entre ses études (elle entre en première), sa passion pour les animaux marins (en particulier les requins baleine et les poissons-lune), sa famille et ses amis … Enfin, pour être parfaitement honnête, priorité est donnée à ses amis : Margot, Max, Lisa et Rodolphe. Depuis des années, les cinq membres de « la confrérie » vivent « une belle, grande et magnifique histoire d’amitié » : ils sont inséparables (« un pour tous et tous pour un », comme les Trois Mousquetaires mais à cinq), complémentaires, et surtout invulnérables. Du moins, c’est ce qu’ils imaginaient … Mais lorsqu’une terrifiante tornade se déchaine soudainement dans la vie de Liv, ce sont toutes ses certitudes qui s’envolent.

Autant l’annoncer de suite : ce livre a parfaitement rempli son rôle de « lecture cocooning » ! C’est vraiment un roman qui met du baume au cœur, dont on ressort étonnamment apaisé … Il faut dire que l’autrice nous propose ici un véritable condensé de tendresse et de douceur ! Cela commence par l’Amitié (avec un grand A) qui unit Liv, Margot, Max, Lisa et Rodolphe : une Amitié comme on n’en trouve que dans les livres et dans les rêves, profonde et sincère, solide et authentique, qui coule de source et résiste au temps et à toutes les épreuves. C’est en effet dans les moments difficiles que les Vrais Amis se transforment en véritables bouées de sauvetage, en Saint-Bernards dévoués qui viennent vous chercher quand l’avalanche déboule. Car voilà bien ce qui arrive dans la vie de Liv : une avalanche, un tsunami, une tornade, un ouragan … Tout ce qui lui semblait indestructible est dévasté par cette terrible tempête qui s’abat sans crier gare sur sa vie. Une tempête ordinaire, à laquelle des milliers d’autres enfants et adolescents ont dû faire face avant elle, mais une tempête effrayante à laquelle nul n’est jamais préparé … 

A travers ce récit, l’autrice aborde donc des sujets difficiles, tels le divorce ou les maladies psychiques, mais cela sans jamais tomber dans le mélodrame ou le pathétique. C’est même tout le contraire … « Derrière les nuages, le ciel était toujours bleu », nous dit Liv dans un éclat de lucidité : elle l’avait oublié, prise dans le tumulte de l’orage, mais des petits bonheurs du quotidien l’ont aidé à s’en souvenir. Elle découvre également que le mauvais temps ne dure jamais bien longtemps et que le soleil ne s’est pas enfui à tout jamais. C’est vraiment un roman plein d’espérance que nous offre Lucile Caron-Boyer … On a tous cette fâcheuse tendance à se braquer face aux changements, face aux « tempêtes qui viennent régulièrement transformer nos paysages », on proteste, on lutte, on désespère, on tremble. Mais « après, ce n’est pas forcément pire, c’est juste différent » … Cette petite phrase, qui résume à elle-seule toute l’histoire finalement, j’ai envie de l’accrocher sur le mur à côté de mon bureau, car elle est exactement ce dont j’ai besoin actuellement …

En bref, vous l’aurez bien compris même si j’ai toutes les peines du monde à l’exprimer : j’ai vraiment beaucoup aimé ce livre, dont la simplicité n’a d’égale que la poésie. Liv est une jeune fille vraiment attachante, et son histoire est vraiment émouvante, mais aussi vraiment rafraichissante. Et la plume de l’autrice est vraiment très jolie, c’est un véritable régal ! Bref, c’est un roman que je prendrais un grand plaisir à relire à chaque fois qu’un orage se dresse sur mon chemin, à chaque fois que j’aurai besoin d’un coup de main de la confrérie pour réapprendre à voir les petits riens qui font l’éclaircie. C’est à mes yeux un roman que toute bonne bibliothèque ou CDI doit avoir dans son étagère « adolescents », car c’est vraiment un livre qui saura trouver un écho dans le cœur de tous les jeunes gens … mais aussi dans celui des plus grands. A lire et à faire lire, indiscutablement, et si possible avec un chat ronronnant sur les genoux (parce qu’il trouvera un ami caché au creux des pages) !

mercredi 4 septembre 2019

Sauvez-vous - Gaëtan Noël


Sauvez-vous, Gaëtan Noël

Editeur : Autoédition
Nombre de pages : 141 + une annexe d’une dizaine de pages
Résumé : « L’humanité s’est éteinte. Notre civilisation n’a pas su lire entre les lignes, se montrer à la hauteur des enjeux, réagir aux signes. Et pour cause, cela paraissait tellement inconcevable à l’époque… Au sommet de la modernité, qui aurait pu croire que l’humanité pouvait aussi facilement s’effondrer ? Pourtant, une fois le premier domino tombé, la catastrophe se résuma à une froide et implacable logique, aussi effroyable que mathématique. Nous pensions que tout était acquis. Qu’un génie trouverait la clé de notre survie. Mais je suis le dernier. Aux portes de la mort, je vous lègue cet ultime souhait : une dernière chance de tout changer ? »

Un grand merci à Gaëtan Noël pour l’envoi de ce volume (et la petite dédicace) et à la plateforme SimPlement pour avoir rendu ce partenariat possible.

https://hydolia.com/
 
- Un petit extrait -
« —Héla ! lançai-je  en m’approchant du micro. Lance une dernière analyse des refuges.
Une dernière.  Par  acquit de  conscience.  Pour  être  sûr  de  ce que j’étais en train de vivre. Pour être sûr de ce dont j’étais déjà dramatiquement certain.
—Entendu. Connexion aux satellites HUMAN WATCHERS établie. Analyse de la planète en cours...
Héla... Cette intelligence artificielle ne me manquerait pas. Trop froide. Trop inhumaine. Trop...éternelle, elle.
—Analyse terminée. Le nombre de survivants est estimé à : zéro.
Je hochai la tête, mécaniquement.
—Combien de refuges sont encore actifs?
—La totalité. [..]
Nous avions  été dix-milliards  d’êtres  humains.  Et  depuis quelques heures... nous n’étions plus qu’un.
« Je suis le dernier être humain. »   »
- Mon avis sur le livre -

Pendant bien longtemps, le post-apocalyptique n’était qu’un genre destiné à « jouer à se faire peur », comme on regarde un film d’horreur : des zombies à tous les coins de rue qui dévorent des cervelles encore palpitantes de vie, des extraterrestres bien décidés à nous exterminer comme de vulgaires insectes … L’ambiance était propice à ces pics d’adrénaline tant convoités. Mais mois après mois, années après années, le genre se transforme petit à petit : plus proche de la réalité, il nous offre des fins du monde plus « plausibles » – pour ne pas dire « possibles » voire « probables » … Terminés les attaques d’extraterrestres ou les épidémies de zombies, c’est désormais la pollution, l’amenuisement des ressources, l’énergie nucléaire et le réchauffement climatique qui sont les  visages de ces apocalypses « fictives ». Il semblerait que les auteurs de science-fiction soient les véritables visionnaires de ce monde … mais saurons-nous écouter leurs prédictions ? et plus encore, serons-nous prêts à agir pour changer les choses ?

Léonard est le dernier homme sur terre, ultime représentant d’une espèce anéantie par son propre génie. Au crépuscule de son existence, tandis qu’il enterre sa femme, le vieil homme se remémore … Il se souvient de l’humanité, de son évolution miraculeuse – dire que nous n’étions que des primates un peu plus curieux que les autres ! – mais aussi et surtout de ses erreurs, de son aveuglement, et de son inexorable déclin et finalement son extinction … Et il se questionne : comment en est-on arrivé là ? Comment cela se fait-il que l’homme, qui se veut l’être le plus intelligent sur Terre, a-t-il pu être aussi aveugle et détruire impunément tout ce qu’il touchait sans comprendre que c’était lui-même qu’il détruisait ? Sa rencontre avec une espèce extraterrestre lui offre une possibilité inouïe : donner une seconde chance à l’humanité, en espérant que celle-ci la saisisse … Sommes-nous prêts à attraper la main qui nous est ainsi tendue ? Sommes-nous prêts à nous sauver nous-mêmes de … nous-mêmes ?

« Et quand bien même l’humain finit par comprendre qu’il fallait arrêter de bruler les forêts tropicales, ces poumons de la planète, il était trop tard » … En ces jours funestes où la forêt amazonienne part en fumée, les mots de Léonard résonnent fort douloureusement … et pourraient apparaitre suffisamment fatalistes pour nous conforter dans le cercle vicieux qui nous fait penser que « puisqu’il est déjà trop tard, à quoi bon se prendre la tête avec le zéro déchet, avec l’économie d’énergie, avec tout ce qui nuit à notre petit confort ? ». Et pourtant, Léonard nous exhorte à ne surtout pas tomber dans ce piège : c’est ainsi que l’humanité a creusé son propre tombeau, nous dit-il du futur. Car voilà bien ce dont il est question dans ce livre : le futur de Léonard, c’est le nôtre si nous n’agissons pas. Si nous n’agissons pas aujourd’hui et maintenant, tant qu’il est encore temps. Ce livre, c’est un appel au secours du dernier survivant de notre humanité, ou plutôt, c’est une exhortation à faire en sorte que cet appel au secours n’ait jamais besoin d’être lancé. Ce livre, c’est une invitation à changer le futur, à créer une réalité parallèle de celle dans laquelle vit et meurt Léonard …

Tout ceci peut sembler bien sombre, j’en ai parfaitement conscience, et je m’en excuse, car ce livre est très loin d’être fataliste et déprimant, très loin d’être moralisateur ou accusateur. Oui, Léonard nous raconte comment l’humanité s’est condamnée elle-même, mais il le fait avec une bienveillance inouïe, car comment blâmer l’homme d’être ce qu’il est ? Il n’y a pas d’un côté les bons et de l’autre les mauvais, il n’y a pas de gentils et de méchants, simplement des hommes victimes de leur propre nature, et victime de cette société qu’il s’est créé en espérant y trouver le bonheur. Chaque innovation, chaque invention, est pensée comme la solution à un problème, sans que nous ne soyons capables d’anticiper les nouveaux problèmes que cela va causer et qu’il faudra de nouveau résoudre d’une façon ou d’une autre … « Des générations entières, la mienne y comprise, avaient été éduquées en leur bourrant le crâne que le succès social et économique était le sens de la vie. ». Piégés par le mythe de la croissance économique, du rendement et de la productivité, nous avons perdu de vue  que le bonheur ne s’achète pas … et surtout, nous avons perdu tout bon sens : à quoi bon produire toujours plus de viande alors que des milliers de tonnes sont ensuite jetées car non consommées ? pourquoi diable changer sans cesse de téléphone alors que le précédent marche encore parfaitement, gaspillant inutilement des composants extrêmement polluants ? 

Mais contrairement à nombres d’auteurs de science-fiction qui dépeignent l’humanité comme la pire des engeances, Gaëtan Noël nous la présente donc bien plus comme une promesse : oui, bien sûr, l’humanité est loin d’être parfaite, et ses égarements ainsi que sa soif irraisonnée de richesses et de puissances ont des conséquences terribles. Mais à ses yeux, l’humanité a les moyens de se sauver, de se construire un avenir plus simple et plus beau, un futur où la nature ne serait plus notre ennemie mais notre meilleure alliée … à condition que nous soyons prêts à nous occuper d’elle autant qu’elle s’occupe de nous, à condition que nous apprenions à nous ouvrir au monde au lieu d’être sans cesse repliés sur nous-mêmes. A condition que nous soyons prêts à quelques efforts et sacrifices. Chacun, à notre échelle, nous pouvons faire quelque chose : c’est ce que l’auteur nous affirme en nous présentant, en annexe, quelques pistes à mettre en œuvre dans notre vie quotidiennes, des petites choses toute simples qui, si elles sont réalisées par le plus grand nombre, pourrait faire basculer la balance de l’autre côté : non plus vers notre extinction programmée, mais vers une renaissance … L’avenir nous appartient, à nous de décider si vous voulons avancer vers la fin ou vers un renouveau.

En bref, vous l’aurez bien compris, c’est un récit incroyablement court mais terriblement percutant que nous propose Gaëtan Noël pour sa première irruption dans le monde de la science-fiction. Il nous offre une histoire certes tragique et dramatique, mais nous invite à ne surtout pas baisser les bras et tout laisser tomber, bien au contraire : on peut tous devenir des héros et héroïnes, si on le souhaite. On peut sauver Léonard. On peut sauver la terre et ses habitants. Alors sauvons-nous. Suivons l’exemple d’Hydan, héros du Tourment des Rois du même auteur – auquel celui-ci fait un petit clin d’œil au détour d’une page, mise en abime qui renforce encore plus la portée du roman – et « tentons le tout pour le tout, misons sur cette chance sur un milliard de sauver le monde ». Et « incarnons une idée » pour insuffler à d’autres l’envie de nous aider à sauver le monde et l’humanité.