samedi 21 novembre 2020

Whisper, tome 6 : Le grand ouragan - Lea Schmidbauer


Whisper6, Léa Schmidbauer
Le grand ouragon

Editeur : Castelmore
Nombre de pages : 380

Résumé : Cet été-là, on annonce l'arrivée d'une terrible tempête. Le haras de Kaltenbach ouvre ses portes à un cirque équestre itinérant, pour le mette à l'abri des intempéries. Ari est fascinée par le monde de la voltige, mais elle se rend vite compte que la vie de cirque n'est pas de tout repos pour les chevaux. Avec l'aide du fidèle Whisper, elle se lance dans le projet fou de sauver le vieux cheval du spectacle, Ouragan. Elle ignore quelles terribles conséquences cette aventure va entrainer, le danger que court Whisper, et enfin que Mika, qui a tant repoussé son retour, est sur le point de rentrer...


- Un petit extrait -

« Un cheval blanc éclatant entre au trot dans le manège, suivi par un projecteur bleu. Il fait le tour du maître de cérémonie, d'un pied léger.
- Un, déclame ce dernier - et, lorsque le cheval suivant apparaît tout de suite après, les spectateurs comprennent aussitôt et se mettent à compter en chœur, avec exaltation :
- Deux ! Trois ! Quatre !
Ils applaudissent au rythme des sabots tandis qu'apparaissent toujours plus de chevaux qui tournent autour de l'homme en queue-de-pie. Bien sûr, Ari se maîtrise et ne compte pas à voix haute, comme les enfants autour d'elle, mais la musique qui s'amplifie, les applaudissements des spectateurs et les chevaux blancs qui trottent en rond ont vraiment un effet hypnotisant sur elle. »

- Mon avis sur le livre -

Quand on aime s’enfiler une saga du premier au dernier tome, il n’y a pas plus agaçant que les sagas dont on ne sait pas avec certitude si elles sont terminées ou non, car ni l’auteur ni l’éditeur n’a rien communiqué à ce propos. On prend toujours le risque de faire un marathon, pour découvrir avec stupeur quelques mois plus tard qu’une suite va sortir, et se retrouver ainsi avec toute la saga à reprendre du début … Pour Whisper, l’incertitude est bien présente : à ma connaissance, la saga n’a pas été officiellement annoncée comme terminée, mais plusieurs éléments tendent cependant à le faire penser. Le plus important d’entre eux, c’est la dernière phrase de chaque tome : dans les cinq premiers, elles étaient identiques et promettaient « une autre histoire », alors que l’ultime phrase du sixième tome est différente et ne comporte pas cette « promesse ». J’en ai donc conclu que l’autrice ne comptait plus nous conter de nouvelle histoire de Whisper et Mika, et qu’il est désormais l’heure de leur dire au revoir … du moins jusqu’à la prochaine relecture de la saga !

Tandis que Mika continue à courir après les mustangs en Amérique, retardant inlassablement son retour, et qu’Ari passe toutes ses journées avec Whisper à s’entrainer au tir à l’arc, le haras de Kaltenbach se prépare à affronter une terrible tempête. Lorsqu’ils offrent refuge à un cirque équestre itinérant, la jeune Ari découvre avec émerveillement le monde de la voltige équestre et du spectacle … Elle se rend cependant rapidement compte qu’Ouragan, le cheval vedette de la représentation, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Whisper, est bien trop vieux et affaibli pour continuer ainsi. Mais elle découvre également que dans ce milieu, le bien-être des chevaux n’est jamais pris en considération, du moment que le show est assuré. La jeune fille se promet alors de sauver Ouragan et de lui offrir une retraite bien méritée après toutes ces années de bons et fidèles services … Mais elle est loin de se douter du danger dans lequel elle va les plonger, Whisper et elle, en proposant au jeune Carlo de réaliser son numéro avec Whisper à la place d’Ouragan …

Lorsque j’étais petite fille, comme beaucoup d’enfants, j’étais totalement fascinée par le monde du cirque, par la magnificence des numéros, par l’ambiance … Mais mon émerveillement s’est brisé en mille morceaux lorsqu’un petit cirque s’est installé dans notre petit village et que j’ai remarqué à quel point les deux petits poneys étaient mal traités une fois le rideau fermé. Je n’étais pas aussi courageuse qu’Ari et Mika et n’ait donc pas tenté de les exfiltrer au milieu de la nuit pour les installer dans mon jardin, mais à partir de ce moment-là, s’en était fini de ma admiration (même si j’avoue continuer à apprécier les prouesses des jongleurs et acrobates lorsque ceux-ci ne se servent pas d’animaux dans leurs numéros) ! Dans cet opus, la petite Ari, qui a enfin trouvé une certaine sérénité depuis son arrivée au haras, va elle aussi découvrir l’envers du décor après avoir été captivée par le spectacle enchanteur sous le chapiteau. Et comme elle n’a pas froid aux yeux, la voici qui se lance dans une opération sauvetage aussi audacieuse que dangereuse. En effet, en tant qu’adulte, on ne peut pas approuver son plan, d’autant plus qu’on se doute pertinemment que cela va dégénérer et devenir hors de contrôle, mais on comprend toutefois le geste désespéré de l’adolescente : comment ne pas vouloir aider ce pauvre Ouragan ? 

Ce que j’ai beaucoup aimé dans ce tome, c’est justement le fait que malgré son « don », malgré le lien si particulier qui l’unit à Whisper – et dans une moindre mesure aux autres chevaux –, Ari va commettre une grosse et grave erreur. Elle agit impulsivement, instinctivement, sous le coup de l’émotion, sans songer aux conséquences de ses actes. Elle ne pense pas une seule seconde au fait qu’en voulant sauver Ouragan, elle va mettre en danger Whisper et briser par la même occasion et la confiance de l’étalon et la promesse qu’elle a faite à Mika de prendre soin de lui. Elle ressent juste le besoin viscéral d’agir, car elle ne peut pas laisser un cheval souffrir sans rien faire pour l’aider. C’est important, je trouve, de montrer que nul n’est à l’abri de faire des erreurs. Car la vérité, c’est que tout cavalier, un jour ou l’autre, fera une erreur avec un cheval, même en étant animé par toute la bonne volonté du monde – comme l’est Ari. C’est donc un livre qui, en plus de mettre le doigt sur les mauvais traitements des chevaux de cirque, se veut déculpabilisant. Ainsi, Mika et Whisper pardonnent tous deux à la petite Ari, qui a encore tant de choses à apprendre, et en premier lieu à se pardonner elle-même …

Comme toujours avec cette saga, une brise de légèreté vient régulièrement chasser les nuages de noirceur et de lourdeur : cela fait tellement de bien lorsque Sam, Fanny ou Tinka viennent apporter un peu de douceur et de rire dans cette intrigue bien sérieuse ! Certaines scènes sont vraiment à mourir de rire et viennent contrebalancer à merveille les passages plus difficiles. Difficile en effet de ne pas craquer face aux facéties du duo Sam-Fanny, qui se hissent facilement en haut du podium des « couples les plus drôles de la littérature jeunesse » ! Sans oublier la petite Tinka, discrète mais qui rayonne littéralement de passion et d’innocence ! Je dois avouer que j’aimerai beaucoup un hors-série sur son poney Archibald et elle, ils sont juste tellement drôles ensemble ! J’aime beaucoup également les quelques passages avec le vieux Mr. Kaan : sa « force tranquille », sa sagesse mais aussi sa bienveillance sont une vraie bouffée d’air frais. Il nous aide à remettre les choses à leur juste place, il nous apprend à canaliser notre énergie et nos émotions pour mieux se mettre à l’écoute du cheval … mais aussi pour que le cheval puisse lui aussi se mettre à notre écoute. Je l’affirme sans détour : c’est le moniteur d’équitation rêvé pour qui cherche à créer une amitié avec le cheval !

En bref, vous l’aurez bien compris, c’est un final en apothéose que nous offre l’autrice avec ce sixième et dernier tome ! Une fois encore, elle arrive à nous faire rire et pleurer, trembler et rêver tout en même temps : on se révolte face à la situation de ce pauvre Ouragan, on éclate de rire quand Fanny réveille Sam à coup de bocal à cornichons, on tremble quand le cruel directeur de cirque enlève Whisper, et on pleure de soulagement quand Mika pardonne à la petite Ari ! Je vous préviens, c’est une histoire qui fait naitre une ribambelle d’émotions : cœurs fragiles, méfiez-vous ! Ce qui est assez extraordinaire finalement, c’est qu’on peut soit y voir un simple récit d’aventure trépidant et captivant, soit y trouver quelque chose de plus profond, comme une quête initiatique. En tout cas, ce fut un véritable régal que de suivre une fois encore les aventures de Whisper, de cheminer une fois de plus aux côtés de la petite Ari, et surtout de revoir enfin Mika après sa longue absence ! Et même si l’heure est arrivée de tous leur dire au revoir, on sait qu’ils resteront toujours quelque part dans notre cœur et notre esprit, pour accompagner tous les petits cavaliers et petites cavalières qui attendent de rencontrer leur Whisper …

mercredi 18 novembre 2020

Blood Family - Anne Fine


Blood Family, Anne Fine

Editeur : l’école des loisirs
Nombre de pages : 341

Résumé : Il revient de loin, Edward. Jusqu’à l’âge de 7 ans, il a vécu enfermé dans un appartement avec sa mère, sous l’emprise d’un homme alcoolique et violent. Lorsqu’il est délivré de son bourreau, il peut enfin découvrir le monde qui l’entoure. Mais est-il libre pour de bon ? Recueilli par les services sociaux, puis ballotté de famille d’accueil en famille d’adoption, Edward se construit en tentant d’oublier son passé. Mais au fil des années, ce passé le suit pas à pas et ne cesse de se rappeler à lui. La force, le courage et la volonté lui suffiront-ils pour lui échapper ?



- Un petit extrait -
« Je m’étais mis à aimer passionnément les livres. J’avais l’impression que chacun d’eux me donnait des clefs pour devenir normal. Qu’ils n’avaient été écrits que pour moi, comme autant de cours particuliers tranquilles et sans danger, sur la façon de  vivre des autres. Mieux encore, ils faisaient renaitre en moi la certitude qu’il existait une infinité de moyens de tracer son chemin dans la vie sans éveiller les soupçons. […] Même si vos soucis sont différents, les livres vous montrent au moins que vous n’êtes pas seul à vous en faire. Vous n’avez plus besoin d’avoir peur que ce soit anormal.  »
- Mon avis sur le livre -

Il y a quelques semaines, j’évoquais avec une amie lectrice ce qui est probablement la plus grande contradiction de mon existence : je suis hypersensible – et ça me complique considérablement la vie, car c’est jugé inacceptable dans notre société de pleurer « pour un rien » à bientôt vingt-quatre ans … bonjour la tolérance – mais je n’hésite pas pour autant à me plonger dans des livres jugés « difficiles ». Bien sûr, il y a certaines limites que je ne peux pas dépasser – ce qui m’oblige parfois à refuser telle ou telle proposition de service presse, car je sens que le livre en question me perturbera beaucoup trop –, mais cela ne me fait pas particulièrement « peur » d’ouvrir un thriller, un policier ou un drame de temps en temps. Au fil des années, j’ai appris à garder suffisamment de distance avec l’histoire relatée pour la savourer sans qu’elle ne me dévore. J’en suis vraiment soulagée, car cela me permet de me plonger dans des récits qui m’intriguent et m’attirent même si ceux-ci abordent des thématiques très difficiles …

Les premières années de sa vie, Eddie les a passées recroquevillé dans un coin du salon, s’efforçant de se faire le plus petit possible tandis qu’Harris, alcoolique et tyrannique, s’acharnait sur sa mère. Son seul lien avec le monde extérieur, ce sont des cassettes vidéos sur lesquelles sont enregistrées de vieilles émissions, dans lesquelles Mr Perkins emmènent ses petits téléspectateurs à la découverte d’une caserne de pompiers, d’une ferme, d’une pizzeria, tout en leur rappelant qu’il faut toujours mettre de la crème solaire en été et qu’il faut bien se laver les dents tous les jours … Le petit garçon a sept ans lorsque la police et les services sociaux défoncent la porte, mettant fin à son interminable calvaire. D’abord placé dans une famille d’accueil aimante, puis adoptée par une famille bienveillante, le petit Eddie s’en sort étonnamment bien pour un enfant séquestré et maltraité … Jusqu’au jour où une simple sortie scolaire vient remettre en question l’équilibre précaire de sa santé mentale …

Si je devais résumer en deux mots ce roman, je n’hésiterai pas bien longtemps : simplicité et dureté. Les premières pages donnent immédiatement le ton du récit : c’est incisif, brut, tranchant. Tout commence par l’irruption fracassante d’une unité de police dans un appartement saccagé, dévasté, ravagé : ils y trouvent une femme couverte d’hématomes qui semble ne même pas se rendre compte de leur présence, et un petit garçon vêtu de haillons qui se terre dans son coin. Il y a cette urgence qui vous prend aux tripes : il faut les sortir d’ici, immédiatement, avant que l’homme responsable de cette horreur revienne. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, la mère et le fils sont exfiltrés de ce logement insalubre et conduits à l’hôpital. C’est ainsi que débute la nouvelle vie d’Eddie … Mais ne nous faisons pas d’illusions : la vie n’est pas un conte de fée, et contrairement à ce qu’on aimerait espérer, un peu d’amour et de douceur ne suffiront pas à effacer ces traumatismes infantiles. Et même si, dans un premier temps, notre brave et sensible petit Edward semble bien remonter la pente, on pressent que le passé va brutalement ressurgir un jour ou l’autre. Pour le pire plus que pour le meilleur …

A travers l’histoire d’Eddie, c’est le parcours de vie de centaines d’enfants placés et adoptés que nous invite à suivre l’autrice. Car irrémédiablement, une même question finit par surgir, parfois insidieusement, parfois violemment. Est-il véritablement possible de faire table rase de son passé, de son enfance, de sa famille biologique ? Peut-on véritablement se construire sereinement quand nos racines sont branlantes ? Et c’est alors que le titre du livre prend tout son sens : les liens du sang seraient-ils plus forts que ceux du cœur ? Une implacable malédiction se cache-t-elle dans nos veines, nous condamnant à marcher dans les traces de nos géniteurs bien malgré nous ? Alors qu’il grandit, Eddie est de plus en plus hanté par la crainte de ressembler un jour à son bourreau … Mais le plus terrible, finalement, c’est que c’est pour oublier cette peur que le jeune homme va progressivement sombrer dans les mêmes travers que cet homme qu’il craint et hait tant. Et le lecteur assiste impuissant à cette descente aux enfers, le cœur serré de voir ce jeune homme innocent ployer sous le poids d’un si cruel fardeau.

Simplicité et dureté, disais-je : comme vous l’aurez remarqué, c’est une intrigue « extraordinairement banale » que nous offre ici l’autrice, sans fioriture inutile, sans péripétie superflue, toute centrée sur la difficile reconstruction de ce gamin malmené par l’existence. Rien de plus, rien de moins qu’une tranche de vie. Relatée par Eddie et par tous ceux qui gravitent autour de lui : Rob le travailleur social, Eleanor la psychologue, Linda l’assistance maternelle, Alice la sœur adoptive … Chacun leur tour, ils nous dressent un portrait saisissant de cet enfant sauvé de l’enfer. Roman polyphonique dans toute sa splendeur, Blood Family ne se contente ainsi pas d’évoquer les conséquences « à long terme » des abus psychologiques et des déterminismes génétiques, mais aborde également la question de l’adoption du point de vue des parents. Avec justesse, en remisant au placard les grands discours bien-pensants, Anne Fine nous plonge au cœur des doutes et même des regrets de ces hommes et de ses femmes qui élèvent « les enfants des autres », qui tentent de leur apporter tout l’amour et le soutien possible pour les aider à rebondir, mais qui se demandent parfois s’ils ont fait le bon choix … 

En bref, vous l’aurez bien compris, c’est un roman particulièrement poignant et émouvant que nous offre ici l’autrice. Sans jamais sombrer une seule fois dans le larmoyant à outrance ou l’apitoyant démesuré, Anne Fine n’épargne absolument rien au lecteur, le confrontant à la vérité dans toute sa rudesse : on ne ressort jamais indemne de ce genre d’épreuves, jamais, même avoir tout l’amour et toute la bonne volonté du monde. Il reste toujours quelque chose de ces douleurs, de ces peines, de ces peurs. On pourrait reprocher à ce récit d’être trop pessimiste … mais il faut se rendre à l’évidence et reconnaitre qu’il est tout simplement réaliste. La fin est à mes yeux particulièrement marquante de ce point de vue : elle nous laisse en plan, avec un grand point d’interrogation vu qu’on peut s’imaginer le pire comme le meilleur, la voir comme la preuve de la guérison d’Eddie ou comme les prémices d’une rechute à venir. Au lecteur de se faire sa propre opinion … En tout cas, c’est un roman certes difficile par moment, mais que j’ai énormément apprécié car il est si riche, si puissant, et si bien écrit, tout en finesse, vraiment une très belle lecture que je n’oublierai pas de sitôt !

dimanche 15 novembre 2020

Top 5 : Ces sagas équestres qui m'intriguent

- Top 5 : Ces sagas équestres qui m'intriguent -

 C’est le retour des tops ! Et cela grâce à Mange-Nuages qui a mis en place un petit challenge/jeu que je vous invite à retrouver sur Livraddict ! Un thème par semaine, rien de plus simple, d’autant plus que j’ai décidé de faire ceci sous forme de mini-article pour ne pas me surcharger … Le thème de la semaine n’étant pas encore dévoilé, voici mon thème secours :

Ces sagas équestres qui m'intriguent

 Ceux qui me connaissent bien le savent : je ne suis pas seulement passionnée de lecture, mais également d’équitation ! J’ai commencé à monter à cheval – ou plutôt à poney – lorsque j’avais sept ans, et malgré diverses interruptions, une partie de mon cœur reste toujours quelque part au milieu d’une écurie. Je vous parle donc aujourd’hui de cinq sagas équestres qui me donnent envie (parmi bien d’autres) …

 Et voici donc mon petit top 5 :

 ▸ Les écuries de Sandy Lane de Michelle Bates

Comme beaucoup de petites cavalières, j’aimais autant monter que trainer au centre équestre toute la journée : autant vous dire que cette saga, qui semble suivre les cavaliers d’un poney-club dans diverses situations, me semble vraiment sympathique !

 ▸ Le haras de Canterwood de Jessica Burkhart

Comme beaucoup de petites cavalières, je rêvais également d’intégrer une école dans laquelle je pourrais monter à cheval tous les jours … la compétition en moins ! Aussi, même si cette saga semble « clichée » sur certains points, ça donne quand même envie …

 ▸ Chestnut Hill de Lauren Brooke

Même explication pour cette saga, bien que, connaissant l’autrice via Heartland (que je lisais à la bibliothèque municipale en râlant car ils n’avaient pas tous les tomes), ça sera probablement plus centré « cheval » que « rivalité entre filles » !

 ▸ Le rêve de Charlotte de Nele Neuhaus

Comme beaucoup de petites cavalières, j’avais mon poney préféré, que je voulais monter chaque semaine … Alors une histoire centrée sur une jeune fille qui décide d’abandonner l’équitation après la vente de son cheval adoré, ça me parait si émouvant !

 ▸ Ysée, cavalière de légende de Muriel Zürcher

Depuis que plusieurs participants au challenge « Game of Thrones » l’ont lu, cette duologie me donne vraiment terriblement envie : une histoire d’amitié dans une ambiance mi-réaliste mi-onirique, ça promet quelque chose de super palpitant !

samedi 14 novembre 2020

Les Mondes d'Ewilan, tome 1 : La forêt des captifs - Pierre Bottero


Les mondes d’Ewilan1, Pierre Bottero
La forêt des captifs

Editeur : Rageot
Nombre de pages : 892 pour l’intégrale

Résumé : Tandis que ses parents explorent des territoires sauvages de l'autre monde, Ewilan se retrouve prisonnière sur Terre d'une sinistre Institution. Au cœur de ce laboratoire clandestin, la Sentinelle félonne Eléa Ril' Morienval fomente son retour en Gwendalavir qu'elle cherche plus que jamais à conquérir. Réduite à l'impuissance par de terribles expériences, Ewilan ne peut compter que sur le courage de Salim pour s’échapper.


- Un petit extrait -
« — Qu’est-ce que… est-ce vraiment… bon sang, c’est abominable ! Comment avez-vous réussi à vaincre une pareille créature ?
— Celle-là, je l’ai égorgée, expliqua Ellana d’une voix posée. Pour plus de sécurité, Edwin a cru bon lui envoyer deux flèches en plein cœur. Manque de confiance typiquement masculin…
— Heu… je vois… Et ça, qu’est-ce que c’est ?
— Ce qu’il reste du Ts’lich brûlé par Illian. Ça fait un peu désordre, mais Illian est jeune et se trouvait dans l’urgence. Grâce à lui, nous savons désormais que le Ts’lich n’est pas comestible. Impossible d’inviter des amis autour d’un barbecue et cuire un truc pareil. Ce serait une faute de goût impardonnable.
Stupéfait, Bruno Vignol dévisagea la jeune femme. Elle pencha la tête et lui sourit, comme surprise par l’intérêt qu’il lui témoignait.
— Vous… vous êtes sérieuse ? balbutia-t-il.
— Bien sûr. Le Ts’lich ne se mange pas. Du moins pas en grillade ! En pot-au-feu, peut-être… On vous montre les autres ? »
- Mon avis sur le livre -

Le plus terrible dans les crises de migraine qui me clouent régulièrement au lit dans la plus complète des obscurités, c’est assurément le fait de ne même pas avoir la possibilité de lire pour faire passer le temps : en général, que je suis malade, je m’occupe en dévorant roman sur roman, mais lorsque le seul fait de garder les yeux ouverts devient une épreuve, vous vous doutez bien que je ne peux même pas m’évader par la lecture … Et je me retrouve donc condamnée à comater sans même réussir à dormir, jusqu’à ce que l’ennui devienne aussi difficile à supporter que les maux de crâne et autres désagréments de migraineux. C’est donc toujours un énorme soulagement quand la douleur décroit enfin et que je peux me permettre de faire autre chose que de rester étendue dans mon lit : l’attente de la fin de crise devient tout de suite beaucoup plus supportable quand on a de quoi s’occuper l’esprit ! Et clairement, en guise de compagnon de convalescence, la littérature jeunesse est pleinement indiquée … et encore plus les sagas-doudous !

Cela fait plusieurs mois maintenant qu’Ewilan et ses compagnons ont retrouvés et libérés les parents de la jeune fille, qui goute enfin aux joies d’une vie de famille qui lui a si longtemps été arrachée tout en s’épanouissant plus que jamais dans son nouveau monde … Tandis que ses parents et son frère s’embarquent pour une expédition au-delà de la Mer des Brumes, Ewilan et Salim s’apprêtent à passer deux semaines de vacances dans l’autre monde. Mais à peine sont-ils arrivés que l’adolescente est enlevée par des hommes en noir et conduite dans la non moins sombre Institution, tombée sous la coupe de la félonne Eléa, qui compte bien utiliser la technologie terrienne pour assouvir sa soif de vengeance et de domination … Réduite à l’état de cobaye, droguée et incapable de se servir de son Don pour s’échapper ou pour contacter Salim, la jeune fille ne peut compter que sur l’aide de son ami, qui ne reculera devant rien pour libérer celle qu’il aime tant …

Je me souviens encore de la surprise qui fut la mienne la première fois que j’ai débuté cette seconde trilogie, et que j’ai compris qu’Ewilan et Salim étaient de retour sur notre bonne vieille Terre, alors que tout laissait à penser qu’ils allaient rester pour de bon en Gwendalavir ! Et cela d’autant plus que l’auteur nous plonge directement au cœur de l’action, aux côtés d’un Salim en pleine mission sauvetage, sans nous expliquer comment on en est arrivé là … Et tandis que des dizaines de questions encore sans réponses assaillent notre esprit, notre petit cœur est malmené un peu plus à chaque chapitre, s’affolant tantôt d’inquiétude, tantôt de peine. Car si la première trilogie restait finalement assez légère, tout dans l’émerveillement de la découverte d’un nouveau monde et dans l’excitation de la quête et de l’aventure, le premier tome de cette deuxième saga est autrement plus sombre … L’auteur n’a rien épargné à ses personnages, et par ricochet à ses lecteurs : il ne fait absolument aucun doute que ceux qui trouvaient la première trilogie trop « gentillette », trop « enfantine », changeront d’avis avec ce tome …

Qu’est-ce que j’ai pleuré tout au long de cet opus ! Tantôt parce que c’était un déchirement terrible que de voir notre petite Ewilan dans cet état, totalement brisée par la soif de pouvoir et de vengeance d’une femme prête à tout pour assouvir ses sombres desseins, tantôt parce que c’était si beau de voire notre brave Salim prendre soin d’elle avec toute l’affection et le dévouement d’un ami, d’un frère, d’un amour … Toute cette première partie, centrée sur la guérison et la renaissance d’Ewilan, sous le regard attentif du jeune Salim et celui attendri du vieux Maximilien, m’a vraiment beaucoup émue … On le sent, cette douloureuse expérience va changer à jamais Ewilan et Salim, brulant les dernières bribes d’enfance et d’insouciance qui se terraient encore en eux, mais de ces cendres vont naitre les racines d’un amour encore plus fort, inébranlable. Et si cette épreuve va mettre en évidence la fragilité d’Ewilan, elle va également dévoiler la force de Salim, toujours aussi fidèle et aussi dévoué, à la fois si maladroit et si délicat dans sa façon d’exprimer tout l’amour qui brule en lui … Un tome vraiment poignant, bouleversant, émouvant à souhait, bien plus profond et puissant que les précédents !

Mais comme toujours, Pierre Bottero a su ménager l’équilibre de son récit, et après tout cet interlude où Ewilan se reconstruit doucement dans les douces montagnes du Massif Central, entourée des brebis du vieux Maximilien, il est grand temps pour nos deux jeunes héros de retrouver leurs compagnons de toujours et d’affronter la malveillante Eléa ! Car Ewilan le sent, elle ne sera tout à fait guérie qu’une fois qu’elle sera retourné à l’Institution pour sauver les autres enfants détenus par ces scientifiques sans scrupules … Cette seconde partie est fichtrement haletante, on a le cœur qui s’emballe, le souffle qui se coupe, la gorge qui se noue : on est tellement pris par l’histoire qu’on en oublie parfois que ce n’est qu’une fiction, et on tremble vraiment pour nos héros ! Résultat : on dévore chaque chapitre comme si notre vie en dépendait, totalement happé par cette histoire incroyablement palpitante. Et une fois la dernière page tournée, l’envie de se ruer sur la suite sans plus attendre nous prend. Et cela d’autant plus que la rencontre avec le petit et mystérieux Illian nous promet de grandes aventures à venir !

En bref, vous l’aurez bien compris, je me suis tout simplement régalée avec ce tome ! Je me souviens que plus jeune, il m’ennuyait quelque peu, justement parce qu’il ne se passe « pas grand-chose » pendant une bonne partie du roman … alors que c’est justement la partie que j’ai préférée en le relisant à l’âge adulte ! Petit moment de grâce où la beauté de la plume rejoint celle du cadre idyllique et du lien magnifique qui unit nos deux jeunes héros. Certains passages sont d’une puissance à couper le souffle, j’en ai eu les larmes aux yeux tant chaque phrase était chargée d’émotion. Mais je n’oublie pas la partie plus « trépidante » du récit : j’ai beaucoup aimé la rencontre entre les deux mondes, entre le politicien de l’ombre et les guerriers qui foncent dans le tas. On retrouve avec joie l’humour d’Ellana, le calme d’Edwin, la fougue de Siam et l’impatience de Maitre Duom … Ils forment une joyeuse équipée qui me donne toujours le sourire, même dans les moments les plus difficiles. C’est un tel plaisir que de les retrouver pour cette nouvelle trilogie, qui promet d’être bien plus sombre mais clairement palpitante !