samedi 19 juin 2021

Rêves, tome 2 : L'éveil de l'onde - Cédric Roux et Robin Marcoux

Rêves2, Cédric Roux et Robin Marcoux

L’éveil de l’onde

 Editeur : Faralonn

Nombre de pages : 316

Résumé : L’Empire d’Eavenia est de nouveau menacé. L’Ordre Elémentaire est disséminé. Les Héritiers sont attendus. Les Ombragés sont parvenus à enlever le nouveau Gardien du Feu, abandonnant Samantha et ses compagnons à la merci d’un océan déchaîné. Alors que Kylliann est emprisonné sur la redoutée Ile Noire, l’adolescente, témoin d’un phénomène extraordinaire, devra faire face à son destin.

 Un grand merci à Cédric Roux et Robin Marcoux pour l’envoi de ce volume.

 

- Un petit extrait -

« Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, la ville pluriséculaire s’était dévoilée en silence, ne laissant derrière elle que le faible ruissellement de l’eau sur les édifices humides. Le sol n’avait pas bronché. Un imposant pont reliant le rivage à la cité émergea à son tour. Samantha remit ses bottes et l’emprunta. Elle se sentait attirée. Incroyablement attirée. »

- Mon avis sur le livre -

 Pour en avoir déjà parlé avec d’autres grands lecteurs, je sais que je suis loin d’être la seule dans cette situation : s’il y a bien une chose qui me perturbe au plus haut point, c’est quand les différents tomes d’une même saga ne sont pas « assortis ». Entre les éditeurs qui décident de changer de format au beau milieu de la saga, ceux qui changent totalement d’identité graphique au beau milieu de la saga, et ceux qui font carrément les deux en même temps, et cela parfois plusieurs fois au cours d’une seule et même saga … Difficile de conserver des étagères de bibliothèques harmonieuses avec toutes ces lubies d’éditeurs, qui semblent parfois n’avoir aucune considération pour leurs clients lecteurs ! Cela fait indiscutablement parti des rares choses qui ont l’art de m’agacer, et il m’arrive bien souvent de pester dans mon coin contre ces horribles bouleversements que nous font subir les éditeurs … Et puis, il y a les situations contre lesquelles je ne peux raisonnablement pas pester. Car clairement, je ne peux pas en vouloir aux auteurs de cette saga d’avoir eu l’immense joie d’être acceptés par une maison d’édition en cours de route, même si cela signifie que j’ai des tomes dépareillés, vu que j’ai la « version » en autoédition du premier opus et le second aux éditions Faralonn !

Alors qu’ils voguaient vers la capitale pour prévenir l’Impératrice du retour des Ombragés aux frontières du pays, le jeune nouveau Gardien du Feu Kylliann et ses compagnons de route ont été attaqués par ces fameuses créatures maléfiques. Malgré ses nouveaux pouvoirs et l’entrainement intensif qu’il a subit pour hériter de ce statut, l’adolescent est enlevé et conduit sur la terrifiante Ile Noire où il rencontre le non moins terrifiant Empereur Goldor ainsi que Draks, l’homme qui a tué son maitre Galfiass, tandis que ses camarades d’infortune s’échouent sur une plage … C’est là que Samantha va vivre une expérience qui va changer le cours de son existence, mais également l’avenir de l’Empire tout entier. Du moins si elle accepte, si elle parvient à faire passer ses responsabilités nouvelles avant ses sentiments, avant l’envie viscérale qui la pousse à aller porter secours à son ami, quoi qu’il arrive … Mais dans l’ombre, un homme tout droit sorti des plus vieilles légendes de ce monde semble lui aussi œuvrer pour sauver Kylliann des griffes de Goldor.

Ayant vu plusieurs commentaires de lecteurs un petit peu perdus en commençant ce deuxième tome, j’ai préféré prendre mes précautions et j’ai donc pris la peine et le temps de relire le premier opus afin de me rafraichir la mémoire, car ma lecture remontait à déjà quatre bonnes années et je n’avais plus la moindre idée de comment le premier tome s’achevait … Et j’ai drôlement bien fait, car nous retrouvons effectivement nos héros exactement là où nous les avions laissés ! L’enchainement est donc très fluide pour le lecteur qui lit les deux tomes d’affilée, mais sûrement très délicat pour celui qui laisse passer plusieurs mois, voire années, entre les deux et qui risque donc de ne pas profiter pleinement du premier tiers du récit car il va devoir batailler pour reconstituer le puzzle de l’intrigue … Ou plutôt, devrais-je dire, des intrigues. Car c’est personnellement ce que je préfère dans cette saga, c’est vraiment que nous avons plusieurs sous-intrigues, plusieurs histoires qui, bien qu’encore assez parallèles les unes des autres, promettent de se recouper dans un avenir plus ou moins proche pour former une intrigue particulièrement intéressante, car particulièrement complexe.

Mais l’envers de la médaille … c’est qu’à vouloir poser solidement les fondations de ces différentes sous-intrigues, à vouloir présenter posément les différents enjeux (magiques, politiques, initiatiques même) de ces différents fils rouges, les auteurs ont fini par sombrer dans ce que j’appelle « l’introduction à rallonge ». Au bout de deux tomes, j’ai encore le sentiment que nous en sommes à la phase d’exposition : l’intrigue, la vraie, peine à débuter. Alors que je pensais qu’une fois l’entrainement de Kylliann achevé, nous allions enfin pouvoir entrer dans le cœur du sujet, voici que nous devons vivre une seconde initiation … et j’ai bien peur que les deux prochains tomes soient consacrés à l’éveil progressif des deux prochains Héritiers, et que nous revivions pour la troisième et quatrième fois ce que nous avons déjà expérimenté deux fois, puisqu’à quelques détails près, l’entrainement de Kylliann et de son homologue de l’eau suivent rigoureusement le même schéma. D’ailleurs … je dois le reconnaitre, j’ai trouvé cela un peu « gros » que ce soit Samantha la Gardienne de l’Eau : c’est certes un « coïncidence » typique de la fantasy, mais c’est tellement vu et revu que j’aurai espéré quelque chose d’un peu moins classique, quelque chose qui exploite un peu plus le fait que Kylliann soit originaire de notre monde, sinon cette « révélation » ne sert pas à grand-chose …

En parlant de révélations, par contre, je dois avouer que ce tome n’en manque pas ! Nous découvrons enfin l’identité de l’homme si mystérieux qui semble traquer le jeune Gardien du Feu depuis son arrivée dans ce monde, et j’ai été très agréablement surprise car je ne m’attendais clairement pas à cela, c’est bien pensé, les auteurs ont vraiment su nous mener par le bout du nez pour que nous nous attendions à tout sauf à ce qui est vraiment ! Les apparences sont bien souvent trompeuses … mais jusqu’à quel point ? J’en suis désormais au stade de me demander s’il n’y a pas une révélation dans la révélation, si tout ceci n’est pas qu’une illusion supplémentaire, bref, maintenant que je sais que les auteurs savent si bien nous manipuler, je ne peux plus m’empêcher de demander si tout n’est pas plus complexe encore … Je suis contente, car le premier tome restait tout de même particulièrement « ordinaire » dans le paysage de la fantasy, donc plus ça se complexifie, plus l’histoire va se démarquer des autres, et j’aime les romans qui savent s’appuyer sur les codes pour mieux les dépasser, plutôt que de les suivre trop aveuglément ! C’est pourquoi je suis ravie de voir autant de politique s’immiscer dans ce qui était de la pure heroïc fantasy (en espérant juste qu’on ne va pas sombrer dans la politique à la Game of thrones) : les sous-genres se mélangent, et c’est ça qui donne à l’intrigue sa touche de singularité !

En bref, vous l’aurez bien compris, même si je ne peux m’empêcher de trouver que l’avènement de la Grande Intrigue traine en longueur, j’ai beaucoup aimé toutes ces petites intrigues que nous suivons dans ce deuxième tome, toutes ces petites intrigues qui nous promettent une Grande Intrigue exceptionnelle lorsque celle-ci éclora enfin ! J’aime la diversité des personnages, j’aime surtout la diversité de leurs quêtes personnelles, quête qui parfois s’entremêle à celles des autres, quête qui au contraire semble parfois s’opposer à celles des autres … J’ai été particulièrement émue par le jeune Yulan, héritier d’une dynastie et de la malédiction associée, qui pense avant tout à sa sœur jumelle alors que l’être qui grandit en lui ne cesse de gagner en puissance. La jeune Stella, avide de connaissances, désireuse de renouer enfin avec l’héritage magique de sa famille, me plait également beaucoup … Sans oublier Vayne, qui se fait certes fort discret mais dont on devine bien les motivations, ainsi que Terek, à qui l’on reproche d’avoir suivi son sens du devoir au mépris des lois martiales implacables. Une chose est sûre : j’ai hâte de retrouver tout ce beau petit monde et de savoir comment ils vont s’en sortir, les uns et les autres ….

samedi 12 juin 2021

Krog Macherok et le venin des Hautes Terres - Guilhem Méric

Krog Macherok et le venin des Hautes Terres, Guilhem Meric

 Editeur : Harmonia

Nombre de pages : 314

Résumé : Le jour où il découvre le corps d'un des siens empoisonné par les vapeurs de la terre, Krog, jeune Gnome Caillassier, prend conscience d'une terrible réalité : ce sont les Hommes et leur sorcellerie qui sont à l'origine du drame qui a frappé jadis sa famille. Il se lance alors en secret dans une mission de sabotage visant les coupables désignés : l'exploitation d'une petite famille de viticulteurs. Il ne s'attendait pas à y croiser la fille du propriétaire, une jeune humaine douée d'étranges pouvoirs sur la nature...

 Un grand merci à Guilhem Meric pour l’envoi de ce volume (et la petite dédicace) et à la plateforme SimPlement pour avoir rendu ce partenariat possible.

 

- Un petit extrait -

« Je ne connaissais rien des Hautes Terres. De ce monde à ciel ouvert dont vous foulez le sol chaque jour. Du frémissement des arbres, du chant joyeux des oiseaux ou des grillons dans leurs nids d’herbes. J’ignorais tout du parfum du thym, de la caresse du vent, du scintillement de la lune dans les flaques d’eau. J’ai vu des chenilles devenir papillons ; des abeilles s’enivrer des fleurs. J’ai senti la vigueur des racines sous mes pieds ; la douceur des feuilles d’un grand chêne sur ma peau. Et au-delà, la chaleur extraordinaire de toute la vie qui m’entourait. […] Je vous ai aidés à vaincre ce faiseur de poisons, c’est vrai. Mais ce n’est pas moi qu’il faut remercier. C’est la nature. Je n’aurai rien pu faire sans elle. Sans son amour pour notre monde et le vôtre. Elle est si discrète, si subtile que vous oubliez parfois combien elle nous aime. Combien sa force de vie accompagne chaque jour tout ce que nous sommes. Croyez-moi, la vraie magie est en elle. Et il faut que nous la préservions. »

- Mon avis sur le livre -

 On dit que la vie fait parfois bien les choses … mais parfois, il arrive également qu’elle les fasse plutôt mal, n’en déplaise aux plus optimistes ! Figurez-vous qu’au printemps dernier, j’étais toute heureuse de pouvoir, pour la toute première fois de ma vie, participer à une campagne de financement participatif  afin de financer l’édition de ce roman, toute heureuse de pouvoir enfin soutenir l’auteur autrement qu’en écrivant des chroniques sur ce petit blog déserté, tout en permettant d’offrir des exemplaires à des enfants hospitalisés … mais voici que cette première campagne n’a pas aboutie. Et lorsque la seconde a été lancée il y a quelques mois, ma situation personnelle et familiale était bien trop compliquée pour que je puisse renouveler mon soutien, à mon grand désarroi car je tenais vraiment à contribuer à ce projet ! Nous voici donc de retour à la case départ : c’est par le biais de cet humble petit article que je vais, une fois de plus, tâcher d’apporter mon petit coup de pouce à Guilhem Meric, puisque les galères imprévisibles de la vie m’ont empêchée de le faire d’une autre manière ! On ne change pas une équipe qui gagne, parait-il, n’est-ce pas ?

Krog Macherok est un jeune Caillassier d’une douzaine d’années presque comme tous les autres gnomes de son village souterrain. Après tout, il a les mêmes yeux gris perle, la même peau cireuse et le même odorat lui permettant de sentir la présence d’émeraude à des lieux à la ronde … il est juste beaucoup trop grand, beaucoup trop élancé, et son visage est beaucoup trop fin pour passer totalement inaperçu. Jusqu’à présent, toutefois, sa différence n’avait jamais pesé au jeune Krog : ceux de son clan l’avaient toujours accepté tel qu’il était. Mais lorsqu’un cataclysme tel qu’aucun gnome n’en a jamais vu détruit totalement le village, lorsque le jeune Krog désormais orphelin est recueilli par son oncle, Grand-Mestre des Feuillus, le fardeau de la solitude et du rejet s’ajoute au poids de la peine et de la rancune. Car Krog en est convaincu : ce sont les Sinoks, les hommes, qui sont à l’origine de cette catastrophe qui a couté la vie à ses parents et à des dizaines d’autres gnomes innocents. Bien décidé à venger les siens, au mépris de tous les interdits, le jeune Caillassier monte sur les Hautes Terres, prêt à en découvre avec ceux qui ont détruit son foyer. Mais sa quête de vengeance tourne court lorsqu’il tombe sur une petite humaine non seulement capable de le voir sans Fleur de Fée mais également capable de contrôler la terre …

 Tout commence par un drame : en quelques minutes à peine, un village tout entier est rasé, des morts jonchent le sol, des cris et des pleurs s’élèvent à chaque coin de rue, c’est la panique et le désespoir. Une scène qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celles qu’aiment nous passer et repasser en boucle les journaux télévisés lorsqu’une catastrophe naturelle s’abat à l’autre bout du globe … à ceci près que ce ne sont pas les êtres humains qui courent, meurent et hurlent, mais des gnomes. Les rencontrer dans une situation aussi semblable à celle que vivent tant d’hommes, de femmes et d’enfants sur notre planète fait immédiatement naitre une sympathie à l’encontre de ces petits êtres féériques qui fourmillent dans les profondeurs de la terre. On ne peut que compatir à leur peur et à leur douleur alors qu’ils voient leur foyer de toujours tomber en ruine, alors qu’ils voient leur époux, leur père, leur frère, leur fils mourir écrasés sous les décombres ou asphyxiés par la poussière. Pauvres petits gnomes, et surtout pauvre petit Krog : notre héros n’a qu’une douzaine d’années, ce n’est encore qu’un enfant, et voici qu’il se retrouve orphelin, à la merci de la discrimination que lui font vivre les membres du Clan de son oncle à cause de sa différence … comme si perdre ses parents et sa maison n’était pas une peine suffisante pour un jeune gnome qui n’a jamais rien demandé à personne !

Mais ce n’est pas seulement de la peine que nous ressentons pour ce pauvre Krog … mais aussi de la honte. Car nous comprenons bien vite que c’est l’activité humaine qui a causé ce drame … et qui en cause bien d’autres. A travers le regard de ce petit être qui vit en harmonie parfaite avec la nature et qui souffre lorsqu’elle souffre, nous prenons pleinement conscience de l’impact néfaste que nous autres humains avons sur cette nature, sur la biodiversité. A vouloir produire toujours plus, toujours plus vite, toujours plus facile, nous appauvrissons, desséchons, épuisons, assassinons la terre. Au nom de quoi ? L’argent, bien évidemment. Pour s’enrichir toujours plus, des laboratoires de produits phytosanitaires peu scrupuleux vont jusqu’à fournir aux agriculteurs les plus crédules ou fauchés des pesticides et désherbants « miracles » qui font certes des merveilles contre les insectes et herbes indésirables, mais qui appauvrissent tant et si bien le sol que ces paysans leur mangent ensuite dans la main quand ils leur proposent des fertilisants « miracles » pour résoudre ce problème … Nous avons souvent tendance à accuser les agriculteurs, mais ce roman nous rappelle que bien souvent, ce sont eux les premières victimes de ce système infernal, de cette quête incessante au rendement, à la productivité, à la compétitivité. Ils sont bien souvent les premiers à mourir à petit feu à cause de ces poisons qu’ils sont obligés de déverser dans les sols s’ils veulent avoir une chance de rembourser leurs prêts bancaires, s’ils ne veulent pas finir au bout d’une corde après avoir perdu les terres familiales …

Tout comme nous, Krog s’est laissé prendre au piège des évidences : c’est au vigneron qu’il en veut, viscéralement, c’est lui qu’il tient responsable de tous ses malheurs. C’est de lui dont il veut se venger. Difficile de lui en vouloir, on comprend bien sa peine et sa colère … Mais bien sûr, les choses ne vont pas se passer tout à fait comme prévu ! Car même si j’ai avant tout mis l’accent sur le message écologique qui se cache derrière ce roman (car vous le savez, c’est une cause qui me tient à cœur, et j’aime mettre en valeur les messages que nous transmettent les histoires), il ne faut pas oublier que c’est avant tout un roman que nous offre l’auteur ! Un roman riche en rebondissements et en révélations qui vous fera passer par toute la gamme des émotions, du « do » de la peur au « si » de la joie en passant par le « fa » de la surprise et le « ré » de la tristesse … Comme tout bon conte de fée qui se respecte, celui-ci fait vibrer en nous cette petite corde de l’imaginaire et du rêve, cette petite corde qui nous relie à l’invisible et au mystérieux : qui ne s’est jamais demandé d’où venaient ces petits cercles d’herbe autour des arbres de la forêt, qui ne s’est jamais demandé à quoi servaient les aigrettes de pissenlit que tous les enfants aiment tant souffler au vent ? Et comme tout bon récit de fantasy qui se respecte, celui-ci joue du tambourin avec notre cœur qui s’emballe lorsque notre brave Krog se lance dans sa quête ou découvre une incroyable vérité …

En bref, vous l’aurez bien compris, je suis vraiment tombée sous le charme de ce « conte éco-féérique » qui m’a fait sourire, pleurer, trembler, sursauter … Je me doutais bien que j’allais l’aimer, cela ne faisait pas le moindre doute, mais je ne m’attendais tout de même pas à être aussi émerveillée par ce bref petit roman qui nous invite à voir notre monde à travers le regard d’un membre du Petit Peuple ! Et qu’est-ce qu’il est beau, notre monde, qu’est-ce qu’il est riche, qu’est-ce qu’il est vivant ! A condition, bien sûr, que nous ne l’étouffions pas sous nos dalles de bétons, que nous ne le noyions pas sous nos torrents de produits chimiques, que nous ne l’asphyxions pas de nos gaz à effet de serre. A condition, donc, que nous prenions soin de lui autant qu’il prend soin de nous. A condition que nous soyons aussi courageux que ce brave petit Krog qui, accompagné de son fidèle petit compagnon hérisson et de ses nouveaux amis, va braver tous les dangers et les interdits pour faire changer les choses une bonne fois pour toute … car « on n'est jamais trop petit pour faire une différence », comme le dit la jeune Greta ! Guilhem Meric nous offre donc ici un récit qui ravira petits et grands, à lire et faire lire à ceux et celles qui aiment rêver ainsi qu’à ceux et celles qui aiment notre douce Terre …

samedi 5 juin 2021

Les enfants du chaos - Ellie Gapr

Les enfants du chaos, Ellie Gapr

 Editeur : Gulf Stream

Nombre de pages : 279

Résumé : Sur la Terre décimée par les catastrophes climatiques, les enfants du don, capables de maîtriser les éléments naturels, sont objets d’espoir et de convoitise. Sevane, jeune rebelle à l’esprit libre, est prête à tout pour garder secrets les pouvoirs de sa sœur. À l’autre bout du monde, Lake, adolescent privilégié, accepte d’utiliser les siens pour gagner l’estime de son père. Et puis il y a Awa, la petite chuchoteuse. Les épreuves qu’elle traverse nourrissent une colère prête à s’embraser…

 Un grand merci aux éditions Gulf Stream pour l’envoi de ce volume.

 

- Un petit extrait -

« Dans les yeux se décelait une terreur sans nom. Épouvantés. Ils étaient épouvantés par ce bataillon de gosses plus ou moins jeunes, sur les fronts desquels ils lisaient une colère d’autant plus singulière qu’elle était juvénile. Pure. Destructrice. Dans ces regards noirs, bleus, marron ou verts transparaissait la folie de l’enfance qui peut tout ravager, terriblement radicale et bien trop perspicace (…) Quelque chose qui vengerait la terre épuisée, le vivant piétiné et leur enfance arrachée. Tous, ici, pourraient mourir sur un battement simultané de leurs cils.  »

- Mon avis sur le livre -

 Je me fais sans doute inutilement du mal, mais je ne peux pas m’empêcher de regarder des documentaires tels que « Notre planète » ou « La Terre, la nuit » … Des images à couper le souffle qui nous rappellent toutes les merveilles qu’abrite notre planète et qui, bien souvent, me tirent les larmes aux yeux : tant de beauté, tant de richesse, tant de vie ! Des images percutantes qui nous rappellent que nous devrions protéger à tout prix cette Terre si généreuse et si accueillante mais qu’au contraire nous la décimons sans le moindre remord pour satisfaire nos petites envies égoïstes d’êtres humains se croyant au-dessus de tout. Mais aussi des images porteuses d’espoir, parfois, qui nous rappellent la formidable résilience de la nature, qui est capable de renaitre de ses cendres si seulement nous lui laissons la possibilité de le faire, en cessant de l’exploiter jusqu’à la moelle au nom de la sacro-sainte croissance économique. Il y a quelques années encore, j’avais la naïveté de croire que ces images suffiraient à faire bouger les choses, qu’elles feraient prendre conscience à l’humanité qu’il est encore possible de sauver notre maison commune … Mais désormais, je pense que montrer la beauté de la Terre n’est plus une motivation suffisante pour donner aux hommes l’impulsion nécessaire pour changer d’habitude. Alors peut-être qu’il faut au contraire montrer l’atrocité en approche, pour qu’ils aient envie d’éviter cet enfer imminent …

L’enfer, Sevane, Lake et Awa n’ont connu que cela : d’aussi loin qu’ils se souviennent, le monde n’a jamais été que canicules, tornades, inondations, blizzards, catastrophes naturelles, économiques ou sociales, disparitions incessantes d’espèces animales, émeutes, coupures d’électricité. En Arménie, la jeune Sevane s’efforce coute que coute de chiner quelques boites de conserve pour sa sœur jumelle et elle, tout en protégeant les enfants du quartier des rafles organisées par le cruel Agop. Aux Etats-Unis, le jeune Lake s’efforce coute que coute d’être à la hauteur des exigences démesurées de son père, secrétaire d’état à la Défense, alors que tous ses amis quittent un à un le pays pour rejoindre l’Europe. Au Mali, la toute petite Awa, que tout le monde pense sourde ou idiote, voire les deux, s’efforce coute que coute de suivre la cadence infernale de l’exode auquel les contraint les tempêtes meurtrières à répétition, tandis que gronde dans sa tête des murmures incessants et infernaux dont elle ne comprend pas le moindre mot. Sevane, Lake et Awa ne se connaissent pas, ils sont séparées par des centaines de milliers de kilomètres, mais ils sont pourtant liés par quelque chose qui les dépasse : ce pouvoir qui leur permet de maitriser l’un ou l’autre élément naturel. Don ou malédiction ?

« Nous sommes les enfants du chaos. Du chaos à venir, peut-être. De celui advenu, surtout. Faut pas pleurer : on est juste les gosses de l'enfer. Vous savez bien, celui que vous avez créé » … Des premières phrases rudes, brutes, qui illustrent bien ce qui nous attend dans ce roman. Nous plongeons dans un monde dévasté mais pas encore ravagé : la fin du monde, tant prophétisée, tant proclamée, tant fantasmée, est en passe de basculer dans la réalité. Cela ne s’est pas fait du jour au lendemain, cela s’est fait lentement, imperceptiblement : année après année, les températures ont augmentées, un degré par ci, un degré par là ; année après année, les ouragans se sont multipliés, une tornade par ici, une tempête par là ; année après année, les inondations ont proliférés, une ville engloutie par ici, une région submergée par là. Jusqu’à ce que, progressivement, aucun pays du monde ne soit épargné. Jusqu’à ce que l’économie, bouleversée par la disparition progressive des ressources naturelles et par les changements démographiques, sombre à son tour. Jusqu’à ce que l’électricité vienne à manquer drastiquement, jusqu’à ce qu’internet lui-même cesse de tisser sa toile invisible tout autour de la planète. Ce n’est qu’à ce moment-là, alors qu’il était déjà trop tard, que l’humanité a pris conscience qu’elle avait complétement merdé … et qu’elle en subissait désormais les conséquences.

Mais les plus à plaindre, dans cette histoire, ce sont bien les enfants : eux n’ont rien fait pour mériter ce triste sort, mais ils payent le prix fort pour les erreurs des générations qui les ont précédés. Ils sont les « héritiers » de cette Terre à bout de souffle qui, après avoir vaillamment supporté toutes les blessures que l’homme lui a infligé pour satisfaire ses « besoins » toujours plus démesurés, se révolte enfin contre ses bourreaux dans l’espoir de pouvoir renaitre de ses cendres. Et tout comme notre planète, Sevane, Lake et Awa brulent d’une colère indicible : ils en veulent à leurs ainés qui, alors qu’ils savaient pertinemment bien ce qu’ils faisaient, ont tout de même continué leurs agissements mortifères sans jamais penser aux générations futures, car il était bien plus important à leurs yeux de continuer à aller tremper les pieds dans un océan à l’autre bout du monde plutôt que de profiter du petit lac près de chez eux, car il était bien plus important à leurs yeux de continuer à jouir de leur petit confort, de leurs petits loisirs, que de songer à préserver la planète qu’ils allaient léguer à leurs enfants. A partir du moment où eux étaient heureux, peu leur importait les conditions de vie des générations à venir : chacun pour soi, ils n’auront qu’à se démerder avec ce qu’ils auront.

Et comme si cela ne suffisait pas, comme s’il n’était déjà pas assez cruel de leur laisser une coquille vide en guise de planète, il faut encore que les adultes exploitent ces enfants nés avec un « don », celui de maitriser les éléments. Plutôt que de faire face à leurs responsabilités face au chaos qu’ils ont généré par leur égoïsme et leur passivité, ils préfèrent envoyer ces gosses sur le front des cataclysmes climatiques : encore une fois, ils se dédouanent de toute responsabilité et font peser sur les frêles épaules de gamins innocents la survie de toute l’humanité … A travers les histoires croisées de Sevane, à la recherche de sa sœur, Lake, en quête de reconnaissance paternelle, et d’Awa, le cœur déchiré par la douleur, ce sont les conséquences de l’avidité et de l’inactivité de notre génération que le lecteur découvre. Ces trois gamins ne cherchent pas à sauver le monde, ils ne souhaitent rien de plus que panser leurs blessures, ce ne sont pas des héros bienveillants, ils sont bien au contraire porteurs « d’une vengeance sans nom et d’une souffrance sans pareille » … Mais parce qu’ils osent se révolter, parce qu’ils osent se dresser contre les ordres des adultes qui reproduisent inlassablement les mêmes erreurs, parce qu’ils ont bien compris qu’ils doivent prendre les choses en main s’ils veulent que les choses changent vu que les adultes sont incapables de prendre les bonnes décisions, ils vont être les pousses à partir desquelles bourgeonnera le monde nouveau. Les petits bourgeons de la Terre qui ne demande qu’à renaitre.

En bref, vous l’aurez bien compris, c’est un roman coup de poing, coup de gueule, qui m’a énormément secouée, mais qui m’a surtout énormément plu. C’est un roman-choral d’une « simplicité » inouïe : pas de sous-intrigues emberlificotées destinées à allonger artificiellement le récit comme aiment le faire tant d’auteurs de nos jours, juste une histoire dans toute sa sobriété et sa puissance. Trois gamins, ordinaires en dépit de leurs capacités extraordinaires, trois gosses plongés au milieu d’un enfer dont nous sommes les créateurs, trois enfants sans avenir qui ne baissent cependant jamais les bras et continuent à avancer au cœur de ce futur incertain, car ils sentent au plus profond de leur être qu’ils doivent avancer, qu’ils doivent faire quelque chose. Trois chemins totalement opposés qui finissent malgré tout par se rejoindre, trois petites mains fragiles qui se tendent pour reconstruire ensemble ce que les hommes ont détruits en se dressant les uns contre les autres. Le jeune homme des milieux favorisés, l’adolescente de la classe moyenne et la gamine des pays les plus pauvres, main dans la main pour bâtir une humanité nouvelle qui ne se battra plus avec la Terre mais qui, au contraire, l’écoutera pour mieux vivre avec elle. Trois cœurs qui battent à l’unisson et qui nous invitent, nous aussi, à oser aller à contre-courant, à cesser cette fuite éperdue vers le progrès illusoire pour renouer avec ce qui est vraiment important et essentiel. Vraiment, c’est un très beau roman, très puissant, que je recommande à cinquante-mille pourcents !