samedi 5 juin 2021

Les enfants du chaos - Ellie Gapr

Les enfants du chaos, Ellie Gapr

 Editeur : Gulf Stream

Nombre de pages : 279

Résumé : Sur la Terre décimée par les catastrophes climatiques, les enfants du don, capables de maîtriser les éléments naturels, sont objets d’espoir et de convoitise. Sevane, jeune rebelle à l’esprit libre, est prête à tout pour garder secrets les pouvoirs de sa sœur. À l’autre bout du monde, Lake, adolescent privilégié, accepte d’utiliser les siens pour gagner l’estime de son père. Et puis il y a Awa, la petite chuchoteuse. Les épreuves qu’elle traverse nourrissent une colère prête à s’embraser…

 Un grand merci aux éditions Gulf Stream pour l’envoi de ce volume.

 

- Un petit extrait -

« Dans les yeux se décelait une terreur sans nom. Épouvantés. Ils étaient épouvantés par ce bataillon de gosses plus ou moins jeunes, sur les fronts desquels ils lisaient une colère d’autant plus singulière qu’elle était juvénile. Pure. Destructrice. Dans ces regards noirs, bleus, marron ou verts transparaissait la folie de l’enfance qui peut tout ravager, terriblement radicale et bien trop perspicace (…) Quelque chose qui vengerait la terre épuisée, le vivant piétiné et leur enfance arrachée. Tous, ici, pourraient mourir sur un battement simultané de leurs cils.  »

- Mon avis sur le livre -

 Je me fais sans doute inutilement du mal, mais je ne peux pas m’empêcher de regarder des documentaires tels que « Notre planète » ou « La Terre, la nuit » … Des images à couper le souffle qui nous rappellent toutes les merveilles qu’abrite notre planète et qui, bien souvent, me tirent les larmes aux yeux : tant de beauté, tant de richesse, tant de vie ! Des images percutantes qui nous rappellent que nous devrions protéger à tout prix cette Terre si généreuse et si accueillante mais qu’au contraire nous la décimons sans le moindre remord pour satisfaire nos petites envies égoïstes d’êtres humains se croyant au-dessus de tout. Mais aussi des images porteuses d’espoir, parfois, qui nous rappellent la formidable résilience de la nature, qui est capable de renaitre de ses cendres si seulement nous lui laissons la possibilité de le faire, en cessant de l’exploiter jusqu’à la moelle au nom de la sacro-sainte croissance économique. Il y a quelques années encore, j’avais la naïveté de croire que ces images suffiraient à faire bouger les choses, qu’elles feraient prendre conscience à l’humanité qu’il est encore possible de sauver notre maison commune … Mais désormais, je pense que montrer la beauté de la Terre n’est plus une motivation suffisante pour donner aux hommes l’impulsion nécessaire pour changer d’habitude. Alors peut-être qu’il faut au contraire montrer l’atrocité en approche, pour qu’ils aient envie d’éviter cet enfer imminent …

L’enfer, Sevane, Lake et Awa n’ont connu que cela : d’aussi loin qu’ils se souviennent, le monde n’a jamais été que canicules, tornades, inondations, blizzards, catastrophes naturelles, économiques ou sociales, disparitions incessantes d’espèces animales, émeutes, coupures d’électricité. En Arménie, la jeune Sevane s’efforce coute que coute de chiner quelques boites de conserve pour sa sœur jumelle et elle, tout en protégeant les enfants du quartier des rafles organisées par le cruel Agop. Aux Etats-Unis, le jeune Lake s’efforce coute que coute d’être à la hauteur des exigences démesurées de son père, secrétaire d’état à la Défense, alors que tous ses amis quittent un à un le pays pour rejoindre l’Europe. Au Mali, la toute petite Awa, que tout le monde pense sourde ou idiote, voire les deux, s’efforce coute que coute de suivre la cadence infernale de l’exode auquel les contraint les tempêtes meurtrières à répétition, tandis que gronde dans sa tête des murmures incessants et infernaux dont elle ne comprend pas le moindre mot. Sevane, Lake et Awa ne se connaissent pas, ils sont séparées par des centaines de milliers de kilomètres, mais ils sont pourtant liés par quelque chose qui les dépasse : ce pouvoir qui leur permet de maitriser l’un ou l’autre élément naturel. Don ou malédiction ?

« Nous sommes les enfants du chaos. Du chaos à venir, peut-être. De celui advenu, surtout. Faut pas pleurer : on est juste les gosses de l'enfer. Vous savez bien, celui que vous avez créé » … Des premières phrases rudes, brutes, qui illustrent bien ce qui nous attend dans ce roman. Nous plongeons dans un monde dévasté mais pas encore ravagé : la fin du monde, tant prophétisée, tant proclamée, tant fantasmée, est en passe de basculer dans la réalité. Cela ne s’est pas fait du jour au lendemain, cela s’est fait lentement, imperceptiblement : année après année, les températures ont augmentées, un degré par ci, un degré par là ; année après année, les ouragans se sont multipliés, une tornade par ici, une tempête par là ; année après année, les inondations ont proliférés, une ville engloutie par ici, une région submergée par là. Jusqu’à ce que, progressivement, aucun pays du monde ne soit épargné. Jusqu’à ce que l’économie, bouleversée par la disparition progressive des ressources naturelles et par les changements démographiques, sombre à son tour. Jusqu’à ce que l’électricité vienne à manquer drastiquement, jusqu’à ce qu’internet lui-même cesse de tisser sa toile invisible tout autour de la planète. Ce n’est qu’à ce moment-là, alors qu’il était déjà trop tard, que l’humanité a pris conscience qu’elle avait complétement merdé … et qu’elle en subissait désormais les conséquences.

Mais les plus à plaindre, dans cette histoire, ce sont bien les enfants : eux n’ont rien fait pour mériter ce triste sort, mais ils payent le prix fort pour les erreurs des générations qui les ont précédés. Ils sont les « héritiers » de cette Terre à bout de souffle qui, après avoir vaillamment supporté toutes les blessures que l’homme lui a infligé pour satisfaire ses « besoins » toujours plus démesurés, se révolte enfin contre ses bourreaux dans l’espoir de pouvoir renaitre de ses cendres. Et tout comme notre planète, Sevane, Lake et Awa brulent d’une colère indicible : ils en veulent à leurs ainés qui, alors qu’ils savaient pertinemment bien ce qu’ils faisaient, ont tout de même continué leurs agissements mortifères sans jamais penser aux générations futures, car il était bien plus important à leurs yeux de continuer à aller tremper les pieds dans un océan à l’autre bout du monde plutôt que de profiter du petit lac près de chez eux, car il était bien plus important à leurs yeux de continuer à jouir de leur petit confort, de leurs petits loisirs, que de songer à préserver la planète qu’ils allaient léguer à leurs enfants. A partir du moment où eux étaient heureux, peu leur importait les conditions de vie des générations à venir : chacun pour soi, ils n’auront qu’à se démerder avec ce qu’ils auront.

Et comme si cela ne suffisait pas, comme s’il n’était déjà pas assez cruel de leur laisser une coquille vide en guise de planète, il faut encore que les adultes exploitent ces enfants nés avec un « don », celui de maitriser les éléments. Plutôt que de faire face à leurs responsabilités face au chaos qu’ils ont généré par leur égoïsme et leur passivité, ils préfèrent envoyer ces gosses sur le front des cataclysmes climatiques : encore une fois, ils se dédouanent de toute responsabilité et font peser sur les frêles épaules de gamins innocents la survie de toute l’humanité … A travers les histoires croisées de Sevane, à la recherche de sa sœur, Lake, en quête de reconnaissance paternelle, et d’Awa, le cœur déchiré par la douleur, ce sont les conséquences de l’avidité et de l’inactivité de notre génération que le lecteur découvre. Ces trois gamins ne cherchent pas à sauver le monde, ils ne souhaitent rien de plus que panser leurs blessures, ce ne sont pas des héros bienveillants, ils sont bien au contraire porteurs « d’une vengeance sans nom et d’une souffrance sans pareille » … Mais parce qu’ils osent se révolter, parce qu’ils osent se dresser contre les ordres des adultes qui reproduisent inlassablement les mêmes erreurs, parce qu’ils ont bien compris qu’ils doivent prendre les choses en main s’ils veulent que les choses changent vu que les adultes sont incapables de prendre les bonnes décisions, ils vont être les pousses à partir desquelles bourgeonnera le monde nouveau. Les petits bourgeons de la Terre qui ne demande qu’à renaitre.

En bref, vous l’aurez bien compris, c’est un roman coup de poing, coup de gueule, qui m’a énormément secouée, mais qui m’a surtout énormément plu. C’est un roman-choral d’une « simplicité » inouïe : pas de sous-intrigues emberlificotées destinées à allonger artificiellement le récit comme aiment le faire tant d’auteurs de nos jours, juste une histoire dans toute sa sobriété et sa puissance. Trois gamins, ordinaires en dépit de leurs capacités extraordinaires, trois gosses plongés au milieu d’un enfer dont nous sommes les créateurs, trois enfants sans avenir qui ne baissent cependant jamais les bras et continuent à avancer au cœur de ce futur incertain, car ils sentent au plus profond de leur être qu’ils doivent avancer, qu’ils doivent faire quelque chose. Trois chemins totalement opposés qui finissent malgré tout par se rejoindre, trois petites mains fragiles qui se tendent pour reconstruire ensemble ce que les hommes ont détruits en se dressant les uns contre les autres. Le jeune homme des milieux favorisés, l’adolescente de la classe moyenne et la gamine des pays les plus pauvres, main dans la main pour bâtir une humanité nouvelle qui ne se battra plus avec la Terre mais qui, au contraire, l’écoutera pour mieux vivre avec elle. Trois cœurs qui battent à l’unisson et qui nous invitent, nous aussi, à oser aller à contre-courant, à cesser cette fuite éperdue vers le progrès illusoire pour renouer avec ce qui est vraiment important et essentiel. Vraiment, c’est un très beau roman, très puissant, que je recommande à cinquante-mille pourcents !

mardi 1 juin 2021

Le bilan du mois de mai 2021

- Bilan du mois de mai 2021 -

  Un mois plutôt compliqué, entre ma petite minette qui était malade, un gros devoir bien compliqué à rendre rapidement, et plusieurs jours durant lesquels je n’étais vraiment pas en forme du tout … J’ai malgré tout réussi à suivre presque totalement mon planning de lecture, ce qui m’a permis de faire considérablement baisser ma pile de services presse ! Et sinon, aucun achat ce mois-ci, espérons que ça ne soit pas le calme avant la tempête de craquages !

 

- Les livres lus -

 Durant le mois de mai, j’ai lu 8 livres :

- La guerre des clans, tome hs 07 : L'épreuve d'Étoile de Ronce (Erin Hunter)
- Les Prélats de Faneas, tome 1 : Les Terres d'exil (Charlotte Abécassis Weigel)

- Les Prélats de Faneas, tome 2 : Le Soulèvement des fiefs (Charlotte Abécassis Weigel)

- Les Prélats de Faneas, tome 3 : La résistance d'Amiran (Charlotte Abécassis Weigel)

- Les Prélats de Faneas, tome 4 : La légende des amants séparés (Charlotte Abécassis Weigel)

- La guerre des clans, cycle 5, tome 1 : Le sentier du soleil (Erin Hunter)

- Chamane (Katherine Quenot)

- Les enfants du chaos (Ellie Gapr)

Soit :

- 2 lectures personnelles
- 6 services de presse

- 8 romans (dont 2 tomes uniques, 1 premier tome, 4 suites de sagas et 1 hors-série)

 Pour un total de 3520 pages !

 

- Les achats et réceptions -

 Durant le mois de mai sont entrés sur les étagères 2 livres :

- Les enfants du chaos (Ellie Gapr)
- Les Chroniques occultes, tome 1 : L'appel d'Am-Heh (Guy-Roger Duvert)

 Soit :

- 2 services presse

 

- Sur le blog -

 Durant le mois de mai :

 

8 chroniques ont été postées sur le blog :
- La guerre des clans, cycle 4, tome 3 : Des murmures dans la nuit (Erin Hunter)

- Les Prélats de Faneas, tome 1 : Les Terres d'exil (Charlotte Abécassis Weigel)

- Par la force des arbres (Edouard Cortès) - mini-chronique

- Les Prélats de Faneas, tome 2 : Le Soulèvement des fiefs (Charlotte Abécassis Weigel)

- Les Prélats de Faneas, tome 3 : La résistance d'Amiran (Charlotte Abécassis Weigel)

- Bjorn le morphir (Thomas Lavarechy)

- Les Prélats de Faneas, tome 4 : La légende des amants séparés (Charlotte Abécassis Weigel)

- Chamane (Katherine Quenot)

 J’ai également posté le bilan du mois d’avril et l’annonce de la pause estivale.

 Vous avez été 145 à visiter le blog et vous avez lu 565 pages.

 

- La pile à lire pour juin -

 En juin, je compte lire :

- Krog Macherok et le venin des Hautes Terres (Guilhem Méric)
- Rêves, tome 1 : Le Coeur des flammes (Cédric Roux et Robin Marcoux) - relecture

- Rêves, tome 2 : L'Eveil de l'Onde (Cédric Roux et Robin Marcoux)

- La guerre des clans, cycle 5, tome 2 : Coup de tonnerre (Erin Hunter)

- Une place à prendre (J.K. Rowling)

- Legend, tome 1 (Marie Lu)

- Legend, tome 2 : Prodigy (Marie Lu)

- Legend, tome 3 : Champion (Marie Lu)

- La guerre des clans, cycle 5, tome 3 : La première bataille (Erin Hunter)

lundi 31 mai 2021

Pause estivale

 


- Pause estivale -

 Le moment est venu d’entamer la traditionnelle pause estivale du blog, qui comme l’an dernier débute dès le mois de juin et durera trois mois ! Mais ne vous inquiétez pas, « pause » ne veut pas dire « abandon » ! Je continue à alimenter ce blog durant tout l’été … Mais avec un rythme moins soutenu. C’est pourquoi, jusqu’au 31 aout, je ne posterai plus qu’une chronique par semaine au lieu de deux : je vous donne donc rendez-vous tous les samedis ! Je vous souhaite de passer un agréable été, et surtout, n’oubliez pas de lire !

A très bientôt !

samedi 29 mai 2021

Chamane - Katherine Quénot

Chamane, Katherine Quénot

 Editeur : Auzou

Nombre de pages : 231

Résumé : Les cauchemars qui hantent les nuits d'Isidora tissent une toile sombre autour de sa vie. Enfant adoptée, elle s'est toujours sentie à part, différente. Seul vestige de son passé : un quipu, système traditionnel de noeuds et de cordelettes, porteur d'un mystérieux message. Pour apprendre la vérité sur ses origines, elle part au Chili, mais ce voyage l'emmène rapidement plus loin que ce qu'elle avait imaginé. Elle y découvre la culture chamane, sa magie, son mystère et l'histoire du peuple Mapuche ... 

 

 Un grand merci aux éditions Auzou pour l’envoi de ce volume.

 

- Un petit extrait -

« Tout le monde peut changer son monde. Mais je dirais que le plus important est le courage, l’intrépidité. Il faut un sacré courage pour sortir de sa routine, pour prendre des décisions qui ont l’air folles … Mais certains ont plus de facilités, je en sais pas pourquoi. Depuis tout petit, ils sont en connexion avec des énergies mystérieuses … »

- Mon avis sur le livre -

 Lorsque j’étais petite, j’avais l’ambition de tout savoir, tout comprendre, tout connaitre, tout apprendre. Curieuse de tout, avide de connaissances et jamais rassasiée, je dévorais compulsivement tous les ouvrages documentaires et encyclopédiques qui me tombaient sous la main, sur tous les domaines possibles et inimaginables. Et si, parfois, je me « contentais » de quelques livres, pour d’autres sujets qui me passionnaient plus, je me ruais à la bibliothèque pour emprunter tous les ouvrages évoquant de prêt ou de loin ces sujets. Il me semble même que pour certains domaines, j’avais un petit cahier dédié sur lequel je recopiais avec application tout ce qui me semblait intéressant à retenir … Parmi ces sujets, la culture amérindienne : une de mes maitresses nous avait appris un chant traditionnel iroquois, et cela avait suffi pour faire naitre en moi cette envie irrésistible d’en apprendre plus sur cette culture. De là, de fil en aiguille, je me suis intéressée plus généralement aux cultures chamaniques. Et même si, aujourd’hui, je ne suis plus aussi passionnée par le sujet, je n’ai tout de même pas hésité bien longtemps avant de demander ce roman aux éditions Auzou !

D’aussi loin qu’elle se souvienne, les nuits d’Isidora ont toujours été peuplées de cauchemars terrifiants, d’êtres difformes et d’ombres malveillantes qui hantent son sommeil et s’immiscent dans ses pensées de tous les jours. Et son quotidien n’est guère plus reluisant : la jeune fille ne se sent à sa place nulle part, ni au sein de sa famille adoptive où elle ne se sent pas vraiment la bienvenue, ni au lycée. Lorsqu’elle est exclue de l’établissement pour s’être battue avec quatre autres élèves qui ont abusé de sa confiance, de sa naïveté et de sa soif d’amour et d’amitié, l’adolescente est expédiée manu militari chez la sœur de son père, au Chili. Le pays où elle est née et qui l’attire comme un aimant depuis qu’elle sait qu’elle a été adoptée. Isadora a trois semaines devant elle pour renouer avec ses racines, mais surtout pour percer le mystère qui entoure sa naissance, son abandon, sa famille biologique. Elle a besoin de savoir qui elle est, et pour cela, elle doit retrouver la trace de cette femme qui, parait-il, l’a déposée sur le parvis d’une église alors qu’elle n’avait que quelques mois. Mais Isadora est bien loin de se douter de ce qui l’attend réellement au fil de sa quête … Car les légendes mapuches sont peut-être bien plus réelles que ce que voulait lui faire croire son grand-père.

C’est un roman qui commence comme beaucoup d’autres : nous y rencontrons Isadora, une adolescente mal dans sa peau, mal dans son âme, mal dans son cœur, mal dans sa vie. Comme beaucoup d’enfants adoptés qui ignorent tout de leurs origines, Isadora peine à trouver sa place dans ce monde. Elle a besoin de savoir, de comprendre : qui étaient ses parents biologiques, et pourquoi l’ont-ils abandonnée sur le parvis d’une église ? Les choses sont d’autant plus difficiles pour elle que ses parents adoptifs refusent catégoriquement qu’elle s’intéresse à sa culture natale : ils lui ont même interdit de prendre l’espagnol comme première langue vivante ! Progressivement, c’est donc une sorte de révolte sous-jacente qui est venue combler le trou béant laissé par ces questions sans réponses. Ajoutez à cela ces cauchemars incessants qui reviennent nuit après nuit la hanter, et vous devinez que va arriver un moment où la cocotte-minute expose … Et effectivement, lorsque le vase est plein, il suffit d’une petite goutte pour déclencher une inondation, et toutes ces émotions refoulées surgissent dans un déchainement de colère. Et voilà l’élément déclencheur dont avait besoin l’autrice pour envoyer la jeune fille loin de chez elle : c’est un peu surréaliste (quel parent va envoyer sa fille, qui vient de se faire exclure du lycée pour avoir tabassé d’autres élèves, en vacances dans le pays de ses rêves ?) mais c’est efficace …

Parce qu’on se rend rapidement compte que le plus important, finalement, ce n’est pas tant le mal-être d’Isadora : bien sûr, il y a toujours en arrière fond cette quête identitaire, ce besoin viscéral pour la jeune fille de savoir d’où elle vient pour pouvoir trouver sa place dans ce monde hostile, mais ce n’est finalement que le fil rouge autour duquel se tisse une autre intrigue. Une intrigue où les légendes mapuches prennent soudainement vie, où les cauchemars qui hantent Isadora s’immiscent progressivement dans la réalité. En fouillant dans son passé, Isadora va déterrer des forces qui la dépassent … Avec ce roman, nous plongeons la tête la première dans la culture de ce peuple méconnu qui a bien failli disparaitre, mais qui s’est accroché coute que coute à ses croyances et à ses coutumes ancestrales. Pour parvenir au bout de sa quête, Isadora doit renouer avec cette culture, avec cette magie qui coule dans ses veines … C’est à partir de ce moment-là que le récit prend un autre tournant, qui flirte allégrement avec le fantastique : alors que la jeune fille ne faisait que chercher des réponses à ses questions, elle se retrouve à combattre ces esprits maléfiques qui la traquent depuis toujours dans son sommeil, elle se libère des entraves qui pesaient sur son esprit depuis sa naissance.

A vrai dire, c’est un roman dont je ne sais pas trop quoi dire et quoi penser, sans doute parce qu’il est quelque peu indéfinissable : nous ne sommes pas totalement dans du réalisme contemporain, comme pourrait le faire penser la quête initiale d’Isadora, mais nous ne sommes pas non plus totalement dans du fantastique. Le roman est à l’orée de deux genres, un peu comme les chamanes ont un pied entre deux mondes … Face aux épreuves et embûches qui se dressent sur la route d’Isadora, nous ne savons jamais si ce n’est que du pure symbolisme ou non, nous ne savons jamais si nous devons trembler comme quand un chevalier de fantasy se retrouve face à un dragon ou non … et c’est un peu déconcertant pour le lecteur, même si cela prouve que l’autrice a remarquablement bien fait son travail ! Personnellement, j’avoue que j’aurai préféré que l’accent soit véritablement et clairement mis sur le cheminement intérieur d’Isadora, car même si j’aime beaucoup le fantastique et la magie, je suis quelque peu restée sur ma faim : alors que ce besoin de connaitre ses origines semblait tirailler profondément Isadora, j’ai le sentiment que cet aspect de l’histoire est vraiment passée au second plan, et d’ailleurs, les révélations sur ce mystère tiennent en moins de deux pages au dernier chapitre, et la jeune fille les assimile instantanément … J’ai trouvé ça dommage.

En bref, vous l’aurez bien compris, même si j’ai globalement apprécié ma lecture, je ne l’ai pas trouvé aussi puissante et émouvante que je l’espérais, sans doute parce que ce qui apparaissait comme l’enjeu majeur de cette épopée au Chili a très vite été éclipsée par l’irruption dans la réalité des légendes mapuches. Et même si cela confère une ambiance vraiment très particulière au récit, à la fois très onirique et très pesant, cela nous empêche également de nous attacher véritablement à cette jeune fille en grande souffrance qui n’est finalement plus qu’un prétexte pour nous faire découvrir cette peuplade et ses croyances … Cela reste toutefois un roman envoutant qui a le grand mérite d’emmener le lecteur là où la littérature jeunesse s’aventure très (et trop) rarement : en Amérique du Sud. Quel voyage : on a vraiment le sentiment de sentir la présence de la Cordillère des Andes, vraiment le sentiment de sentir la chaleur du soleil ! Car Katherine Quénot a une très belle plume, elle sait nous embarquer en quelques mots : la narration de ce roman est très vivante, simple mais efficace. En clair, c’est un roman que je conseille seulement à ceux qui n’ont pas peur des récits atypiques et inclassables, et qui aiment quand leurs repères sont totalement brouillés !