mercredi 17 janvier 2018

L'éternité dans une heure - Danniel Tammet



L’éternité dans une heure, Daniel Tammet

Editeur : Les Arènes
Nombre de pages : 397

Résumé : Les mathématiques sont une science, certes, mais une science de l’imagination qui nous permet de répondre aux questions universelles que pose la littérature : le temps, la vie, la mort, l’amour ... Auteur reconnu et cerveau d’exception, Daniel Tammet a le don de raconter les mathématiques, de les rendre concrètes et vivantes, à travers sa propre vie, notre quotidien, la poésie ou la grande Histoire.






- Un petit extrait -

« Je songeais à ces huit secondes. Pour atteindre le réverbère suivant, je n’avais qu’à faire quelques pas. Avant d’y parvenir, je devrais d’abord arriver à mi-chemin. Il me faudrait quatre secondes. Mais cette observation impliquait que les quatre secondes restantes pouvaient être divisées, elles aussi, en deux moitiés égales. Un nouveau mi-chemin donc qui se situe six secondes après le moment du départ. Seules deux secondes me sépareraient alors du but. Pourtant, avant d’y arriver, un autre « mi-chemin » interviendrait, au bout d’une seconde. Je sentis alors mon cerveau bouillonner sous mon bonnet de laine. Car, après les sept premières secondes, la huitième et dernière se diviserait elle-même en deux moitiés. Sept secondes et demie après avoir démarré, la demi-seconde restante ne s’écoulerait pas avant que j’aie franchi un point situé la encore à mi-chemin. Après sept secondes trois quarts m’attendait encore un quart de seconde de trajet. Si je parcourais la moitié du chemin restant, il me resterait encore un huitième de seconde à parcourir. Un seizième de seconde m’éloignerait du réverbère, puis un trente-deuxième, puis an soixante-quatrième puis un cent-vingt-huitième de seconde, et ainsi de suite. Des fractions de fractions de fractions de seconde me sépareraient toujours de la fin.  »

- Mon avis sur le livre -

Il est grand temps de vous faire une confidence : contrairement à ce que les apparences peuvent laisser penser, je ne suis pas une grande littéraire. C’est toujours avec un certain désespoir que je me lance dans une dissertation ou un commentaire de texte : ces exercices m’exaspèrent au plus haut point. Pour tout avouer, pendant bien des années, j’étais persuadée de terminer en S … ce n’est que deux jours avant le conseil de classe d’orientation de fin de seconde que j’ai décidé d’aller en ES. C’est tout d’abord mon amour pour l’économie et la sociologie qui a motivé de choix, mais j’ai rapidement compris que pour l’amoureuse de statistiques et de probabilités que j’étais, cette filière serait parfaitement appropriée. Parce que oui, aussi étonnant que cela puisse paraitre, j’aime énormément les maths. Les suites, les intégrales, les dérivées … c’est toujours avec grand plaisir que je me plongeais dans mes devoirs du soir, n’hésitant pas à faire un ou deux exercices de plus que ce qui était demandé pour le seul plaisir de jongler avec les chiffres ! C’est donc avec grand intérêt que je me suis plongée dans L’éternité dans une heure, sous-titré La poésie des nombres : mêler lecture et mathématiques, quel merveilleuse perspective !

Autant dire tout de suite que je n’ai pas du tout été déçue par ce livre ! A travers 25 chapitres, 25 thématiques donc, Daniel Tammet évoque les mathématiques, parle des mathématiques … sans jamais, toutefois, faire de mathématiques, ce qui rend cet ouvrage accessible à tous. Il est tantôt question d’histoire des sciences (quel régal d’en apprendre plus sur les grands mathématiciens dont nous ne connaissons que leur théorème le plus fameux, portant souvent leur nom !), tantôt de linguistique (c’est toujours intéressant de constater à quel point la langue d’une civilisation est influencée par le regard que porte celle-ci sur le monde) … Daniel Tammet montre que les mathématiques ne sont pas une science fermée sur elle-même, mais bien une discipline en lien avec tous les aspects de la vie. Qu’il s’agisse d’un flocon de neige, d’une poésie, d’une partie d’échec ou d’une œuvre d’art, les mathématiques sont là. Et alors, ce mot ordinairement associé à la difficulté devient aussitôt couplé à l’idée de beauté. Daniel Tammet aime les nombres car ils sont beaux, et il cherche à nous initier à cette beauté.

Bien évidemment, certains chapitres m’ont plus intéressée, plus touchée que d’autres. J’ai tout particulièrement apprécié celui consacré à « la mère idéale », un chapitre plus autobiographique dans lequel l’auteur nous raconte comment il s’évertue à s’aider des probabilités afin de tenter de comprendre sa mère, ses choix, ses comportements. Il raconte comment, enfant, il s’est rendu compte que cette dernière ne correspondait pas à l’image que son cœur d’enfant avait contribué à forger dans son esprit, et comment, depuis lors, il tachait de déterminer qui était réellement sa mère. C’est un peu triste, mais j’ai trouvé cela tellement touchant … J’ai beaucoup rigolé en lisant l’histoire d’André-François Raffray dans le chapitre intitulé « les statistiques et l’individu » : ce monsieur espérait faire une bonne affaire en achetant en rente viagère la maison d’une nonagénaire … mais cette dernière est devenue la femme la plus âgée du monde, et ce brave monsieur est mort avant elle, et sa femme elle-même a du continuer à payer durant des années ! S’ensuit alors une réflexion mêlant statistiques et sociologie afin d’amener le lecteur à comprendre l’erreur de monsieur Raffray. Très drôle et très intéressant, donc.

A côté de cela, la plume de Daniel Tammet fait des miracles. On se plonge avec un plaisir sans cesse renouvelé dans chaque chapitre, tant le texte est agréable à lire. L’auteur parvient à rendre très simple même les théorèmes et principes mathématiques les plus complexes, il fait vivre les nombres et les calculs afin qu’ils ne soient plus rébarbatifs ou compliqués mais passionnant et évident. Il nous prouve aussi que les mathématiques peuvent être drôles, étonnantes. Son style est à la fois riche et sobre, mélodieux et épuré … comme les mathématiques, finalement ! Il y a également une petite touche d’humour et de légèreté qui rend cet ouvrage fort sympathique à dévorer. On a vraiment le sentiment que Daniel Tammet s’adresse directement à nous, et à nous seul : par l’utilisation du « nous » reliant lecteur et auteur, par l’intermédiaire de quelques interjections et de légères touches de connivence, Daniel Tammet cherche vraiment à réduire la distance qui peut parfois s’instaurer à travers les mots. Les thématiques abordées sont suffisamment diverses et universelles pour intéresser un peu tout le monde : le temps, la vie, l’amour, la mort … voici quelques exemples qui suffisent à prouver que ce livre n’est pas uniquement adressé aux amoureux des mathématiques, mais bien à ceux que la curiosité et la sensibilité habitent !

En bref, je suis vraiment ravie d’avoir découvert ce livre, si atypique mais si captivant ! Des chapitres ni trop longs ni trop courts qui peuvent se lire indépendamment les uns les autres, des thématiques variées, des anecdotes parfois très intéressantes (on en apprend, des choses, en lisant cet ouvrage, je vous l’assure !) et parfois très drôles … sans oublier une plume vraiment fluide tout en restant très belle ! Que vous aimiez les mathématiques ou qu’au contraire vous les détestiez, je vous l’assure, ce livre peut vous plaire. J’ai  vraiment passé un très agréable moment de lecture en compagnie de Daniel Tammet et des nombres qu’il aime tant, et je vous en souhaite tout autant !

Ce livre a été lu dans le cadre de la Coupe des 4 maisons
(plus d’explications sur cet article)

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