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samedi 1 octobre 2022

L'enfant du Titanic - Leah Fleming (micro-chronique)

L’enfant du Titanic, Leah Fleming

 Editeur : France Loisirs

Nombre de pages : 611

Résumé : 15 avril 1912. Dans l'horreur du naufrage, deux femmes qui n'auraient jamais dû se rencontrer voient leurs destins liés à jamais. Sauvées in-extremis, May et son bébé trouvent chaleur et réconfort dans les bras de Celeste. Une amitié est née, qui se renforce au fil du temps. Mais alors que survivre a donné à Celeste courage et goût de la liberté, May semble n'avoir jamais surmonté le drame. Un lourd secret qu'elle porte depuis le soir du naufrage pèse sur sa conscience...

 

 

- Un petit extrait -

« Rappelez-vous bien ceci : il ne faut jamais avoir peur de prendre des risques pour défendre ses convictions. Suivez votre propre voie, pas celle que d'autres auront choisie pour vous, et vous réussirez votre vie.  »

- Mon avis sur le livre -

 Comme bien des drames de ce monde, le naufrage du Titanic exerce une certaine fascination morbide … et est devenu une source intarissable d’inspiration pour des cohortes entières d’écrivains, de scénaristes, de peintres et de compositeurs. En bonne petite anticonformiste que je suis, j’ai plutôt tendance à me désintéresser complétement de ces récits brodés sur ce genre de tragédie historique. Mais voilà, une de mes amies n’a cessé de me vanter les mérites de ce roman durant toutes nos années lycées … alors quand, à peine quelques mois plus tard, je l’ai trouvé dans une bourse aux livres, je me suis dit que je devais lui donner sa chance. D’une certaine façon, c’est sans doute un bien que je ne l’ai lu qu’une fois notre amitié reléguée au passé : je ne sais pas mentir, je n’aurai donc pas réussi à lui cacher que ce roman ne m’a pas vraiment transcendée. Je l’ai trouvé plutôt quelconque, trop prévisible pour être passionnant.

10 avril 1912. Le Titanic se prépare pour sa traversée inaugurale. Une masse informe de passagers se presse sur les quais, s’entasse sur les ponts du paquebot flambant neuf. Au milieu de cette liesse collective, deux femmes ruminent leurs sombres pensées … Retournant en Ohio après les funérailles de sa mère, Celeste redoute ses retrouvailles avec son colérique de mari. May, quant à elle, est trop anxieuse pour partager l’enthousiasme de son mari qui ne rêve que de leur nouvelle vie en Amérique. Celeste et May n’ont pas le moindre point commun. Mais, serrées l’une contre l’autre sur le même canot de sauvetage, réchauffant autant que possible le nourrisson de May, miraculeusement sauvé des flots par le capitaine, les deux femmes vont nouer une amitié à toutes épreuves … Sauf peut-être à celle du secret, celui que May garde farouchement au plus profond de son cœur : ce bébé n’est pas le sien.

Contrairement à ce que le titre peut laisser penser, le Titanic et son naufrage n’occupent qu’une place infime dans l’intrigue. L’histoire commence en réalité sur le petit canot où Celeste, jeune femme de la haute société, et May, passagère des plus modestes, se rencontrent. Grelotantes, de froid et de peur. Dans ce genre de situation, on en oublie les différences sociales : on se serre les coudes, ou plutôt on se serre l’une contre l’autre pour essayer de se réchauffer un peu, de se réconforter un peu. Pour nos deux rescapées, cette épreuve partagée sonne le commencement d’une longue et solide amitié : je dois bien l’avouer, j’ai trouvé ça très émouvant de voir Celeste se démener pour trouver toit et emploi à la jeune veuve, j’ai trouvé ça très touchant de voir May manœuvrer pour aider Celeste à échapper à l’emprise de son mari violent, j’ai trouvé ça très poignant de les voir se soutenir mutuellement à chaque nouvelle turbulence de leur vie respective. Même quand l’autre, trop enfoncée dans son malheur, refuse cette aide.

Il faut dire que le malheur semble s’acharner sur elles : d’abord ce fameux naufrage, puis ensuite les tracas familiaux, et enfin les deux guerres mondiales qui se déchainent, qui fauchent frères, maris et enfants. Les adeptes de sagas familiales apprécieront sans doute de voir cheminer ces deux femmes et leurs enfants au fil des années, au fil de l’Histoire. Pour ma part, j’ai parfois trouvé que les choses allaient trop vite : en l’espace de 600 pages, on passe de 1912 à 1959. Certaines ellipses temporelles sont heureuses, mais d’autres le sont beaucoup moins : une scène de vie par-ci, une scène de vie par-là, et le lecteur peine parfois à reconstituer les morceaux, surtout qu’on est dans un roman-choral et qu’on passe d’un continent à l’autre en l’espace d’une ligne. Une narration trop déstructurée pour être véritablement immersive, en somme. Et inévitablement, ça manque quelque peu de profondeur, d’émotions.

Et cela d’autant plus qu’on est vraiment dans un récit bourré de « coïncidences » heureuses, de situations complétement improbables, de dénouements terriblement prévisibles … et d’interminables ruminations mélodramatiques à mourir d’ennui et d’agacement. D’une certaine façon, l’autrice en a fait beaucoup trop, et on perd donc ce côté « drame historique » pour sombrer dans une sorte de roman à l’eau de rose mâtiné de pseudo-tragique. Et au bout d’un moment, trop c’est trop, j’ai décroché : je n’avais même plus envie de savoir si May allait un jour dévoiler son secret ou si celui-ci allait juste lui éclater à la figure par un malheureux coup du sort, je n’avais même plus envie de savoir si Angelo pourrait un jour trouver la paix en sachant que son intuition était juste et que sa petite fille était belle et bien vivante quelque part. Je voulais juste qu’on en arrête avec cette surenchère de mélodrames : faire pleurer dans les chaumières, ça va bien un instant, mais il faut savoir rester raisonnable.

En bref, je pense qu’il est inutile que je m’attarde plus longuement, car vous l’aurez bien compris : dans l’absolu, il y avait assurément quelque chose de très intéressant et de très poignant avec le dilemme de May, qui a déjà perdu sa fille biologique et refuse de perdre cette petite fille que la vie a placé dans ses bras, avec le désarroi d’Angelo qui sent au plus profond de lui-même que la chair de sa chair est encore vivante … Mais j’ai eu beau essayé, rien à faire, je n’ai pas ressenti grand-chose durant ma lecture, hormis une lassitude de plus en plus importante. Il m’a manqué un petit quelque chose pour véritablement m’immerger dans l’histoire, pour m’attacher véritablement aux personnages. Alors c’est sympa, certes, mais sans plus. Ou tout du moins, ce n’est vraiment pas pour moi : sans doute qu’une lectrice moins « aguerrie », qui aura donc moins l’habitude des grosses ficelles scénaristiques utilisées, y trouvera bien plus son compte.

mercredi 20 octobre 2021

Room - Emma Donoghue

Room, Emma Donoghue

 Editeur : France loisirs

Nombre de pages : 441

Résumé : Sur le point de fêter ses cinq ans, Jack a les préoccupations des petits garçons de son âge. Ou presque. Il ne pense qu’à jouer et à essayer de comprendre le monde qui l’entoure, comptant sur sa mère pour répondre à toutes ses questions. Cette mère occupe dans sa vie une place immense, d’autant plus qu’il habite seul avec elle dans une pièce unique, depuis sa naissance. Il y a bien les visites du Grand Méchant Nick, mais Ma fait tout pour éviter à Jack le moindre contact avec ce personnage. Jusqu’au jour où elle réalise que l’enfant grandit, et qu’elle ne va pouvoir continuer longtemps à entretenir l’illusion d’une vie ordinaire. Elle va alors tout risquer pour permettre à Jack de s’enfuir ...

 

- Un petit extrait -

« Pourquoi c’est le Dehors qui a tout pour lui ? Maintenant, à chaque fois que je pense à un truc, comme des skis, des feux d’artifice ou des îles, des ascenseurs ou encore des yo-yo, je dois me rappeler que c’est pour de vrai, qu’ils se rencontrent tous ensemble dans le monde du Dehors. Ça me fatigue la tête. Il y a des gens aussi : pompiers –maîtresses d’école- cambrioleurs –bébés –saints – footballeurs et plein d‘autres sortes, ils existent tous en vrai dans le monde de Dehors. Mais pas moi ; moi et Maman on est les seuls qui y sont pas. On existe quand même pour de vrai ?  »

- Mon avis sur le livre -

 Comme chaque été, le challenge des Fouilles Littéraires (cette année intégré à mon challenge annuel Lire main dans la main) m’a aidé à sortir quelques reliques de ma pile à lire tout en sortant de ma zone de confort : les ouvrages que je chine à cinquante centimes en bourses aux livres (me disant que, vu le prix, je peux me permettre de prendre quelques risques en achetant des livres que je n’aurai sans doute pas pris au prix fort, de peur d’être déçue et d’avoir jeté de l’argent par la fenêtre) ont cette fâcheuse tendance à rester indéfiniment sur les étagères des « non-lus », et cette petite impulsion challengesque estivale m’incite à leur donner enfin leur chance … A vrai dire, cette fois-ci, je n’avais pas beaucoup de doutes : ayant déjà vu l’adaptation cinématographique, je savais que ce roman allait me plaire, mais connaissant justement l’histoire et sachant que les romans sont souvent bien plus puissants que les films, j’avais peur d’être un peu trop secouée, bouleversée, chamboulée par le récit. Mais la mise en place d’une lecture commune dans le cadre d’un autre challenge a achevé de me convaincre : cette année, c’était son tour ! J’ai donc pris mes précautions et ai sorti une boite de mouchoirs, prête à dégainer au premier passage émouvant : autant vous dire que j’ai eu le nez fin !

Aujourd’hui, Jack fête ses cinq ans. C’est une journée à la fois exceptionnelle, parce qu’il est grand maintenant (et qu’il va y avoir un gâteau d’anniversaire, mais sans les bougies car Maman n’a pas pensé à en demander au Grand Méchant Nick pour le Cadeau du Dimanche), et parfaitement ordinaire. Car dans la Chambre, le quotidien est immuable : Jack commence toujours par prendre son Doudou-Lait, puis ses 100 céréales en jouant à « Fredonne moi une chanson » avec sa maman, il fait ensuite la vaisselle et se lave les dents, puis vient l’heure de donner de l’eau à Madame Plante et de prendre les vitamines avant d’aller regarder Dora dans la télévision, sans oublier le bain-lessive, l’activité sportive et l’heure de la lecture. Chaque jour, Jack et sa Maman répètent les mêmes routines, les mêmes rituels. Et chaque nuit, Jack dort dans Petit Dressing pour pas que le Grand Méchant Nick le voit. Jack ne sait pas vraiment ce que devient le Grand Méchant Nick quand il va derrière Madame Porte : sans doute va-t-il dans une des planètes de Madame Télé … Mais voici que Maman lui révèle une chose incroyable, impensable, inimaginable : tout ce qu’il y a dans Madame Télé existe pour de vrai. Dehors. Il y a quelque chose en dehors de la Chambre. Et Maman veut à tous prix que Jack et elle aillent dehors. Quoi qu’il en coute ...

Avec toute sa candeur enfantine, Jack, notre petit narrateur, relate son quotidien. Un quotidien qui, au tout premier abord, semble relativement normal … mais au premier abord uniquement. Car au bout d’une ou deux pages seulement, on comprend bien que quelque chose ne tourne absolument pas rond, même si rien ne semble surprendre ou perturber ce petit garçon intelligent et pétillant. On se rend compte qu’à ses yeux, il n’y a rien de plus normal que de vivre depuis toujours dans une petite pièce de dix mètres carrés à peine avec sa Maman. Il faut dire que Jack n’a jamais connu rien d’autre : Jack est né dans cette petite pièce insonorisée, fermée par une porte à code qui ne s’ouvre que tard le soir, quand le petit garçon est bien caché dans Petit Dressing car Maman ne veut pas que le Grand Méchant Nick le voit … Le lecteur ne met pas bien longtemps à comprendre la terrible réalité que Jack ignore complétement, ne met pas bien longtemps à saisir que ce petit garçon est le fruit d’une séquestration et de viols répétés. Et ce qui rend cette situation encore plus horrifiante, c’est justement qu’elle est comme « occultée » par l’apparente douceur et la sérénité qui règnent dans ce huis-clos : toute la violence et la cruauté de cette situation ne transparait jamais directement, puisque la Maman s’est efforcée de préserver l’innocence et la joie de Jack en tissant autour de lui un cocon de rêves et d’amour.

Car voilà la seconde chose que l’on découvre rapidement : pour éviter à son enfant de souffrir de cet enfermement, de cet isolement, la Maman a fait le choix de ne pas lui parler du monde extérieur, de lui laisser croire que tout ce qu’il voit à la télévision n’existe pas réellement, que seule la Chambre et eux deux sont vrais. C’est un choix qui peut surprendre, qui peut même choquer et indigner (et d’ailleurs, lorsqu’ils finiront par être délivrés, ils seront bien nombreux, les « gens bienpensants » à la juger et la critiquer) … mais en s’efforçant d’être ouvert et bienveillant, on ne peut que louer la volonté de cette toute seule femme de protéger ce tout petit garçon insouciant. A quoi bon le faire souffrir en lui agitant devant le nez tout ce qu’il ne pourra jamais voir, toucher, avoir ? Elle s’efforce au contraire de le rendre heureux, de lui offrir la vie la plus joyeuse et épanouissante possible malgré la frugalité de leur existence, tout comme elle veille le plus farouchement possible sur sa santé : vitamines tous les matins, brossage de dents, activités physiques, alimentation équilibrée … Comment ne pas être admiratif face au courage et à la débrouillardise de cette jeune femme qui n’a jamais pu compter sur les conseils de pédiatre ou de sa propre mère pour savoir comment s’occuper d’un enfant et qui n’a jamais baissé les bras ?

Arrive cependant un jour où ce drôle d’équilibre semble brisé : Jack grandit, il se pose de plus en plus de questions auxquelles elle ne sait plus comment répondre et qui font renaitre en elle la soif de liberté (où va le Grand Méchant Nick ? où est-ce qu’il trouve les tomates et les médicaments ? et comment ça se fait que les vitamines qui existent soient aussi dans Madame Télé ?). Et voici que, du jour au lendemain, elle déconstruit tout ce qu’elle a construit, elle s’efforce de faire comprendre et croire à Jack qu’il existe autre chose que la Chambre, qu’il y a un Dehors, avec tout ce qu’il voit dans Madame Télé. De plus en plus fébrile, elle le convainc qu’ils doivent, absolument, aller Dehors, et qu’il doit être courageux pour les sauver tous les deux. Pauvre petit Jack, complétement perdu, mais qui continue à faire aveuglément confiance à sa maman, même s’il ne comprend pas tout, même s’il ne comprend en réalité plus rien, même si sa Maman adorée l’oblige à faire des choses nouvelles, difficiles, étranges, angoissantes … Commence alors le moment le plus palpitant et effrayant de tout le roman : j’étais tellement effrayée pour ce pauvre petit Jack, lui-même terrifié par l’inconnu et par cette mission dont il ne saisit pas encore parfaitement les enjeux, et également pour la Maman, restée seule dans la Chambre à la merci de leur ravisseur … Je grelottais d’effroi alors qu’il faisait atrocement chaud dehors !  

Mais le « pire » reste finalement à venir … Car aussi surprenant que cela puisse paraitre, cette libération est loin d’être facile à vivre. Jack est absolument terrifié par le Dehors : tout est trop bruyant, trop mouvementé, trop lumineux, trop nouveau. Il ne souhaite plus qu’une seule chose : retrouver la Chambre, avec Madame Couette (toute râpée mais apaisante) et Petit Dressing (tout petit mais rassurant). Retrouver ses routines, ses rituels, ses vêtements, sa cuillère … et surtout sa Maman. Sa Maman rien qu’à lui, qu’il n’a pas besoin de partager avec les médecins et les journalistes et « mamie », sa Maman qui s’occupe tout le temps de lui, qui prend soin de lui, qui joue avec lui, qui dort avec lui … J’ai eu énormément de peine pour ce pauvre petit Jack, que tout le monde voit comme un petit miraculé, pour qui tout le monde se réjouit, mais qui se languit plus que tout de sa vie d’avant. Mais j’ai également eu de la peine pour sa Maman : certes, si on s’arrête au regard de Jack, on a envie de la secouer, pour lui ordonner de continuer à prendre soin de ce petit garçon qui compte sur elle, qui a besoin d’elle … mais on discerne son profond mal-être, alors on a finalement envie de la prendre dans nos bras pour la consoler, lui dire que tout ira bien, la rassurer, lui dire de ne pas prêter attention aux jugements et critiques qui l’assaillent (j’ai eu envie de baffer la Mamie qui s’offusque car elle allaite encore Jack à cinq ans, comme si c’était le truc le plus important). Difficile de reprendre le cours de sa vie après une parenthèse aussi traumatisante …

En bref, je vais m’arrêter là car cette chronique est déjà outrageusement longue, mais vous l’aurez bien compris : c’est un roman tout simplement poignant, bouleversant, déchirant, saisissant, qui m'a vraiment secouée et émue aux larmes. C’est une histoire douce-amère, tantôt pleine de tendresse, de poésie, tantôt pleine de dureté, de rudesse. A travers le regard innocent d’un petit garçon qui ne connait rien du monde, nous découvrons justement toute l’absurdité et la cruauté de notre monde, où tout « coûte toujours des sous », même les tickets de loterie qu’on jette immédiatement à la poubelle, où les gens sont « presque toujours stressés et n’ont pas le temps », où les parents « disent à leurs enfants qu’ils sont superbes et très mignons mais n’ont pas vraiment envie de jouer avec eux » … Où chacun se croit libre mais est en réalité enfermé dans une infinité de normes parfois ridicules et de pressions sociales qui empêche d’être pleinement soi-même. Où personne n’est jamais content de ce qu’il a, même quand il a absolument tout. Vraiment, l’autrice a réussi un coup de maitre : s’appuyer sur le regard pur d’un petit garçon pour nous conter une histoire absolument frappante qui ne peut pas laisser indifférent, tout en nous invitant justement à changer, peut-être, de regard sur notre monde et notre vie. C’est un roman qui m’a beaucoup fait pleuré, mais bon sang ce qu’il est beau, d’une justesse et d’une puissance incroyables !

lundi 11 juillet 2016

Deux petits pas sur le sable mouillé - Anne-Dauphine Julliand



Deux petits pas sur le sable mouillé, Anne-Dauphine Julliand

Editeur : France Loisirs
Nombre de pages : 255

Résumé : Le jour des deux ans de Thaïs, Anne-Dauphine Julliand apprend que sa fille est atteinte d'un mal incurable. Son récit bouleversant raconte le combat d'une famille et de son entourage, émouvant réseau solidaire, tous unis pour une cause magnifique: rendre les courtes années de Thaïs aussi belles que possible. Ils recevront en retour le plus précieux des cadeaux : son irrépressible gout de la vie, sa joie et son amour.



- Un petit extrait -

« Comment fait-elle pour tout endurer avec le sourire ? Où puise-t-elle cette paix et cette force pour supporter tant d’épreuves ? Bien sûr, on peut penser que ce n’est qu’une enfant. On peut se dire qu’elle n’a pas conscience de tout, qu’elle n’envisage pas l’avenir, qu’elle oublie vite les mauvaises expériences passées, etc. Oui, bien sûr. Mais il n’y a pas que cela, je le sens. Thaïs ne subit pas sa maladie, elle vit sa vie. Elle se bat pour ce qu’elle peut changer, elle accepte ce qu’elle ne peut éviter. Quelle sagesse ! Quelle leçon ! Cette petite fille force mon admiration. Je ne suis pas la seule à ressentir cela. L’infirmière en sortant lui dit doucement : "A tout à l’heure Princesse Courage." »

- Mon avis sur le livre -

Il m’est tout aussi difficile de chroniquer ce livre qu’il m’a été compliqué de trouver le courage de l’entamer. En effet, il ne s’agit pas là d’un roman, d’un récit de fiction, mais bien d’un témoignage, du récit poignant d’une histoire vraie. Et quelle histoire ! Je pense que vous l’aurez compris en lisant le résumé, l’issue de ce livre est triste, très triste, ce qui explique ma réticence première à me lancer dans la lecture : sensible et déprimée comme je suis, je n’étais pas certaine que cela soit une bonne idée de m’imposer une dose de tristesse supplémentaire ! Mais finalement, bien que j’ai beaucoup pleuré, je ne regrette pas ma lecture, et je vous explique tout de suite pourquoi.

Ce témoignage, c’est celui d’Anne-Dauphine, mère d’un petit garçon de quatre ans, Gaspard, d’une petite fille de deux ans, Thaïs, et d’un petit fœtus pas encore prêt à affronter le monde extérieur. Avec des mots emplis de douceur et de poésie, elle nous livre son histoire, son combat face à la maladie et la tristesse, sa bataille contre l’inéluctable et le découragement. Avec beaucoup de tendresse et de légèreté, elle nous invite à découvrir le quotidien de sa famille au cours des années qui ont suivies le cruel diagnostic, une famille soudée dans l’épreuve qui va vivre au diapason des crises et des hospitalisations, qui va connaitre des instants de peine mais aussi des dizaines de petits bonheurs glanés au fil des mois.

La première chose que j’ai retenu de ce livre, c’est l’idée de courage. Tout d’abord celui d’Anne-Dauphine et de son mari, Loïc, qui doivent faire face à cette terrible réalité : ils survivront à leur enfant. Ce n’est pas ainsi que les choses doivent se passer. Ils ont eu des phases de découragement et de lassitude, mais ils ont su rester soudés pour affronter ensemble cette épreuve. Le courage de Gaspard, qui affronte avec beaucoup de maturité et de sagesse le déclin de sa petite sœur, qui va veiller sur elle et va continuer de passer du temps avec elle. Mais Gaspard a également ses instants de doute et de révolte, des moments d’insouciance propres à l’enfance. Enfin et surtout, le courage de Thaïs elle-même. Du haut de ses quelques années, elle va se battre avec acharnement contre cette maladie qui lui prend tout : ses forces, sa parole et ses sens. Jusqu’à la fin, Thaïs a le sourire aux lèvres, s’émerveillant et se réjouissant de tout : elle passe outre sa maladie et profite de sa vie telle qu’elle est.

Un autre sentiment est omniprésent dans ce livre : l’amour. L’amour que les parents donnent à leurs enfants, l’amour qui unit les frères et sœurs, l’amour de cette toute petite fille si malade pour la vie. Thaïs a offert le plus beau des cadeaux à tous ceux qui l’ont côtoyée : un amour pur et parfait, un amour si puissant qu’elle n’avait pas besoin de l’exprimer. Les mots, les gestes et les regards étaient inutiles : elle respirait l’amour et le répandait tout autour d’elle. Il semblerait que Thaïs, au cours de sa courte vie, ait été chargée d’une mission très importante : rappeler la force et le pouvoir de l’Amour, inviter chacun à le disperser autour de lui et à vivre de cet amour débordant. 

Ce livre nous offre donc une merveilleuse leçon de vie : malgré toutes les épreuves et les difficultés, toutes les douleurs et les complications, cette famille a su profiter de tous les petits instants de bonheur qui se sont présentés à elle. Un rire, une main tendue, une lueur d’espoir. Ce témoignage nous appelle à apprécier pleinement la vie qui s’offre à nous, à aimer ceux qui nous entoure et à ne pas songer uniquement aux problèmes. En lisant ce livre, on est amené à se rendre compte que, de un, nous ne sommes pas les seuls à avoir des soucis et que, de deux, d’autres ont affaire à bien plus terribles que nous. L’auteur elle-même songe à ceux qui souffrent encore plus qu’elle, et n’aime pas se plaindre et être plainte. Une réflexion que chacun est libre de poursuivre après avoir refermé le livre …

Je pense qu’il n’est pas nécessaire que je poursuive bien longtemps : ce livre a été un véritable électrochoc. C’est à la fois si beau et si émouvant, si poignant et si triste, que les mots ne suffisent pas à exprimer à quel point ce livre m’a marquée. Il y a tellement d’émotions dans la narration, tellement de poésie dans les réflexions, qu’on ne peut terminer cette lecture sans avoir usé quelques paquets de mouchoirs et avoir eu quelques sourires. Ce récit est triste mais pas déprimant : on termine avec une jolie lueur d’espoir et de tendresse. Merci madame Julliand pour ce témoignage plein de douceur et d’amour.

 
Ce livre a été lu dans le cadre du Challenge de l’été 2016
(plus d’explications sur cet article)