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mercredi 22 janvier 2020

L'Héritage, tome 3 : Brisingr - Christopher Paolini


L’héritage3, Christopher Paolini
Brisingr

Editeur : Bayard Jeunesse
Nombre de pages : 810

Résumé : Eragon a une double promesse à tenir : aider Roran à délivrer sa fiancée, Katrina, prisonnière des Ra’zacs, et venger la mort de son oncle Garrow. Saphira emmène les deux cousins jusqu’à Helgrind, les Portes de la Mort, repaire des monstres. Or, depuis que Murtagh lui a repris Zar’oc, l’épée que Brom lui avait donnée, Eragon n’est plus armé que du bâton du vieux conteur.





- Un petit extrait -

« - Quand on refuse de me livrer certains renseignements, je n’en suis que plus déterminé à découvrir la vérité. Pour moi, une question sans réponse est une épine dans le pied qui me torture au moindre mouvement tant que je ne l’ai pas enlevée.
- Je compatis.
- Pourquoi ?
- Parce que tu dois souffrir mille morts en permanence. La vie est un océan de questions sans réponses. »

- Mon avis sur le livre -

Comme pas mal de lecteurs, j’ai eu une réaction plutôt partagée lorsque j’ai appris que la trilogie se transformait en quadrilogie : d’un côté, j’étais heureuse de cheminer plus longtemps aux côtés d’Eragon et Saphira … mais de l’autre, je craignais que l’ajout d’un nouveau tome nuise au rythme trépidant auquel Christopher Paolini nous avait habitués. J’étais un peu perplexe quant aux véritables raisons qui l’ont poussé à scindé le dernier tome en deux opus : était-ce parce qu’il avait préjugé du nombre de pages nécessaires pour boucler tous les nœuds de l’intrigue, ou était-ce tout simplement pour obliger les lecteurs captivés à acheter deux livres pour connaitre le fin mot de l’histoire ? Aujourd’hui encore, le doute est encore présent dans mon esprit : en tant que lectrice, je ne suis pas convaincue du bien-fondé de cet étalement. A chaque relecture, je me fais ainsi la même réflexion : certains passages ont clairement été ajoutés artificiellement, ils n’apportent rien à l’histoire et ne servent qu’à combler les quelques dizaines de pages nécessaires pour avoir deux gros pavés de 800 pages à faire ingurgiter aux lecteurs ….

Encore dévasté par la terrible révélation de Murtagh, qui lui a appris l’identité de son père, Eragon refuse cependant de se laisser abattre : en tant que Dragonnier, il doit continuer la lutte contre le tyrannique Galbatorix pour ramener la paix sur l'Alagaësia. Il commence par aider son cousin Roran à délivrer sa fiancée des griffes des Ra’zacs et à venger la mort de son oncle Garrow. Il se rend ensuite chez les nains, pour assister aux longues délibérations précédent l’élection d’un nouveau Roi, malgré les menaces qui pèsent au-dessus de sa tête, et malgré l’urgence de la situation. Car Eragon et Saphira savent que leur formation est loin d’être achevée, et qu’ils ne peuvent en l’état pas envisager de vaincre leurs adversaires : ils doivent à tout prix rendre visite à leurs formateurs pour les supplier de leur en apprendre plus. Ils sont bien loin de se douter que les révélations qui les attendent sont encore plus surprenantes que leurs dernières découvertes, et que cette visite chez les Elfes leur apportera bien plus d’armes que de simples connaissances …

Cela me fait un peu mal au cœur de l’admettre, mais je suis plutôt déçue de ce troisième tome. Cela reste une bonne lecture, mais on est bien loin du coup de cœur que j’ai eu pour les deux premiers opus. La raison est fort simple : je ne voyais pas le bout de cet interminable pavé de 800 pages rempli de … vide. Bien sûr, il y a des passages admirablement palpitants, bien sûr, il y a des scènes d’une force inouïe, mais il y a principalement des longueurs. A vouloir « approfondir la personnalité d’Eragon », l’auteur en a fait beaucoup trop, et on le voit pendant plus de la moitié du récit se débattre avec ses états d’âme. Et on tourne en rond. Un pas en avant, deux pas en arrière, retour à la case départ, on a gagné cent pages supplémentaires ! Des simulacres de batailles, où Roran devient un surhomme (malheur, je l’aimais tellement Roran, je suis attristée de le faire se transformer en simple machine de guerre imbattable alors qu’il n’est qu’un simple fermier), des complots politiques à n’en plus finir, des discussions creuses à pleurer … Vraiment, cet opus ne tient pas ses promesses. Il apparait comme une sorte de tome de transition alors qu’on nous faisait miroiter le fameux face à face avec le grand méchant !

Ce fut laborieux, donc, mais fort heureusement, les rares passages « utiles » sont admirablement captivants, et on ne peut pas s’empêcher de tourner les pages car on a malgré tout cette irrésistible envie de savoir ce qui va arriver ensuite ! Même si j’ai plus d’une fois eu envie de lui mettre des claques pour qu’il cesse de se comporter comme un imbécile fini, je ne peux pas m’empêcher d’être très attachée à Eragon, ce jeune héros malgré lui, un peu perdu face à l’immensité de la tâche qui l’attend. Comment lui, simple garçon de ferme, peut-il être celui qui tuera Galbatorix l’invincible ? Comment peut-il être un héros alors que son père était un Parjure et que son propre frère se bat aux côtés du tyran ? J’ai eu de la peine pour lui, et cela d’autant plus que l’auteur a décidé de consacrer un tome entier à ces considérations psychologiques : si au moins il y avait plus d’action, ce pauvre Eragon n’aurait pas eu l’occasion de réfléchir aussi longuement à tout cela ! De plus, je trouve que cela ne lui ressemble pas : Brom comme Oromis se plaignaient de le voir aussi peu porté sur la réflexion, et voilà qu’il passe 800 pages à réfléchir, le fossé est un peu trop gros pour être honnête !

Malgré tout, ça reste un récit passionnant et grandiose, riche en révélations et en rebondissements : on vole de surprises en surprises, de découvertes en découvertes …. et c’est tout simplement captivant ! Malgré quelques facilités scénaristiques que l’on ne peut que regretter – je pense essentiellement au chapitre consacré à la fabrication de l’épée d’Eragon –, on sent que l’auteur a tout prévu dans les moindres détails : petit à petit, tous les éléments surgissent pour qu’Eragon soit prêt à faire face à son destin, à son ennemi. On le sent, le compte à rebours se met enfin en route, et la lutte finale se rapproche : on espère juste qu’Eragon ne va pas soudainement décider de partir en visite touristique avant d’aller affronter Galbatorix, car c’est un peu sa spécialité, de rajouter des étapes superflues à ses péripéties ! Cela a au moins le mérite de faire monter la tension, toujours plus, tout comme la frustration du lecteur qui dévore chaque chapitre avec une impatience et une inquiétude grandissante. Il faut dire que jusqu’à présent, jusqu’aux ultimes chapitres de ce tome, Galbatorix reste un nom, un individu qu’on évoque mais qu’on n’a jamais rencontré, et la crainte n’en est qu’encore plus forte … Rien n’est gagné, même si on se doute qu’Eragon n’échouera pas (car on est en high fantasy, et qu’en high fantasy, le bien triomphe toujours du mal), on a quand même peur pour lui !

En bref, vous l’aurez bien compris, c’est un bilan clairement mitigé pour cet opus : d’un côté je regrette que l’histoire traine ainsi en longueur, mais de l’autre, j’ai apprécié de voir le dénouement approcher tout doucement et non pas dans un grand fracas inattendu. Je pense que l’équilibre n’a pas été trouvé : certains passages sont bien trop longs, et d’autres sont au contraire trop brefs, certains passages sont ennuyants, d’autres sont presque trop captivants pour notre rythme cardiaque … Mais s’il y a bien UN point admirablement positif, c’est la plume de Christopher Paolini : elle était déjà fort belle dans les premiers opus, mais là, c’est juste grandiose ! C’est un vrai régal que cette narration, qui jongle avec brio entre les descriptions et les dialogues, et qui ose sortir des sentiers battus quand il s’agit de nous plonger au cœur des pensées des dragons, si différents de nous autres pauvres humains. Et cette si belle plume est bien ce qui sauve cette histoire qui a perdu son rythme effréné pour quelque chose de plus chaotique … Il ne reste plus qu’à espérer que le dernier tome sera un peu moins longuet que celui-ci, et que l’action reprendra à nouveau le dessus sur les états d’âmes d’Eragon !

samedi 4 janvier 2020

L'Héritage, tome 1 : Eragon - Christopher Paolini


L’héritage1, Christopher Paolini
Eragon

Editeur : Bayard Jeunesse
Nombre de pages : 679
Résumé : C’est en poursuivant une biche dans la montagne que le jeune Eragon, quinze ans, tombe sur une magnifique pierre bleue. Fasciné, il l’emporte à Carvahall, le village où il vit pauvrement avec son oncle et son cousin. Il n’imagine pas alors qu’une dragonne, porteuse d’un héritage ancestral, va en éclore…Très vite, la vie d’Eragon est bouleversée. Contraint de quitter les siens, le jeune homme s’engage dans une quête qui le mènera aux confins de l’empire de l’Alagaësia …


- Un petit extrait -

« Les sables du temps, nul ne peut les arrêter. Les grains s’écoulent, les années passent, que nous le voulions ou non… et pourtant, les souvenirs restent. Ce que nous avons perdu se perpétue dans nos mémoires. Ce que vous allez entendre est imparfait et incomplet. Néanmoins, écoutez cette histoire, chérissez-la, car, sans vous, elle ne serait pas. Je vais exhumer pour vous ce trésor longtemps égaré, oublié, caché dans les brumes mystérieuses du passé… »

- Mon avis sur le livre -

A mes yeux, il n’y a pas de meilleures périodes pour lire de la fantasy que l’automne. Pourquoi ? Je n’en ai absolument aucune idée. Peut-être que c’est parce que j’ai découvert la fantasy en automne, peut-être parce que l’automne est ma saison préférée et que la fantasy est mon genre favori … Peut-être un peu des deux, ou peut-être aucun des deux. Toujours est-il que dès que les feuilles se mettent à virevolter et que le brouillard s’abat continuellement sur la vallée, je n’ai qu’une envie : replonger dans ces mondes fabuleux où la magie côtoie les créatures fantastiques, replonger dans ces incroyables quêtes et épopées qui me font rêver toute éveillée. Et cette année, comble du bonheur, c’est en lecture commune avec ma chère angebleu que je relis cette saga qui a bercé mes années-collège ! Il faut dire qu’avec la sortie du petit dernier – qui m’a été offert par RedPanda, encore merci à elle –, le moment était idéal pour retrouver Eragon, Saphira et leurs compagnons !

Eragon, quinze ans, a été élevé par son oncle Garrow, et a grandi aux côtés de son cousin Roran dans une ferme à l’écart du petit village de Carvahall. Bon chasseur, l’adolescent n’est rien de plus qu’un simple garçon de ferme, au quotidien simple et monotone. Son avenir est tout tracé devant lui : il reprendra la ferme familiale, se mariera avec une fille du village, aura des enfants à qui il transmettra son savoir-faire, et c’est tout. Comme tout le monde. Jusqu’au jour où il trouve une mystérieuse pierre dans les montagnes, où il est l’un des seuls à oser s’aventurer (et à en revenir vivant). Qu’elle n’est pas sa surprise quand un bébé dragon sort de l’œuf ! Commence alors pour Eragon et Saphira une vie de fuite et de traque : le terrible despote qui règne en maitre sur l’Alagaësia après avoir réduit à néant l’ancestrale Confrérie des Dragonniers est à ses trousses ! Aidé par Brom, le vieux conteur, le jeune garçon et la belle dragonne se lance à la poursuite des meurtriers de Garrow … mais aussi à la rencontre de leur destinée.

Quelques pages, et la magie opère déjà : c’est magistral et grandiose. Je sais que certains reprochent à cette saga, et à ce premier opus en particulier, de manquer d’originalité, de n’être qu’une sorte de pale copie du grand Seigneur des anneaux … Pour ma part, je vais me contenter de répéter ce que je disais déjà il y a une dizaine d’années : Eragon fait indiscutablement parti des meilleurs ouvrages de fantasy que j’ai jamais lu. C’est un roman qui me happe à chaque relecture comme si c’était la toute première fois, c’est une continuelle redécouverte de cet univers grandiose et de cette histoire magistrale, dont je ne me lasse jamais. Alors bien sûr, je ne peux que le reconnaitre : ce roman suit scrupuleusement les codes du genre, voire même certains clichés du genre, mais loin de le desservir, je trouve au contraire que cette stricte conformité aux attentes de la fantasy ne fait que le rendre encore plus incroyable. Car l’auteur – qui n’était encore qu’un adolescent lorsqu’il écrivait – a su sublimer ces codes pour en faire quelque chose de superbe. C’est clairement un livre que je ne me lasse pas de redécouvrir, car l’émerveillement est toujours au rendez-vous.

Eragon est un garçon tout ce qu’il y a de plus banal, rien ne le destinait à être un héros. Il est d’une simplicité désarmante et tellement touchante : lui n’aspirait pas à porter tant de responsabilités sur ses épaules, et on le sent dépassé par ce qui lui tombe dessus. Par la culpabilité d’être à l’origine de la mort de son oncle, qui s’est occupé de lui comme s’il était son propre fils. Au début, Eragon n’est animé que par un simple désir de vengeance : il veut rendre justice pour Garrow, rien de plus. Mais tandis qu’il chemine aux côtés de Brom le conteur – qui est indiscutablement mon personnage favori –, il se rend compte que les choses ne seront plus jamais aussi simples pour lui : il porte l’ultime héritage d’une Confrérie estimée, dont il représente le renouveau … A condition qu’il échappe à Galbatorix, à condition qu’il apprenne à rester libre et lui-même. Et pour cela, il va falloir qu’il découvre qui il est réellement. C’est une véritable quête initiatique qui nous est contée dans ce premier tome, en même temps qu’une magnifique histoire d’amitié entre l’adolescent et sa dragonne. Au gré des pages, au gré des peines et des échecs, Eragon grandit, murit. Il prend conscience de la place qu’il doit désormais occuper dans ce monde qui ploie sous le joug d’un tyran sans cœur. Il n’est pas prêt pour cela, mais va accepter son destin. C’est ce que je trouve de plus héroïque chez lui : il veut faire ce qui est juste, toujours, quoi qu’il lui en coute …

Alors bien sûr, on peut objecter que c’est « trop gros », qu’Eragon devient trop rapidement un bretteur et un magicien hors-pair, qu’il a toujours des coups de chance monumentaux qui lui permettent de se sortir des situations les plus désespérées … Certes. Mais de deux choses l’une : nous sommes en présence d’un roman de high fantasy jeunesse. En high fantasy, le Mal finit toujours par être vaincu, aussi puissant qu'il puisse paraître au début : quoi de plus étonnant, donc, qu’Eragon soit rapidement prêt à affronter ses ennemis, qui représentent le mal incarné ? De plus, en littérature jeunesse, les auteurs ont souvent recours à ses « facilités scénaristiques » pour faire avancer plus « rapidement » l’intrigue (je mets ça entre guillemets car le roman fait tout de même presque 700 pages et qu’il ne s’agit finalement que du prélude aux véritables péripéties d’Eragon). Rien ne me choque donc dans les facilités de notre jeune héros, qui s’expliquent par ailleurs par son statut de Dragonnier ! De plus, on reproche parfois à Eragon d’être trop « désobéissant », de se jeter tête la première dans les ennuis … Il est jeune, et il n’est pas parfait : deux bonnes raisons de faire des erreurs et de vouloir faire ses propres expériences pour ne plus les refaire par la suite, non ? Il aurait été plus « exemplaire » qu’on lui reprocherait d’être un Gary-Sue, donc il faut savoir ! Pour ma part, je n’ai finalement rien à reprocher à ce premier opus !

En bref, vous l’aurez bien compris, mon coup de cœur d’adolescente se confirme avec cette relecture ! Ce fut un tel plaisir que de me replonger dans cet univers, que de retrouver Eragon et ses compagnons, que de revivre à ces côtés ces aventures déjà connues et pourtant aussi captivante que la toute première fois ! C’est un gros pavé que j’ai dévoré à une vitesse folle, sans même me rendre compte des chapitres qui passaient : j’étais comme happée, un vrai régal de lecture ! Donc si vous n’avez pas encore eu la chance de lire Eragon, n’hésitez plus une seule seconde ! Et si vous connaissez déjà cette fantastique saga, n’hésitez pas à la relire : on la savoure tout autant la deuxième, troisième, dixième fois que la première ! Et si vous avez dans votre entourage des jeunes – et moins jeunes – passionnés de fantasy qui n’ont pas encore découvert cet extraordinaire épopée, je pense que vous ne prenez aucun risque en leur conseillant : c’est une valeur sûre à mes yeux ! Alors, prêt à découvrir ou redécouvrir l’Alagaësia aux côtés de Saphira, Eragon et de leurs compagnons de route ?