mercredi 28 octobre 2020

Nous, les enfants sauvages - Alice de Poncheville


Nous, les enfants sauvages, Alice de Poncheville

Editeur : l’école des loisirs
Nombre de pages : 408
Résumé : Une fois la drôle de bête glissée dans son sac, Linka songea qu’elle allait peut-être s’attirer de gros ennuis. L’article 1 était explicite : toute personne en contact avec une vie non humaine devait l’éliminer. Non humaine, la bête l’était assurément, mais de quel animal s’agissait-il ? Même dans les vieux documentaires animaliers qu’on leur montrait à l’orphelinat, Linka n’avait jamais croisé ce drôle de poisson aérien qui changeait de forme à volonté. Malgré la surveillance constante dont elle faisait l’objet, la jeune fille était parvenue à la cacher. Avec Vive à ses côtés, Linka se sentait étrangement plus forte et capable d’affronter les menaces  …

- Un petit extrait -
« - Il ne faudrait jamais rien dire des idées qu'on a dans la tête, dit Milo.
- Pourquoi ? Les idées ne sont que des idées, lui répondit Linka.
- Je rêve parfois que la ville prend feu, murmura Oska. On part tous vivre dans la forêt. Et il y a des oiseaux. Ils mettent longtemps à venir nous voir parce qu'ils ont peur. Et puis un jour, ils se posent sur les toits de nos cabanes. C'est mal ?
La bouche d'Oska tremblait. Elle racontait son rêve comme on avoue un crime.
- Personne n'interdit les rêves, dit Linka.
- Mais les rêves, c'est comme des idées, répliqua la petite.
- Personne n'interdit les idées non plus. Ils veulent juste te faire croire que tu ne dois pas avoir d'idées. Surtout des idées différentes des leurs. Mais ça aussi, c'est juste une idée.
Avec Linka, ils avaient eu cette discussion de nombreuses fois. Ils étaient d'accord. Avoir des idées était leur passe-temps favori ; les échanger leur permettait de comprendre le monde, d'échafauder un avenir ou encore de relâcher les tensions. Il y avait sûrement de mauvaises idées, mais on les contrait avec des bonnes. Interdire les mauvaises idées, au fond, c'était interdire de penser.  »
- Mon avis sur le livre -

Après plusieurs années de « faux départs », l’heure du déménagement semble enfin avoir sonnée pour de bon : au moment où j’écris ces quelques lignes, cela fait une bonne dizaine de jours que nous enchainons remplissage de cartons sur démontage de meubles, intensivement, compulsivement presque. Jour après jour, la maison se vide de son âme de foyer pour se remplir de labyrinthes de cartons : c’est à la fois éprouvant, car c’est assez difficile de se dire que nous allons bientôt quitter « pour de vrai » cette demeure dans laquelle nous avons passé quatorze années de notre vie, et plutôt excitant, car nous allons enfin concrétiser un rêve datant de presque dix ans … Autant vous dire que je trouve rarement le temps et l’énergie pour me plonger dans un roman : chaque minute de notre journée est consacrée à ce déménagement imminent, et le soir, je n’ai plus la force de me concentrer sur quoi que ce soit. Il m’a donc fallu pas mal de temps pour venir à bout de ce magnifique petit roman, mais le côté positif, c’est que j’en ai amplement profité !

Comme tous leurs camarades de la 16ème Maison des Enfants, Linka et sa jeune sœur Oska ont perdu leurs parents au cours de la terrible épidémie qui déferla sur le monde quelques années auparavant. Entre les murs de cet orphelinat dirigé d’une main de fer par la terrifiante Mme Loubia, la jeune fille a bien souvent le sentiment d’étouffer : elle doit sans cesse veiller à ne pas laisser sortit les idées qui s’agitent dans ses pensées, s’assurer qu’elle ne laisse rien filtrer de la révolte qui grandit peu à peu en elle. Car Linka ne supporte plus le quotidien monotone et rigide de la 16ème Maison, elle rêve de spontanéité et de liberté, elle rêve d’inconnu et d’inattendu … Son rêve va être exaucé par la découverte d’une drôle de bestiole qui change de forme à volonté, et qu’elle décide de garder au mépris des règles et du danger. Mais l’apparition de Vive dans sa vie marque aussi le début de toute une série de bouleversements auxquels Linka, Oska et leur ami Milo n’étaient pas préparés …

Qu’il est difficile de trouver les mots justes pour parler de cette dystopie post-apocalyptique pas tout à fait comme les autres, qui n’hésite pas une seule seconde à sortir des sentiers battus pour nous offrir une histoire d'une beauté et d'une puissance à couper le souffle ! Le postulat de base reste pourtant assez classique : une terrible épidémie propagée par les animaux qui décime un tiers de la population humaine, la réaction immédiate des autorités qui décident de noyer le poisson dans l’œuf en abattant sans sommation tous les animaux pour stopper le virus, la mise en place d’une nouvelle société plus aseptisée pour rebâtir l’humanité … De la même manière, nous retrouvons le « cliché » de la jeune orpheline un peu rebelle qui refuse de se laisser endoctriner par la propagande bien-pensante de ses professeurs et éducateurs … Mais faites-moi confiance, au bout de quelques pages à peine, vous aurez complétement oublié que ce schéma a déjà été exploité à de nombreuses reprises auparavant : l’autrice a vraiment su sublimer ces codes du genre pour offrir à son lectorat un récit profondément innovant et poignant, original et génial.

Contrairement aux autres auteurs du genre qui se sentent souvent obligés d’en « faire des tonnes » pour poser le contexte du post-apocalyptique ou de la dystopie, en nous présentant tantôt un monde qui tombe totalement en déliquescence, tantôt une société si réglementée que cela en devient absurde, Alice de Poncheville a tout misé sur la sobriété, la simplicité, et cela rend ce récit autrement plus crédible, plus tangible. On s’y croit vraiment. Il n’y a qu’un tout petit pas à franchir pour passer de notre réalité à ce futur qui a tout de probable, de plausible, de possible. La surexploitation des terres agricoles pour alimenter l’élevage intensif, l’utilisation grandissante des produits phytosanitaires pour augmenter le rendement, les conditions déplorables dans lesquelles « vivent » et meurent les animaux d’élevage … Voilà ce qui est à l’origine de l’effondrement dépeint dans cet ouvrage, et c’est quelque chose que nous n’avons pas besoin d’imaginer car nous savons tous pertinemment que c’est la sombre réalité de notre monde, une vérité que l’on tente pourtant à tout prix d’oublier pour ne pas avoir à changer nos habitudes. Mais viendra un jour où nous n’aurons plus le choix : c’est dans la douleur que s’opérera ce bouleversement, et il sera bien plus radical. Ce futur, c’est le nôtre. Dans un avenir pas si lointain que cela.

Et la petite Oska, la jeune Linka, le jeune Milo, c’est toi et c’est moi, ce sont nos enfants ou les enfants de nos enfants : des gamins qui portent sur leurs frêles épaules d’orphelins les erreurs des générations passées, nos erreurs également. Dans ce futur, ce ne sont plus les animaux qui s’entassent dans des bâtiments insalubres, sans jamais voir la lumière du jour, ployant sous la crainte de recevoir un coup s’ils n’avancent pas assez vite. Dans ce futur, ce sont les enfants qui se massent dans des centaines d’orphelinats, à l’emploi du temps implacable et intenable, où le moindre écart est sévèrement puni et où la moindre incartade est durement réprimée. Ces orphelins, ces moins que rien, sont destinés à alimenter le système, à se payer les sales boulots pour que les privilégiés puissent continuer à vivre dans leur petit cocon confortable … Provoquant parallèle avec ces bestiaux nourris aux hormones de croissance pour finir plus rapidement dans notre assiette et faire tourner l’économie. Pauvres innocents, pauvres bêtes et pauvres enfants, qui se confondent progressivement au fur et à mesure que nous découvrons ces fameux enfants sauvages du titre …

Car les enfants sauvages, ces Déserteurs qui ont fui le système pour se réfugier dans les forêts où vivent encore en secret quelques écureuils, quelques oiseaux ayant réussi à échapper à l’abattage systématique, nous rappellent à quel point nous avons besoin des animaux et à quel point ils ont besoin de nous. Ils nous réapprennent cet équilibre brisé, cette harmonie rompue. Ils nous inventent à retrouver cet émerveillement face à l’envol d’un moineau, ce ravissement face au sautillement d’un lièvre, cet enchantement face à la vie qui danse dans le regard de n’importe quel animal. Aussi étonnant que cela puisse paraitre, alors même que la pauvre Linka lutte contre le reconditionnement, alors même que la pauvre Oska se retrouve seule au monde, alors même que le pauvre Milo hésite à tourner le dos à l’ordre bien établi, c’est un roman incroyablement lumineux que nous offre l’autrice. C’est une petite étincelle d’espérance au milieu de la nuit de la peur, c’est l’insouciance enfantine qui se dresse face à l’intransigeance des adultes. C’est par la douceur qu’Alice de Poncheville délivre son message, bien plus que dans la violence … et croyez-moi, c’est autrement plus porteur !

En bref, vous l’aurez bien compris, j’ai tout simplement été subjuguée par ce récit profondément poignant, admirablement émouvant, et particulièrement prenant. Avec beaucoup de délicatesse et de simplicité, de tendresse et de sobriété, l’autrice nous fait vivre une aventure bouleversante dont on ne ressort pas tout à fait indemne. C’est une histoire qui coupe le souffle, qui nous serre le cœur, qui nous tire les larmes aux yeux. C’est une histoire désarmante, saisissante, touchante, qui ne peut pas laisser indifférent. Car ce n’est pas seulement une histoire, c’est aussi une lettre d'amour envers le monde animal qui souffre de la folie des hommes, une lettre d'excuse à destination de notre terre mutilée par notre démesure et une lettre d'espoir et de courage pour les générations à venir incarnées dans le lecteur. C’est un livre qui nous rappelle que l’essentiel n’est pas toujours là où on le pense, qu’il peut se cacher dans les toutes petites choses oubliées. C’est un récit qui m’a vraiment beaucoup émue, un récit très beau et profond magnifié par une plume très riche et poétique. Un vrai coup de cœur, que je conseille sans la moindre restriction : c’est une vraie merveille qui devrait vraiment être lue par le plus grand nombre !

dimanche 25 octobre 2020

Top 5 : Ces sagas que j’aimerai lire prochainement

- Top 5 : Ces sagas que j’aimerai lire prochainement -

 C’est le retour des tops ! Et cela grâce à Mange-Nuages qui a mis en place un petit challenge/jeu que je vous invite à retrouver sur Livraddict ! Un thème par semaine, rien de plus simple, d’autant plus que j’ai décidé de faire ceci sous forme de mini-article pour ne pas me surcharger … Le thème de la semaine n’étant pas encore dévoilé, voici mon thème secours :

 

Ces sagas que j’aimerai lire prochainement

 Vous n’êtes pas sans savoir que j’aime les sagas. Que j’aime énormément les sagas. Au point, parfois, d’acheter tous les tomes avant même d’avoir lu le premier afin de pouvoir les enchainer sans savoir dans quoi je m’embarque. Je vous parle donc aujourd’hui de ces sagas que j’espère bien lire, ou du moins commencer, dans les semaines ou mois à venir …

 Et voici donc mon petit top 5 :

 ▸ La voie des oracles de Estelle Fay

Celle-ci est la seule que je suis quasiment certaine d’effectivement faire rentrer dans mon planning de lecture imminent : le premier tome m’a été imposé dans deux challenges différents, et je pense pouvoir le caser sans soucis dans plusieurs autres (y compris mon objectif « lire une duologie ou trilogie chaque mois), donc j’ai vraiment d’excellentes raisons de le faire passer tout en haut de la pile à lire !

 ▸ Le puits des mémoires de Gabriel Katz

J’ai une furieuse envie de lire du Scrineo en ce moment, je l’avoue … Et j’avais eu un tel coup de cœur pour Aeternia que j’ai vraiment terriblement envie de découvrir une autre saga de ce cher Gabriel Katz ! Enfin, je suis tellement ravie d’avoir enfin réussi à réunir la trilogie (pendant quelques temps, je n’avais que les tomes 1 et 3, pas pratique) que ça me semble être un signe qu’il est temps de m’y mettre !

 ▸ La légende des quatre de Cassandra O’Donnell

Le quatrième et dernier tome va sortir très prochainement, je compte bien le demander pour Noël, et ce sera ensuite l’occasion rêvée pour relire les deux premiers et découvrir les deux suivants (vu que je n’ai toujours pas pris le temps de lire le troisième depuis sa sortie, honte à moi, alors même que j’avais bravé ma phobie sociale pour le faire dédicacer au salon du livre de Colmar) !

 ▸ Le Trône de fer de George R. R. Martin

Sur le coup, je ne compte pas finir la saga prochainement – je ne possède que les trois premiers tomes, de toute façon – mais j’aimerai bien réussir à me caser le deuxième opus dans les mois qui viennent, et ensuite me programmer le troisième … Et ensuite me procurer les suivants dans la même édition pour tenter de garder le rythme, peut-être un tous les deux mois dans l’idéal !

 ▸ Star Wars Legende de Collectif

De la même manière, j’aimerai vraiment avancer de façon plus … régulière dans mon challenge personnel « Que la Force soit avec moi ! ». J’ai réussi à caser le second ouvrage de la liste récemment, j’ai vraiment beaucoup aimé, il faudrait donc continuer dans cette lancée et me programmer la lecture d’un livre tous les deux mois environ … Du moins jusqu’à arriver au terrible moment où j’ai un trou dans la chronologie !

samedi 24 octobre 2020

La 5e vague, tome 3 : La dernière étoile - Rick Yancey


Ma lecture en cours
La 5e Vague3, Rick Yancey
La dernière étoile

Editeur : Robert Laffont
Collection : R
Nombre de pages : 418
Résumé : Cassie a été trahie. Ringer aussi. Et Zombie. Et Nugget. Et les 7,5 milliards d'humains qui peuplaient notre planète. Trahis d'abord par les Autres, et maintenant par eux-mêmes.
En ces derniers jours, les rares survivants sur Terre se retrouvent confrontés au dilemme ultime : sauver leur peau... ou sauver ce qui les rend humains.




- Un petit extrait -
« La douleur est nécessaire. La douleur, c’est la vie. Sans douleur, il n’y a pas de joie. C’est ce que m’a enseigné Cassie Sullivan. »
- Mon avis sur le livre -

Il me semble l’avoir déjà expliqué il y a quelques temps, j’ai pour habitude de me laisser une bonne nuit de réflexion avant d’entamer la rédaction de mes chroniques : cela me permet de laisser « murir » mes idées, et surtout de ne pas écrire sous le coup de l’émotion. Aujourd’hui, je fais une exception à cette règle, pour la simple et bonne raison que cela fait plus de trois-cents pages que je sais ce que je veux écrire. Bien que j’admette que les cent dernières pages du récit m’ont donné quelques éléments nouveaux à intégrer à mes premières impressions, je pense pouvoir sans soucis trouver les mots justes pour exprimer ce que j’ai ressenti tout au long de ma lecture. Lecture qui, je l’annonce tout de suite, a été à la fois fort laborieuse et fort mitigée : c’est un peu comme s’il y avait deux livres en un. Comme si la première moitié et la deuxième n’avaient pas été écrites par le même auteur, ou bien à plusieurs décennies d’intervalle, tant le fossé est grand entre eux. J’y reviens juste après, prenons d’abord le temps de resituer un peu le contexte …

Calfeutrés dans la maison qui servait de base à une Silencieuse chargée d’éliminer méthodiquement tous les humains survivants, Ben, Evan et Cassie tentent de s’accorder sur la marche à suivre. Le premier veut partir à la recherche de Ringer et Teacup, qui auraient dû être rentrées depuis plusieurs jours. Le second se met en tête qu’il doit absolument aller faire sauter le vaisseau des Autres – de ses semblables – avant qu’il ne balance les bombes qui détruiront toutes les villes de la planète. Et la dernière, elle, ne souhaite qu’une chose : protéger son petit frère, ce petit frère qu’elle ne reconnait pourtant plus, qui a oublié le visage de leurs parents et son alphabet mais dort avec un flingue dans la main et fabrique des bombes comme on joue aux Legos. Pendant ce temps, Ringer découvre que tout ce qu’elle tenait pour acquis, tout ce qu’elle croyait, n’est qu’une vaste supercherie, et que rien de ce qu’ils avaient imaginés n’est réel. Mais elle a encore une certitude : elle ne fera pas ce qu’ils attendent d’elle, elle se sera pas leur créature, elle ne sera pas leur pion dans ce vaste jeu d’échecs. L’heure est venue de mettre fin à toute cette histoire …

J’attendais énormément de ce troisième et dernier opus : après tout, j’avais littéralement adoré les deux premiers, et cela promettait du lourd pour ce grand final. Rarement mes espoirs ont été autant déçus qu’ils ne l’ont été avec ce livre : ce fut atrocement laborieux, laborieusement atroce. Pendant un moment, je me suis demandé si je ne m'étais pas trompé de livre : entre Cassie qui n'est plus que l'ombre d'elle-même (elle est où, la grande soeur badass qui est prête à aller décrocher la lune, Saturne et même le Soleil si cela était l'unique moyen de sauver son petit frère adoré ?) et l'intrigue qui prend un revirement complétement parachuté (c'est bien beau de vouloir amener des grandes révélations fracassantes, encore faut-il qu'elles s'inscrivent harmonieusement dans l'ensemble de l'intrigue, ce qui est bien loin d'être le cas ici), j'ai plus d'une fois songé que l'auteur avait bu ou fumé quelque chose de pas très net avant d'entamer la rédaction de ce dernier opus. Disons-le simplement : je me suis ennuyée durant toute la première moitié, et si je m'étais arraché un cheveu à chaque fois que je soupirais ou grognais de frustration, je serai sans doute chauve à l'heure qu'il est.

Heureusement, arrivé au milieu de l'histoire, l'auteur s'est brusquement repris, a redonné son caractère (presque) normal à Cassie, et nous offre à nouveau quelque chose de bien palpitant, de franchement haletant, presque à la hauteur des premiers tomes. Je reste malgré tout assez perplexe quant à LA révélation de l'opus, qui reste bien trop nébuleuse à mon gout : je ne suis clairement pas certaine d’avoir réellement tout compris, et c’est vraiment dommage, car j’ai le sentiment que ça aurait pu être intéressant si cela avait été mieux amené … Car en l’état actuel (et définitif) des choses, à part perdre complétement le lecteur qui ne sait plus du tout ce qu’il en est, et ne sait donc plus contre quoi ou quoi se battent les héros, ça n’apporte rien de bien positif au récit. C’est comme si l’auteur n’avait pas pris la peine d’aller au fond de son idée, qu’il s’était contenté du strict minimum juste pour se « démarquer » des autres romans en proposant un retournement de situation complétement inattendu. Alors certes, c’est vraiment surprenant, complétement ahurissant même, mais ça ne suffit pas pour rendre ce coup de canon acceptable aux yeux du lecteur, qui a besoin de cohérence. 

Mais cela ne m’a pas empêchée d’être totalement captivée par le dernier quart du récit, par ce grand final que je n’espérais plus tant je m’étais trainée sans conviction jusqu’ici. A partir du moment où l’action a refait son apparition, où Cassie est redevenue l’héroïne que j’appréciais tant, à partir de l’instant où elle s’est lancée en compagnie de sa pire rivale dans cette expédition désespérée, j’ai su qu’il fallait se préparer au pire. Je m'attendais à être surprise, je m'attendais à être déchirée, et je l'ai été : je ne m'attendais clairement pas à ce qu'il ose nous faire ça, à ce qu’il aille jusque-là. C'est atroce, mais qu'est-ce que c'est beau aussi. Tout est accompli, pourrait-on dire. Et même si l'auteur nous laisse avec une fin ouverte tout ce qu'il y a de plus cruelle, je trouve que c'est opportun ici : l'histoire est loin d'être terminée, elle ne fait que commencer, l'histoire d'une humanité à la recherche d'elle-même, l'histoire d'une humanité qui doit se choisir elle-même. Car l’humanité, c’est finalement le fil rouge de toute cette trilogie, et c’est cette humanité, brisée mais toujours vivante, que nous retrouvons à la fin de cette histoire.

En bref, vous l’aurez bien compris : ce troisième tome avait franchement mal débuté, mais il s'est relativement bien rattrapé. L’auteur s’est perdu en chemin, mais il a retrouvé son cap pour la fin, et c’est l’essentiel : même si je n’ai pas suivi les nombreux détours qu’il a imposé à son intrigue et à ses personnages, la fin du voyage en valait la peine. Les étoiles dans les yeux de Megan lorsque Ben apporte le sapin de Noël dans leur ultime refuge sont la plus belle des récompenses, tout comme peut l’être l’insouciance presque retrouvée d’un petit Sam à qui on avait littéralement arraché son enfance et même son humanité. Ainsi, même si j’ai eu beaucoup de mal à me plonger véritablement dans ce récit, je vous conseille tout de même cette trilogie : certes, ce dernier opus est quelque peu décevant, clairement moins captivant que les deux premiers, mais c’est vraiment une saga qui prise globalement vaut clairement la peine d’être découverte ! Il faut s’accrocher durant les deux-cents premières pages de ce tome final, mais le reste est vraiment excellent, donc clairement, n’hésitez pas !

mercredi 21 octobre 2020

Un automne de Flaubert - Alexandre Postel (mini-chronique)


Un automne de Flaubert, Alexandre Postel

Editeur : Gallimard
Nombre de pages : 133
Résumé : 1875 : à cinquante-trois ans, Gustave Flaubert se considère comme un homme fini. Menacé de ruine financière, accablé de chagrins, incapable d’écrire, il voudrait être mort. Il décide de passer l’automne à Concarneau, où un savant de ses amis dirige la station de biologie marine. Là, pendant deux mois, Flaubert prend des bains de mer, se promène sur la côte, s’empiffre de homards, observe les pêcheurs, regarde son ami disséquer mollusques et poissons. Un jour, dans sa petite chambre d’hôtel, il commence à écrire un conte médiéval d’une grande férocité – pour voir, dit-il, s’il est encore capable de faire une phrase...

Un grand merci à lecteurs.com pour l’envoi de ce volume dans le cadre du Cercle livresque.

- Un petit extrait -
« Heureux celui qui accorde à son travail suffisamment de consistance, de réalité objective, pour pouvoir se blâmer d’être en retard. En comparaison, la littérature est une bien fuyante occupation : projets avortés, sables mouvants, irréalité perpétuelle – devant une horloge sans aiguilles, qui peut se dire en retard, qui sait s’il est à l’heure ? Qu'on ne s'étonne pas si ceux qui s'y adonnent finissent dans des maisons de fous ou errent dans les cimetières à la tombée du jour, pareils à des fantômes.  »
- Mon bref avis sur le livre -

Je n’avais aucune attente particulière en débutant ce court roman, et j’en ressors avec une certitude : la littérature blanche n’est définitivement pas faite pour moi. Ni tout à fait une biographie, ni tout à fait une fiction, cet ouvrage écartelé entre deux genres n’a tout simplement pas réussi à me faire ressentir une émotion autre que l’indifférence la plus totale. Ce n’était ni bon, ni mauvais, juste quelconque : ni le style ni l’histoire ne m’ont réellement captivée, et c’est plus par habitude qu’autre chose que j’ai parcouru page après page le récit de l’escapade bretonne de Flaubert.

On suit ce dernier dans ses longues complaintes d’hommes déprimé, menacé de ruine financière, incapable d’aligner plus de deux mots sur une feuille de papier. On le suit dans ses baignades en compagnie de deux amis, dans ses visites quotidiennes au vivier-laboratoire où son compagnon dissèque allégrement mollusques et poissons (des scènes atroces qui m’ont donné envie de pleurer), une « petite vie abrutissante » qui, inexplicablement, lui donna l’impulsion nécessaire pour reprendre l’écriture, et aboutit à la rédaction de La Légende de saint Julien l'Hospitalier.

Ces quelques chapitres, durant lesquels nous pouvons voir Flaubert se débattre avec l’histoire, avec le ton, avec le rythme et les sonorités de chaque phrase, le voir hésiter entre deux mots pour trouver le plus juste, le plus percutant, le voir raturer, réécrire, griffonner à nouveau, jusqu’à être satisfait de son paragraphe, ont été les seuls à attirer mon attention. Il y a quelque chose de vraiment fascinant à découvrir le processus créatif de ce grand écrivain qui sort laborieusement de cette panne d’écriture. Quelques descriptions paysagères ont également su briser cette monotonie qui a failli me perdre.

On sent qu’Alexandre Postel s’est longuement documenté pour nous offrir cette « tranche de vie » de Maitre Flaubert, et en cela, on ne peut que louer son travail. Mais pour le reste, je dois reconnaitre être restée totalement hermétique à ce roman bien trop éloigné de mes standards : le style se veut soigné mais n’en est que trop banal et académique, le récit est fort linéaire, parfois entrecoupé par quelques « intrusions » de l’auteur en lieu et place du narrateur. Ce fut intéressant d’en apprendre un peu plus sur ce grand nom de la littérature française, mais ça ne m’a clairement pas transcendée …