mercredi 19 mai 2021

Les Prélats de Faneas, tome 3 : La résistance d'Amiran - Charlotte Abécassis Weigel

Les prélats de Faneas3, Charlotte Abécassis Weigel

La résistance d’Amiran

 Editeur : Autoédition

Nombre de pages : 531

Résumé : Asté et Cléora se dirigent vers le domaine des grands lacs afin de retrouver Morgana et de fortifier les pouvoirs de la larmia. Toutefois, la route vers l’aqua-monde est plus périlleuse qu’il n’y paraît. Pendant que Cléora renoue difficilement avec ses origines, Noctis et Niall travaillent de concert pour réformer l’armée rebelle. Le roi Bosham, que cette rébellion excède, entend bien profiter de cette faiblesse pour en finir. 

 

 Un grand merci à Charlotte Abécassis Weigel pour l’envoi de ce volume et à la plateforme SimPlement pour avoir rendu ce partenariat possible.

 

- Un petit extrait -

« Asté pouvait entendre tous ces gens murmurer et leurs paroles résonnaient dans sa tête si fort qu’elle ne prêtait que peu d’attention aux mots de Kaede. Et le pire était qu’au fond d’elle-même, elle pensait exactement comme eux. Ils avaient beau parler sous le coup du désespoir, ils disaient la vérité. Elle tressaillit et son regard se voila à cause des larmes qui commençaient à la submerger. Kaede la regarda avec tristesse, ne sachant pas vraiment comment réagir. Il hésita entre laisser jaillir sa colère à l’encontre des passants ou consoler celle qui aimait, aussi gauche qu’il puisse être. »

- Mon avis sur le livre -

 Après l’effort, le réconfort, dit-on souvent : maintenant que j’ai rendu mon dernier gros devoir de l’année universitaire, et que je n’ai « plus qu’à » réviser les ultimes partiels, j’ai désormais beaucoup plus de temps à consacrer à la lecture. Alors que pendant des mois et des mois, je ne pouvais caser qu’une misérable petite séance d’une heure, le soir avant d’aller me coucher, pour avancer tant bien que mal (entre la fatigue et le manque de luminosité) dans mes lectures en cours, je peux désormais m’accorder deux voire trois « pauses lectures » dans la journée, et qu’est-ce que ça fait du bien au moral de pouvoir lire sans ressentir cette culpabilité sous-jacente ! Et qu’est-ce que ça fait du bien de voir la pile de services presse en attente de traitement baisser enfin : c’est toujours un réel plaisir que de travailler avec des auteurs ou des éditeurs, mais je me suis vraiment laissée submerger par les événements, et tous ces livres empilés sur mon espace « à faire » commençaient vraiment à m’angoisser au plus haut point, de crainte de ne pas être capable de tenir mes engagements dans les temps impartis … Il faut dire que Charlotte Abécassis ne m’a pas facilité la tâche : avec de gros pavés pareils, la pile semblait encore plus haute, mais heureusement, la saga est tellement addictive que ça se lit très facilement !

Tandis que Sora, Noctis et Niall s’efforcent d’unifier les rebelles de tous horizons pour lutter contre l’armée endorienne toujours plus conquérante, Kaede, Asté et Cléora rejoignent le fief sous-marin de cette dernière : il est grand temps pour la jeune prélate de recevoir l’intégralité de ses pouvoirs, et les deux jeunes femmes espèrent également retrouver Morgana, la mère de Cléora, disparue depuis dix longues années. Mais le domaine des grands lacs n’est plus que mort et désolation : le choc est rude pour Cléora qui doit non seulement se préparer à se confronter avec le Dieu d’Avalon et à renouer avec ses origines, mais doit également supporter cette funeste vision … Pas le temps toutefois de se laisser gagner par l’accablement et le découragement : il leur faut à tout prix se préparer à combattre le roi Bosham avant qu’il ne soit trop tard. Car trop d’innocents sont déjà morts depuis l’invasion : la jeune prétendante au trône et ses tout aussi jeunes prélats doivent se rendre à l’évidence, pour ramener la paix il leur faudra gagner la guerre. Mais seront-ils un jour suffisamment puissant pour vaincre ce démon qui ne recule devant aucune atrocité pour accroitre toujours plus son pouvoir et sa domination ?

Si je devais résumer ce que je pense que ce troisième opus en quelques mots, c’est tout simplement : encore meilleur que le deuxième, qui lui-même était déjà bien meilleur que le premier ! Pour un auteur, l’équilibre est toujours délicat à trouver entre écrire pour soi et écrire pour les autres : d’un côté, il faut aimer ce qu’on écrit, car l’écriture doit rester un plaisir, mais de l’autre, il faut également songer au lecteur, dont les attentes sont souvent bien différentes … C’est à mes yeux toute la différence entre le premier opus, qui m’avait souvenez-vous laissé une impression un tantinet mitigée, et les deux tomes suivants : le premier n’a visiblement pas été écrit « dans le but » d’être édité, l’autrice écrivait avant tout pour elle (et c’est très bien), alors que pour les suivants elle avait « conscience » d’écrire aussi pour d’autres … On passe donc d’un premier tome aux accents d’urban fantasy où l’intrigue était principalement centrée sur les amourettes adolescentes de deux personnages si opposés que ça en devenait quelque peu cliché, à des suites qui nous proposent une intrigue bien plus riche et subtile, avec des enjeux bien plus vastes et profonds, avec un meilleur équilibre entre l’action et l’émotion … Bref, de la bonne fantasy comme je les aime !

Ce troisième opus nous propose une intrigue bien plus sombre et violente que les précédents … Partout où passent nos héros règne la mort et la désolation, la douleur et l’accablement : c’est un royaume à bout de souffle dont hérite la jeune Asté, un royaume dominé par la peur et la peine, où la joie et l’espoir ne sont plus que de lointains souvenirs dont on n’est pas certains de l’existence. Et chaque nouvel affrontement est plus meurtrier encore que le précédent, et le doute s’insinue toujours un peu plus dans l’esprit de nos héros : seront-ils réellement en mesure de vaincre le roi Bosham, cet être qui semble se repaitre de la souffrance autant que de la puissance ? La petite voix rassurante qui nous accompagnait dans le second tome, nous exhortant à croire en la victoire de nos cinq héros, se voit bâillonnée un peu plus à chaque nouvelle confrontation, à chaque nouvelle révélation : cette fois-ci, tout semble définitivement perdu. Comment se mesurer à un individu qui semble jouer avec vous alors que vous devez puiser jusqu’à la dernière étincelle d’énergie qui vous reste pour garder les yeux ouverts, pour vous souvenir comment respirer ? Petit à petit, la noirceur et le découragement envahissent le cœur des héros … et du lecteur.

Il faut dire que de nombreuses découvertes et révélations sont faites dans ce tome, et viennent remettre en question tout ce que nous tenions pour acquis. D’ailleurs, autant je trouvais que les « révélations » du premier opus étaient beaucoup trop prévisibles, autant cette fois-ci, j’ai parfois eu du mal à suivre, à comprendre, à saisir vraiment les implications de telle ou telle parole, de tel ou tel acte. A vouloir faire plus complexe, l’autrice en a peut-être fait un petit peu trop … Mais fort heureusement, cela ne gâche en rien le plaisir de la lecture et la montée progressive de la tension dramatique. Car même si tout n’est pas très clair dans notre esprit, nous comprenons bien l’essentiel : un nouveau compte à rebours s’est enclenché, encore plus effroyable que la perspective d’une grande bataille contre l’armée démesurément puissante du roi d’Endor. De nouvelles forces entrent en jeu, des forces contre lesquelles nos jeunes héros ne peuvent rien : qui peut lutter contre les dieux, contre la destinée, contre la fatalité ? Tout ce qu’ils peuvent faire face à cette échéance terrifiante qui se rapproche inexorablement, sans qu’ils ne puissent rien pour l’arrêter ou même la ralentir, c’est continuer de se battre pour leurs idéaux, continuer de tout donner pour sauver la vie de ces milliers d’innocents qui souffrent … pour sauver la vie de ceux qu’ils aiment.

Car je ne l’ai pas assez évoqué dans mes deux premières chroniques, qui étaient déjà particulièrement longues, mais ce que j’aime vraiment énormément dans cette saga, c’est la force de l’amitié. De l’amour aussi, mais vous le savez, je suis bien plus sensible aux histoires d’amitié qu’aux histoires d’amour. Et clairement, ici, je suis comblée. Il y a quelque chose de très puissant que de voir des êtres réservés et détachés reconnaitre enfin l’affection qu’ils ressentent pour leurs compagnons, que de voir des êtres fiers et indépendants reconnaitre enfin qu’ils ont besoin les uns des autres pour être plus forts. C’est plutôt rare, en fantasy, des relations amicales aussi fortes … et surtout aussi importantes pour l’intrigue. Car tandis que dans le second tome, nos héros acceptaient leurs responsabilités envers ce peuple qui a tant besoin d’eux, tandis qu’ils se faisaient à l’idée qu’ils devaient tout sacrifier pour sauver ces innocents qui comptent sur eux, dans celui-ci, ils se rendent compte que malgré tout, ils ne peuvent pas laisser tomber ceux qui leur sont chers. Ils sont prêts à tout risquer pour eux, parce qu’ils ne peuvent pas vivre les uns sans les autres. On peut leur reprocher d’être inconscients et irresponsables, mais je trouve plutôt que c’est ce qui les rend profondément humains et donc plus proches du lecteur …

En bref, vous l’aurez bien compris, il me faudrait encore de nombreuses pages pour réussir à expliquer et exprimer pourquoi j’ai tant apprécié ce tome, mais je vais donc me contenter de vous exhorter à ne surtout pas vous laisser « rebuter » par les quelques maladresses qui parsèment le premier tome, et à clairement vous ruer sur la suite car vous ne serez clairement pas déçus ! On est dans de la fantasy à la fois très sombre, très brutale, mais aussi très lumineuse, très douce : d’un côté, nous avons le récit de cette lutte épique contre le mal incarné, et de l’autre, nous avons l’histoire de ce groupe d’amis qui font face main dans la main à toutes les épreuves, même et surtout celles qui menacent de les séparer à tout jamais. J’ai beaucoup aimé l’équilibre que l’autrice a su instaurer entre ces deux intrigues qui s’entremêlent, entre ces deux facettes d’une même pièce, vu qu’on se rend progressivement compte que tout est intrinsèquement lié … Et que pour gagner une bataille, ils vont peut-être devoir accepter d’en perdre une autre. Je ne sais pas trop si j’ai hâte ou si j’ai peur de me plonger dans le quatrième et dernier tome : bien sûr, j’ai envie de connaitre le fin mot de l’histoire, mais j’ai tout de même peur de ce qui m’y attend au vue de la fin de celui-ci !

samedi 15 mai 2021

Les Prélats de Faneas, tome 2 : Le soulèvement des fiefs - Charlotte Abécassis Weigel

Les prélats de Faneas2, Charlotte Abécassis Weigel

Le soulèvement des fiefs

 Editeur : Autoédition

Nombre de pages : 587

Résumé : Après avoir découvert la réelle identité de Klay, Astéria et ses compagnons sont enfin de retour à Faneas. Ce royaume fascinant, autrefois prospère et plein de vie, est désormais meurtri par l’invasion endorine. Dans les plaines d’Albeth, les habitants désespérés sont opprimés et perdent peu à peu la volonté de vivre. Pourtant, certains se battent toujours pour Faneas. Les prélats seront-ils en mesure de sauver les rebelles ? 

 

 Un grand merci à Charlotte Abécassis Weigel pour l’envoi de ce volume et à la plateforme SimPlement pour avoir rendu ce partenariat possible.

 

- Un petit extrait -

« Arrête de vivre dans le passé. Tout ce que tu as connu a changé, fais-toi une raison, continua-t-il avec fermeté. Ici, c'est la guerre ! Alors, réveille-toi et ouvre grand tes oreilles : aucun d'entre nous n'a serait-ce que le droit de rêver à une vie de famille tranquille pour le moment. Je ne demanderais pas à Sora de rester ici, parce que son devoir est de venir avec toi. Et le tien est de te rendre aux temples et de passer des pactes avec chacun de tes prélats afin de révéler leur ordalie. Tu dois devenir une reine légitime pour Faneas.. »

- Mon avis sur le livre -

 Au bout de cinq ans de blogging littéraire, je peux désormais affirmer que le plus difficile n’est ni de chroniquer un coup de cœur intersidéral (car nous n’avons absolument aucune difficulté à le couvrir d’éloges, d’or et d’encens), ni de critiquer une déception intergalactique (car c’est toujours très facile d’expliquer ce qui a déplu) … mais bien de chroniquer une lecture fort sympathique mais qui souffre de quelques faiblesses ou maladresses trop présentes pour être tues. C’est ce qui m’est arrivé avec le premier tome de cette saga : je ne peux pas nier que ma chronique semble fichtrement négative, mais en réalité, j’ai énormément apprécié. C’est juste qu’autant les éléments positifs étaient difficiles à exprimer (tout est une question d’ambiance, de ressenti, de subjectivité), autant les « points négatifs » étaient très « concrets » (des dialogues qui manquent de naturel, des personnalités un peu trop poussées à l’extrême) et c’était donc plus facile de trouver les mots pour en parler. Ayant trouvé ce second tome bien meilleur (même si certains détails « problématiques » restent bel et bien présents), je pense que ça devrait être plus facile de vous montrer en quoi ce fut une bonne lecture, cette fois-ci !

 Alors qu’elle commençait à peine à lui ouvrir son cœur et lui offrir sa confiance, la trahison de Klay et l’enlèvement de son neveu Sora plongent Astéria dans un gouffre de désespoir, de douleur … et ouvrent grande la porte à la soif vengeresse. Malgré ses blessures et sa faiblesse, en dépit des interdictions et supplications de ses amis et prélats, la prétendante au trône de Faneas se lance sans tarder à la poursuite du traitre. Mais la situation à Faneas est encore plus catastrophique que ce qu’ils pouvaient bien imaginer : meurtri par dix longues années de guerre et de domination endorine, le pays n’est plus que l’ombre de lui-même, et ses habitants ont perdus tout espoir, toute envie de se battre contre l’envahisseur. Seul un petit groupe de résistants, dirigés par le mystérieux Freyr, continuent de lutter pour la liberté du royaume … mais l’armée démone se masse aux pieds de la forteresse où ils ont installés leur quartier général. L’heure est venue pour les jeunes gens de faire face à leurs responsabilités, de reine et de prélats, pour la survie de leur peuple. L’heure est venue pour ces adolescents de prendre les bonnes décisions, car cette fois-ci, l’enjeu dépasse tout ce qu’ils ont dû affronter jusqu’à présent : c’est le royaume tout entier qui a besoin d’eux … même s’il ne le sait pas encore.

Nous retrouvons Asté et ses compagnons là où nous les avions laissés à la fin du premier tome : face à la terrible réalité, face à la trahison de celui qu’ils avaient tous finis par considérer comme un ami. On s’en doute donc dès les premières lignes : ce second opus sera autrement plus sombre et violent que le premier. Et cela se confirme dès que notre trio, ainsi que le protecteur à quatre pattes d’Asté, posent les pieds sur leur terre natale après ce qui s’avère être dix années d’absence : tout n’est plus que désolation, mort et désespoir. Bien qu’animée essentiellement par la haine, par la soif de vengeance envers celui qui l’a trahie, blessée, et qui lui a arraché son neveu, son protégé, la jeune femme ne peut qu’être touchée en plein cœur par la détresse des habitants de Faneas. Par la souffrance de son peuple. Ce peuple qu’elle a le devoir de secourir, de guider, de protéger. Petit à petit, l’Astéria insupportablement insouciante que nous avons rencontré dans le premier opus (et que nous avions bien souvent envie de baffer pour lui mettre un peu de plomb dans la tête) murit : elle n’en reste pas moins totalement puérile, égoïste, immature, obstinée et impulsive par moment, mais il y a du progrès … et cela ne la rend que bien plus attachante à mes yeux.

Et cela d’autant plus qu’un lourd fardeau pèse sur ses si frêles épaules. Ce tome, c’est vraiment celui où nos héros doivent faire face à leurs responsabilités, à leurs devoirs, à leurs destinées, quoi qu’il leur en coûte. Pour le bien de tous ces innocents qui souffrent, pour faire honneur et mémoire à leurs parents qui sont morts pour protéger ce royaume et tous ces habitants, nos si jeunes héros doivent faire le plus grand des sacrifices : renoncer à leur liberté, à leur bonheur, pour dédier leur existence à ce peuple qui a tant besoin d’eux. C’est loin d’être un engagement évident, loin d’être une abnégation qui coule de source : ils vont d’abord se révolter contre cet état de fait, s’insurger contre cette charge trop lourde à porter pour cinq adolescents. Ils veulent réaliser leurs rêves, vivre le grand amour comme bon leur semble, sans penser aux implications politiques, sans songer à toutes ces batailles meurtrières qui se déroulent alors même qu’ils se permettent un petit instant de bonheur loin de toute cette folie. Et puis, il y a les peurs et les peines bien cachées, que nous autres lecteurs découvrons petit à petit, tous ces blocages au fond du cœur, ces regrets et ces doutes, qui rendent tout ceci encore plus difficile, encore plus déchirant. Et autrement plus profond et émouvant.

Mais que les passionnés de grandes batailles épiques soient rassurés : il y a aussi de l’action dans ce tome, et pas qu’un peu ! Ce tome, c’est celui des premiers grands combats, de ceux qui font monter l’adrénaline car on a vraiment le sentiment que rien n’est jamais gagné, et qu’au contraire tout est déjà perdu. On veut, bien sûr, croire en la victoire de nos jeunes héros, et il y a toujours en nous cette petite voix rassurante (« on n’est pas dans de la dark fantasy, il a des amourettes niaises à souhait, des gamins aux pouvoirs surhumains, donc tout se finira bien »), mais la tension est si forte qu’on a la gorge nouée par l’angoisse … Vraiment, l’autrice a su nous faire vivre ces batailles avec nos tripes, et c’est vraiment bien joué ! De même, qu’est-ce que j’ai pu trembler d’effroi lors des confrontations avec les divers dieux qui doivent approuver la nomination de la reine et de ses prélats : Asté ne sait pas la fermer, ne sait pas faire profil bas, et c’est vraiment dans ces moments-là qu’on hésite entre se taper la tête contre les murs (tellement c’est désespérant) ou la secouer comme un chiffonnier pour qu’elle cesse de se comporter comme une petite gamine irrespectueuse et irresponsable … Mais on ne peut pas le nier, ce comportement apporte un peu de piment à l’intrigue, donc on hausse les épaules en se disant qu’il faut bien s’y faire.

En bref, vous l’aurez bien compris, j’ai trouvé ce deuxième tome autrement meilleur que le premier ! Fini les enfantillages (malgré quelques inévitables résurgences, qui apportent malgré tout un peu de légèreté bienvenue pour contrebalancer toutes les sombres et tristes révélations qui parsèment le récit), place aux choses sérieuses : l’heure est venue de libérer le royaume de l’oppresseur, l’heure est venue de reprendre le combat de leurs parents, et de le mener à son accomplissement. C’est un tome dynamique, riche en action, en rebondissements, en retournements de situation, qui ne laisse jamais de répit ni de repos aux personnages comme au lecteur : on ne s’ennuie par une seule seconde car il se passe toujours quelque chose, et parce que l’autrice sait très bien manier le principe du cliffhanger pour mieux faire naitre en nous l’envie viscérale de lire toujours « encore un chapitre ». Mais c’est aussi un tome parfois très émouvant, avec des révélations poignantes, avec des moments particulièrement déchirants, parce que le combat ne se joue pas seulement sur le champ de bataille mais aussi dans les cœurs et les esprits de ces jeunes gens qui doivent renoncer à beaucoup de choses pour faire ce qui est bien et juste, pour faire ce qu’on attend d’eux … Bref, j'ai vraiment aimé, et j'espère que la suite poursuivra dans cette belle lignée !

mercredi 12 mai 2021

Par la force des arbres - Edouard Cortès (mini-chronique)

Par la force des arbres, Edouard Cortès

 Editeur : des Equateurs

Nombre de pages : 174

Résumé : Après un coup de tonnerre du destin, Édouard Cortès choisit de se réfugier au sommet d’un chêne, de prendre de la hauteur sur sa vie et notre époque effrénée. À presque quarante ans, il embrasse femme et enfants, supprime ses comptes sur les réseaux sociaux et s’enfonce dans une forêt du Périgord pour un voyage immobile. Là, dans une cabane construite de ses mains, il accomplit son rêve d’enfant : s’enforester, rompre avec ses chaînes, se transformer avec le chêne, boire à la sève des rameaux. 

 

 Un grand merci aux éditions des Equateurs pour l’envoi de ce volume et à Babelio pour avoir rendu ce partenariat possible.

 

- Un petit extrait -

« Exister sans se soucier de ce que les autres pensent est la meilleure manière de commencer à vivre. »

- Mon avis sur le livre -

En refermant ce livre, je ne sais pas si j’éprouve pour Edouard Cortès une profonde admiration ou une dévorante jalousie … Car il a osé faire ce qui me donne terriblement envie tout en m’effrayant en même temps : se mettre à l’écart du monde, rejoindre la nature dans une douce solitude. Pour se retrouver lui-même, pour retrouver un sens à la folie de l’existence. Pour renouer avec l’essentiel, pour se laisser ressourcer par la quiétude d’une forêt. Et tout ça loin de l’agitation permanente qui caractérise notre monde, dans une cabane qu’il a érigé de ses propres mains en haut d’un arbre : mon rêve d’enfance … Il en faut, de l’audace, pour tout quitter du jour au lendemain et passer une saison entière perché dans un chêne, avec pour seule compagnie quelques oiseaux ! De l’audace, où une forme de désespoir, de désarroi … Comme si le retour à la nature était son unique espoir.

Dans ce livre, il nous explique. Nous explique pourquoi il a ressenti cet appel de la forêt, pourquoi il a tourné le dos à son quotidien. Nous explique comment il a choisi le chêne qui sera son compagnon de quelques mois, comment il a construit son petit nid au cœur de la verdure. Nous explique ce qui l’habite, ce qu’il voit, ce qu’il sent, ce qu’il entend. Ce qu’il fait, ou plutôt ce qu’il ne fait pas. Car l’oisiveté a du bon : ce n’est qu’en cessant de courir dans tous les sens, d’abrutir notre cerveau en allumant continuellement télévision ou radio, que l’on peut se retrouver pleinement, seul avec soi-même, seul avec nos pensées propres. Seul avec nos sensations, qui sont les véritables portes sur le monde. Nous avons tellement l’habitude de nous retrancher derrière nos écrans que nous ne savons plus vraiment voir, écouter, sentir ce qui nous entoure … alors qu’il y a tant de choses à voir, écouter, sentir !

Car c’est finalement ce que j’ai préféré dans cet ouvrage : la façon dont l’auteur parle de la forêt, de nos forêts. Il en parle avec un amour, une douceur, un respect qui ne peut qu’émouvoir. Il nous dresse un portrait fabuleux de ces canopées qui nous entourent : il nous décrit la beauté des sous-bois, il nous relate les merveilleuses rencontres qu’on peut y faire, il nous explique l’ingéniosité de la nature qui forme un incroyable réseau autrement plus social que ceux qui pullulent dans notre vie quotidienne. Dans la forêt, tout est lié, intimement, profondément. Naturellement, en toute simplicité. Et c’est vraiment ce qui rend les forêts si fascinantes, si attirantes, si apaisantes aussi : entrer dans une forêt avec le cœur ouvert, c’est rejoindre cette harmonie délicate qui y règne. A condition de se détacher de cette propension humaine à vouloir tout contrôler, tout diriger, tout posséder.

A condition de se laisser accueillir par la forêt et tous ses habitants, de se faire humble devant cet écosystème qui n’a pas besoin de nous pour exister et à qui nous faisons tant de mal … Derrière ce témoignage, dans lequel l’auteur explique comment la forêt l’a aidé, l’a guéri, se cache finalement une déclaration d’amour à ces arbres, mais aussi une exhortation à prendre soin de ces forêts qui nous veulent tant de bien. C’est une invitation à quitter le béton pour renouer avec la terre : allons donc nous émerveiller de la danse nuptiale des oiseaux, des processions des fourmis, du bruissement des feuilles lorsque la brise souffle ! Réapprenons à vivre avec la nature plutôt que de l’enfermer dans des parcs « protégés » sans jamais aller la visiter ! Retrouvons la joie simple et sincère de cheminer dans une forêt, loin des tracas de ce monde, loin de la folie des hommes qui ne savent plus que se plaindre alors qu’il y a tant de beauté autour de nous !

En bref, vous l’aurez bien compris, c’est vraiment un très bel ouvrage que celui-ci : entre journal intime et carnet d’observation, il nous invite à renouer avec nos racines, à prendre exemple sur les arbres dont la sérénité n’a d’égale que la majesté. Il nous rappelle que ce n’est pas dans le virtuel que se trouve le salut, mais bien dans la réalité dans ce qu’elle a de plus simple : la nature, toujours fidèle au poste, et si souvent oubliée …

samedi 8 mai 2021

Les Prélats de Faneas, tome 1 : Les terres d'exil - Charlotte Abécassis Weigel

Les prélats de Faneas1, Charlotte Abécassis Weigel

Les terres d’exil

 Editeur : Autoédition

Nombre de pages : 422

Résumé : Astéria vient d'emménager à Maleross avec sa cousine Cléora. Les deux jeunes femmes arrivent tout droit du royaume de Faneas. Elles ont fui leurs terres natales envahies par le royaume limitrophe d'Endor et sont venues se réfugier dans notre monde. Elles cherchent à présent les prélats de Faneas afin de regagner leur monde et de restaurer la paix, mais la tâche s'avère bien plus ardue qu'il n'y paraît et les mystérieux prélats demeurent introuvables.

 Un grand merci à Charlotte Abécassis Weigel pour l’envoi de ce volume et à la plateforme SimPlement pour avoir rendu ce partenariat possible.

 

- Un petit extrait -

« Vous qui n’avez ni dieu, ni pouvoir,

Vous qui avez abandonné vos rêves, les prenant pour des chimères.

Ne vous êtes-vous jamais demandé où naissent les récits de vos anciennes légendes ?

Ces histoires héroïques qui peuplent encore les rêves des enfants et ces contes relatant la vie de créatures oubliées, où se sont-ils égarés ?

Les rêves peuvent quelques fois se réaliser et tourner au cauchemar, car dans chaque légende se cache une part d’ombre…

Prenez garde…

Les trésors les plus convoités sont aussi les plus dangereux et les plus grands secrets sont souvent plus préjudiciables qu’instructeurs. »

- Mon avis sur le livre -

 Je suis bien souvent nostalgique de l’époque où je pouvais encore passer des heures, voire même des journées entières, à lire, où je pouvais m’immerger totalement et longuement dans ma lecture en oubliant complétement l’existence du monde extérieur et de tous les soucis qui y sont associés … Mais voilà, années après années, ma vue a doucement mais sûrement baissée, et même avec une bonne correction et des séances d’orthoptie, je ne parviens désormais plus à lire plusieurs heures d’affilée, comme je le faisais auparavant, sans avoir les yeux qui brulent voire même un début de crise de migraine. Je dois donc me contraindre à faire régulièrement des pauses, même (et surtout) quand ma lecture en cours est captivante au plus haut point … et c’est parfois tellement difficile d’être raisonnable quand l’intrigue est prenante ! Pour Les prélats de Fanaeas, la situation a été pire encore : c’est écrit vraiment tout petit, je devais faire de gros efforts visuels pour lire, et mes yeux étaient donc fatigués beaucoup plus rapidement que d’ordinaire, mais j’étais tellement happée par l’histoire que je n’avais vraiment pas envie de m’arrêter … quel dilemme !

Suite à l’invasion meurtrière du royaume de Faneas par les démons d’Endor, la jeune Astéria et sa cousine Cléora ont été envoyées dans notre monde pour retrouver la trace des deux derniers prélats de Faneas. Elles n’ont plus beaucoup de temps devant elles : le sort jeté par le roi Calm pour protéger momentanément le pays ne durera plus très longtemps, et alors les démons anéantiront définitivement leur royaume natal. Et leur mission s’avère plus complexe que prévu : au bout de six mois de recherches acharnées, toujours pas la moindre trace des deux hommes qu’elles sont venues chercher ! Leur dernière piste : Maleross, une ville qui semble abriter des êtres magiques suffisamment puissants pour brider leur propre aura. Nuit après nuit, les deux jeunes magiciennes poursuivent inlassablement leurs recherches, subissant les attaques de nombreux démons attirés comme des mouches par leur puissance. Et comme si cela n’était pas suffisamment épuisant comme cela, voici que jour après jour, Astéria doit également supporter la présence de l’insupportable Klay, dont le seul but semble être de lui gâcher l’existence par tous les moyens possibles et inimaginables …

En fantasy, nous avons généralement l’habitude de voir un terrien soudainement téléporté dans un autre monde … mais l’inverse est beaucoup moins fréquent, et donc beaucoup plus original ! Tandis que leur monde est au bord de la destruction, deux jeunes femmes, accompagnées d’un petit garçon et de son chat-tigre protecteur, débarquent sur notre Terre dans le but d’y retrouver deux hommes dont elles ne savent pas grand-chose, hormis qu’ils doivent avoir environ trente ans, que l’un maitrise le feu et l’autre la terre … Autant dire qu’avec si peu d’informations à leur disposition, elles cherchent une aiguille dans une botte de foin, surtout en milieu inconnu ! Je dois bien reconnaitre que j’aurai bien  aimé en savoir un peu plus sur leur acclimatation à notre monde, mais six mois se sont déjà écoulés entre le moment où ils sont arrivés et celui où commence le récit. Mais qu’à cela ne tienne, les voici arrivés dans une nouvelle ville, peut-être celle de la dernière chance : le temps presse, les deux adolescentes doivent absolument retrouver les deux prélats manquants avant que le sortilège de protection lancé par le roi Calm ne s’estompe … Et bien sûr, si l’histoire débute à cet instant, c’est bien parce que leur quête va prendre un nouveau tournant dans cette ville.

Autant le dire tout de suite : autant j’ai apprécié le prologue, autant les premiers chapitres ne m’ont pas convaincue plus que cela … En voulant éviter les longs paragraphes explicatifs qui brisent le rythme de la narration, ce qui est tout à son honneur, l’autrice est tombée dans un autre piège : elle place ces-dites informations dans la bouche de ses personnages. « Il ne nous reste plus que quelques mois avant que le sort lancé par Calm et Rena, le roi et la reine de Faneas, ne s’effondre », déclara ainsi Astéria à Cléora … Dites-moi, ça vous arrive souvent, quand vous parlez avec votre propre cousine, de lui rappeler que votre oncle et votre tante sont le roi et la reine de votre propre royaume ? Cela ne fait pas très naturel, comme dialogue ! Plus globalement, c’est ce que je peux reprocher à l’histoire : un manque certain de naturel. Pour le lecteur quelque peu coutumier à ce type de récit, les ficelles de l’intrigue sont aussi visibles qu’un tigre au milieu d’un troupeau d’agneaux ! A la page 47, je savais donc déjà ce qui allait nous être « révélé » à la page 272 … pour l’effet de surprise, on repassera, alors que c’est vraiment censé être une des deux grosses révélations du bouquin. Ça manque quelque peu de subtilité, certains choses sont trop souvent répétées, ressassées, juste en devenir un peu lassantes.

Et c’est particulièrement le cas de la relation entre Astéria et Klay : si dans un premier temps leurs joutes verbales et leur agacement mutuel nous font sourire, au bout d’un moment, cela tourne un peu en rond et prend beaucoup trop de place. C’est d’autant plus dommage que ce sont deux personnages particulièrement intéressants pris séparément, mais qui sombrent vraiment dans les plus mauvais travers de la littérature young-adult quand vous les considérez ensemble. Je veux bien admettre qu’à cet âge, les hormones fonctionnent à plein régime, mais est-ce vraiment nécessaire de mettre aussi lourdement en scène ce « je t’aime moi non plus » malsain sur les bords ? Est-ce vraiment nécessaire de piétiner aussi allégrement les personnalités aussi complexes de ces personnages au profit d’un simulacre de romance tumultueuse, alors que nous sommes supposés lire une quête de fantasy dont dépend le sort de tout un royaume et de ses innocents habitants ? Je pense vraiment que tout le problème est dans la (dé)mesure : c’est typiquement le genre de sous-intrigue qui est sympathique lorsqu’elle reste subordonnée à l’intrigue, mais qui devient problématique quand elle envahie tant et si bien l’histoire que cette dernière stagne lamentablement.

Je sais bien que, jusqu’à présent, je donne vraiment le sentiment d’être très critique vis-à-vis de ce roman … mais croyez-moi, je l’ai pourtant beaucoup aimé. C’est juste qu’on ressent vraiment que l’autrice a voulu faire un long roman de ce qui n’est finalement qu’une introduction à la vraie histoire, celle qui aura lieu à Faneas même maintenant que les fameux prélats qui titrent la saga sont réunis. Et du coup, c’est parfois un peu longuet, et on n’en remarque que plus ces petits détails propres aux premiers romans, ces petits détails qui parasitent quelque peu l’expérience de lecteur, sans pour autant la gâcher complétement. Pour tout dire, le dernier quart m’a vraiment fascinée : il y avait vraiment tout ce qui fait un excellent récit dans ces 150 dernières pages ! Impossible de m’arrêter, alors même qu’il se faisait tard, que la luminosité déclinait et que mes yeux étaient au supplice : enfin l’histoire montrait tout son potentiel ! Un combat final épique, des retournements de situation effroyables, sans oublier une révélation finale explosive que je n’avais cette fois-ci pas vu venir (mais qui a répondu à certaines de mes interrogations face à ce que je pressentais au début comme des incohérences), franchement, c’était absolument merveilleux, et ce cliffhanger final  est vraiment génial !

En bref, vous l’aurez bien compris : ce livre avait tout le potentiel pour être un vrai coup de cœur, mais quelques petits détails m’ont tout de même chagrinée et ce n’est donc « que » une bonne lecture. Les personnages ont beau sembler au premier abord assez « stéréotypés » et souvent imbuvables (en particulier quand ils sont ensembles), je me suis malgré tout attachée à eux (en particulier au petit Sora, quel adorable petit bonhomme), j’ai pris plaisir à cheminer à leurs côtés … et j’ai vraiment hâte de les retrouver dès ce soir dans le deuxième opus. Je vous invite donc à vous laisser tenter par cette saga, même si ce premier tome souffre de quelques imperfections, sans doute liées à son statut de « volume introductif » : à partir du moment où vous aurez survécu à cet interminable jeu du chat et de la souris entre Astéria et Klay, vous savourerez pleinement cette histoire qui promet d’être très riche en action, en émotion, en retournements de situation et en révélations. Nous ne sommes clairement pas au bout de nos surprises, et j’ai vraiment un très bon pressentiment pour la suite : je me prépare d’ores et déjà à parlementer avec mes yeux pour qu’ils tiennent « encore un chapitre de plus » !