dimanche 9 juillet 2023

La Bibliothèque, tome 3 : Aimer - Pauline Deysson

La Bibliothèque3, Pauline Deysson

Aimer

 Editeur : Autoédition

Nombre de pages : 592

Résumé : À 20 ans, trahie, blessée, Émilie ne croit plus en elle et pénètre à contrecœur dans son troisième livre-rêve : un labyrinthe aux voies protéiformes. Pour la première fois, des rêveurs l'accompagnent. Tour à tour adversaires, guides ou amis, ils la conduisent vers le centre du dédale... Et vers la clé de ses pouvoirs. Mais la barrière entre les mondes s'effrite, et la réalité de Jean se rapproche dangereusement du rêve d'Émilie. L'accompagnerez-vous ?

 

Un grand merci à Pauline Deysson pour l’envoi de ce volume.

 

- Un petit extrait -

« J’en ai assez ! Assez de souffrir aveuglément pour un combat qui n’est pas le mien. D’abord vous écrivez pour moi un livre merveilleux où je sauve le Technomonde grâce à la magie, ensuite vous m’envoyez sans aucun avertissement dans un autre rêve inspiré du passé, où je suis vouée à perdre une guerre que je ne peux empêcher. Non contente de manipuler mes émotions sous le prétexte de faire de moi une Bibliothécaire, vous permettez à Jean d’entrer dans mon livre. Vous le laissez posséder mon âme. Et tout cela pourquoi ? Parce qu’en plus d’abandonner tous mes idéaux, il était important que je sache quelle menace votre ancien apprenti représente. Vous jouez avec moi ! »

- Mon avis sur le livre -

 D’aussi loin que je puisse me souvenir, la lecture faisait en quelque sorte partie de mon identité : je me présentais comme une « grande lectrice » avant tout. Je ne pouvais imaginer, concevoir, ma vie sans les livres, et il ne me serait jamais venu à l’esprit que, peut-être, un jour, je m’éloignerai de la lecture. Et pourtant. Pourtant, imperceptiblement, ces derniers mois, voire même ces dernières années, mon rapport à la lecture a évolué. Il m’arrive parfois de passer plusieurs jours sans lire, happée que je suis pas mes autres occupations, perturbée que je suis par le bouleversement incessant de mon quotidien. J’en suis la première surprise et attristée, mais la lecture n’est plus le pivot de mes journées. Je n’arrive plus à me plonger dans un livre avec autant d’intensité qu’avant, je ne ressens plus cette joie infinie au moment de me laisser happer par une histoire : d’une certaine façon, je pense que je suis brusquement devenue plus exigeante, qu’à force de lire, j’ai fini par faire le tour de ce que les auteurs avaient à me proposer. Les « modes » littéraires actuelles ne me correspondent pas, je n’ai plus forcément la curiosité de tester de nouveaux genres. Alors je me contente des auteurs et sagas que je connais et apprécie déjà, espérant ainsi raviver quelque peu cette flamme qui s’est tarie … Et quoi de mieux qu’un petit tour dans la Bibliothèque pour essayer de retrouver le gout de la lecture, n’est-ce pas ?

Blessée au plus profond de son âme, de son cœur, de son être, par son deuxième livre-rêve, Emilie voit toutes ses certitudes voler en éclat en même temps que ses idéaux : à quoi bon faire rêver nuit après nuit les hommes, puisqu’ils ne se souviennent jamais de leurs songes ? que peut-elle leur apporter de bon, elle qui n’a su empêcher la guerre à Alma et qui a assassiné un gomme au nom d’une conviction ? Désillusionnée, la jeune Apprentie Bibliothécaire ne sait plus qui elle est vraiment, et encore moins qui elle veut devenir : elle ne sait plus ce qu’elle veut, ce qu’elle vaut. Elle qui croyait pouvoir changer le monde, rendre heureux tout le monde, fait désormais face à la plus terrible des désillusions : quoi qu’elle fasse, elle ne pourra jamais garantir paix et bonheur à tous les hommes, car les désirs des uns briseront ou écraseront les besoins des autres, car les êtres humains sont d’éternels insatisfaits aux souhaits volatiles. Alors quel est le sens de son existence, quel rôle est-elle appelée à jouer ? Poussée par son mentor, Emilie s’apprête à entrer dans son troisième livre-rêve : un labyrinthe sans cesse changeant, au cœur duquel elle trouvera son être véritable, découvrira les réponses à toutes ses questions. Mais cette fois-ci, Emilie ne sera pas seule : c’est accompagnée de rêveurs qu’elle arpentera ce dédale insaisissable … sans savoir ce qui l’attend véritablement au bout du chemin, au bout du rêve.

Plus que jamais, diverses intrigues se mêlent et s’entremêlent, dans un entrelacs délicat mais parfois difficile à suivre : d’un côté, il y a l’apprentissage d’Emilie au cœur de la Bibliothèque, ce lieu hors du temps et de l’espace où les âmes des hommes endormis viennent chercher des songes ; de l’autre, il y a le Technomonde et tous ses habitants, persuadés d’être libres et heureux, enfermés dans une illusion passive tandis que Jean fomente dans l’ombre son ultime projet ; et entre les deux, il y a les nombreux rêves qu’Emilie partage avec les rêveurs, les innombrables tentatives pour atteindre le cœur du labyrinthe. Les réalités se mélangent, au point de devenir parfois impossibles à distinguer : parfois, Emilie ne sait plus si elle est dans un rêve, dans sa réalité, dans celle du rêveur. Parfois, le lecteur lui-même doit y réfléchir à deux fois avant de démêler le vrai du faux, avant de reconstituer le cours des choses, car contrairement aux deux premiers opus dans lesquels le livre-rêve occupait quasiment tout le roman et se faisait d’un bloc, ici, Emilie passe sans cesse de la lecture à la Bibliothèque. C’est à la fois brillant et quelque peu déconcertant, en somme … à la fois plaisant et déroutant. Ce n’est assurément pas un livre que l’on peut lire « pour se détendre », il faut avoir l’esprit alerte et être pleinement présent pour ne pas se perdre.

Et cela d’autant plus que, plus que jamais également, tout l’enjeu se situe finalement dans le cheminement intérieur de notre jeune Emilie. On est définitivement dans un récit initiatique aux accents métaphysiques : à l’aube de l’âge adulte, la jeune femme se retrouve confrontée aux grandes questions de l’existence. Elle a besoin de savoir qui elle est, mais aussi qui elle veut devenir. Elle a besoin de savoir si sa route est déjà toute tracée devant elle, pour elle, ou si elle a la possibilité de tracer son propre chemin, son propre destin. Elle a pris conscience, douloureusement, que ses choix ont des conséquences, que même les meilleures intentions du monde peuvent entrainer souffrance et mort autour d’elle, qu’il ne suffit pas de vouloir bien faire pour effectivement bien faire … et n’ose désormais plus avancer. Elle a peur d’elle-même, peur de ne pas prendre les bonnes décisions, peur de faire plus de mal que de bien, peur de ne pas pouvoir suivre ses intuitions. Elle a également pris conscience qu’il n’existe pas de monde idéal, de monde parfait, que la liberté, la justice et le bonheur sont des armes autant que des desseins, que la nature humaine est pleine de noirceur … mais aussi de douceur. Car après avoir perdu toutes ses illusions, Emilie doit désormais retrouver foi en l’avenir, en la vie, en l’amour. En elle-même. Sans se laisser entrainer à nouveau dans l’utopie : le juste équilibre est si difficile à trouver, sans doute même inatteignable, mais elle doit retrouver le désir d’y tendre, la force de se battre.

Il faut bien le reconnaitre : ce n’est pas un livre qui plaira à tout le monde. On pourrait aisément de lasser de ces interminables tergiversations, de ces incessantes introspections. Même moi, j’ai parfois eu le sentiment que nous tournions un peu trop en rond, que sur le plan narratif, il aurait peut-être été judicieux de condenser un peu les choses au lieu de trainer ainsi en longueur. Je suis pourtant la première à préférer les personnages qui doutent, qui se remettent en question, qui changent d’opinion, qui avancent à tâtons dans la jungle de la vie … mais j’ai parfois éprouvé une certaine lassitude, l’envie et le besoin d’un peu plus de dynamisme. Un peu d’action. J’aurai finalement aimé que l’intrigue avance un peu plus. Bien sûr, il y a eu quelques confrontations oniriques entre Jean et les Bibliothécaires, mais pour le reste … en pas loin de six-cent pages, nous n’avons pas beaucoup progressé dans l’histoire. Tout semble presque en être au même point qu’au début du roman, tant les choses bougent imperceptiblement : encore une fois, c’est brillamment mené, c’est de plus très joliment narré, mais ça peut parfois être un peu frustrant, et presque ennuyeux. Comme dans tout, il y a un équilibre à trouver, et je dois bien avouer avoir trouvé que le récit aurait été plus fluide sans ces quelques longueurs. Rien de grave, mais je préfère prévenir ceux qui aiment les histoires « qui swinguent » : ils risqueraient d’être déçus.

En bref, vous l’aurez bien compris : c’est un troisième tome qui tranche un peu avec les deux précédents. Sans doute parce que nous sommes pile au milieu de la saga, sans doute parce que nous sommes arrivés au point de bascule : il y avait un Avant, il y aura un Après. Emilie ne sera plus jamais la même, désormais : elle est enfin prête à embrasser sa destinée, librement, enfin débarrassée de ses ultimes chaines, de ses doutes, de ses craintes. Je me demande bien ce que cela va entrainer pour la suite de l’histoire … et j’ai drôlement hâte de voir ce que cela va donner ! En étant parfaitement honnête, j’espère vraiment que les tomes suivants seront un peu plus « énergiques » que celui-ci, et qu’Emilie ne se perdra plus autant dans ses interminables réflexions : c’est bien de se poser des questions, surtout quand on a un tel pouvoir (et donc de telles responsabilités), mais en tant que personnage de roman, il serait tout de même bon qu’elle n’oublie pas le lecteur et son désir de vivre à son tour de folles aventures ! Pour ma part, j’ai très envie de botter les fesses de Jean, alors elle a intérêt à le faire pour moi dans un avenir relativement proche, parce que je n’ai malheureusement pas la chance de pouvoir me glisser dans les livres comme elle pour le faire à sa place !

jeudi 23 mars 2023

Les rôdeurs de l'Empire, tome 2 - Guy-Roger Duvert

Les rôdeurs de l’empire2, Guy-Roger Duvert

 Editeur : Autoédition
Nombre de pages : 329
Résumé : Peu nombreux sont les rôdeurs à avoir échappé au siège de l’auberge. Ignorant souvent la survie de leurs compagnons d’armes d’un jour, ils s’éparpillent, chacun poursuivant ses propres objectifs. Quelle n’est pas leur surprise lorsque le sort les contraint une nouvelle fois à faire équipe, se retrouvant désormais complètement mêlés à la guerre déclenchée par l’Empire et à ses conséquences politiques. Peu à peu, ils découvrent que la motivation du conflit est beaucoup plus complexe et obscure qu’à première vue.

 Un grand merci à Guy-Roger Duvert pour l’envoi de ce volume et à la plateforme SimPlement pour avoir rendu ce partenariat possible.

 

- Un petit extrait -

« Cassandra se positionnait plus vis-à-vis de ses compagnons que par rapport à la quête que ceux-ci décidaient d’entreprendre. Elle se surprenait elle-même, étant convaincue jusqu’alors d’être par définition en opposition à tous et à toutes. Mais, au sein de ce groupe, elle avait un sens, une utilité, une raison d’être. Devenir indispensable aux yeux de ses compagnons pour le moins disparates était une envie de plus en plus présente, et force était de constater qu’elle avait tout à fait sa place parmi eux.  »

- Mon avis sur le livre -

 Laissant derrière eux l’auberge où ils furent assiégés et assaillis par un groupe militaire d’élite, les quelques survivants fuient chacun de leur côté, blessés mais conscients de ne pouvoir s’octroyer le luxe de panser leurs plaies, bien décidés à reprendre le cours de leur petite vie de mercenaire, brigand, pillard ou chasseur de primes. Mais le destin semble en avoir décidé autrement : quelques jours à peine plus tard, rattrapés par les autorités, Ethan, Logan, Tobias, Trevor et Cassandra se retrouvent tous dans la même geôle ... et dans la même galère. Le conflit larvé entre l’Empire et le petit royaume de Derenos a finalement éclaté, la capitale de Derenos est encerclée de toutes parts et ses dirigeants n’ont d’autre choix que de faire escorter leur diplomate – chargé de supplier l’aide ou du moins la neutralité du pays voisin – par un groupe de malfrats dont l’instinct de survie (quelque peu stimulé par un petit tour de passe-passe empoisonné) représente la meilleure assurance-vie. Bien malgré eux, nos infortunés Rodeurs se retrouvent donc embarqué dans cette guerre dont ils ne comprennent ni les tenants ni les aboutissants … et ils vont vite découvrir que les choses sont encore plus complexes et ambiguës que ce qu’ils pouvaient imaginer. Alors que leur mission s’avère chaque jour un peu plus périlleuse que prévue, parviendront-ils à mettre de côté leurs différences et leurs différents pour se sortir tous vivants de ce guêpier infernal ?

Nous retrouvons nos « héros » là où nous les avions laissés : en fuite. S’ils sont sortis vivants de l’attaque de l’auberge, ils savent qu’ils ne sont pas encore tirés d’affaire : les voici désormais dépositaires d’un puissant et dangereux secret que l’Empire tient à tout prix à posséder … et que Derenos tient à tout prix à protéger. Les deux camps feront donc tout ce qu’ils peuvent pour mettre la main sur ces quelques survivants, soit pour les faire parler, soit pour les éliminer. Et ils ne peuvent désormais tous compter que sur eux-mêmes : à peine le danger écarté, le groupe a éclaté. Et si, quelques heures plus tôt, ils combattaient main dans la main, se protégeant mutuellement, les fuyards doivent maintenant surveiller leurs arrières de crainte d’être fauchés par leur allié d’un jour … Car nos « héros » restent ce qu’ils sont : de véritables malfaiteurs, des mercenaires et des brigands, qui ne suivent aucun autre code d’honneur que leurs intérêts propres. Ils ne sont pas là pour sauver la veuve et l’orphelin, tout ce qu’il leur importe, c’est de rester en vie, et éventuellement de vendre une information si capitale au plus offrant. Tout le contraire de ce qu’on peut attendre d’un héros conventionnel en heroic-fantasy, qui sera prêt à se sacrifier pour la victoire du bien et la survie des innocents. Et c’est assurément cela qui rend ce récit si original, si unique. Si honteusement attrayant, également.

Car malgré toutes les réticences de notre sens moral, malgré toute la désapprobation que l’on peut avoir face aux décisions et actions de ces Rodeurs … on ne peut malgré tout pas s’empêcher de « s’attacher » à eux, et de craindre pour leur vie, et de souhaiter la réussite de leur mission. Parce qu’on se rend compte que, tout criminels qu’ils soient, ils n’en restent pas moins des innocents quant au jeu des puissants, quant à cette guerre qui éclate bien malgré eux : ils sont certes loin d’avoir eu une conduite exemplaire tout au long de leur vie, mais sur le coup, ils n’y sont pour rien si l’Empire a attaqué Derenos. Encore une fois, c’est parce qu’ils se sont retrouvés au mauvais endroit au mauvais moment qu’ils se retrouvent embarqués dans une mésaventure qui risque fort de leur couter la vie. Certains estimeront peut-être que « c’est bien fait pour eux », que ce n’est finalement que justice, mais pour ma part, je ne peux m’empêcher de me révolter contre le mode opératoire de leur nouvel « employeur » : ces soi-disant représentants de la « justice » ne valent en réalité pas mieux que ceux qu’ils se donnent le droit de juger, ils ne sont pas plus moraux, pas plus éthiques, et ils le sont d’autant moins qu’ils rajoutent l’hypocrisie à leurs crimes. Shennea, elle, assume qu’elle est une « contrebandière » et non une « marchande » : au moins, elle est plus honnête que d’autres …

Et voici que débute une nouvelle aventure pour nos illustres inconnus que les coups du sort ne cessent de rassembler. Une nouvelle fois unis dans l’adversité, ils vont devoir se serrer les coudes plus que jamais pour faire face aux nombreux obstacles qui se dressent sur leur route. C’est vraiment une aventure des plus trépidantes que nous offre une nouvelle fois l’auteur : aucun temps mort, aucune longueur, tout est vraiment fait pour tenir le lecteur en haleine, pour lui donner l’envie irrésistible d’avaler toujours un chapitre supplémentaire. Et quand bien même certains schémas restent très convenus, très prévisibles, quand bien même quelques facilités scénaristiques se glissent fort peu discrètement par-ci par-là, l’intrigue est des plus efficaces. De la bonne fantasy bien palpitante, avec quelques bonnes batailles, avec quelques plans incroyables d’audace et quelques embûches angoissantes au possible : en somme, tout ce dont un lecteur peut rêver pour s’évader quelque peu du quotidien lourd et monotone en vivant par procuration une aventure haletante à souhait ! Et on n’oublie pas le goût immodéré de Guy-Roger (je me permets) pour les révélations totalement imprévisibles, les rebondissements complétement inattendus, les découvertes follement improbables et les suspenses absolument insoutenables. J’ai beau savoir que chacun de ses livres en contient, je n’arrive jamais à m’y préparer, je reste toujours ébahie, et c’est vraiment précieux, un auteur qui arrive à surprendre même ses plus fidèles lecteurs !

En bref, je pense que vous l’aurez bien compris : si j’avais beaucoup apprécié le premier tome, déjà fort prometteur, je suis encore plus charmée par celui-ci. Alors je ne peux pas nier que certains points restent encore fort confus, d’autant plus avec les retournements de situation des derniers chapitres, mais cela ne m’a nullement empêché de dévorer et savourer ce roman de la première à la dernière page ! Il y a vraiment de tout : de l’action, certes, mais aussi pas mal d’introspection, de la politique mais aussi du mystique, du mystère bien sûr … mais aussi ce qui ressemble à une petite pointe de science-fiction ! Et j’aime vraiment beaucoup ces changements d’ambiance, pour ne pas dire de genre, en cours de saga : l’auteur nous avait déjà proposé ceci avec Outsphere (où nous étions passé du space-opera à la science-fantasy), et cette fois-ci, il semblerait que nous fassions le « chemin inverse » … au point d’ailleurs que je me demande (avec une petite touche d’espoir) si les deux univers ne seraient pas en réalité reliés ! J’ai donc vraiment hâte de découvrir la suite de cette saga et de retrouver nos Rodeurs qui, petit à petit, deviennent toujours plus humains et attachants …

mercredi 28 décembre 2022

Les Chroniques occultes, tome 3 : L'Ombre de Nyarlathotep - Guy-Roger Duvert

Les chroniques occultes3, Guy-Roger Duvert

L’ombre de Nyarlathotep

 Editeur : Autoédition
Nombre de pages : 383
Résumé :
Les événements qui se sont déroulés à Arkham ne laissent aucun doute : un sinistre épisode s’est déroulé, deux ans plus tôt, dans le détroit du Bengale, et dont les répercussions pourraient être terribles. Financés par la Miskatonic University, Milton, Kristen, Lillian et Howard traversent donc la planète en direction des Indes Britanniques, afin d’y remonter la piste et tenter d’identifier l’origine de la menace, sans se douter qu’un nouveau drame s’apprête à s’y produire...

 

Un grand merci à Guy-Roger Duvert pour l’envoi de ce volume et à la plateforme SimPlement pour avoir rendu ce partenariat possible.

 

- Un petit extrait -

« La journaliste acquiesça amicalement. Oui, après tout, il s’agissait là d’un passe-temps traditionnel des classes aisées de la société. Jusqu’à son séjour à Arkham, elle avait toujours vu ces histoires avec condescendance. Qui pouvait croire à de telles fadaises ? Maintenant qu’elle savait l’innommable possible, elle avait du mal à faire la part de ce qui était envisageable ou non. Dans tous les cas, se retrouver à nouveau face à l’étrange la mettait terriblement mal à l’aise. »

- Mon avis sur le livre -

 Novembre 1934 : moins de deux mois après les sinistres événements qui secouèrent la petite ville d’Arkham, quatre voyageurs pas tout à fait comme les autres embarquent pour les Indes. Milton, Kristen, Lillian et Howard doivent à tout prix comprendre ce qu’il s’est passé deux ans plus tôt, dans des ruines nichées au cœur du détroit du Bengale, lors d’une expédition financée et menée par un certain Lord Koenig. L’objectif ? Déterminer quelle sombre entité est apparue aux individus présents sur place, ce qu’elle a bien pu leur enseigner ou leur ordonner, et évaluer ainsi la dangerosité de ces-dits individus … Tandis que Milton, ancien détective privé désormais entièrement dévoué à la lutte contre les occultistes, et Kristen, ancienne archéologue qu’un contact prolongé avec un artefact maudit a doté de capacités surnaturelles mais aussi d’un certain déséquilibre psychologique, se rendent directement sur place, Howard, ancien agent secret revenu changé d’un long exil dans une autre dimension, et Lillian, journaliste ayant encore du mal à assimiler l’existence de ces forces occultes, vont à la rencontre du fameux Lord. Eux qui craignaient que les assauts de moustique soient leur plus grand désagrément dans leur enquête vont rapidement se retrouver face à des menaces autrement plus dangereuses que de simples démangeaisons …

Six petites pages de prologue : voilà tout ce que le lecteur a à sa disposition pour reprendre le wagon en marche, se remémorer vaguement les événements précédents avant d’entamer cette nouvelle aventure. Au début, le service est rude : les premiers chapitres m’ont quelque peu perdue, mais tout doucement, les pièces du puzzle ont retrouvées leur place et j’ai réussi à tout remettre en ordre. Il faut dire que Guy-Roger Duvert est tout sauf avare de rebondissements et révélations : ses récits sont particulièrement denses, il s’y passe toujours énormément de choses, et si cela rend l’ensemble absolument croustillant, difficile de nier que cela nécessite une certaine concentration (et une bonne mémoire) de la part du lecteur, si ce dernier ne veut pas rester sur la touche et nager dans le brouillard ! Alors accrochez-vous bien : une fois encore, l’auteur nous embarque dans une folle épopée, entre course contre la montre et lutte contre des forces obscures, entre mystères entremêlés et légendes plus ou moins oubliées, entre soupçons et trahisons, entre effroi et exaltation. Impossible de rester impassible lorsqu’on lit du Guy-Roger Duvert : d’une façon ou d’une autre, on a toujours le cœur qui s’emballe, la gorge qui se noue, les yeux qui s’écarquillent, la respiration qui se coupe. Peur, surprise, peine, colère : si vous envisagez de vous plonger dans Les Chroniques occultes (ce que je vous conseille ardemment), préparez-vous à vivre une montagne-russe d’émotions !

Nous retrouvons donc ici nos quatre héros, très différents les uns les autres, mais liés par la même envie, viscérale, de lutter contre les effroyables entités du Mythe et leurs serviteurs occultistes, humains si avides de puissance, de richesse ou de gloire qu’ils n’hésitent pas à ouvrir grandes les portes aux forces sombres. Et c’est d’ailleurs ce désir qui me les rend sympathiques : dans l’absolu, je n’ai aucune affinité avec Howard ou Milton, peu avec Lillian ou Kristen, mais je les rejoins et les soutiens farouchement dans leur combat, et je désire donc profondément les voir triompher de leurs ennemis, qu’ils soient humains ou non. Qu’ils débarrassent le monde de toutes ces aberrations qui ont conduit tant de gens dans l’erreur, la folie sanguinaire, la folie tout court, la mort, toutes ces croyances ésotériques qui ont causé tant de mal et de souffrance, oui, qu’ils nous en débarrassent une bonne fois pour toutes ! Leurs motivations sont différentes (soif de vengeance pour Milton qui a vu sa femme égorgée pour un de ces sacrifices rituels, joie du combat pour un Howard quelque peu perturbé par sa longue errance dans une dimension peuplée par une de ces étouffantes entités, curiosité enfantine pour Kristen qui ne sait plus vraiment faire la distinction entre la réalité et ses réalités, désir de vérité pour Lillian qui ne sait toujours que penser de toutes ces histoires), mais leur quête finale est la même : mettre fin à ces atrocités.

Mais on s’en doute, leur tâche est loin d’être facile : il est par définition même difficile de localiser, puis de vaincre des individus versés dans les arts occultes, dans ce qui est « caché », ce qui est « mystérieux », incompréhensible, insaisissable. Si certains aiment les démonstrations publiques et spectaculaires, à l’instar de certains « médiums » qui apprécient « entrer en transe » au milieu d’une foule ébahie et béate, d’autres préfèrent œuvrer dans l’ombre, fomentant en silence leurs funestes desseins, sans attirer l’attention. Si les premiers distillent une fascination pour ses forces venues du mal, et sont donc dangereux à leur manière, les seconds sont assurément les plus nuisibles : bien souvent aveuglés, ils ne se doutent pas qu’ils s’apprêtent à déverser sur le monde et ses innocents des fléaux qui dépassent tout ce qu’ils peuvent imaginer. Ou s’ils s’en doutent, l’égoïsme et l’avidité ont tant dévoré leur cœur et leur âme qu’ils s’en contrefichent allégrement … certains même le désirent, s’en délectent, influencés par les entités maléfiques qui se servent d’eux. Oui, vraiment, nos quatre héros vont devoir s’armer de courage, de détermination, de sang-froid, d’ingéniosité pour réussir à démêler le vrai du faux, distinguer l’innocent du coupable, prendre rapidement la meilleure décision, tout en veillant les uns sur les autres. Tâche d’autant plus difficile qu’ils prennent conscience, tout comme le lecteur, que tout ceci n’est finalement qu’écran de fumée, que diversion : il semblerait que la vraie menace reste encore fermement cachée, indiscernable, méconnaissable. Ils ne font encore que se battre contre des moulins à vent, des moulins terrifiants qui, pourtant, ne sont rien à côté de ce qu’ils ont encore à affronter. S’ils le peuvent encore …

En bref, vous l’aurez bien compris, c’est encore une fois un récit des plus captivant, époustouflant, palpitant, fascinant, saisissant que nous offre Guy-Roger Duvert avec ce troisième opus ! Même si l’intrigue semble n’en être encore qu’à ses premiers balbutiements, même si nous avons bien souvent le sentiment qu’il reste encore tant de choses à découvrir et à vivre aux côtés de ces héros qui ne manquent pas de vaillance et d’obstination, la tension est telle que nous sommes d’ores et déjà happés comme si nous étions arrivés au moment fatidique de l’ultime bataille … C’est vraiment tout le génie de l’auteur, qui sait parfaitement comment rendre chaque scène haletante au possible, chaque chapitre totalement addictif. Impossible de s’ennuyer une seule seconde : il n’y a aucun temps mort, rien qui nous donne l’occasion de reprendre notre souffle. Quand bien même tout semble calme, le lecteur sent bien que ce calme est trompeur, et qu’il annonce une tempête imminente et fracassante : quand c’est trop beau pour être vrai, c’est forcément faux. Et, parfois honteusement, le lecteur se rend compte qu’il attend cette tempête autant qu’il la redoute : d’un côté, la peur qu’il arrive quelque chose de terrible aux personnages est belle et bien là, mais de l’autre, il y a cette curiosité un peu malsaine qui nous donne terriblement envie de voir ce qu’il va leur arriver ! Vous devinez donc bien que j’attends avec une impatience indicible la sortie du prochain tome, qui promet d’être encore follement passionnant !