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samedi 30 janvier 2021

Le Pacte des Marchombres, tome 3 : Ellana, La prophétie - Pierre Bottero


Le Pacte des Marchombres3, Pierre Bottero
Ellana : La prophétie

Editeur : Rageot
Nombre de pages : 1158 pour l’intégrale

Résumé : Désormais marchombre accomplie, Ellana a rejoint Ewilan, Edwin et Salim. Alors qu’elle croit avoir enfin trouvé l’amour auprès d’Edwin, les mercenaires du Chaos menacent la guilde et l’Empire, s’appuyant sur une antique prophétie…





- Un petit extrait -
« Au moment où Sayanel était entré dans la salle, une paix prodigieuse était descendue sur elle.
Elle savait pourtant qu'il serait là, ils en avaient parlé à plusieurs reprises, mais le voir lui donnait le sentiment que le dernier élément d'un puzzle se mettait en place, qu'un cycle s'achevait.
Ce qu'elle avait vécu depuis sa naissance, ce que la voie du marchombre lui avait permis de découvrir, ses certitudes et ses choix, prenaient tout à coup un sens qui étendait ses ramifications au-delà de son être.
Elle eut soudain l'impression que Jilano se tenait près d'elle.
Qu'aux côtés de Jilano se tenait Esîl qui avait guidé ses pas.
Qu'aux côtés d'Esîl se tenait le maître marchombre qui lui avait enseigné la voie.
Qu'une chaîne ininterrompue de marchombres à la fois maîtres et élèves la liait aux origines du monde.
L'impression que, devenue elle-même maillon de cette chaîne, elle contribuait à un dessein qui, en les dépassant, leur permettait de se surpasser. »
- Mon avis sur le livre -

Comme vous l’aurez sans doute remarqué à l’ordre des articles (qui suivent mon ordre de lecture), j’ai choisi de relire les trois trilogies selon l’ordre chronologique de l’histoire : d’abord les deux premiers opus du Pacte, ensuite les deux trilogies d’Ewilan, et enfin l’ultime tome du Pacte … Je tiens tout de même à remarquer que je ne conseille absolument pas cet ordre de lecture (quelque peu chaotique : je reconnais que c’est surprenant de couper ainsi une trilogie en deux pour en intercaler d’autres au milieu) à ceux qui découvrent la saga pour la toute première fois. Dans ce cas-là, il est amplement préférable de suivre l’ordre de parution, à savoir : en premier la Quête d’Ewilan, en second les Mondes d’Ewilan, pour terminer en beauté avec le Pacte des Marchombres. En effet, il y a une réelle évolution, tant dans le fond que dans la forme, et commencer par le Pacte (la plus « aboutie » des trois trilogies) risque d’entrainer une sérieuse déconvenue au moment de se plonger dans la Quête (qui est bien plus « enfantine »). Toutefois, une fois qu’on connait bien l’univers, je trouve que c’est une expérience vraiment intéressante de remettre les événements dans le bon ordre !

A chaque fois qu’Ellana pose son regard sur le petit corps endormi de son fils, Destan, elle redécouvre pleinement le sens du mot « bonheur ». A chaque fois que ses pensées se tournent vers Edwin, son compagnon, son cœur menace d’exploser dans sa poitrine. Et à chaque fois qu’elle observe son apprenti Salim, elle est envahie de fierté. Il a suffi de quelques secondes aux Mercenaires du Chaos pour mettre fin à cette plénitude … Mortellement blessée, Ellana souffre cependant bien plus de l’enlèvement de son fils et de la mort de tous ceux qui lui sont chers que de cette plaie sanguinolente. Alors que la mort se rapproche, la jeune femme parvient à utiliser un de ces arbres-passeurs qui permettent à qui sait les utiliser de se déplacer d’un lieu à l’autre. Soignée par ses « pères adoptifs », Ellana n’a qu’une seule et unique idée en tête : retrouver son fils, et venger la mort de son compagnon et de son apprenti … Pendant ce temps, dévastés par la disparition de Destan et la mort d’Ellana, Edwin, Salim et Ewilan mettent tout en œuvre pour retrouver le petit garçon et venger sa mère …

Pourquoi s’encombrer de longues phrases quand un seul mot (éventuellement complété d’un adverbe) suffirait pour décrire ce livre ? Absolument parfait, voilà ce qui résume tout ce que j’ai à dire à propos de cet ultime volume. Et encore, même ce mot n’est pas assez fort pour exprimer la puissance de ce roman, qui éclipse à lui seul les huit autres tomes lus précédemment. Car ce livre, c’est vraiment le condensé dans sa forme la plus accomplie de tout ce que Pierre Bottero nous avait déjà offert jusqu’à présent. C’est l’aboutissement de toutes ces aventures en Gwendavalir, l’apothéose de toutes ces péripéties qui semblaient avoir pour seul et unique but de nous amener vers ce final qui m’a secouée, bouleversée, émue … Il y a une puissance vraiment inouïe dans ce récit : du début à la fin, l’émotion est pleinement au rendez-vous. C’est un déchirement vraiment atroce que de voir Ellana et Edwin, chacun de leur côté, complétement dévastés par la mort de l’autre. C’est d’autant plus terrible que le lecteur, lui, sait parfaitement bien qu’ils sont tous deux vivants, et cela ne rend leur souffrance qu’encore plus insupportable. J’ai éclaté en sanglots à de si nombreuses reprises, complétement ravagée par leur peine qui suintait à travers chaque phrase. 

Mais rassurez-vous, ce roman est loin, très loin de se limiter à cette seule douleur. Bien au contraire. Bjorn l’exprime bien : « La gloire, l’amitié, une quête impossible … il baignait dans le bonheur », tout comme le lecteur, qui assiste avec stupéfaction mais ravissement à l’improbable, pour ne pas dire l’impossible. « Ellana connaissait énormément de monde, des guerriers valeureux qui, lorsqu’ils apprendront que son fils est en danger, n’hésiteront pas à se joindre à nous, surtout si cela leur offre la possibilité de la venger » … Plus que jamais, l’amitié est la force de nos héros. C’est au nom de cette amitié, une amitié indestructible, une amitié indescriptible, que vont converger des individus de tous les horizons, des ennemies de toujours qui vont cette fois-ci avancer main dans la main vers le même objectif. Certains passages sont d’une puissance incroyable et m’ont tiré les larmes aux yeux, car quoi de plus émouvant que de voir ces milliers de personnes réunis pour sauver le petit Destan des griffes maléfiques des Mercenaires du Chaos ?  « Nous ne formons qu’un et ce un-là est invincible », voilà comme Edwin, qui « avait beau être mort, était bouleversé » s’adresse à tous ceux qui se sont déplacés pour le soutenir dans sa quête …

Beaucoup d’émotions, donc, mais également de l’action. Moins que dans les autres, assurément, mais suffisamment pour nous tenir en haleine, pour la simple et bonne raison qu’elle est bien dosée, qu’elle arrive toujours à point nommé. Ni trop, ni pas assez. Pierre Bottero était vraiment un maitre pour trouver l’équilibre en toute chose. Du moins à mes yeux. Je sais que certains lecteurs ont été décontenancés, voire même agacés, par les nombreux retours en arrière qui parsèment le récit, ces flash-backs qui permettent de faire le lien entre la fin des Mondes d’Ewilan et cet opus … Pour ma part, je n’ai absolument rien à redire : j’ai adoré cet incessant va et vient entre le passé et le présent, j’ai apprécié découvrir ce qu’il s’est passé durant ces quelques années qui séparent les deux livres. Car comment apprécier le marchombre accompli qu’est devenu Salim sans suivre son apprentissage, par exemple ? Non, vraiment, j’ai du mal à voir comment on peut avoir envie de « sauter » ces passages comme certains l’affirment, car ils font pleinement partie de l’intrigue et la rendent tellement plus riche encore ! Equilibre enfin entre la lourdeur et la légèreté : alors même que tout semble perdu, il y a toujours cette lumière d’espoir. J’ai beaucoup apprécié de revoir Oukilip et Pilipip : ils sont une vraie bouffée d’air frais dans cette noirceur ! J’ai également beaucoup aimé Doudou : chacune de ses apparitions fait tellement de bien !

En bref, vous l’aurez bien compris, cet ultime opus fait clairement parti des plus beaux livres que j’ai eu l’honneur de pouvoir lire, et je pourrais vous en parler des journées entières sans réussir à exprimer totalement la puissance de cet ouvrage. Je suis vraiment ébahie, époustouflée, ahurie, émerveillée, abasourdie, estomaquée par l’intensité de ce récit : non seulement l’histoire est vraiment magnifique, mais la plume de l’auteur l’est tout autant. Vraiment, Pierre Bottero s’est surpassé pour nous offrir ce grand final en apothéose, qui relie habilement toutes les trilogies pour mieux nous happer. Tantôt tendre et émouvant, tantôt triste et déchirant, c’est un gros roman qui se dévore sans que l’on ne s’en rende vraiment compte. On tourne chaque page comme si notre vie en dépendant, comme si la mort nous guettait si l’on s’arrêtait, car on est totalement et pleinement envahi par cette histoire. Et j’ai beau avoir pleuré toutes les larmes de mon corps, je ne peux qu’affirmer une seule chose : ce livre est si beau, si beau que je n’aurai jamais pensé que c’était possible. Vraiment, pour mettre fin aux escapades du lecteur en Gwendalavir, il n’y a pas mieux : c’est une fin vraiment si jolie, si réjouissante, après toute cette souffrance, toutes ces difficultés … Un régal, tout simplement !

samedi 19 septembre 2020

Le Pacte des Marchombres, tome 2 : Ellana, L'envol - Pierre Bottero


Le Pacte des Marchombres2, Pierre Bottero
Ellana : L’envol

Editeur : Rageot
Nombre de pages : 1158 pour l’intégrale
Résumé : Encore apprentie marchombre, Ellana est chargée par son maître Jilano d’escorter une caravane au chargement précieux et mystérieux. Mais au fil de ses rencontres, Ellana peine à identifier ses véritables ennemis, la Voie tend à se dérober devant elle et les choix qui engagent sa loyauté et ses sentiments se révèlent périlleux. Lorsqu’elle retrouve Nillem près du lac Chen, elle découvre les nouvelles attaches du séduisant marchombre ainsi qu’une étrange Prophétie qui les lie et les sépare à la fois...

- Un petit extrait -
« La liberté n'induit pas l'égoïsme et il n'y a pas d'homme plus libre que celui qui agit parce qu'il pense ces actes justes. »
- Mon avis sur le livre -

Je vois et entends beaucoup de lecteurs déclarer qu’à leurs yeux, un bon livre est un livre qu’ils lisent d’une traite, qu’ils ne peuvent pas lâcher … Dans certains cas, je suis d’accord avec eux. Mais pas toujours. Car si certains bons livres se dévorent goulument, d’autres se savourent posément. Le Pacte est tantôt l'un, tantôt l'autre. Il y a des moments où l'on a qu'une seule envie, celle d'aller toujours plus en avant sans jamais s'arrêter une seule seconde. Et d'autres moments où l'on a qu'une seule autre envie, celle de faire durer le plaisir aussi longtemps que possible. J’aurai aisément pu terminer ce deuxième opus en quelques heures à peine, tant il est captivant, tant il est haletant. J’aurai pu, mais ne l’ai pas fait. Par choix. Car j’éprouvais l’envie et le besoin de m’imprégner pleinement du récit, sans me précipiter, en prenant le temps de me régaler de chaque mot, de chaque phrase. Je ne l’ai pas lu d’une traite. Je l’ai souvent refermé et posé. Et pourtant, c’est assurément l’un des livres les plus excellents qu’il m’ait été donné de lire …

Tandis qu’Ellana poursuit sans relâche son apprentissage auprès de Jilano, la paix de l’Empire brise en éclat : les Raïs déferlent au nord, soutenus par les monstrueux Ts’liches que tous croyaient disparus, et les brigands et autres pillards se multiplient au sein même du continent. Complots et trahisons se fomentent dans l’ombre, et l’équilibre précaire entre l’harmonie et le chaos semble à deux doigts de se briser. A la demande de son maitre, Ellana escorte une caravane chargée d’amener à Al-Far des artefacts destinés à la protection de la cité. En toute discrétion. Car Jilano n’a pas confiance en Salvarode, l’autre marchombre chargé de la protection des sphères-graphes durant le trajet … Cette mission, anodine en apparence, va changer à tout jamais l’existence de la jeune femme. Car nulle voie n’est parfaitement rectiligne, et de nombreuses embuches vont se dresser sur son chemin …

Une fois encore, les mots me manquent pour exprimer tout ce que je ressens à l’égard de ce roman … Car aucun mot ne sera jamais assez puissant, assez juste, pour rendre hommage à ceux de Pierre Bottero. Il faut dire que dans ce tome, il a fait fort, très fort. Il est, et restera assurément, celui qui me bouleverse le plus à chaque relecture : je ne compte même plus les fois où j’ai été obligée de refermer le livre en catastrophe pour éviter que mes larmes ne viennent délaver l’encre ! Larmes de peine, mais aussi de joie, larmes de doute, mais aussi d’espoir. Ce livre, je l'ai vécu plus que je ne l'ai lu, et ça a été une expérience aussi belle que douloureuse. Car si certains passages m'ont poussé vers l'avant, d'autres m'ont brisée en mille morceaux. Je crois qu’on ne peut pas ressortir tout à fait indemne de ce voyage aux côtés d’Ellana : d’une façon ou d’une autre, on est transformé par cette lecture. Une fois la dernière page tournée, je me suis sentie à la fois plus lourde et plus légère … Tant d’émotions qui dansent dans mon cœur, tant de pensées qui tournent dans ma tête, et l’envie irrésistible de m’envoler à la suite de notre jeune marchombre.

Car ce deuxième tome porte véritablement bien son titre. Comme Pierre le dit lui-même dans sa préface, tout cet opus est basé sur le lien entre le maitre et l’élève, entre celui qui enseigne et celui qui reçoit. Celui qui offre des ailes et celui qui peut ainsi s’envoler. Plus que jamais, je suis sous le charme de la relation qui les unie, qui les lie l’un à l’autre. Ce lien, rien ni personne ne pourra jamais le briser, pas même la mort. C’est beau, c’est pur. Tout en confiance, respect, réciprocité. Car même si elle ne s’en rend pas compte, Ellana apporte à Jilano au moins autant que Jilano apporte à Ellana. Sans maitre, pas d’élève. Sans élève, pas de maitre. Mais on le sent, tandis que les trois années d’apprentissage arrivent tout doucement à leur terme, il va falloir que chacun réapprenne à vivre sans l’autre. A tracer son propre chemin, sa propre route, à vivre sa propre vie. Car que serait un maitre qui enseigne la liberté à son élève mais l’empêche de prendre définitivement son envol ? Un bon maitre est aussi celui qui sait se retirer. Cette séparation, que l’on pressent et que l’on redoute, ne se fera assurément pas sans heurt ni sans larmes … mais elle est nécessaire. Car pour mieux se retrouver, il faut bien se quitter.

Mais ne nous y trompons pas : dans cet opus, nous ne suivons pas uniquement le cheminement personnel d’Ellana en proie aux doutes et au découragement, au chagrin et à la douleur. On le sent, quelque chose de bien plus grand, de bien plus terrifiant, est tout doucement en train de germer. Le retour des Ts’liches censés avoir disparus, les attaques de Raïs, la montée en puissance des Mercenaires du Chaos et la déliquescence du Conseil de la Guilde Marchombre, les soupçons de trahison des Sentinelles … Il est loin de temps de l’insouciance où Ellana mâchouillait des framboises aux côtés de ses pères adoptifs ! L’univers s’assombrit brusquement, l’histoire prend un nouveau tournant. Plus violent, plus brutal. Jamais Ellana n’a eu tant besoin de prendre les armes, de combattre, et d’ôter la vie. Et tel un fil rouge sanglant, la Prophétie est sans cesse évoquée, comme un gong qui annonce un sombre présage. On s’interroge, on se questionne sur le sens de cette prédiction. Sur le rôle qu’Ellana aura à y jouer. Et sur la forme que sa réalisation prendra … Ça promet d’être terrible et beau à la fois.

En bref, vous l’aurez bien compris : à ce stade, les expressions «  coup de foudre » et « coup de cœur » sont bien fades pour exprimer ce que je pense de ce récit. Il me semble tout simplement impossible de mettre des mots sur mon ressenti, car aucun ne rendra vraiment honneur à la petite pépite que nous offre, une fois encore, Pierre Bottero. Avec ce second tome, il nous offre un récit tout en nuances : tantôt rude, tantôt doux, tantôt violent, tantôt émouvant. Poignant et bouleversant. Captivant et impressionnant. Je suis et serai sans doute à jamais ébahie par sa maitrise des mots, du rythme, des sonorités. Par sa capacité à me couper le souffle d’une simple phrase, à me poignarder en plein cœur d’un simple mot. Il est et restera mon modèle dans l’écriture, celui que je ne veux non pas imiter mais suivre … Pour en revenir une dernière fois à ce tome, petite mention spéciale aux derniers chapitres, qui font une très belle transition avec la Quête d’Ewilan : si certains semblent regretter que leur « première rencontre » décrite dans D’un monde à l’autre ne soit pas réellement la « première », j’aime personnellement beaucoup comment Bottero a lier ses deux trilogies. En finesse et délicatesse, comme à son habitude !

samedi 5 septembre 2020

Le Pacte des Marchombre, tome 1 : Ellana - Pierre Bottero


Le Pacte des Marchombres1, Pierre Bottero
Ellana

Editeur : Rageot
Nombre de pages : 1158 pour l’intégrale

Résumé : Seule survivante d’un groupe de pionniers après l’attaque de Raïs, au nord de l’Empire, une fillette est recueillie par le peuple des Petits. Elle grandit dans la Forêt Maison à l’écart des hommes et décide, à l’adolescence, de partir en quête de ses origines. Sous le nom d’Ellana, elle croise le plus grand des marchombres, le maître Jilano Alhuïn, qui l’initie aux secrets de sa guilde. Son apprentissage est semé d’embûches, de rencontres et d’inimitiés ...


- Un petit extrait -
« Les hommes sont comme les nuages. Ils sont chassés en avant par un vent mystérieux et invisible face auquel ils sont impuissants. Ils croient maitriser leur route et se moquent de la faiblesse des nuages, mais leur vent à eux est mille fois plus fort que celui qui souffle là-haut. »
- Mon avis sur le livre -

Certains livres peuvent changer une vie, façonner une existence entière. A leur manière, il ne fait aucun doute que les ouvrages de Pierre Bottero ont fait de moi celle que je suis aujourd’hui. J’ai effectué mon premier pas sur le côté lors de mon année de cinquième, juste après avoir perdu mon père biologique : j’étais totalement désemparée, j’errais lamentablement dans le CDI sans parvenir à trouver un livre qui saurait apaiser ce tsunami d’émotions. Lasse de me voir tourner en rond, la documentaliste – pourtant peu portée vers les littératures de l’imaginaire, par principe – m’a mis d’autorité le premier tome de La Quête d’Ewilan dans les mains en m’ordonnant de le lire pendant mon cours de maths (chose que j’aurai fait de toute manière, mais cette fois-ci, la professeure serait prévenue). En moins d’une semaine, j’avais lu les trois tomes de la Quête et les trois tomes des Mondes, et je m’apprêtais à découvrir le Pacte des Marchombres … Et là, ce fut l’électrochoc. A cet instant bien précis, sans que je ne le sache encore, ma vie venait de basculer. Il y a eu un Avant et un Après …

Seule enfant d’une caravane de pionniers bien décidés à s’installer dans une des régions les plus sauvages de l’Empire, une petite fille se retrouve orpheline à la suite d’une attaque de Raïs. Recueillie par deux Petits, celle qu’ils appelèrent Ipiutiminelle – dite Ipiu – grandit sereinement dans la Forêt Maison, joyeuse et insouciante. Jusqu’au jour où des Humains surgissent et volent le joyau sacré du peuple des Petits … A partir de ce moment-là, le besoin de renouer avec ses origines envahit le cœur de la petite fille devenue adolescente. Elle décide alors de quitter la sécurité et la paix qui règnent au sein de la Forêt Maison pour rejoindre une ville des Hommes. Après avoir passé quelques semaines avec une petite bande d’enfants chapardeurs, Ipiu, devenue Ellana, rejoint une caravane d’Itinérants, bien décidée à en apprendre plus sur son passé, sur ses parents. Pour mieux aller de l’avant. Pour trouver sa route. Lorsqu’elle rencontre Jilano Alhuïn, l’un des plus grands maitres Marchombres à avoir jamais arpenté la Voie, Ellana n’hésite pas une seule seconde avant de le suivre …

Comme à chaque fois que je me replonge dans le Pacte, avec une impatience toujours mêlée de nostalgie, je redécouvre avec étonnement et émerveillement cette histoire d’une richesse, d’une profondeur et d’une beauté incroyables. Pour tout avouer, les mots me manquent (et me manqueront sans doute toujours), pour exprimer avec exactitude tout ce que je pense de ce roman … Car en réalité, on ne lit pas le Pacte, on le vit. Corps et âme. Il ne s’agit pas d’un simple récit destiné à nous faire vivre par procuration de grandes aventures, mais bien d’un véritable voyage initiatique que nous effectuons en même temps que notre jeune héroïne. Car Ellana, comme n’importe qui à un moment donné de son existence, cherche le sens à donner à sa vie. Elle cherche les réponses aux grandes questions qui tiraillent le cœur et l’esprit de tout humain un jour ou l’autre. « Est-ce raisonnable de s’attacher aux gens alors qu’à tout moment ils pouvaient vous êtres arrachés ? ». C’est dans la peine, la solitude, qu’Ellana fait le premier pas vers la liberté. Ce « trésor que les hommes ont oublié », une voie « pavée d’absolu mais périlleuse et solitaire, une voie sans retour ». La Voie des Marchombres.

Ce premier tome nous relate les premiers (et pourtant si grands) pas d’Ellana sur cette Voie. Guidée par Jilano, la petite fille intrépide et insouciante, la jeune fille déterminée et indépendante, va progressivement se révéler à elle-même. Devenir pleinement elle-même. En parfaite harmonie. Avec elle-même et avec le monde. Elle apprend à trouver sa place dans cette vaste aventure qu’est la vie. Bien plus que l’entrainement physique et martial drastique auquel Jilano soumet sa jeune élève, c’est vraiment toute la philosophie marchombre qui, à mes yeux, rend cet enseignement véritablement puissant. Un marchombre n’est pas un surhomme, un combattant qui surpasse tous les autres en rapidité et agilité. Il n’y a pas de compétition chez les marchombres. Pour Ellana, devenir la meilleure au monde n’est pas un objectif satisfaisant car « il est accessible et marque donc une fin, alors que la voie des marchombres est infinie. Si, en revanche, je cherche à devenir meilleure que moi-même, je ne m’arrêterai jamais ». Surpassement de soi, jamais écrasement de l’autre. Une leçon essentielle dans notre monde où l’on n’a de cesse de se comparer avec notre voisin, notre camarade de classe, où il faut toujours être et avoir plus que l’autre pour se sentir « comblé » …

Si je me suis beaucoup attardée sur les messages sous-jacents de ce roman, sur les enseignements que le lecteur peut en tirer, il ne faut pas oublier que Le Pacte est avant tout une histoire. Un récit incroyable, qui nous fait passer du rire aux larmes à quelques pages d’intervalle, un récit qui nous fait trembler d’effroi et soupirer le soulagement d’un paragraphe à l’autre. Quel régal que de suivre l’enfance d’Ipiu dans la Forêt Maison, entourée par ses deux pères adoptifs Oukilipip et Pilipip, ces deux Petits si drôles et attachants, sages à leur manière malgré leur apparente désinvolture ! Et surtout, quel régal que de suivre son apprentissage aux côtés de Jilano, ce Maitre dans toute sa splendeur, tantôt exigeant et implacable, tantôt plein de douceur et de tendresse. J’ai vraiment aimé le lien qui unit le maitre et l’élève, un lien de confiance et de respect réciproques, un lien d’une pureté incroyable où chacun a finalement quelque chose à apprendre et à apporter à l’autre. Quel régal également de la voir affronter et surmonter les différentes épreuves qui se dressent devant elles, de la voir franchir toutes les embûches qui s’élèvent sur son chemin. On ressort de ce roman épuisé par toutes ces émotions, mais rasséréné malgré tout …

En bref, vous l’aurez bien compris, bien que je ne sache pas comment l’exprimer avec justesse, ce roman a toujours été et sera toujours une véritable révélation. Il est juste exceptionnel, magnifique, unique, parfait pour ainsi dire. Portée par la plume inimitable de Pierre Bottero, cette plume qui nous porte et nous transporte pour mieux nous bouleverser et nous interpeller, cette histoire captive et émerveille. Chaque mot est à la juste place et résonne avec une puissance rare au plus profond du cœur et de l’âme du lecteur. En finalement si peu de pages, il arrive à nous faire vivre une expérience inoubliable dont on ne peut pas sortir tout à fait indemne. Vraiment, si je n’avais qu’un seul auteur à conseiller, je pense que ça serait sans la moindre hésitation Pierre Bottero, et si je devais choisir une seule trilogie parmi toute sa bibliographie, ce serait assurément Le Pacte des Marchombres. Car ces trois livres sont d’une force inouïe. Tant par le fond que par la forme. Vraiment, rares sont les romans à me chambouler à chaque fois avec la même puissance. Rares sont les livres qui ont tant de choses à apporter au lecteur. Rares sont les livres qui vous transforment complétement sans que vous n’en ayez véritablement conscience. Une pépite, tout simplement …