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samedi 26 juin 2021

Le trône de fer, tome 2 : Le donjon rouge - George R.R. Martin

Le trône de fer2, George R.R. Martin

Le Donjon rouge

 Editeur : J’ai lu

Nombre de pages : 541

Résumé : Jouet de perfides intrigues nouées dans l'ombre autant que de grands seigneurs qui n'attendent qu'une occasion pour se rebeller, Eddard Stark, main du roi, tente d'y faire régner l'ordre et la justice au nom de son souverain... Mais ses efforts semblent vains. Car comment protéger le roi Robert Baratheon des complots alors que celui-ci n'aspire qu'à braver le danger ? Comment imposer la paix à des barons qui ne rêvent que de batailles et de pouvoir ? Et de plus, comment résister à cet engrenage infernal alors qu'au-delà des mers, une armée s'assemble pour fondre sur le royaume ?

 

- Un petit extrait -

« La plupart d’entre nous ne possédons pas tant de force d’âme. Que pèse l’honneur, contre l’amour d’une femme ? Que pèse le devoir, contre un nouveau-né qu’on étreint…, ou contre le souvenir d’un frère qui sourit ? Du vent, des mots. Des mots, du vent. Nous ne sommes que des créatures humaines, et les dieux nous ont créés en vue de l’amour. C’est là notre auguste gloire, là notre auguste tragédie. »

- Mon avis sur le livre -

 Prudence est mère de sureté, assenait mon arrière-grand-mère. Suivant ses conseils avisés, j’attends généralement d’avoir lu et apprécié le premier tome d’une saga avant d’acheter les tomes suivants : inutile de dépenser de l’argent pour des livres que je ne lirais jamais, ou alors à contrecœur ! Il m’arrive cependant, de temps à autre, de piétiner allégrement cette prudence savamment entretenue, et de tenter un coup de poker … C’est ce qui s’est passé pour Le trône de fer : alors même que je n’avais aucune certitude que le premier opus allait me plaire, j’ai tout de même acheté le coffret contenant les trois premiers tomes. Je dois avouer qu’à la fin du premier, je le regrettais quelque peu : ça n’avait pas été une mauvaise lecture, loin de là, mais ça ne m’avait pas non plus transcendée autant que je l’espérais vu la popularité de la saga et de la série … Toutefois, possédant donc le deuxième tome, j’ai décidé de donner sa chance à ce dernier, et j’ai drôlement bien fait, car il est clairement meilleur que le premier !

Cela faisait bien longtemps que le Royaume des Sept Couronnes n’avait pas connu pareils troubles ! De partout, la discorde sème ses graines : jeux de pouvoir, soifs de vengeance et rêves de gloire germent dans les cœurs et les esprits des puissants de ce monde. Ici, c’est Catelyn Stark qui détient le rejeton Lannister, ce dernier étant menacé par la folie furieuse du petit sire des Eyrié. Là, c’est Eddard Stark qui se débat avec son foutu titre de Main du Roi, obligé de gouverner à la place de ce dernier qui s’en va chasser le sanglier alors que sa propre femme lui fait des enfants dans le dos – plus ou moins littéralement – et que le mystère qui entoure l’assassinat de son prédécesseur s’apprête à être levé. Ailleurs, c’est le jeune Robb Stark qui, du haut de ses quinze ans, veille farouchement sur le domaine et l’honneur familial et de voit contraint de prendre de lourdes décisions pour son jeune âge. Encore plus loin, c’est Jon Snow qui se trouve à la croisée des chemins : l’heure de prononcer ses vœux approche, mais le jeune bâtard se débat encore avec sa conscience pour savoir ce qu’il doit faire …

Tandis que le premier tome restait très introductif, présentant progressivement au lecteur quelque peu perdu la foule immense de protagonistes qui font et sont l’histoire (et l’Histoire), ce deuxième opus rentre enfin dans le vif du sujet : la guerre. Terminés, les ronds de jambe à la Cour. Achevés, les luttes à l’épée de bois. Envolés, les tournois festifs. Tout n’est désormais plus que trahisons et machinations, tandis que chacun œuvre dans l’ombre pour assouvir ses sombres desseins et dissimuler ses obscurs secrets. Car autour du trône, rien n’est jamais ce qu’il semble être : on ne peut se fier à personne, même et surtout pas à soi-même. Car que valent vos belles valeurs, que vaut votre bel honneur, quand la survie de ceux qui vous sont chers est en jeu ? quand on vous promet miséricorde pour mieux vous poignarder dans le dos une fois que vous vous serez parjuré ? comment faire le bon choix lorsque votre cœur est tiraillé entre deux voies opposées ? existe-t-il seulement une bonne décision à prendre, ou n’est-ce qu’une illusion pour soulager notre conscience ? Chapitre après chapitre, nous voyons nos protagonistes se débattre avec ces divers questionnements, avec leurs doutes, leurs espoirs, leurs peines. On en plaint certains, et d’autres moins, mais une chose est sûre : on tourne chaque page avec une appréhension et une fascination croissantes.

Car disons-le clairement : d’un côté, on ne peut qu’être effrayé par cette escalade de violence et on la déplore, mais de l’autre, on sent bien que la guerre est inévitable, qu’il faut qu’elle éclate comme l’orage qui couve pendant des semaines de canicules avant de déverser son tonnerre fracassant sur le monde. Le Royaume est gangréné par les ressentiments et les ambitions, par l’amertume et la convoitise. Il y a les derniers Targaryens, exilés au loin, bien décidés à reprendre le trône qui leur revient de droit. Il y a la reine et ses inavouables secrets qui ne rêvent que de voir la couronne sur la tête de son rejeton. Il y a les Stark qui se débattent entre leur honneur et leurs impulsions belliqueuses. Il n’y a, finalement, ni gentils ni méchants : il n’y a que des hommes et des femmes convaincus que leur voie est meilleure que celle du voisin, il n’y a que des hommes et des femmes qui font tout ce qu’ils peuvent pour survivre et/ou assouvir leurs pulsions et passions. C’est une histoire qui ne montre clairement pas le meilleur de l’être humain, qui montre bien plus le côté sombre qui se cache au cœur de chacun : dans un monde impitoyable où le fort survit et le faible meurt, où les rivalités entre les maisons dictent les agissements de chacun depuis des générations, où les alliances se font et se défont selon ce que chacun peut en retirer personnellement, il faut se battre pour rester en vie. Il faut vaincre, à n’importe quel prix.

Quand on y réfléchit, cela peut sembler assez horrible d’apprécier ce genre de récit. Mais je pense vraiment que si on se laisse tellement happer par cette histoire, c’est avant tout parce qu’elle est remarquablement bien menée et racontée. Alors bien sûr, la fluidité de la traduction laisse toujours à désirer, mais cela n’empêche désormais plus de savourer pleinement ce remarquable roman-choral, où les destinées individuelles s’entremêlent pour former une immense trame. Si cela peut perturber au début, il y a vraiment quelque chose de fascinant à suivre cette grande Histoire en suivant les petites histoires de chacun, du plus puissant au plus humble. On apprécie tout autant suivre Catelyn ou Robb que Bran et Arya, quand bien même ces deux derniers ne jouent pas un rôle actif dans cette intrigue et ne sont finalement que des victimes collatérales de ces cruels jeux de pouvoir et de vengeance. On se sent quelque peu privilégié d’avoir une vue aussi globale de toute cette affaire, alors que chacun des protagonistes n’en connait qu’une infime partie. Et le plus incroyable finalement, c’est que subtilement mais joliment, on sent que la narration s’adapte intimement au personnage dont nous suivons le moins de vue : c’est très discret, justement car c’est bien fait !

En bref, vous l’aurez bien compris, je suis vraiment heureuse d’avoir laissé sa chance à cette saga alors que le premier opus ne m’avait pas pleinement convaincue … En effet, ce deuxième tome a su rattraper le coup : c’était vraiment super palpitant ! On se laisse vraiment porter et transporter par cette histoire aussi sombre que puissante : on se laisse prendre au jeu, finalement, et on meurt d’envie de savoir comment toute cette sombre histoire va bien pouvoir se terminer. On commence vraiment à comprendre qu’il ne faut s’attacher à personne, que l’auteur n’hésitera jamais à tuer allégrement des personnages jusqu’alors principaux, qu’il n’épargnera personne et surtout pas son lectorat. Et c’est justement parce qu’on subit les mêmes pertes que les personnages qu’on se sent étrangement si proches d’eux, alors que nous n’avons absolument rien en commun avec eux. Mais le plus dingue, c’est que même si on sent que ce n’est que le début, que le pire reste encore à venir, on ne peut tout de même pas s’empêcher d’avoir envie de découvrir cette suite. Parce qu’une fois qu’on s’est laissé happé par Le trône de fer, rien à faire, on ne peut plus faire marche arrière …

mercredi 25 novembre 2020

Le Trône de Fer, tome 1 - George R.R. Martin


Le trône de fer1, George R.R. Martin

Editeur : J’ai lu
Nombre de pages : 477
Résumé : Après avoir tué le monarque dément Aerys II Targaryen, Robert Baratheon est devenu le nouveau souverain du royaume des Sept Couronnes. Tandis qu'en son domaine de Winterfell, son fidèle ami le duc Eddard Stark rend paisiblement la justice. Mais un jour, le roi Robert lui rend visite, porteur de sombres nouvelles : le trône est en péril. Stark, qui s'est toujours tenu éloigné des affaires du pouvoir, doit alors abandonner les terres du Nord pour rejoindre la cour et ses intrigues. L'heure est grave, d'autant qu'au-delà du mur qui protège le royaume depuis des siècles, d'étranges créatures rôdent...

- Un petit extrait -
« Laisse les sots voir que les mots te blessent, et leurs quolibets ne te lâcheront pas. S'il leur plaît de te donner un sobriquet, prends-le, approprie-le-toi. Dès lors, ils seront désarmés. »
- Mon avis sur le livre -

Malgré tout le tumulte médiatique autour de la série inspirée de la saga, j’ai miraculeusement réussi à me tenir éloignée de toute la multitude de spoilers qui inondent la toile. Je ne savais donc absolument pas ce que me réservait l’histoire au moment de me plonger enfin dans ce grand monument de la fantasy, hormis le fait que la violence y était omniprésente et risquait d’heurter mon hypersensibilité – mais c’est en toute connaissance de cause que je m’y suis tout de même aventurée, merci à ceux et celles qui m’ont mise en garde, cela m’a permis de m’y préparer et donc de ne pas être perturbée. Malgré cette parfaite ignorance de ce qui m’attendait, je dois reconnaitre que j’étais partagée entre de grandes attentes – tout le monde est si élogieux, cela ne peut être que merveilleux – et de grandes craintes – celle de passer à côté, d’être déçue par cette saga encensée de toutes parts. Au final, autant le dire tout de suite, la lecture de ce premier opus ne fut ni un coup de cœur, ni une déception : ce fut sympathique, divertissant, mais pas extraordinaire, inoubliable. Je compte lire la suite, mais pas me jeter dessus.

Après avoir aidé son ami Robert à renverser le roi Targaryen et à s’emparer du Trône de Fer, quinze ans auparavant, Eddard Stark s’est retiré dans la froide citadelle de Winterfell pour y rendre paisiblement la justice, entouré de toute sa petite famille : sa femme Catelyn, ses cinq enfants légitimes et son bâtard Jon, sans oublier les jeunes loups qui ne quittent jamais les marmots. Mais son paisible quotidien est réduit à néant le jour où le Roi lui-même vient lui rendre visite pour lui demander de l’accompagner à Port-Réal et de devenir Main du Roi afin de l’aider à préserver le royaume … La mort dans l’âme, lié par leur amitié d’antan et par la loyauté qu’il doit à son souverain, Eddard n’a d’autre choix que de quitter son domaine et de laisser les siens derrière lui. Sans se douter un seul instant qu’il vient de plonger la tête la première dans un repère infesté de serpents, où l’on ne peut se fier à rien ni à personne. La terrible réalité va rapidement le rattraper … mais pourra-t-il lui échapper à temps ?

Je vais être parfaitement honnête : j’ai failli abandonner au bout de quelques dizaines de pages. Non seulement la multitude de personnages me plongeait dans un océan de perplexité, mais la narration était tout simplement imbuvable : il me fallait relire chaque phrase et paragraphe plusieurs fois pour comprendre de qui et de quoi il était question. C’était vraiment laborieux, et j’en venais à me demander si je n’avais pas fait une terrible erreur en achetant les trois premiers opus avant même de commencer ma lecture. Mais j’ai décidé de m’accrocher encore un peu, espérant que le déclic allait enfin se faire et que j’allais pouvoir profiter pleinement de ma lecture. Disons-le nettement : sur le plan stylistique, rien ne s’est arrangé, la traduction est toujours aussi horrible à la fin qu’au début. Mais sur le plan de l’histoire, clairement, une fois qu’on est parvenu à assimiler les nombreux liens de parenté qui unissent les non moins nombreux personnages principaux et secondaires (épargnons-nous les tertiaires), on savoure allégrement cette intrigue où complots, machinations, manigances et trahisons s’entremêlent habillement pour le plus grand plaisir du lecteur !

Alors il faut le reconnaitre, on sent que ce premier opus n’est qu’un tome purement introductif, destiné à nous présenter les protagonistes – je pense à la si jeune Daenerys, que l’on ne côtoie finalement que très peu dans ce tome, mais qui va très vraisemblablement occuper une place centrale par la suite, de ce que je pressens – et les prémices d’une intrigue qui promet d’être autrement plus complexe et trépidante … Bien que ce premier tome le soit déjà pas mal ! Le fait de changer de personnage central à chaque chapitre, et par la même occasion de décor et de sous-intrigue, rend tout ceci profondément captivant : c’est tellement haletant d’avoir une vision globale de toute cette histoire dont chaque personnage n’a quant à lui qu’un minuscule aperçu ! Et tout comme eux, on ne sait jamais à quel saint se fier, de qui se méfier, sur qui s’appuyer pour tenter de dénouer tous ces fils de mystères et de conspirations. On sent confusément que l’auteur cherche à nous embobiner, à nous faire suivre de fausses pistes, mais malgré cela, on n’arrive clairement pas à discerner le vrai du faux. Et alors, on ne peut rien faire d’autre que dévorer chaque chapitre avec frénésie pour voir comment tout ceci va bien pouvoir se terminer !

Mais il y a un mais : si j’ai envie de connaitre le fin mot de l’histoire et découvrir qui se cache derrière toutes ces machinations, parce que je déteste rester dans l’ignorance, je dois reconnaitre ne m’être que très peu attachée aux personnages principaux. Si j’apprécie la petite Arya et son caractère frondeur, si j’apprécie également le jeune Jon qui peine à trouver sa place en ce monde, si j’ai eu beaucoup de peine pour le petit Bran et son innocence … globalement, je suis restée assez indifférente à tout ce petit monde qui nous est ici présenté. Très honnêtement, ils peuvent tous s’entretuer sans que cela ne me fasse ni chaud ni froid – enfin, ça serait problématique pour l’intrigue s’ils mourraient tous en même temps, donc ça serait préférable que ça soit au compte-goutte, mais vous comprenez l’idée. C’est un peu dommage, car cela m’empêche de me sentir véritablement concernée par toutes ces affaires, alors qu’en fantasy, je recherche précisément à me sentir vraiment proche des protagonistes pour mieux m’immerger dans l’histoire. Alors peut-être que ça va venir progressivement, au fil des tomes, mais pour l’instant, ça me laisse un peu sur ma faim.

En bref, vous l’aurez bien compris, ce fut une bonne lecture, mais rien de transcendant non plus. Je compte bien poursuivre la saga, parce que j’apprécie énormément les intrigues de cour où complots et trahisons sont monnaie courante, et parce que j’aime la richesse de l’univers, je compte même regarder la série un jour pour voir ce que ça donne, mais je ne rejoindrais pas la foule de grands fans qui ne jurent plus que par Game of thrones ! Je n’irai pas jusqu’à dire que je ne comprends pas l’engouement qu’il y a autour de cette saga, car je reconnais qu’elle est captivante sur certains points, mais je considère qu’il s’agit d’une saga de fantasy parmi bien d’autres, qu’elle n’est ni mieux ni pires que les autres : quelconque, tout au plus (mais ce n’est pas une critique dans ma bouche, juste un constat). Je me demande juste si je n’aurai pas mieux fait de tenter en VO, car j’ai vraiment le sentiment que la traduction y est pour beaucoup dans ma difficulté à m’immerger dans l’histoire …