samedi 22 janvier 2022

La loi du sanctuaire - Élodie Bouchet

La loi du sanctuaire, Elodie Bouchet

 Editeur : Gulf Stream

Nombre de pages : 420

Résumé : Le Sanctuaire de Sarano est intouchable. En vendant des prophéties aux puissants de tous les horizons, la supérieure Tinavia impose inéluctablement son influence. Alors quand Élyne, une oracle, apprend qu’elle a été manipulée et exploitée pour ses dons, elle n’a d’autres choix que de disparaître. Sous la protection inattendue de dragons, elle fuit jusqu’au campement du lieutenant Darel, qu’elle convainc de la perversité de Tinavia. Problème : le jeune homme dispose de pouvoirs magiques annihilant le potentiel prophétique de l’oracle… Au mépris du danger, les deux jeunes gens enquêtent sur les manigances du Sanctuaire.

 Un grand merci aux éditions Gulf Stream pour l’envoi de ce volume.

 

- Un petit extrait -

« Cela faisait deux jours qu’elle n’avait pas vu le dragon blanc, mais il reviendrait. Il revenait toujours. Un battement d’ailes lui donna raison quelques minutes plus tard. Le minuscule reptile se posa sur le rebord de sa fenêtre et se blottit contre ses doigts avant de s’ouvrir à elle. Son enthousiasme, sa joie tout comme le plaisir des retrouvailles comblaient la solitude d’Elyne.  »

- Mon avis sur le livre -

 D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours rêvé de devenir écrivaine. Au primaire, je passais mes récréations à griffonner sur un cahier de brouillon. Au collège, je noircissais les marges de mes cahiers de bribes d’histoires inachevées. Au lycée, j’ai cessé de voleter d’un projet à un autre pour me concentrer sur une idée plus « palpable » que les autres. A mon entrée à l’université, j’ai commencé la rédaction de Souffler sur les braises. J’ai rejoint un, puis plusieurs forums d’écriture. J’ai laborieusement, mais fièrement, écrit quelques chapitres. Puis j’ai tout abandonné. Non pas que le rêve se soit évanoui, bien au contraire. Il est plus vivace que jamais … Mais il est fini, le temps où j’imaginais qu’une imagination fertile et une « jolie plume » (le plus beau compliment qu’ait pu me faire une professeure, si tant est que ça vaille quelque chose) suffiraient pour être écrivaine. Il faut savoir surfer « sur l’air du temps », peser tous ses mots pour ne froisser personne, mais aussi assurer une présence numérique … tant de choses dont je suis tout simplement incapable. Alors à quoi bon m’acharner ? Je me contente donc désormais de me réjouir pour mes camarades d’écriture qui viennent à bout de leurs premiers jets, de leurs corrections, de leurs recherches d’éditeurs … Je vis par procuration ce bonheur sur lequel j’ai fini par tirer un gros trait. Je me console en me disant qu’au moins, j’ai le temps de lire et chroniquer leurs ouvrages, pour leur donner un coup de pouce !

En dépit du prix exorbitant de ses services, le Sanctuaire ne cesse d’attirer toujours plus de Clients : du commerçant désireux de savoir sur quels marchés envoyer sa marchandise pour optimiser ses profits au petit nobliau souhaitant déterminer quel est le meilleur parti pour son fils ainé en passant par le souverain guerroyant incertain de sa stratégie, tous s’arrachent à prix d’or les prophéties dispensées par les Oracles du Sanctuaire. Tandis que le lieutenant Darel, missionné par son roi, espère du fond du cœur que les augures ne seront pas favorables au projet d’assaut de ce dernier, craignant que ses soldats ne soient envoyés en première ligne, la jeune Initiée Elyne découvre avec effroi que la Supérieure, aidée par ses deux amis les plus chers, lui a très soigneusement caché ses dons divinatoires pour mieux les exploiter. Dévastée par la trahison de ses proches et refusant de devenir le pantin de celle qui lui a menti pendant toutes ses années, Elyne n’a plus qu’une seule idée en tête : quitter aussi vite que possible ce lieu qui est devenu une véritable prison. Dorée peut-être, mais une prison malgré tout. Etant parvenue à quitter la ville, elle trouve refuge dans le campement du lieutenant Darel. Quand il découvre que la jeune fille apeurée est une Initiée, pire, une Oracle du Sanctuaire, celui-ci ne sait que faire : raisonnablement, il devrait l’y ramener immédiatement pour ne pas s’attirer les foudres de la supérieure … mais tout son être le pousse à aider la jeune femme. Sans le savoir, ils sont sur le point de déterrer le plus grand secret du Sanctuaire … et de ses alliés.

Quelques phrases : c’est tout ce qu’il m’aura fallu pour savoir que ce roman allait être un coup de cœur. Difficile de savoir pourquoi, c’était une évidence qui s’imposait à moi, tout simplement. Et cette prédiction s’est avérée parfaitement exacte, tant et si bien que l’expression consacrée « coup de cœur » me semble même bien fade, mais faute de termes plus appropriés, contentons-nous en, et passons aux choses sérieuses : en quoi ce roman est-il une véritable pépite que vous devez vous procurer immédiatement ? Disons-le tout net, nous sommes bien loin de la fantasy traditionnelle, où le héros, un jeune élu aux pouvoirs extraordinaires, se jette tête la première dans une succession de combats souvent sanguinolents pour lutter contre les forces du mal et redonner l’espoir à un continent opprimé depuis des décennies par un tyran effroyable. Si telle est votre définition de la fantasy, ce roman risque de vous perturber un tantinet … mais en bien. Car ce qu’il « perd » en batailles épiques et mortelles, il le gagne irrésistiblement en profondeur. Ce contre quoi se battent Elyne et Darel est à la fois bien moins impressionnant et bien plus dangereux qu’un seigneur des ténèbres : ils se battent contre le mensonge, la tromperie, la duperie, ils se battent contre les secrets, les dissimulations, les sournoiseries. Ils se battent pour que la vérité refasse surface, et par la même occasion la liberté : comment être véritablement libre quand on est enfermé dans un carcan de mensonges ?

Vous le savez comme moi : quand on tire sur un fil qui dépasse un petit peu, c’est le pull tout entier qui se détricote et nous reste entre les mains, en une masse de laine informe et deux fois plus grosse que le pull. Il en est de même avec les mensonges : quand vous mettez le doigt sur le premier écrou branlant d’un l’engrenage, c’est  la machine toute entière qui se révèle à vous et qui menace de s’effondrer, déstabilisée par votre mouvement. C’est l’histoire de l’arbre qui cache la forêt : il ne fait absolument aucun doute que si la supérieure a pris tant de soin à dissimuler à Elyne ses pouvoirs pour exploiter ses prédictions comme elle le désire, c’est parce qu’il y a quelque chose de plus inavouable encore qui se trame dans l’ombre. Elyne n’est que la partie émergée de l’iceberg : le plus gros reste encore à découvrir, et nos jeunes héros sont prêts à braver tous les dangers pour découvrir ce que cache le Sanctuaire, ce que manigance la supérieure … Et une petite voix nous prédit que ce qu’ils vont trouver va chambouler absolument toutes leurs certitudes, pour ne pas dire ébranler l’équilibre du monde tout entier. Et sachez-le : même vos hypothèses les plus folles seront balayées comme un fétu de paille lorsque le voile sera levé ! C’est fichtrement bien trouvé, j’en suis restée éberluée pendant plusieurs minutes avant de réussir à reprendre le fil de ma lecture tant je m’étais attendue à tout … sauf à cela ! Si, comme moi, vous aimez être surpris par un roman, vous allez être servis !

Il me reste encore à évoquer un point, peut-être le plus important : les protagonistes, sans qui même l’intrigue la plus rondement menée resterait aussi plate que l’encéphalogramme d’un caillou. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ici aussi, l’autrice a fait très fort : Elyne et Darel comptent vraiment parmi les personnages les plus attachants qu’il m’ait été donné de rencontrer de toute ma vie de lectrice. Peut-être parce qu’ils me ressemblent, un peu. Tout comme Elyne, quand j’ouvre mon cœur, quand j’accorde ma confiance, quand je donne mon amour ou mon amitié, je le fais sans concession … ce qui, plus d’une fois, m’a brisé le cœur, lorsque je me rendais compte que la réciproque n’était pas vraie. Mais Elyne est bien plus forte et courageuse que moi, pour la simple et bonne raison qu’elle prend le risque de rouvrir à nouveau son cœur à quelqu’un, de s’appuyer à nouveau sur quelqu’un plutôt que de se renfermer sur elle-même pour ne pas risquer d’être trahie et blessée à nouveau … Mais après tout, elle a bien raison, on donnerait le bon Dieu sans concession à Darel ! Il respire l’honnêteté, la loyauté, il est prêt à mettre en danger sa carrière, si ce n’est sa vie, pour les personnes à qui il tient, il fait toujours passer les autres avant lui-même. Il ne cherche pas les honneurs (il a même plutôt tendance à les fuir), mais fait tout simplement ce qui lui semble juste : le monde a besoin d’hommes aussi droits et simples que Darel ! Sinon, mention spéciale à Flocon, cet adorable petit dragon qu’on ne voit pas assez longtemps !

En bref, je pense que vous l’aurez bien compris : ce fut une fabuleuse, une extraordinaire, une merveilleuse lecture ! Et comme c’est souvent le cas avec les fabuleuses, extraordinaires, merveilleuses lectures, les mots me manquent pour en parler : dans ma tête, tout n’est que « wouah », « ooooooh », « hanquec’étaitcool » et autres interjections enthousiastes et désordonnées, et c’est vraiment difficile de discipliner mes pensées et mes propos. Et cela d’autant plus que je refuse toujours d’admettre, d’accepter que ça soit déjà terminé : il manque probablement deux ou trois-cent pages à mon exemplaire, ce n’est pas possible autrement ! C’est vraiment une déchirure de devoir dire au revoir (voire même adieu, vu que c’est un one-shot) à Elyne et Darel, et cela d’autant plus qu’il reste encore bien des questions en suspens, et même si ça laisse à chaque lecteur la possibilité de créer sa propre happy end (ou pas, d’ailleurs, si certains aiment les tragédies), ça reste un tantinet frustrant ! Elodie, si tu me lis, sache que si l’envie te titille de retrouver Elyne, Darel et Flocon dans une suite, je te suivrais jusqu’au bout du monde ! En attendant … je présume que je vais devoir me contenter de le relire, de le relire encore, encore et encore. Et à le faire lire, aussi. Parce qu’une telle lecture, ça se partage ! Alors vous qui me lisez, prenez-en bonne note : ce roman est juste excellent, alors n’hésitez pas un seul instant !

mercredi 19 janvier 2022

The Old Republic, tome 3 : Alliance fatale - Sean Williams

The Old Republic3, Sean Williams

Alliance fatale

 Editeur : Pocket

Nombre de pages : 541

Résumé : La matriarche du cartel du crime hutt organise une vente aux enchères. Des représentants de la République et de l'Empire s'y pressent, ainsi que des invités incognito plutôt disparates : un Padawan, une ancienne de l'Escouade républicaine Blackstar, un contrebandier et un énigmatique Mandalorien. De plus, l'émissaire de la République n'est pas celui qu'il prétend être et la délégation impériale compte une Apprentie Sith dans ses rangs. Tous projettent de voler le butin : deux morceaux de métal fondu qui proviendraient d'un monde inconnu, riche de ressources insoupçonnées. Mais ce trésor se révèle potentiellement mortel.

 

- Un petit extrait -

« Métaphoriquement, dit-elle avec un sourire, "si" est le plus petit mot de tout le dictionnaire galactique standard, et pourtant il se dresse entre nous et nos plus grands rêves. Fais-en un pont, Shigar. Il est temps que tu le traverses. Je t'attendrai de l'autre côté. »

- Mon avis sur le livre -

 Ma plus grande crainte, en me lançant dans ce vaste univers étendu Légendes, c’était bel et bien la monotonie, pour ne pas dire l’ennui profond et intersidéral. D’autant plus que, sentant venir le terrible fléau de la spéculation intensive si chère à notre époque (j’aime bien Star Wars, mais pas au point de dépenser 150€ pour un misérable livre de poche), j’ai fait l’audacieux pari d’acheter le plus de romans possibles tant qu’on les trouvait encore en librairie, et ce sans jamais en avoir lu un seul pour savoir si j’aimais véritablement ça ou non. Je ne savais absolument pas à quoi je devais m’attendre, tout ce que je savais, c’est que je n’avais que quelques semaines devant moi pour en chopper le plus possible avant qu’ils ne soient plus en circulation. « Advienne que pourra », en somme … Pour l’instant, je suis plutôt rassurée : bien que les différents auteurs aiment visiblement utiliser les mêmes schémas narratifs (plusieurs points de vue s’entremêlant, la présence quasi-systématique d’un Jedi et d’un Sith aux chemins parfaitement parallèles ou symétriques …), j’ai le sentiment que chaque roman aura véritablement son intrigue propre et unique, suffisamment différente des précédents pour rester véritablement intéressant !

Tout commence par un abordage galactique presque ordinaire : un contrebandier somme un croiseur interstellaire de le laisser piller sa marchandise sans faire d’histoire, afin qu’ils puissent l’un et l’autre reprendre tranquillement le cours de leur existence. Mais voilà que sans crier gare, ledit croiseur explose. Que pouvait donc bien transporter ce vaisseau pour que son équipage préfère se sacrifier plutôt que de laisser les corsaires mettre la main sur leur marchandise ? Quelques temps plus tard, la matriarche Hutt Tassaa Bareesh lance une grande vente aux enchères : il semblerait que ce vaisseau provienne d’un monde encore inconnu, et visiblement riche en minerais rares et autres ressources naturelles. Aussitôt, l’Empire comme la République envoient leurs émissaires, tant officiels qu’officieux, les premiers occupant l’attention des Hutts en prétendant participer aux enchères tandis que les seconds s’efforcent de voler l’artefact avant que l’autre camp ne le fasse … C’est ainsi que le Padawan Shigar, l’ancienne soldate de la République Larin, l’apprentie Sith Eldon et l’agent double Ula Vii, sans oublier le contrebandier Jet Nebula et le Mandalorien Dao Stryver, se retrouvent au même endroit aux même moment … Sans se douter qu’ils vont devoir s’unir pour faire face à une menace telle que la galaxie n’en a jamais connu.

Ainsi que je le disais dans l’introduction, nous retrouvons ici le principe du roman-choral, visiblement cher aux auteurs de l’univers Star Wars : nous ne suivons non pas un, ni même deux, mais bien une multitude de personnages. Nous avons, bien évidemment, un Jedi et un Sith, ou plus exactement un Padawan et une Apprentie, comme deux facettes d’une même pièce. D’un côté, nous avons donc un Shigar qui peine à se conformer aux exigences de l’Ordre, de l’autre une Eldon qui ne peut s’empêcher de ressentir une pointe d’émotion en songeant à cette mère supposée morte mais qui ressurgie soudainement. Le fait que deux jeunes gens, l’un du Côté Lumineux et l’autre du Côté Obscur, chacun en proie aux doutes, se retrouvent face à face, est assurément un peu « gros », mais n’allons pas nous mentir, c’est justement ce qui fait tout le « piment » de l’histoire. Opposés mais étrangement semblables, on sent que leur rencontre va faire des étincelles, et on a envie de voir ce que cela va donner. Et cela d’autant plus que d’autres personnages orbitent autour d’eux : un émissaire de la République en réalité espion pour le compte de l’Empire, qui se demande bien comment il a pu se laisser embarquer dans une mission aussi délicate, une ancienne soldate des forces spéciales de la République tourmentée par son passé, sans oublier un contrebandier dont nul ne sait véritablement les intentions … Une concentration de protagonistes haute en couleurs !

Et il faut bien cela pour contrebalancer l’inertie certaine de cette intrigue qui peine à se mettre en branle : le début est lent, laborieux, on a le sentiment de tourner en rond. L’auteur insiste trop longuement sur le préambule de l’histoire : bien sûr, il est toujours bon d’introduire chaque personnage un à un pour aider le lecteur à s’y retrouver dans cette constellation de protagonistes aux allégeances diverses, bien sûr, il est toujours bon de faire un petit rappel du contexte politico-historique, mais avait-on réellement besoin de faire trainer si longuement cette phase d’exposition ? Il faut attendre 180 pages pour que nos protagonistes se retrouvent face à LA menace autour de laquelle tourne toute cette intrigue : c’est au minimum cent de trop … Et cela d’autant plus que l’auteur prouve alors qu’il est parfaitement capable d’écrire quelque chose qui pulse, qui swingue : à partir de ce fameux moment où tout ce beau petit monde se retrouve face aux hex (quoi que cela puisse être, je ne veux pas tout vous spoiler), l’intrigue décolle enfin. Tout s’accélère brusquement, tandis que les uns et les autres luttent pour rester en vie, puis s’efforcent de percer le mystère qui entoure ces hex, puis comprennent qu’il va falloir agir, et vite, pour repousser cette menace qui ne ressemble à aucune autre. Une menace telle que la République et l’Empire, les Jedis et les Siths, vont devoir mettre momentanément leurs différents de côté s’ils veulent pouvoir livrer d’autres batailles par la suite. Car c’est l’univers entier qui est en danger !

Alors ne nous mentons pas, cette fameuse menace, elle est loin d’être très originale pour un lecteur de science-fiction, mais elle est plutôt originale pour un roman Star Wars. Et cela d’autant plus qu’elle pose finalement des questions qui nous concernent aussi, nous autres terriens : à travers cette histoire se pose la question de la technologie, de l’intelligence artificielle. La question de savoir si nous ne risquons pas un jour d’être dépassés par nos propres inventions, si nous ne jouons pas avec le feu en laissant de plus en plus de responsabilités entre les mains de machines « intelligentes » à qui nous accordons de plus en plus de libertés. Ne sommes-nous pas en train de donner le bâton pour nous faire battre à nos bourreaux de demain, en repoussant toujours plus les limites de la technologie, juste pour prouver que nous sommes capables de le faire ? Que ferons-nous le jour où nous ne saurons plus arrêter un processus automatisé, que ferons-nous le jour où nous comprendrons que nous n’avons plus aucun contrôle sur tout ceci ? Croyez-moi, ça fait un peu froid dans le dos, toute cette histoire. Il faut dire que voir un Seigneur Sith et un Maitre Jedi accepter de « collaborer » pour venir à bout de cet ennemi combien … ça fait un peu froid dans le dos, on se dit qu’ils doivent vraiment être désespérés pour en arriver là, et on se dit donc que c’est vraiment la catastrophe. Même si on sait pertinemment bien qu’ils vont triompher, puisque 3500 ans plus tard, la galaxie sera toujours là pour voir naitre Luke et Leia !

En bref, vous l’aurez bien compris, malgré un début lent et laborieux et une fin plutôt prévisible (et un tantinet trop rapide et facile), c’est finalement un roman particulièrement palpitant que nous offre l’auteur. J’ai particulièrement apprécié qu’aucun personnage ne soit totalement blanc ou totalement noir (hormis peut-être le Seigneur Sith, le seul à être parfaitement manichéen), qu’ils soient tous en nuances de gris. Qu’ils acceptent, même, ces nuances de gris en eux, plutôt que de se mentir à eux-mêmes. C’est quelque chose d’assez récurrent dans l’univers, la question de faire face à ses propres défauts, ses propres faiblesses, ses propres limites, plutôt que de se réfugier derrière des œillères et de se persuader qu’on suit le seul et unique bon chemin. Car cette tentation guette tout le monde, alors que la véritable force, c’est peut-être justement d’accepter de reconnaitre qu’on a fait des erreurs, qu’on a pris la mauvaise route, ou du moins qu’il existe des multitudes de voies et que la nôtre n’est pas forcément la meilleure … Et que parfois, deux voies qui semblent totalement opposées se rejoignent, preuve s’il en est que nous ne sommes en réalité pas aussi différents les uns les autres. En clair, donc, un roman qui se lit bien malgré ces quelques longueurs et ces quelques facilités scénaristiques : du Star Wars dans toute sa splendeur, avec des batailles stellaires, des combats au sabre laser et une petite pointe d’humour toujours bienvenue au milieu de toute cette sombre affaire !

samedi 15 janvier 2022

Fahrenheit 451 - Ray Bradbury

Fahrenheit 451, Ray Bradbury

 Editeur : Folio (SF)

Nombre de pages : 236

Résumé : 451 degrés Fahrenheit représentent la température à laquelle un livre s'enflamme et se consume. Dans cette société future où la lecture, source de questionnement et de réflexion, est considérée comme un acte antisocial, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres, dont la détention est interdite pour le bien collectif. Montag, le pompier pyromane, se met pourtant à rêver d'un monde différent, qui ne bannirait pas la littérature et l'imaginaire au profit d'un bonheur immédiatement consommable. Il devient dès lors un dangereux criminel, impitoyablement poursuivi par une société qui désavoue son passé.

 

- Un petit extrait -

« Si vous ne voulez pas qu'un homme se rende malheureux avec la politique, n'allez pas lui casser la tête en lui proposant deux points de vue sur une question ; proposez-lui en un seul. Mieux encore, ne lui en proposez aucun. […] Proposez des concours ou l'on gagne en se souvenant des paroles de quelque chanson populaire, du nom de la capitale de tel ou tel Etat ou de la quantité de maïs récolté dans l'Iowa l'année précédente. Bourrez les gens de données incombustibles, gorgez-les de "faits" qu'ils se sentent gavés, mais absolument "brillants" côté informations. Ils auront l'impression de penser, ils auront le sentiment du mouvement tout en faisant du sur place. »

- Mon avis sur le livre -

 Bien que cela ne soit nullement prévu ni même intentionnel, il semblerait que l’année 2021 soit celle où je me suis enfin décidée à lire les « plus grands classiques » de la science-fiction, et même plus précisément de la dystopie, ceux qu’il faut « absolument lire une fois dans sa vie » à en croire tous les critiques littéraires, les libraires, les bibliothécaires, ou tout simplement la foule innombrable de lecteurs « transcendés ». Après La servante écarlate il y a quelques mois, c’est au tour de « l’incomparable » Fahrenheit 451 de sortir de la pile à lire … Et contrairement à La servante écarlate pour lequel j’éprouvais une sorte de défiance instinctive – qui s’est avérée justifiée, je n’ai effectivement pas apprécié cet « incontournable » de l’anticipation –, c’est avec confiance et enthousiasme que je me suis plongée dans Fahrenheit 451 : de ce que j’en lisais, de ce qu’on m’en disait, c’était un roman qui avait absolument tout pour me plaire, que ça soit du point de vue des thématiques abordées ou de celui du style littéraire, j’étais donc persuadée que j’allais apprécier et savourer ma lecture … Mais il semblerait que ces fameux « grands classiques » unanimement encensés ne soient pas pour moi : c’est une nouvelle fois une profonde déception, plus amère encore que je ne l’ai pas du tout vu venir.

Ce soir-là, comme tous les autres soirs depuis dix ans, Montag rentre de la caserne, puant le pétrole et la fumée, un sourire implacablement plaqué au visage : encore une maison consumée par les flammes, encore des livres, ces objets impies, réduits en cendres d’une seule chiquenaude de sa part. Comme tous les pompiers, Montag a l’immense honneur et la grande fierté de débarrasser la société de ces dangereuses reliques du temps passé, reliques auxquelles s’accrochent comme des cloportes insatiables des esprits récalcitrants. Mais ce soir-là, tandis qu’il s’en retournait chez lui après une satisfaisante opération rondement menée, Montag fait une rencontre qui va remettre en question tout ce qu’il tenait pour fermement acquis. En lui rappelant qu’il y a de la rosée sur l’herbe le matin, en l’invitant à distinguer le visage du bonhomme de la lune, Clarisse lui ouvre les yeux sur un monde qu’il habite sans le voir, englué dans son quotidien où on n’a jamais une seule seconde pour penser. Commence alors une infernale dégringolade qui va le conduire à bafouer tous les interdits, tandis que son esprit trop longtemps éteint par le vacarme incessant de la vie se réveille dans un sursaut de révolte. Qu’y-a-t-il donc dans les livres pour que tant d’individus soient prêts à risquer leur vie pour en posséder ne serait-ce qu’un ?

Par où commencer ? Peut-être en précisant qu’il m’a fallu presque une heure pour écrire ce misérable résumé d’une quinzaine de lignes, tant je peinais à trouver de la matière : j’ai beau tourner et retourner la chose dans tous les sens, je ne vois aucune intrigue à résumer, aucune histoire à synthétiser. Nous avons un personnage, disons même plutôt une esquisse de personnage puisqu’il n’a absolument aucune « consistance », qui va dans un sursaut soudain sortie vaguement de son apathie et rompre un interdit. Poursuivi par ses anciens collègues, il parvient à fuir, rencontre d’autres parias et voir sa ville se faire réduire en poussière par une bombe. Fin de la pièce, vous pouvez baisser le rideau. Et alors s’élève dans la salle une vague de protestation : quoi, tout ça pour cela ? Des heures et des heures de palabres sans queue ni tête, des pages et des pages d’entremêla de mots sans début ni fin, juste pour voir un gars rejoindre un groupe de vagabonds ? Car c’est vraiment ce que j’ai ressenti : une frustration et une perplexité croissantes, une irritation et une lassitude grandissante, tandis que ce simulacre d’histoire trainait en longueur, s’éternisait inlassablement pour ne rien dire. Deux-cent trente pages, cela peut sembler court, mais croyez-moi, lorsque vous avez le sentiment de tourner en rond, cela devient vraiment très, très long.

Alors je ne nie pas l’existence d’une certaine forme de « réflexion » sur ce que pourrait devenir notre société, déjà de plus en plus marquée par un conformisme mondialisé où ne subsiste plus qu’une seule et même vague d’opinion, celle des « bienpensants », où ceux qui résistent à ce flux se font systématiquement incendiés (par des mots ou des coups, pas encore des flammes … quoi que) et épinglés par la vindicte populaire. Nous ne sommes en réalité pas si éloignés de cette Mildred, qui passe toute son existence entourée de trois écrans géants qui l’abrutissent, qui lui donnent l’illusion de s’informer, de penser par elle-même, alors qu’elle ne fait plus que répéter comme un gentil petit perroquet bien dressé ce qu’elle entend continuellement. Sans même se rendre compte que ses mots ne sont pas les siens. Nos murs ne sont pas encore des écrans, mais nous vivons le nez penchés sur nos smartphones, à dégainer plus vite que notre ombre dès que nous avons la moindre question, à accepter sans sourciller la réponse qui nous est donnée. Je vous invite à faire un petit jeu : pendant deux semaines, essayer d’écouter plusieurs journaux télévisés différents. C’est « amusant » de constater que 99% des journalistes utilisent rigoureusement, absolument rigoureusement, le même vocabulaire (avec des mots « à la mode ») et les mêmes tournures de phrase. Pensée unique, vous dis-je, même si on refuse de l’admettre.

Donc oui, je reconnais que ce roman d’anticipation n’est pas entièrement tombé à côté de la plaque, je reconnais qu’il y a quelques éléments à en retirer … Mais le tout est tellement noyé dans cette creusitude faussement philosophique, dans cette platitude qui s’imagine métaphysique, que seul l’ennui subsiste. Montag, le « personnage principal », est une coquille tellement vide – une sorte de pantin désarticulé qui regarde avec ahurissement sa main « qui fait des choses sans sa permission » et que le narrateur trimbale d’un endroit à un autre – que je n’ai pas une seule seconde réussi à m’attacher, ou même à m’intéresser à lui. Qu’il lui arrive ceci ou cela m’était parfaitement égal : il est juste six petites lettres adossées les unes derrière les autres pour former un prénom, mais cela ne suffit pas à en faire un protagoniste de roman. Quant à ce qu’on voudrait pouvoir appeler « l’histoire », ce n’est en réalité qu’un simulacre de récit : nous avons bien une sorte de situation initiale, une sorte de milieu et une sorte de conclusion, mais cela ne suffit pas non plus à faire une réelle intrigue. Je n’ai pas réussi à ressentir le moindre « enjeu », la moindre « tension » : d’un bout à l’autre, l’électrocardiogramme reste plat. De temps à autre, un personnage se met soudainement à sortir des pages et des pages entières d’un discours « survolté » qui n’a absolument aucun sens, aucun intérêt. Et le reste du temps, le narrateur tourne en rond, exactement comme le lecteur qui ne sait plus comment s’échapper de cette cage …

En bref, vous l’aurez bien compris, malgré un genre littéraire que j’apprécie et malgré des thématiques qui auraient pu m’intéresser … ce roman n’a clairement pas su me convaincre, et je me sens à nouveau comme le vilain petit canard qui n’est pas comme les autres. J’ai beau chercher, je n’arrive pas à voir ce que tant de lecteurs trouvent de si exceptionnel dans ce récit : les personnages sont très loin d’être intéressants, l’intrigue est bien loin d’être passionnante, et la plume est tantôt quelconque tantôt faussement poético-contemplative. Je suis totalement passée à côté de ce que la foule présente comme un ouvrage unique et percutant, et j’en suis la première surprise et désolée … Peut-être que mes attentes étaient trop élevées, sans doute me suis-je laissée entrainer par cette effervescence globale en me disant que, si tout le monde l’aimait, c’était assurément parce qu’il en valait la peine. Intéressant, d’ailleurs, de constater que lorsque l’on n’apprécie pas un ouvrage mondialement reconnue, on a cette fâcheuse tendance à se mettre en cause, à considérer que c’est notre faute, à tenter d’atténuer notre ressenti négatif en parlant d’attentes trop élevées, comme si, au fond de nous-mêmes, on répugnait vraiment à ne pas suivre cette opinion unique érigée en norme … Et en cela, effectivement, la thématique de fond de ce roman est intéressante, même si la façon dont elle a été exploitée ne m’a pas convaincue.