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samedi 17 septembre 2022

Dark Plagueis - James Luceno

Dark Plagueis, James Luceno

 Editeur : Pocket

Nombre de pages : 574

Résumé : Dark Plagueis est l'un des Seigneurs Sith les plus brillants qui aient jamais existé : nul n'égale son talent à commander l'ultime pouvoir sur la vie et la mort. Dark Sidious, son Apprenti, étudie secrètement la voie des Sith tout en poursuivant publiquement son ascension au sein du gouvernement. Plagueis et Sidious visent la domination galactique et l'éradication de l'Ordre Jedi. Mais peuvent-ils défier l'impitoyable tradition Sith ? Le désir de règne absolu de l'un et le rêve d'éternité de l'autre contiennent-ils le germe de leur destruction ?

 

 

 

- Un petit extrait -

« Cent ans plus tôt, le Maître Twi’lek de Tenebrous avait ouvert une petite entaille dans le tissu de la Force, permettant au Côté Obscur d’être senti par l’Ordre Jedi pour la première fois depuis plus de huit siècles. Cela avait été le commencement de la Revanche des Sith. Maintenant, l’heure était venue d’élargir cette entaille pour qu’elle devienne un trou béant, une plaie ouverte dans laquelle la République et l’Ordre Jedi seraient attirés, à leurs risques et périls. »

- Mon avis sur le livre -

 «  Est-ce que tu connais l’histoire tragique de Dark Plagueis le Sage ? », demande innocemment le Chancelier Suprême Palpatine au jeune Anakin Skywalker. Non, bien évidemment. Normal, le rassure-t-il aussitôt : « Ce n’est pas le genre d’histoires que racontent les Jedi. C’est une légende Sith ». Et voici que le « vénérable » politicien se métamorphose l’espace d’un instant en conteur, relatant la quête d’immortalité de ce grand Seigneur Noir des Sith qui ne craignait rien de plus que de perdre son pouvoir mais qui, en dépit de toute sa sagesse et puissance, ne put empêcher son propre Apprenti de le tuer durant son sommeil. « Quelle ironie », n’est-ce pas ? Pourtant, la chose est loin d’être surprenante si l’on prend en compte l’ambition avide des Sith : chez eux, point d’attachement, point de sentimentalisme. A partir de l’instant où un allié devient une menace, ou risque seulement de le devenir, le Sith l’élimine sans hésitation ni remord. Chez eux, la relation Maitre-Apprenti n’a qu’un sens purement utilitaire : à partir du moment où le Maitre n’a plus rien à apporter à l’Apprenti, à partir du moment où l’Apprenti en sait autant voire plus que le Maitre, alors le Maitre n’est plus qu’une gêne, un obstacle sur la voie de la toute-puissance. Et puisque le Maitre a enseigné à son Apprenti que les obstacles devaient être réduits à néant, l’Apprenti ne fait qu’appliquer les leçons de son Maitre en réduisant celui-ci à néant … Comme le Maitre l’avait fait avec son propre Maitre avant lui.

Car l’ascension de Dark Plagueis débuta également par le meurtre de son Maitre, qui  dans son agonie lui délivra un ultime conseil : « Etre puissant dans la Force est une chose. Mais se croire tout-puissant, c’est inviter la catastrophe » ... Conseil que visiblement, tout sage qu’il était, Dark Plagueis ne suivit pas. Tout absorbé par ses recherches effrénées pour comprendre les secrets de la mort et ses expériences macabres pour vaincre cette dernière, le Seigneur Sith laissa toute latitude à son Apprenti pour organiser les machinations économiques, politiques et sociétales qui feront sombrer la République Galactique dans le chaos, pour mieux la faire tomber entre leurs mains … Si la Règle des Deux de Bane avait eu son intérêt et utilité pour le renouveau des Sith, l’heure est selon Plagueis venue de la dépasser, de l’abolir : son Apprenti ne doit pas perdre son temps à convoiter le pouvoir et chercher comment le lui arracher, mais bien plutôt consacrer toute son énergie et son intelligence à œuvrer avec lui à l’avènement du Grand Plan Sith. Intimement persuadé qu’il contrôle parfaitement la situation, Dark Plagueis ne se doute pas une seule seconde que Dark Sidious ne partage pas les mêmes visions de l’avenir que lui, et que s’il semble suivre scrupuleusement ses enseignements et recommandations, il poursuit dans l’ombre ses propres objectifs. Et tout puissant qu’il soit, Dark Plagueis ne peut prétendre à l’omniscience ou à l’omnipotence : « Souvenez-vous que l’imprévu peut se produire », encore une leçon qu’il n’a pas mis en application. Et lorsqu’il le regrettera, il sera déjà trop tard …

Presqu’unanimement présenté comme l’un, voire LE, meilleur roman de tout l’univers Légendes, ce récit m’a personnellement plongé dans un océan de perplexité. Je ne peux pas nier qu’il n’est pas mauvais … mais je suis loin de le trouver excellent non plus. Je l’ai trouvé plutôt quelconque, en étant généreuse. J’ai d’une certaine façon le sentiment de m’être fait avoir sur la marchandise : le titre me donnait l’impression que l’histoire allait tourner autour de Dark Plagueis, « le Sage », autour de ses recherches pour vaincre la mort et acquérir l’immortalité, et éventuellement autour de sa relation avec son Apprenti, celui-là même qui finira par le tuer … Mais en réalité, c’est bien plutôt l’ascension politique de Palpatine qui occupe tout l’espace ! Même son apprentissage Sith en tant que Dark Sidious est systématiquement éclipsé, bien caché derrière des ellipses temporelles anarchiques et toute une ribambelle de machinations destinées à déstabilisé l’équilibre de la République et donc du Sénat pour hisser le petit nobliau orphelin de Naboo au rang de Chancelier Suprême. Si vous voulez mon avis, ce roman aurait dû plutôt se titrer « le Chancelier Suprême Palpatine », le lecteur saurait au moins à quoi s’attendre, plutôt que d’espérer en apprendre plus sur cette « légende Sith » évoquée à demi-mots dans le film. Les faux espoirs, les espoirs déchus et déçus, il n’y a rien de pire pour un lecteur ! Et difficile, ensuite, d’apprécier l’histoire une fois qu’on a compris qu’on n’y trouverait pas ce qu’on venait y chercher ….

Pourtant, ceux qui me connaissent le savent, je suis généralement friande de tout ce qui est machinations, complots, manigances et conspirations, surtout si elles se jouent sur le plan économique et politique. J’aurai pu, donc, apprécier tout de même ce roman en dépit de ma déception initiale. Mais non : ces machinations, complots, manigances et conspirations étaient tellement confuses qu’elles m’ont laissé de marbre. Nos deux Dark emplissaient leurs conversations d’allusions à tous ces petits trafics, mais au final, impossible de saisir ne serait-ce qu’un petit peu quelle était leur stratégie globale. On devinait que l’idée était de semer chaos et mécontentement un peu partout dans la galaxie, histoire de mieux diviser le Sénat pour ensuite mieux y régner, on devinait qu’il fallait déstabiliser les plus hautes instances et progressivement miner la confiance des gens envers les Jedis … mais pour le reste, impossible de comprendre exactement en quoi leurs actions contribuaient à servir cet objectif. On aurait dit deux gamins qui jouent aux stratèges militaires en sortant des tas de grands mots, comme s’il suffisait d’agiter un bâton par-ci par-là pour dévier le cours d’une rivière, de l’histoire. Tout s’éparpille dans tous les sens, ça ne veut au final plus dire grand-chose, et c’est bien dommage, car ç’aurait été fort intéressant de comprendre comment on en est arrivé au contexte socio-politique quelque peu anarchique dans lequel prend place la prélogie. D’ailleurs, les seuls passages que j’ai véritablement apprécié, ce sont ceux qui relient ce récit désordonné aux films : comment la si jeune Padmé est devenue reine de Naboo, le basculement du Comte Dooku, mais aussi la première rencontre avec le petit Anakin. Voir ces événements avec un autre point de vue était plutôt sympathique.

En bref, je pense que je peux m’arrêter ici, car vous l’aurez bien compris : je suis très loin de partager l’enthousiasme collectif qui entoure ce roman. J’ai trouvé que le récit avait cette très fâcheuse tendance à tourner en rond, à s’éterniser inlassablement, le tout pour n’apporter finalement que peu de choses : on n’en sait pas vraiment plus sur les recherches et trouvailles de Dark Plagueis (qui auraient pourtant pu, je pense, apporter un éclairage intéressant sur certains points encore obscurs de l’univers), et l’ascension politique de Palpatine ressemble finalement à celle de n’importe quel génie opportuniste capable d’œuvrer sur différents plans. Qu’il soit adepte du Côté Obscur ne joue absolument pas dans son parcours … Quant au reste, difficile de véritablement cerner les implications de leurs actions, ça part vraiment dans tous les sens, c’est bourré de longueurs et de considérations pseudo-philosophiques parfaitement inintelligibles. C’est peut-être cette impression de confusion qui tend beaucoup à louer la « complexité » du récit, mais être complexe pour être complexe, en perdant le lecteur dans des entremêlas qui ne ressemblent plus à rien, ça n’est pas gage de qualité selon moi. Ça marche peut-être sur les lecteurs les moins exigeants, les plus facilement influençables, mais pour un lecteur qui apprécie de saisir les choses pleinement pour savourer la grandeur d’une machination … c’est juste un agglomérat d’agacement. Dommage, car il y avait des tas de choses à creuser dans cette époque de la chronologie, avec ces personnages, je pense !

samedi 16 juillet 2022

Dark Bane, tome 3 : La dynastie du mal - Drew Karpyshyn

Dark Bane3, Drew Karpyshyn

La Dynastie du Mal

 Editeur : Pocket

Nombre de pages : 284
Résumé : Vingt ans se sont écoulés depuis que Dark Bane s'est imposé comme le dernier Seigneur Noir des Sith. Désormais ne subsistent plus que lui, pour incarner le pouvoir, et son apprentie, pour le convoiter. À l'issue d'un ultime duel, Zannah doit le tuer et prendre sa place, mais elle tarde à relever le défi. Bane, qui refuse de voir son rêve se briser à cause de la faiblesse de son apprentie, s'est juré de trouver l'holocron de Dark Andeddu qui renferme le secret de l'immortalité. Afin de mener ses plans à bien, il éloigne Zannah. Seulement, elle n'est pas dupe. Il est temps pour elle de passer à l'action...

 

- Un petit extrait -

« Les gens acceptaient toujours plus aisément un mensonge quand celui-ci correspondait à leur souhait et leur espoir. »

- Mon avis sur le livre -

 D’ordinaire, je traine des pieds au moment d’entamer le dernier tome d’une saga : je déteste fort viscéralement devoir dire au revoir aux personnages, et je souhaite retarder autant que possible ces adieux. Mais cette fois-ci, c’était tout le contraire : j’avais follement envie d’arriver à la fin de cette trilogie, car tout ce qui m’importait, c’était de savoir comment tout cela allait bien pouvoir se terminer ! Plus que la destinée des personnages, c’est bel et bien l’avenir de cette fameuse « Règle des Deux » qui est au cœur de l’intrigue de ce troisième opus et des préoccupations du lecteur : est-elle véritablement capable d’insuffler un nouveau souffle à l’ordre Sith, au bord de l’extinction car un seul individu a eu une « révélation » à la limite du mystique ? Un Maitre. Un Apprenti. Le premier pour incarner le pouvoir. Le second pour le convoiter. Ce cycle supposé se répéter continuellement doit garantir que chaque nouveau Maitre sera plus puissant que son prédécesseur, jusqu’au jour où le Côté Obscur sera suffisamment fort pour vaincre une fois pour toutes les Jedi. Et les Sith régneront alors sans concession sur toute la galaxie. Dans la théorie, c’est ambitieux, mais pas complétement absurde – en tâchant de réfléchir comme un Sith, bien évidemment …

Mais dans la pratique, qu’en est-il ? Dans la pratique, les choses semblent bien moins reluisantes … Cela fait déjà vingt ans que Dark Bane, nouveau et unique Seigneur Noir des Sith, a recueilli et pris comme apprentie la jeune Zannah, orpheline à l’instinct de survie farouche et au potentiel plus que prometteur. Vingt ans qu’il la guide sur la voie du Côté Obscur, vingt ans qu’elle assimile ses enseignements avec une aisance inouïe et une avidité insatiable. Mais vingt ans qu’elle semble se satisfaire de son statut d’Apprentie. A-t-elle véritablement l’ambition dévorante indispensable pour être digne de lui succéder, le moment venu ? Compte-t-elle seulement un jour le défier pour prendre sa place, comme le veut la Règle des Deux ? A-t-il commis une erreur en la choisissant ? En s’efforçant de faire renaitre l’Ordre Sith de ses cendres, l’a-t-il en réalité condamné à l’extinction ? Tout en cherchant le moyen de remédier à la dégénérescence de son corps, usé par les années et affaibli par l’utilisation intensive du Côté Obscur, Dark Bane se demande s’il n’est pas temps pour lui de se trouver un nouvel apprenti, plus digne de lui … De son côté, Zannah le sent : il est grand temps pour elle de réclamer son dû en tant que Dame Noire des Siths. Elle voit bien que son Maitre décline, qu’il s’affaiblit un peu plus chaque jour, même s’il s’efforce de lui dissimuler … Mais il l’a bien formé : elle ne peut pas écarter totalement le risque que tout ceci ne soit qu’une ruse, pour voir si elle se jettera sans discernement ni patience dans la gueule du loup, qu’une nouvelle épreuve pour voir si elle est digne ou non de prendre sa place. Si elle veut le vaincre, elle doit prendre l’initiative, et non pas le laisser tirer les ficelles ...

Sur bien des points, les récits de l’univers Star Wars se rapprochent bien plus de la fantasy que de la pure science-fiction. Et je ne parle pas ici de la Force, même si nul ne peut nier que c’est de la magie qui se défend de l’être. Non, je parle bien plus de cette idée de transmission, de ce lien entre un mentor et un jeune élève. Toute l’intrigue de ce troisième tome est profondément nouée autour de cette relation de Maitre à Apprenti, de celui qui enseigne, qui donne, à celui qui apprend, qui reçoit … et qui est appelé, à son tour, à enseigner, à donner. Un cycle immuable de transmission et de réception, pour que les savoirs ne se perdent jamais, génération après génération. Mais dans le cas présent, ce lien est comme perverti par la nature même de cet enseignement : les voies du Côté Obscur affirment que l’Apprenti ne doit pas seulement succéder à son Maitre, mais le défier, le vaincre, le supplanter, le surpasser. Loin d’être indestructible comme c’est le cas en fantasy, ce lien est au contraire voué à la destruction : dans l’idéologie Sith, il n’est pas question de respect (du moins pas dans le sens le plus noble du terme) ou d’attachement, le Maitre n’est finalement qu’un moyen pour l’Apprenti de faire fructifier son potentiel. Et le jour où le Maitre n’a plus rien à lui apprendre, à lui apporter, alors l’heure sera venue de s’en débarrasser comme on jette un vieil outil à la déchetterie. Sans remords ni regrets. On ne va pas se mentir, l’amoureuse de fantasy que je suis a bien du mal avec cette vision des choses … mais le grand génie de l’auteur, c’est justement de nous faire nous intéresser malgré tout à cette relation Maitre/Apprentie si « malsaine ».

Car il y a quelque chose de fascinant dans cette « obsolescence programmée » de ce lien de mentorat et d’apprentissage. Bane et Zannah le savent tous les deux : ils ne seront pas éternellement le Maitre et l’Apprenti l’un de l’autre. Un jour viendra, inévitablement, où ils ne pourront plus se satisfaire de ce statu quo, plus fragile qu’il n’en a l’air. Ils attendent et espèrent tout deux cette confrontation fatidique, autant qu’ils la redoutent. L’un comme l’autre savent pertinemment que l’autre a soigneusement caché certaines aptitudes, certains atouts, en prévision de ce face à face décisif. Et l’un comme l’autre a très envie de prouver à l’autre qu’il a savamment su lui cacher l’étendue de ses pouvoirs, de ses savoirs. Mais aucun des deux n’est suffisamment sûr de lui pour ne pas craindre l’issue de ce combat. Alors, l’un comme l’autre essaye de mener l’autre par le bout du nez, tente de ne pas se laisser mener par le bout du nez. Jeu du chat et de la souris, où chacun est tour à tour, et même simultanément parfois, chat et souris. Proie et prédateur. Chacun persuadé d’avoir pris l’avantage, d’avoir une longueur d’avance, pour ensuite découvrir qu’il a au contraire un train de retard. Ruse et patience : qu’ils le veuillent ou non, Bane et Zannah se ressemblent énormément. Comme un Maitre et son Apprentie, quand bien même ils sont voués à tenter de s’entretuer. Et le vainqueur oubliera le vaincu, comme on oublie une fourmi écrasée sous son talon : chez les Siths, le faible ne mérite aucun honneur, aucune pensée … Mais ils sont les deux facettes d’une même pièce, inséparables quoi qu’ils en pensent, car Bane a façonné Zannah autant que Zannah a façonné Bane. Quoi qu’il arrive, ces deux décennies laisseront des traces indélébiles chez le survivant.

Cette confrontation à venir, elle est évoquée dès la deuxième ou troisième page du prologue … Mais elle tarde à arriver. Elle se profile à l’horizon, c’est indéniable, mais elle est sans cesse retardée par mille et une circonvolutions, par plusieurs sous-intrigues parallèles qui viennent s’entremêler à cette Intrigue Principale. Complexifier, c’est bien. Laisser mariner le lecteur, c’est bien aussi. Mais point trop n’en faut : un peu de frustration donne envie de dévorer chapitre après chapitre, trop de frustration donne simplement envie de jeter le livre au feu. A vouloir bien faire, l’auteur en a trop fait (comme beaucoup d’autres, c’est un mal très répandu chez les auteurs) : au bout d’un moment, le lecteur en a tout simplement assez que le récit tourne ainsi en rond, fasse du surplace. Pas la peine de nous rabâcher trois, six, dix fois que Bane et Zannah sont tous les deux tiraillés par l’incertitude, le doute, par l’envie d’en finir et la crainte d’avoir été trop impatient. On a bien compris que l’un comme l’autre est convaincu que l’autre ne « joue pas le jeu », inutile de le répéter si souvent … Ne nous mentons pas, ce troisième opus souffre de quelques longueurs, et certains personnages sont vraiment à claquer par moment (Serra la première, Set le second). Et quand bien même cela n’empêche nullement la tension dramatique de monter crescendo, pour exploser avec fracas lorsqu’arrive le moment tant attendu … on ne peut pas nier que ça casse un peu le plaisir de la lecture, l’excitation à l’approche du climax. Comme un soufflé au fromage, l’attente du lecteur finit par retomber, et c’est un peu dommage !

En bref, vous l’aurez bien compris, c’est une fin de trilogie qui se veut grandiloquente, et on ne peut pas nier que la fin est grandiose, mais qui souffre tout de même d’une certaine langueur, l’auteur faisant beaucoup trop trainer les choses en longueur ! Pour un peu, la première réflexion du lecteur une fois la dernière page tournée serait « tout ça pour ça ? » … Alors certes, il y a quelques moments de grande tension, des retournements de situation imprévisibles, des instants de doute et d’incertitude, mais cela ne suffit pas à contrebalancer tous les moments de latence où on a le sentiment que rien ne se passe, que l’auteur est en train de se moquer de nous. Et d’ailleurs, c’est indéniable, Drew Karpashyn est doué : il sait frustrer son lecteur comme peu d’auteurs savent le faire ! Heureusement que la fin est à la hauteur de nos attentes, car il a fallu beaucoup de patience et de self-control pour en arriver là, tandis que l’on se perd dans les méandres de la vengeance de la petite princesse, dans les atermoiements de Lucia qui ne sait plus envers qui être fidèle … Avec cette fin, on retombe enfin sur nos pieds, on en revient à l’essentiel, à ce qui devait être l’unique enjeu de cet opus final : l’avenir de l’Ordre Sith. Le reste n’est que broutilles, que des miettes pour nous faire patienter : ce qu’on attendait, c’était ce face à face, dont l’issue déterminera bien plus que la vie et la mort de l’un ou de l’autre. Et cette confrontation, on la savoure d’autant plus qu’on l’a attendu ! Et la cerise sur le gâteau, c’est que c’est magnifiquement bien écrit : c’est subtil, c’est élégant, presque noble, une plume digne des grandes épopées de la fantasy !

samedi 2 juillet 2022

Dark Bane, tome 2 : La Règle des Deux - Drew Karpyshyn

Dark Bane2, Drew Karpyshyn

La Règle des Deux

 Editeur : Pocket

Nombre de pages : 298
Résumé : La bombe psychique du Seigneur Kaan a anéanti la Confrérie des Ténèbres. Dark Bane peut désormais créer un Ordre Sith à son image. Et pour assurer son succès, il compte sur Zannah, son élève, dont le jeune âge n'enlève rien à l'extraordinaire maîtrise de la Force. Une disciple capable de rivaliser avec les pouvoirs de son Maître alliée à un plan imparable, tout est réuni pour annihiler les Jedi et dominer la Galaxie ! Pendant ce temps, parmi les Jedi, Johun Othone est persuadé d'une chose : les Sith ont survécu. Malgré le scepticisme de son Ordre, Johun est déterminé à partir à leur recherche ...

 

- Un petit extrait -

« Tu as le potentiel pour me surpasser. Si tu le réalises pleinement, je cesserai de t'être utile. Tu auras alors besoin de trouver d'autres sources de savoir, et tu chercheras un nouveau disciple, afin de lui transmettre à ton tour les secrets de l'Ordre Sith. Et quand ton pouvoir éclipsera le mien, je ne serai plus indispensable. Telle est la Règle des Deux : un Maître et un disciple. Lorsque tu seras prête à réclamer le titre de Seigneur Noir, tu ne l'obtiendras qu'en m'éliminant. La confrontation est inévitable. C'est la seule manière pour les Sith de survivre. C'est la voie du Côté Obscur. »

- Mon avis sur le livre -

 Pendant des années et des années, mes livres n’ont connu d’autres demeures que mon armoire à vêtement : faute de place dans ma chambre pour installer de nouvelles bibliothèques, je n’avais d’autre solution que d’empiler mes livres un petit peu partout. Au début, je tentais bien sûre de garder une certaine cohérente, pour pouvoir retrouver plus facilement mes livres … mais au fil du temps, je me suis contenté de veiller à ce que les piles ne s’effondrent pas. Autant vous dire que lorsque papa m’a installé mes nouvelles bibliothèques dans ma nouvelle chambre, j’étais folle de joie : enfin j’allais pouvoir ranger mes livres par genre, par maison d’édition, par auteur … Bref, de façon cohérente ! Quelle ne fut donc pas ma frustration lorsque je me suis rendue compte que les choses allaient être plus difficile que prévu en ce qui concerne les romans Star Wars : non seulement il y a plusieurs maisons d’édition différentes, mais surtout, il y a plusieurs formats différents ! Pocket a eu la merveilleuse idée de rééditer certaines trilogies sous forme d’intégrales (c’est pratique, les intégrales : vous embarquez un seul livre dans votre sac et vous avez trois fois plus de lecture) … mais ces-dites intégrales ne sont pas au format poche, et sont donc trop hautes pour mes étagères de poches. Et pour compliquer encore un peu plus les choses, elles sont tout de même fort petites pour des étagères standards. Avant, je devais jouer à Tetris pour faire rentrer le plus de livres possibles dans un espace qui semblait toujours plus réduit, et maintenant, je dois me casser la tête pour jongler avec les différents formats d’une même collection. Qui a dit qu’il était facile de ranger une bibliothèque ?

Une dizaine d’années ont passé depuis la tragique bataille de Ruusan, durant laquelle le Seigneur Sith Kaan, dans son aveuglante folie, a déclenché la dévastatrice bombe psychique, ravageant une bonne partie des troupes Jedi et décimant purement et simplement sa propre Confrérie des Ténèbres. Depuis lors, le Conseil Jedi en est intimement persuadé et profondément soulagé, l’Ordre Sith n’est plus. La Lumière a vaincu l’Obscurité. La paix peut à nouveau régner sur la galaxie. Mais Johun, jeune Jedi ayant perdu son maitre sur Ruusan, en est pour sa part viscéralement convaincu : le sombre Seigneur Dark Bane a survécu à l’explosion, et il est toujours quelque part, en train de former une nouvelle génération de Sith. D’une certaine façon, Johun n’a pas tort : Dark Bane est bel et bien en train de former quelqu’un. Mais il n’a pas totalement raison : il s’agit en réalité d’une seule et unique apprentie, Zannah, orpheline recueillie sur Ruusan et qu’il sent promise à un glorieux avenir. Tout en déployant dans l’ombre son immense plan pour annihiler une bonne fois pour toute l’Ordre Jedi et étendre sa domination sur l’ensemble de la galaxie, Dark Bane forge le corps et l’esprit de sa jeune disciple, sachant qu’approche inévitablement le jour où cette dernière, devenue plus puissante que lui, le défiera pour prendre sa place. Ainsi va l’Ordre Sith véritable, ainsi le veut la Règle des Deux : un Maître et son apprenti. Le premier pour incarner le pouvoir, le second pour le convoiter.

Comme cela semble être la règle dans les romans Star Wars (les auteurs ont-ils un cahier des charges à respecter, ou bien cela s’est-il fait sans concertation ?), nous sommes une fois de plus en présence d’un roman-choral … Et vous savez comme j’aime les romans-choraux ! Ils illustrent à merveille une vérité qu’on a parfois tendance à oublier, surtout depuis que les réseaux sociaux forment à notre insu une sorte de pensée collective, prisme déformant car biaisé de la réalité : chaque situation est toujours bien plus complexe qu’elle n’en a l’air au premier abord. Les évidences, au même titre que les apparences, sont souvent trompeuses : elles nous empêchent de prendre du recul, de regarder la situation sous un autre angle pour l’évaluer plus globalement. Si l’auteur s’était contenté de nous offrir le point de vue des Jedi, nous croirions nous aussi que les Sith ont bel et bien disparus. Si au contraire il ne nous donnait que celui de Bane, nous penserions également que personne ne se doute que les Sith ne sont pas totalement éteints. D’un côté comme de l’autre, ils (se) sont convaincus que leur vision était la bonne, la seule véritable. Parce qu’ils sont incapables ne serait-ce que d’envisager que les choses puisent en être autrement … Parce qu’il est plus facile de faire l’autruche, de se dire que puisqu’on ne voit plus la chose, cette-dite chose n’existe plus. Mécanisme inconscient de défense : si le danger n’est pas imminent, on l’éclipse, pour éviter de ployer sous les inquiétudes. Mais cette stratégie a ses limites. Après tout, n’avons-nous pas plus peur de l’araignée quand nous ne la voyons plus que lorsque nous pouvons la surveiller ? Pour les Sith et les Jedi, il devrait en être de même …

Car en effet, Dark Bane est bel et bien vivant, et bel et bien décidé à redonner à l’Ordre Sith sa grandeur passée. Non pas en misant sur les enseignements galvaudés de ses anciens Maitres, qui se sont laissés aveuglés par un idéalisme absurdes, qui se sont écartés du droit chemin, de la Voie du Côté Obscur. Secret, ruse, patience. Voilà les véritables armes du Seigneur Sith. Celles qu’il doit transmettre à son seul et unique élève, disciple, héritier. Qui un beau jour l’égalera, le surpassera. Le vaincra, prendra sa place, et formera à son tour un seul et unique apprenti. Le pouvoir ne sera plus partagé entre des centaines d’individus. Il sera entièrement détenu par l’un, et convoité par l’autre. C’est assez fascinant, pour ne pas dire franchement dérangeant, de voir Dark Bane envisager avec une telle sérénité, voire même avec fierté, le jour où Zannah le trahira. On aurait pu songer qu’un Sith s’accrocherait coute que coute à sa position qui lui apporte puissance et grandeur … Mais un bon Sith, selon Dark Bane, doit avant tout songer au Côté Obscur. Et pour que le Côté Obscur gagne en puissance, il se doit d’attiser en Zannah cette ambition, cette soif de pouvoir, il se doit de distiller en l’esprit de son apprentie le désir encore latent de le défier. Et plus ce cycle se répétera, plus le Côté Obscur grandira, jusqu’au jour où il anéantira le Côté Lumineux. Dark Bane, tout Seigneur Sith qu’il soit, voit plus loin que le bout de son nez, plus loin que sa seule gloire : tout ce qu’il entreprend, il le fait au nom du Côté Obscur. Et cela le rend finalement bien plus intéressant qu’un Sith seulement dominé par une ambition personnelle : Dark Bane est en quelque sorte habité par une quête qui le dépasse, on a un côté quasiment mystique qui m’intrigue énormément.

Et c’est sans aucun doute cet aspect qui risque d’en rebuter certains : loin d’être une accumulation, une surenchère, d’actions et de bonnes bagarres, on reste dans un récit très « contemplatif ». Nous suivons le cheminement de Zannah, anciennement petite orpheline effrayée, désormais disciple et héritière de Dark Bane. A l’instar de son Maitre, Zannah est une protagoniste particulièrement complexe : si son potentiel et son ambition ne font aucun doute, il arrive parfois que des réminiscences de son insouciance et innocence passées refassent surface. La Voie que trace devant elle son Maitre l’attire plus que tout au monde, elle s’y glisse avec aisance et enthousiasme … mais celle qu’elle était ne cesse jamais de la hanter, et avec elle les doutes : que serait-elle, qui serait-elle, si elle avait fait d’autres choix, emprunté une autre voie ? Comment savoir si elle a pris la bonne décision ? Y a-t-il de bonnes décisions, d’ailleurs ? C’est également la question que vont se poser Johun et Darovit, nos deux derniers héros et points de vue, le premier persuadé que la menace Sith est loin d’être éteinte et bien décidé à faire entendre raison aux membres du Conseil, le second s’efforçant de laisser derrière lui les souffrances des temps passés et à prodiguer autour de lui soins et réconforts pour adoucir l’existence de ceux qui viennent chercher secours chez lui. Et pourtant, tous deux ne peuvent ignorer la pointe de frustration, de remords, de rancœurs, qui assombrissent parfois leur cœur et leur esprit. Et qui vont découvrir que, parfois, souffler sur les braises, c’est prendre le risque d’embraser toute la forêt au passage ...

Difficile d’en dire plus sans risquer d’en dire trop … Je vais donc me contenter de vous dire que je suis vraiment très agréablement surprise par cette trilogie. Moi qui craignais de suivre pendant les quelques 970 pages de l’intégrale un Sith sanguinaire qui sèmerait mort et désolation sur son passage, je me retrouve face à un Sith certes implacable et ambitieux, mais qui mise tout sur la subtilité et la discrétion pour parvenir à ses fins. Ceux qui s’attendent à d’épiques batailles spatiales ou de grandiloquents face à face aux sabres lasers risquent d’être un tantinet déçus et frustrés par ce récit, mais pour ma part, il ne cesse de me captiver, de me surprendre également. On est loin de la force brute et brutale, on est dans une certaine forme de délicatesse, aussi surprenant que cela puisse paraitre … et c’est bien plus passionnant comme cela. Il faut longtemps pour que l’on saisisse enfin quand, comment et pourquoi les chemins de nos différents protagonistes vont finalement se croiser, s’entremêler. Et ce qui s’entrechoquent avec fracas, ce ne sont pas les armes, mais bien les doutes, les peines, les peurs, les espoirs, les souhaits : tous les tourments de l’existence qui se nourrissent les uns les autres dans une lutte intérieure autrement plus poignante qu’une bonne bagarre. Et le final, diantre quel final, je ne m’attendais vraiment pas à cela, je ne savais en somme plus qui et que croire, et c’est vraiment bien trouvé, je suis vraiment impatiente de retrouver Bane et Zannah dans le troisième et dernier opus !