samedi 19 janvier 2019

L'assassin de ma soeur - Flynn Berry


L’assassin de ma sœur, Flynn Berry

Editeur : Presses de la cité
Nombre de pages : 266
Résumé : Nora, la petite trentaine, prend le train depuis Londres pour rendre visite à sa sœur dans la campagne. À son arrivée, elle découvre que Rachel a été victime d’un crime barbare. Atomisée par la douleur, Nora est incapable de retourner à sa vie d’avant. Des années auparavant, un événement traumatique a ébranlé sa confiance dans la police ; elle pense être la seule à pouvoir retrouver l’assassin de Rachel. Mais isolée dans ce petit village qui chuchote et épie, isolée – surtout – avec les démons de leur jeunesse sacrifiée, Nora devra souvent se battre avec elle-même pour retrouver la vérité sous la surface brumeuse des souvenirs.


Un grand merci aux éditions Presses de la cité pour l’envoi de ce volume et à la plateforme Babelio pour avoir rendu ce partenariat possible.

- Un petit extrait -

« Si je vais dans sa chambre, je verrai les ombres de l'orme côté sud, jouant sur le parquet. Le chien assoupi, vautré au bas du lit, assez près pour qu'elle puisse le caresser rien qu'en laissant traîner sa main. Et Rachel, endormie. J'ouvre les yeux. »

- Mon avis sur le livre -

Jamais deux sans trois, parait-il : encore une fois, je me suis retrouvée avec un mail de Babelio me proposant de recevoir un thriller sans comprendre ni comment ni pourquoi je suis devenue « novice » en romans policiers et thrillers … Mais je ne m’en plains absolument pas ! C’est fort sympathique – et excitant – de sortir de temps en temps de sa zone de confort littéraire, et c’est bien pour cela que je postule à chaque fois : je peux ainsi découvrir des ouvrages que je n’aurais probablement jamais lu autrement, tout simplement parce que je ne vais jamais fouiner du côté des thrillers à la librairie ou à la bibliothèque … Cependant, si mes deux précédentes irruptions dans le genre ont été couronnées de succès, cette fois-ci, ce ne fut le cas, et mon bilan est plus mitigé : ce n’est pas un mauvais livre, loin de là, mais je ne l’ai pas trouvé si exceptionnel que ne le promettait la quatrième de couverture (indiquant que cet ouvrage a été « encensé par la presse » aux Etats-Unis et qu’il a même reçu un prix) …

Comme tous les week-ends, Nora quitte Londres et se rend chez sa sœur Rachel, qui vit à la campagne. Mais ce soir-là, une macabre découverte l’attend lorsqu’elle entre dans la paisible petite maison : sa sœur git au sol dans une mare de sang, tandis que le chien pend au bout de sa laisse … A partir de cet instant, Nora n’a plus qu’une seule idée en tête : retrouver l’assassin. Tandis que l’enquête de la police piétine, alors qu’elle découvre petit à petit qu’elle ne connaissait finalement pas sa sœur aussi bien qu’elle le pensait, la jeune femme tente désespérément de débusquer le coupable … 

Objectivement parlant, c’est un bon livre : si l’histoire semble au premier abord assez classique (un meurtre, l’enquête policière qui tourne en rond, le proche qui décide de prendre les choses en main à ses risques et périls), elle n’en reste pas moins bien menée et riche en mystères et en rebondissements. Lorsqu’arrive le dénouement final, le lecteur est tout aussi surpris que Nora, mais pas pour la même raison … C’est en effet l’intérêt de ce récit : tandis que généralement, le lecteur est « de connivence » avec le protagoniste-narrateur et est presque « contraint » de penser comme lui, ici, au contraire, le lecteur peut facilement se détacher des conclusions – parfois hâtives – de Nora et se faire sa propre opinion sur l’affaire. Il est en effet difficile de s’attacher réellement et de s’identifier véritablement à la jeune femme : elle vient de perdre sa sœur, la seule famille qui lui restait, mais n’en semble pas si accablée que cela … Si au début, on peut mettre cette indifférence sur le compte du déni, on se demande finalement si cela ne cache pas quelque chose d’autre … et nos soupçons grandissent au fur et à mesure que Nora nous dévoile des bribes de leur passé commun. 

Arrivée au milieu du roman, une fois passée la satisfaction éphémère (« Je sais qui a tué Rachel ! »), j’ai rapidement ressenti une certaine déception : l’idée était intéressante, mais le lecteur trouve trop facilement la solution, tellement c’est gros comme le nez au milieu de la figure ! Sans oublier que c’est un schéma vu et revu dans les polars … Je ne continuais donc que pour savoir comment l’auteur allait parvenir à faire éclater cela au grand jour, comment les personnages allaient arriver à la même conclusion que moi … Et là, l’électrochoc final. J’avais tort. Ce qui me paraissait si évident n’était qu’un leurre, qu’une fausse piste, délibérément mise en place pour induire le lecteur en erreur ! Quelle agréable surprise, vraiment ! Je m’attendais à tout sauf à cela ! Et c’est d’autant plus incroyable que le dénouement ne tombe pas du ciel, il est parfaitement cohérent avec les informations en notre possession, c’est juste que ni Nora ni le lecteur n’avaient songé à creuser dans cette direction … Ce final est vraiment époustouflant car il est à la fois inattendu et prévisible ! Pour son premier roman, l’auteur a donc vraiment bien mené sa barque en menant le lecteur par le bout du nez !

Dans ce cas-là, me direz-vous, pourquoi suis-je tellement mitigée vis-à-vis de ce roman ? Je pense, tout d’abord, que j’attendais trop de ce livre : la quatrième de couverture me promettait « un thriller vorace sur le deuil, le poids des traumatismes et la puissance des liens du sang » … Ces trois éléments m’intéressaient énormément, mais finalement, je ne les ai pas trouvés. Nora ne fait pas son deuil : elle se plonge dans une quête obsessionnelle qui relève bien plus de la névrose que du deuil … Le passé et ses traumatismes sont bien évoqués, mais de façon fort superficielle, ils ne sont que des prétextes pour faire avancer l’enquête tant bien que mal, ils ne pèsent pas réellement sur Nora (et c’est logique, d’ailleurs) … Et pour la puissance des liens du sang, on repassera, Nora étant loin d’être dévastée par la perte de sa sœur ainée. On a limite l’impression qu’elle est plus peinée par la mort du chien ! Je me suis sentie trahie par ce résumé plein de promesses et par le roman qui ne les tient pas. De plus, j’ai eu beaucoup de mal avec la narration : elle était creuse, vide. Elle raconte, oui, mais sans plus. Moi qui aime les narrations vivantes, celles qui transforment les mots en images dans l’esprit du lecteur, celles qui font naitre des émotions dans le cœur du lecteur, je me suis retrouvée face à une narration aussi froide que celle de mon manuel de latin ! 

En bref, ce roman, malgré ses qualités, n’a pas su me convaincre. C’est une lecture divertissante, mais pas captivante : on  veut connaitre le fin mot de l’histoire par simple curiosité, et non par envie dévorante de connaitre le coupable. L’intrigue est fort bien menée, et le dénouement est vraiment fort surprenant, mais cela n’a pas suffi, et je reste sur ma faim. Je m’attendais à un livre bien plus émouvant, bien plus passionnant, bien plus angoissant … Et je suis donc un peu frustrée par cette lecture qui, si elle fut sympathique, est bien loin d’être exceptionnelle. Je conseille donc ce roman à ceux qui cherchent un polar se lisant facilement et rapidement, qui aiment les retournements de situations totalement imprévisibles et qui apprécient les narrations très cinématographiques, sans fioritures … Mais ne vous attendez pas à un thriller psychologique poignant, vous n’y trouverez pas votre compte …

Ce livre a été lu dans le cadre du Challenge de l’été 2018
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Ce livre a été lu dans le cadre du Tournoi des 3 Sorciers
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mercredi 16 janvier 2019

Sommeil aboli - Christophe Mogentale


Sommeil aboli, Christophe Mogentale

Editeur : Librinova
Nombre de pages : 286
Résumé : Après la catastrophe de Chanoo, la guerre civile fait rage au sein du monde de Nanek. Trois hommes s’allient dans la volonté de créer un monde meilleur. C’est ainsi que la cité-bulle de Machia voit le jour. Sa spécificité ? Le Sommeil Aboli, une pilule obligatoire qui neutralise votre besoin de sommeil. Le temps vous appartient désormais, mais plus celui de rêver. Considéré comme un loisir illégal, ce que l’on appelle dorénavant les drims, est devenu une nouvelle drogue. Arty Halfidre est un drimeur, brisant les règles du Sommeil Aboli, il vend ses propres rêves. Travaillant entre Machia et les extérieurs, il se retrouve impliqué malgré lui dans les complots qui visent la cité …

Un grand merci à Christophe Mogentale pour l’envoi de ce volume et à la plateforme SimPlement pour avoir rendu ce partenariat possible.

- Un petit extrait -

« Le rôle d’une société efficace est de rendre ses sociétaires heureux. […] La société n’est rien de plus qu’une volonté collective, éphémère, puisque les gens changent. Ce n’est pas une « super-humanité ». Elle n’a pas à incarner les besoins primaires de ses membres, comme celui de se reproduire et de se propager. Est-ce que Machia assurera notre bonheur après ce que tu as fait ? Non. Tu nous as tous condamnés, mon ami.  »

- Mon avis sur le livre -

Lorsque j’ai commencé la rédaction de mon propre roman, il y a environ un an de cela, j’ai traversé une longue période de doute et de remise en question : mon intrigue n’était-elle pas trop banale, trop « déjà vue », trop « clichée » ? les lecteurs trouveraient-ils un intérêt à un énième roman d’heroic fantasy où le jeune héros est orphelin ? ne serait-ce pas perdre mon temps que de combattre mon perfectionnisme maladif pour coucher laborieusement sur le papier une histoire que nul n’acceptera jamais de lire ? Ce n’est qu’après avoir discuté avec plusieurs autres écrivains en herbe et après avoir épluché nombre de manuels et forums d’écriture que j’ai fini par tordre le cou à ces peurs : au final, tous les auteurs piochent allégrement dans les mêmes archétypes, les mêmes tropes, mais tous écrivent un roman différent … parce qu’on est tous unique ! Le rebondissement final de ce roman – dont je ne dirais rien pour ne pas vous gâcher la surprise ! – sera probablement qualifié par certains de « cliché vu et revu » … mais je l’ai pour ma part trouvé extraordinairement bien exploité et particulièrement cohérent avec l’histoire dans son ensemble. Et en plus, je ne l’ai pas vu venir, preuve vivante de la justesse de son utilisation !

Imaginez une ville qui ne dort littéralement jamais … une ville dont les habitants ne dorment plus. Afin d’offrir à ses citadins tout le temps dont ils ont besoin pour concilier travail et loisirs, vie sociale et vie familiale, la cité-bulle de Machia a rendu obligatoire la prise régulière de comprimés de Sommeil Aboli. Privés de la possibilité de rêver, certains se tournent vers la consommation illégale de drims, enregistrement des rêves des rares rebelles à refuser le Sommeil Aboli … Bien décidé à poursuivre l’œuvre de son défunt père, un des trois pères fondateurs de Machia et créateur du drim, Arty Haldfire est un de ses « fournisseurs » de rêves interdits. Comme tous les Drimeurs, il ignore tout du contenu de ses songes : il est formellement défendu de consommer ses propres rêves. Mais les retours de ses clients sont de plus en plus inquiétants, et le jeune homme se retrouve bien contre son gré embarqué dans une mystérieuse machination …

Je pense ne pas être la seule à regretter de manquer de temps pour faire tout ce que je souhaite : tout comme ma professeure de musique, j’attends avec impatience l’invention de la journée à 48 heures ! Les fondateurs de Machia, bien conscients qu’ils ne parviendraient pas à influencer la vitesse de rotation de la Terre, ont choisi une autre approche pour offrir plus de temps à leurs concitoyens : nous passons plus d’un quart de notre vie à dormir … que de temps gaspillé ! Grâce au Sommeil Aboli, les habitants de la cité expérimentale de Machia profitent de chaque minute de chaque journée ... Mais avoir le temps de s’adonner à tous les loisirs possibles et inimaginables, sans aucune restriction de temps, suffit-il à être heureux ? Est-on réellement libre de faire tout ce que l’on souhaite dans une cité aux lois implacables, où l’on a plus le droit … de rêver ? Comme dans tout système dystopique, le meilleur côtoie le pire, et les beaux idéaux fondateurs se transforment rapidement en dogmes intransigeants … Et comme tout récit dystopique, celui-ci questionne nôtre présent, notre futur, notre humanité … 

On ne va pas se mentir : le début de ce roman est assez lent … un peu trop lent, même. L’introduction traine en longueur, et on se demande quand l’action va enfin pointer le bout de son nez, on s’interroge quant aux enjeux de cette intrigue à peine ébauchée … Et soudainement, sans crier gare, Arty est entrainé dans une spirale infernale de découvertes toujours plus inquiétantes, dans un tourbillons d’événements toujours plus dramatiques. On en oublie totalement la longueur du début, happé que nous sommes par cette déferlante de révélations aux implications toujours plus alarmantes. Et les machinations qu’Arty dévoilent se mêlent et s’entremêlent, le bien et le mal se confondent jusqu’à disparaitre : qui sont les gentils, qui sont les méchants ? y a-t-il des gentils, y a-t-il des méchants ? ou bien n’y a-t-il que des hommes aux rêves aveuglés, aux espoirs brisés, qui s’imaginent détenir la clé du bonheur universel ? Les rebondissements s’enchainent, et alors, plus question d’interrompre sa lecture une seule seconde : on a envie, besoin, de savoir comment tout cela va bien pouvoir se terminer !

Ce livre a cela de particulier qu’il dégage une ambiance vraiment particulière, que je n’ai rencontrée nulle part ailleurs : c’est comme si nous étions suspendus hors du temps … Comme si l’histoire nous glissait entre les doigts, sans jamais se laisser saisir totalement, tel un mirage qui se désagrège lorsque l’on s’approche trop prêt. On se laisse porter, sans vraiment saisir toutes les nuances des nombreuses révélations qui s’imposent à nous, comme si tout cela n’avait finalement aucune importance. C’est un peu comme lorsque vous avez une grosse crise de migraine et que, abruti par les médicaments, vous avez le sentiment de flotter à l’intérieur d’une bulle de coton : le monde tourne autour de vous, mais vous n’en faites plus tout à fait partie … La narration est à la fois épurée et poétique, comme si l’auteur jouait les funambules avec les mots. C’est vraiment une sensation très étrange, agréable mais perturbante …. Quelque chose nous échappe, on le sent confusément, quelque chose d’important pourtant, quelque chose de crucial. Et ce quelque chose, l’épilogue nous le dévoile, et on tombe des nues. Tout s’explique, y compris et surtout cette drôle d’ambiance ! On sait à présent d’où nous vient cette impression aussi familière qu’insaisissable qui nous a titillé durant toute la lecture ! C’est assez « classique », comme révélation finale, mais ici, ça a vraiment un sens, tout en représentant une énorme surprise, donc c’est génial !

En bref, vous l’aurez bien compris, j’ai vraiment apprécié ce roman ! Après un début un peu lent, un peu long, nous voici entrainés dans une histoire rocambolesque et fantasque aux nombreux rebondissements et qui ouvre la voie à de nombreux questionnements forts intéressants. Il m’est arrivé à plusieurs reprises d’être un peu perdue face aux nombreuses découvertes faites par le personnage principal, mais cela ne m’a clairement pas empêchée de profiter de cette histoire ! Je suis vraiment bluffée par la qualité de ce premier roman, qui souffre certes de deux ou trois maladresses narratives sans importance, mais qui offre surtout à ses lecteurs une expérience littéraire vraiment inédite ! Roman à double-niveau de lecture, Sommeil aboli plaira autant aux amateurs de science-fiction qu’aux adeptes de romans atypiques ! Foncez sans hésitation !

Ce livre a été lu dans le cadre du Tournoi des 3 Sorciers
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samedi 12 janvier 2019

The prison experiment - Eric Costa


The prison experiment, Eric Costa

Editeur : Autoédition
Nombre de pages : 662
Résumé : Zone 51, désert du Nevada. Un dôme immense, à la peau cuivrée, se dresse tel un monstre sous les étoiles. Son nom : « L’Œuvre », prison expérimentale secrète dotée d'une intelligence artificielle. Nul ne sait ce que recèle l’édifice depuis que la CIA en a perdu le contrôle. Que sont devenus les 5300 détenus, livrés à eux-mêmes après sept ans d'abandon ? Un commando de douze hommes et une femme pénètre en secret dans ce labyrinthe mortel. Leur mission : retrouver Dédale, son architecte, à n’importe quel prix.

Un grand merci à Eric Costa pour l’envoi de ce volume et à la plateforme SimPlement pour avoir rendu ce partenariat possible.

- Un petit extrait -

« Ton pire ennemi, c'est toi-même. Comment veux-tu que les autres croient en toi, si tu n'y crois pas toi-même ?  »

- Mon avis sur le livre -

Imaginez le Déluge. Imaginez un vent de tempête. Imaginez le froid polaire. Mêlez les trois, et vous aurez un aperçu des conditions météorologiques que j’ai dû braver pour aller récupérer ce livre dans la boite aux lettres, alors que j’étais déjà fiévreuse … J’ai lutté contre le vent pour ouvrir la porte du garage et pour traverser péniblement la cour, aveuglée par les gouttes sur mes verres de lunettes, trempée jusqu’aux os, décoiffée, frigorifiée, terrifiée à l’idée que le courrier ait pris l’eau … Après une telle épreuve, j’avais bien mérité de me plonger aussitôt dans ce livre si difficilement acquis (et miraculeusement indemne), n’est-ce pas ? Autant vous dire que ce qui était pour moi une éprouvante expédition de sauvetage de livre a rapidement été reléguée au rang de promenade de santé … Car je vous préviens : si vous entrez dans L’Œuvre, c’est à vos risques et périls …

C’est accompagnée de douze mercenaires qu’Elena, hackeuse de génie, pénètre incognito dans cette gigantesque prison expérimentale coupée du monde. Ils n’ont que quelques jours pour retrouver l’architecte de cet immense dôme contrôlé par une intelligence artificielle et le convaincre de les suivre … Plus facile à dire qu’à faire : la carte qui leur a été fournie est incomplète et incompréhensible, des créatures sanguinaires les ont attaqué à peine ont-ils posé le pied dans l’enceinte du bâtiment et d’étranges phénomènes meurtriers surviennent à chaque fois qu’elle tente de se connecter au système informatique … Leur progression est ponctuée de luttes de pouvoir, de pertes déchirantes, de révélations surprenantes et de questionnements. Sortiront-ils vivants de  cet édifice ? trouveront-ils l’homme qu’ils sont venus chercher ? réussiront-ils à percer les sombres mystères de L’Œuvre ?

Dès les premières phrases, l’immersion est totale : nous voici plongé au cœur de l’inconnu aux côtés d’Elena et de ses compagnons, qui s’apprêtent à s’infiltrer dans L’Œuvre, immense dôme perdu au cœur du désert dont nous ne savons absolument rien. Nous découvrons les multiples dangers et les nombreux secrets qui se cachent derrière cette enceinte futuriste en même temps que les personnages. Découvertes qui se font généralement dans les cris et la douleur, dans le sang et la frayeur. Les menaces sont à la fois « naturelles » – désert artificiel, rivière en crue, araignées tueuses ou serpents venimeux – et humaines. Car L’Œuvre est avant tout une prison, dans laquelle sont enfermés malfrats de toute sorte … Cela fait désormais sept ans que ces détenus sont livrés à eux-mêmes, sept ans qu’ils survivent dans cet environnement hostile aux règles variables. D’abord sujets d’une expérience à grande échelle menée secrètement par la CIA, ils sont désormais les marionnettes de celui qui semble être aux commandes de ce bâtiment intelligent. En acceptent cette mission de sauvetage, Elena et ses camarades étaient bien loin de se douter qu’ils allaient, eux aussi, être à la merci de ce mystérieux personnage omniscient …

Ce livre, c’est donc avant tout un huis clos terrifiant et un thriller haletant, riche en rebondissements et en mystères. Aucun temps mort, aucun répit, il se passe toujours quelque chose d’effrayant ou de déstabilisant … au point que, à l’instar des personnages, nous sommes constamment sur le qui-vive, à tenter de détecter le danger avant que celui-ci ne nous tombe dessus. C’est vraiment un livre incroyablement immersif : on se laisse totalement happer par les descriptions, par la narration, au point que l’on en oublie complétement le monde extérieur au fur et à mesure qu’on s’enfonce dans L’Œuvre. On a le cœur qui bat, les mains moites, le souffle court. On a peur, tout simplement, de ce qui pourrait arriver à nos compagnons de papier … J’ai beau ne pas avoir grand-chose en commun avec eux – Dieu merci –, je me suis rapidement attachée à Elena, Jackson, Agellos, Josh et Robert, les quatre protagonistes principaux de ce roman-choral aux multiples intrigues entremêlées. On a peur de ce qui pourrait nous arriver à nous aussi, peut-être. On en vient à se demander comment les détenus ont réussi l’exploit de survivre sept ans à cet enfer … Si tant est, bien sûr, que devenir fou et assoiffé de sang puisse être considéré comme de la survie. 

Car ce livre pose une grande question, reprise sur la quatrième de couverture : « Jusqu’où l’homme peut-il aller pour survivre ? ». Face à un environnement hostile, face à la menace perpétuelle de la mort, que fait l’homme ? La logique voudrait qu’il s’associe avec ses semblables, car l’union fait la force … Mais l’instinct de survie semble privilégier l’individualisme le plus radical, pour lequel il n’y a que deux options : tuer ou être tué, vivre ou mourir. L’autre devient un ennemi, un obstacle à la survie car il convoite la même chose que soi : de la nourriture, de l’eau, un abri. D’une façon ou d’une autre, l’autre est nécessairement une menace, et la bestialité la plus profonde de l’homme lui ordonne d’éliminer cette menace … Mon cours de philosophie sur la conscience morale disait que l’interdit de tuer rassure l’individu car il n’a ainsi pas à craindre en permanence pour son existence. Il ne ressent par conséquent pas le besoin viscéral d’attenter à la vie d’autrui pour se protéger … Or, cet interdit n’est plus d’actualité au sein de L’Œuvre, où les détenus sont parfaitement livrés à eux-mêmes sans la moindre surveillance ou juridiction. Aussi, sachant que l’autre n’aura potentiellement aucun scrupule à le tuer, l’individu poussé par son seul instinct de survie primaire prend les devants pour garantir sa sécurité … C’est un livre qui fait froid dans le dos car il nous présente une vision bien sombre de l’âme humaine … sombre mais malheureusement atrocement réaliste. 

En bref, vous l’aurez bien compris, j’ai beaucoup aimé ce roman ! Cet énorme pavé de plus de six-cent pages se dévore en un rien de temps, tellement il est captivant ! C’est un véritable page-turner au rythme effréné qui n’épargne absolument rien aux personnages comme au lecteur : préparez-vous à vivre une expérience exceptionnelle ! On ne sort pas tout à fait indemne de cette lecture : une fois la dernière page tournée, toute la tension accumulée au fil des chapitres retombe soudainement, brusquement, violemment. C’est comme sortir d’un rêve particulièrement réaliste et haletant. Il m’a ainsi fallu quelques minutes pour reprendre pieds, pour me reconnecter à la réalité et réaliser la puissance narrative de ce que je venais de lire. Une fois mes esprits retrouvé, j’ai commencé à m’énerver toute seule devant le mot « FIN » qui me narguait joyeusement : comment peut-on être aussi cruel et laisser ses lecteurs face à un tel cliffhanger ? quelle idée de jouer à ce point avec les nerfs du lecteur en le laissant face à un final aussi frustrant ? C’est un coup à mourir d’impatience avant la sortie du tome deux, cette histoire … à moins que cela ne soit une bonne excuse pour le relire régulièrement, pour patienter ?

Ce livre a été lu dans le cadre du Tournoi des 3 Sorciers
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