mercredi 19 février 2020

Des poissons dans la tête - Louis Sachar


Des poissons dans la tête, Louis Sachar

Editeur : Bayard Jeunesse
Nombre de pages : 254
Résumé : Angeline a huit ans, trois ans d'avance à l'école et des poissons plein la tête... Quand ses camarades la traitent de monstre ou de bébé, elle trouve refuge au milieu des immenses aquariums du Musée océanographique. À moins qu'elle ne se console avec un bon livre d'aventures et un grand verre d'eau salée... Angeline aimerait être une petite fille comme les autres. Or elle vit dans son monde, extravagant et fabuleux. Jusqu'au jour où elle sympathise avec Barry, le garçon le plus drôle qu'elle ait jamais rencontré. II lui présente la merveilleuse Miss Terbone. Deux amis d'un coup. Angeline n'aurait même pas osé en rêver !

- Un petit extrait -

« Plus personne n'essayait de comprendre pourquoi Angeline savait tout ce qu'elle savait avant de naître. Désormais, on se contentait de dire : « C'est un génie ! ». Et même si ça n'expliquait rien, chacun estimait que ça expliquait tout. Par exemple, Angeline savait toujours quel temps il ferait le lendemain. Alors si quelqu'un demandait : « Comment elle arrive à faire ça ? », on lui répondait : « C'est un génie », et apparemment, ça suffisait.
Ainsi, personne n'avait jamais essayé de comprendre pourquoi Angeline savait tout ce qu'elle savait avant de naître. »

- Mon avis sur le livre -

Déjà à l’école primaire, je passais mes récréations assise dans un coin, ou adossée contre un mur sous le préau, plongée dans un roman, tandis que mes camarades jouaient, couraient et hurlaient autour de moi. Certaines maitresses, plus perspicaces que d’autres, m’autorisaient même à rester dans la classe pour m’éviter les railleries et autres méchancetés enfantines, et je passais alors de merveilleux moments dans le coin lecture de la salle, à dévorer les uns après les autres tous les romans que contenaient la petite bibliothèque scolaire. Et cela a continué au collège, où j’hantais littéralement le CDI à chaque intercours et récréations. C’est là que j’ai croisé pour la toute première fois le chemin d’Angeline, la petite héroïne de ce roman au titre incroyablement poétique. Entre elle et moi, ça a été un coup de foudre amical immédiat : même si elle n’était que d’encre et de papier, et non de chair et d’os, j’ai eu le sentiment qu’Angeline était la seule personne au monde à pouvoir me comprendre. J’ai relu un nombre incalculable de fois ses aventures lorsque adolescente. Et aujourd’hui encore, j’aime la retrouver de temps en temps …

Angeline n’était encore qu’un bébé lorsqu’elle prononça son premier mot : octopode. A partir de ce moment-là, on décréta qu’Angeline était un génie : pour les adultes, cela explique tout. La vérité, c’est qu’il y a des choses que l’on sait avant de naitre : la plupart des enfants oublient tout à leur naissance, mais Angeline n’a rien oublié. Aujourd’hui, Angeline a huit ans, elle aime les poissons et l’eau salée, est en CM2 et suce encore son pouce, ce qui lui vaut d’être traité de monstre par ses camarades et de bébé par son horrible maitresse. Son plus grand rêve est de grimper dans le camion-poubelle que conduit son père, éboueur, qui ne sait pas comment communiquer avec son étrange et si intelligente petite fille. La vie d’Angeline est bien triste et monotone, jusqu’au jour où elle rencontre Barry, spécialiste des blagues, et son institutrice Miss Terbone – ou Mister Bone, au choix. Pour la toute première fois de sa vie, Angeline a le sentiment d’être acceptée comme elle est …

Rares sont les romans jeunesses à évoquer la question du haut potentiel intellectuel … et encore plus rares sont ceux qui parviennent à le faire avec autant de justesse et de tendresse. Comme beaucoup de « petits génies », Angeline est mal dans sa peau : elle a le sentiment de n’être nulle part à sa place. Si on la laisse avec son groupe d’âge, elle s’ennuie pendant les cours. Mais si on lui fait sauter des classes pour « exploiter son potentiel », elle souffre de la différence d’âge avec ses camarades. Car malgré ses connaissances « exceptionnelles », Angeline reste une petite fille de huit ans, solitaire et hypersensible, qui a besoin de sucer son pouce pour se rassurer et qui pleure sans pouvoir se contrôler à la moindre « contrariété ». Sa maitresse la déteste, ses camarades la rejettent : chaque journée d’école est une épreuve. J’ai toujours beaucoup de peine pour Angelina, d’autant plus que je comprends parfaitement son mal-être – bien que j’ai personnellement eu la « chance » de n’être diagnostiquée qu’à l’âge adulte, ce qui m’a évité la problématique du sautage de classes. Elle fait tout son possible pour être acceptée, pour se comporter « comme il faut », mais elle ne comprend pas les codes sociaux qui régissent la vie d’une classe de CM2, elle ne comprend pas cette haine à son égard, et se réfugie donc dans l’imaginaire et dans sa passion pour les poissons.

Mais ce roman n’est pas un roman sur le haut potentiel. Non. Ce roman, c’est avant tout autre chose une magnifique histoire d’amitié entre Angeline, cette petite fille rejetée à cause de son intelligence hors norme et de sa sensibilité extrême, et Barry, ce petit garçon rejeté à cause de ses blagues et autres jeux de mots, à cause de son extravagance. Entre eux deux, l’alchimie est immédiate : ils sont fait pour s’entendre. Ils se comprennent sans avoir besoin de parler, telles deux âmes sœurs en amitié. Barry rend les journées d’Angeline plus belles, et Angeline rend les journées de Barry plus jolies. C’est une belle histoire d’amitié comme on n’en trouve que dans les livres, une amitié pure et sincère placée sous le signe de l’évidence. Ils sont tellement adorables ces deux-là ! Ce roman, c’est aussi une magnifique histoire d’amour entre un père et sa fille. Abel ne sait pas comment agir avec Angeline : lui, simple éboueur, se sent bien trop bête pour être le père d’une fille si intelligente. Il l’aime, il l’aime plus que tout, mais ne sait pas comment lui montrer, ne sait pas comment lui parler. Son ami Gus essaye de lui expliquer qu’Angeline est une petite fille comme les autres, qu’elle aime qu’on lui raconte des histoires drôles et qu’on s’intéresse à sa vie, mais il faudra un effrayant événement pour que se brise enfin la glace. Je verse toujours toutes les larmes de mon corps à ce moment-là, et la scène finale est tout simplement merveilleuse !

En bref, vous l’aurez bien compris, je suis encore et toujours sous le charme de ce petit récit, et c’est toujours un régal que de me replonger dans ce petit roman ! C’est une histoire pleine de tendresse et de poésie, une histoire qui fait rire et pleurer. L’auteur nous invite à faire la connaissance d’une petite fille atypique et attachante, une petite fille qui a « des poissons dans la tête », symbole de ses rêves et de ses espoirs. Angeline est comme un poisson enfermé dans un bocal : elle tourne en rond dans un monde qui n’est pas le sien, elle est montrée du doigt comme une bête de foire, alors qu’elle aimerait n’être qu’une petite fille comme les autres. Avec beaucoup de douceur et d’humour, l’auteur nous raconte une histoire qui met du baume du cœur, une histoire qui redonne le sourire même quand tout nous semble si sombre, une histoire qui redonne de l’espoir et ravive nos rêveries. C’est un petit roman que je conseille sans restriction : aux petits lecteurs et petites lectrices en herbe, aux grands lecteurs et grandes lectrices qui veulent renouer avec leur âme d’enfants … et même à ceux qui n’aiment pas spécialement lire, car c’est vraiment une belle histoire qui ravira tous les cœurs et toutes les âmes !

dimanche 16 février 2020

Top 5 : Ces Couples qui vous agacent


- Top 5 : Ces Couples qui vous agacent -

C’est le retour des tops ! Et cela grâce à Mange-Nuages qui a mis en place un petit challenge/jeu que je vous invite à retrouver sur Livraddict ! Un thème par semaine, rien de plus simple, d’autant plus que j’ai décidé de faire ceci sous forme de mini-article pour ne pas me surcharger … C’est l’heure de répondre au thème de la semaine que voici :

Ces Couples qui vous agacent

L'auteurice avait sûrement prévu une belle histoire d'amour touchante mais tout ce que vous avez retenu, c'est deux personnages insupportables qui passent leur temps à vous détourner de l'histoire. Pas d'alchimie, erreur de casting, qualités absentes à l'appel, non, vraiment, vous ne comprenez pas pourquoi on a essayé si fort de faire coller ces personnages alors que c'est évident que ça ne marche pas. En tout cas pour vous. Après ces couples que vous avez aimé, parlez-nous de ces couples mal-assortis qui vous font rouler des yeux !

Et voici donc mon petit top 5 :

JudyAnn et Vincent dans Galénor, tome 1 : Le livre des portes (Audrey Verreault)
Parce que c’est à la fois gros comme le nez de la figure et parachuté comme un cheveu sur la soupe : plus d’une fois, j’ai eu envie de hurler « par pitié, mettez moi ce vampire au placard s’il est juste là pour la romance ! » … Il sert absolument à rien, la romance sert à rien dans ce livre, bref, ça m’agace au plus haut point !

Lihanna et Liam dans Orcam, tome 1 : Automne (Laura Muller)
Ca s’arrange un peu dans le second tome, et fort heureusement, mais dans le premier, j’avais juste envie de les envoyer tous les deux au bucher ! J’en pouvais plus de cet antagonisme mêlé d’attirance mutuelle, chargé d’une soi-disant « tension sexuelle », qui venait parasiter l’intrigue à tout bout de champ ! Entre la miss girouette qui passe ses journées à osciller entre « han mais il est trop beau » et « rah mais j’veux le tuer », et l’autre idiot qui en faisait de même de son côté, c’était franchement lourd !

Guillaume et Grace dans Dépourvu (Victoria Grondin)
Je pense que ce qui m’agace le plus dans ce « couple », c’est avant tout le contexte dans lequel il s’inscrit, et surtout, l’affreux message qu’il transmet. Grosso modo, la seule chose qui ressort de ce couple, c’est que 100% des personnes autistes sont des monstres sanguinaires sans cœur qui trahissent et dissèquent pères, mères et enfants juste par curiosité intellectuelle … Alors voilà, je hais profondément cette espèce de couple malsain intégré dans un livre censé « sensibiliser » les enfants à la question de l’autisme. Une honte !

Samuel et Rebecca dans Le secret des noix (Jacques-Victor Caramin)
Je m’attendais à une jolie histoire à la Roméo et Juliette, une histoire d’amitié d’enfance qui se transforme en jolie histoire d’amour contrariée par les antagonismes familiaux … et je me suis retrouvé avec deux ados en chaleur qui couchent toutes les trois pages. Autant vous dire qu’ils m’ont profondément déçue, ces deux nigauds. Je leur en veux atrocement, et je peux d’ores et déjà affirmer que c’est un roman que je balourderai sans le moindre état d’âme quand viendra l’heure du tri, car c’est clairement pas une histoire d’amour que je souhaite relire.

Jenny et Tom dans Un jeu interdit (L. J. Smith)
Sur le coup, je les trouve juste mal assorti. Il ne lui fait pas confiance, il est maladivement jaloux, ça m’agace profondément, elle mérite beaucoup mieux que cela. Surtout qu’à côté, elle, elle est prête à se sacrifier pour lui, elle fait absolument tout pour le sauver, donc voilà, il a rien à faire avec elle, il ne la mérite pas !

samedi 15 février 2020

Victoria rêve - Timothée de Fombelle


Victoria rêve, Timothée de Fombelle

Editeur : Gallimard jeunesse
Nombre de pages : 105

Résumé : Victoria voulait une vie d'aventure, une vie folle, une vie plus grande qu'elle. Et l'on disait tout autour d'elle : "Victoria rêve". Mais, depuis quelque temps, un monde imaginaire débarquait dans son existence. Elle avait l'impression d'une foule de personnages qui descendaient de sa bibliothèque en rappel pour venir semer leur pagaille. Victoria voulait savoir ce qui lui arrivait. Y avait-il un lien avec les livres qui disparaissaient de sa chambre ? Toutes ces pages étaient-elles en train de se glisser à l'intérieur de sa vie ? Cela devenait sérieux, étourdissant, comme une invasion.


- Un petit extrait -

« Personne n'est obligé de croire ce qu'il va suivre. On a toujours le droit de ne pas croire ce qui est écrit dans les livres. »

- Mon avis sur le livre -

Avant l’ouverture du blog, je consommais avidement les livres plus que je ne les savourais : je passais d’un roman à l’autre, comme on mange machinalement un grain de popcorn après l’autre. Résultats des courses : je ne me souvenais à peine du contenu de mes lectures quelques semaines après, et cela même si je tenais assez rigoureusement ma petite liste de « livres lus au cours de l’année ». Maintenant que je prends le temps de réfléchir au contenu de ma chronique, maintenant que je m’oblige à rédiger ladite chronique avant d’entamer une nouvelle lecture, je me rends compte que j’ai bien plus de souvenirs de toutes mes lectures. C’est comme si chaque roman m’habitait en profondeur, alors qu’auparavant ils ne faisaient que passer. Désormais, chaque personnage, chaque histoire, a sa place dans mon cœur, et même si je ne me souviens pas de chaque petit détail, je n’oublie plus que j’ai lu tel ou tel livre … Alors que j’avais complétement oublié que j’avais déjà lu Victoria rêve peu de temps après l’avoir acheté : ce n’est qu’en le (re)lisant que je suis dit « mince, ça me dit quelque chose ! ».

Victoria rêve. C’est ce que tout le monde dit d’elle. Ses parents, ses professeurs, ses camarades de classe, la bibliothécaire, la boulangère même.  Victoria rêve d’une vie d’aventures, d’une vie de mystères, d’une vie de folies. D’une vie plus palpitante que sa simple vie de collégienne, avec son père qui travaille dans le pâté et sa sœur incapable de profiter de son voyage scolaire en Italie. Victoria rêve d’être l’héroïne d’un roman, elle qui passe son temps à vivre par procuration les aventures des héros de ses lectures. Mais quand ses livres disparaissent un à un, quand le petit Jo débarque pour lui demander où se cachent les Trois Cheyennes, et quand son père se métamorphose en cow boy, Victoria se demande si elle ne préférait pas sa petite vie toute plate mais prévisible …

Sur la première page, on nous dit que ce roman est « un petit livre sur les grands livres qui nous habitent », qui « dit la force de la lecture et de l’imaginaire aujourd’hui, envers et contre tout ». Victoria, c’est donc toi, c’est donc moi. C’est donc tous les lecteurs et lectrices de ce monde, qui, à chaque fois qu’ils ouvrent un livre, plongent corps et âmes dans l’histoire qui se cache au cœur des pages. Comme beaucoup de lecteurs et lectrices, Victoria se sent à l’étroit dans sa petite vie bien banale, bien tranquille, bien ordinaire. Sa petite vie qui n’a rien de plus que celle du voisin de droite, du voisin de gauche, du voisin de derrière. Elle voudrait « une vie plus grande qu’elle », une vie différente. Alors elle lit, et elle rêve. Mais personne ne comprend ses rêves, personne ne comprend son amour pour la lecture. Face à la réticence de sa mère, qui trouve que ça fait quand même beaucoup d’aller à la bibliothèque deux jours de suite, Victoria se demande où se trouve le danger mortel à se rendre si régulièrement à la bibliothèque … Mais chez Victoria, la seule touche de fantaisie qui ai jamais franchi le pas de la porte, c’est deux pas de tango par ses parents. Alors vous imaginez bien que l’imaginaire n’y est pas à sa place !

Jusqu’au jour où tout bascule. Des livres disparaissent. Trois Cheyennes sont en cavale. Et son père se transforme en cow boy. Au début, tout comme Victoria, on a le sentiment que toute la magie de ses romans favoris s’est échappée pour influer sur sa vie … Et elle qui désirait tant vivre de grandes aventures ne sait plus quoi penser de tous ces chamboulements. Et le lecteur non plus, d’autant plus qu’au fil des pages, on se rend compte que les choses sont loin d’être ce qu’elles paraissent être … Entre quiproquos et secrets, l’imaginaire de Victoria se fissure progressivement. Jusqu’à présent, Victoria rêvait, comme seuls savent le faire les enfants … mais Victoria grandit. Et elle découvre « la beauté de certaines choses de sa vie ». Elle ne dit pas adieu à ses rêves, car personne ne devrait jamais dire adieu à ses rêves, mais pour la toute première fois, Victoria se sent prête à vivre, et non plus seulement à rêver. Et surtout, Victoria prend conscience qu’elle n’est plus, qu’elle n’est pas, seule. Il y a le petit Jo, il y a ses parents, et même sa sœur. « Ensemble, tout pouvait s’arranger ». Même si la vie n’est pas aussi douce que les contes, même si la vie n’est pas aussi trépidante que les romans, elle vaut la peine qu’on la vive, et non pas qu’on l’éclipse derrière les rêves …

En bref, vous l’aurez bien compris, c’est un petit récit plein de douceur et de poésie que nous offre l’auteur. Véritable apologie de l’imaginaire et de ses serviteurs les livres, ce roman invite également à vivre pleinement notre vie « ordinaire ». Il aborde avec beaucoup de délicatesse la question délicate du chômage, tout en nous relatant une très jolie histoire d’amitié entre Victoria et le petit Jo. Sur bien des points, j’ai beaucoup aimé ce bref récit, mais je dois cependant reconnaitre rester un peu sur ma faim : il m’a manqué un petit quelque chose pour m’attacher réellement à Victoria, il m’a manqué un petit quelque chose pour savourer véritablement cette histoire. La fin est trop brutale, trop abrupte. Tout s’effondre trop vite. Peut-être est-ce parce que Victoria est finalement bien trop âgée pour s’inventer de telles histoires, peut-être est-ce parce que tout semble un peu trop rocambolesque, peut-être est-ce parce que le roman est trop court, toujours est-il que le final ne m’a pas convaincue … Ça reste une jolie lecture, mais loin d’être aussi exceptionnelle que je ne l’espérais au premier abord.

mercredi 12 février 2020

Un jour une étoile - Jean-Luc Marcastel


Un jour une étoile, Jean-Luc Marcastel

Editeur : Gulf Stream
Nombre de pages : 242
Résumé : Saru et son clan vivent à M’martre, une cité en ruines en proie aux guerres intestines. Le jour où son frère, ayant atteint ses 6 570 matins, est emmené par les maraudeurs, des monstres de fer qui surgissent de nulle part, Saru est désemparé. Au même moment, une capsule tombe du ciel avec en son sein deux créatures vêtues d’armures étincelantes. L’une d’elles, à la voix d’ange et à la silhouette troublante, bouleverse Saru. Ce dernier apprend petit à petit à connaître celle qu’il appelle « sa fée de métal » et comprend qu’il a vécu jusqu’à présent dans un gigantesque leurre…


- Un petit extrait -

« Et je crois que, s’il y a une chose qu’avaient comprise mes parents, qu’ils m’ont transmise et que je veux transmettre à mes enfants, c’est que cette étoile que nos ancêtres sont partis chercher, cette étoile qu’ils ont crue si lointaine, celle qui réchauffe, donne sens à la vie, ils ont fini par la trouver, non pas à des milliards de kilomètres, mais là, tout près, dans le cœur de l’autre. »

- Mon avis sur le livre -

Depuis que je reçois régulièrement des services de presse, je me rends compte que j’ai de moins en moins la possibilité de choisir ma prochaine lecture : pas besoin de rester plantée devant ma bibliothèque en me demandant quel livre je souhaite lire, puisque je n’ai qu’à attraper le suivant sur la liste. Etrangement, c’est sécurisant, comme sensation. Mais voilà, il m’arrive, parfois, de venir à bout de cette pile de services de presse. Et alors, le dilemme commence : lequel des 500 ouvrages qui composent ma PAL vais-je lire à présent ? De quoi ai-je envie actuellement ? Parfois, la réponse vient aisément, mais parfois, c’est le vide intersidéral : aucun titre ne me traverse l’esprit, ou bien il s’agit d’une longue saga alors que je n’ai pas le courage de me plonger dans une longue saga, même chose pour les gros pavés … Après avoir longuement observé d’un regard vide les étagères, je me suis tout simplement tournée vers une valeur sûre : Marcastel, collection Electrogène, space opera, le trio parfait !

Saru est fier de son frère ainé et rêve de lui ressembler un jour : Saïh est fort et courageux, il est respecté des siens et craint par les autres clans. Il est son protecteur, son confident, son modèle. Mais arrive le terrible jour où Saïh est emmené par les maraudeurs, terrifiantes machines de métal qui viennent chercher régulièrement tous les habitants de M'Martre ayant plus de 6570 jours. Désormais, Saru est seul pour affronter l’avenir … mais aussi les surprenants évènements qui s’accumulent dans la cité. Le ciel clignote, s’éteint brièvement. Et une mystérieuse capsule tombe du ciel, et à son bord, une fée de métal. Une créature aussi fragile qu’attirante, dont il tombe irrésistiblement amoureux, et qui l’attire dans une véritable course contre la montre, tout en lui révélant l’impensable …

Il est difficile de vous résumer ce roman, et plus difficile encore de vous en parler sans trop vous en dire ! C’est en effet un livre dans lequel il faut se plonger sans rien en savoir, sans rien en attendre. Il faut l’ouvrir avec naïveté, avec candeur, pour mieux se laisser surprendre par les révélations qui parsèment le récit. Pour se laisser sidérer par la dernière phrase du chapitre 14. Pour avoir l’envie irrésistible de tout reprendre du début pour redécouvrir l’histoire avec cette perspective nouvelle, chercher les petits indices semés ci et là. Se demander comment on a pu passer à côté de cela, pour finalement comprendre qu’on est passé à côté car ce n’est pas essentiel : l’essentiel, c’est l’amour naissant entre Saru et Maïa, au mépris des différences, c’est leur quête pour la survie de tous. Ils viennent de se rencontrer, et tout semble les séparer. Et pourtant, c’est main dans la main qu’ils vont faire face à l’adversité, une adversité grisée par le pouvoir et la peur de perdre ce dernier, une adversité qui a perdu toute humanité tout en s’imaginant être le représentant le plus « pur » de cette dernière. Et la question, sous-jacente : qui est, finalement, le plus humain ?

Mais Jean-Luc Marcastel nous offre en premier lieu un space opera magistral, un récit d’aventure incroyable, une course effrénée contre la montre. A chaque embûche qui se dresse sur le chemin de Saru et Maïa, à chaque obstacle qui vient mettre en péril leur mission, à chaque complication qui vient ajouter une touche de difficulté à cette entreprise déjà risquée, le lecteur impuissant ne peut que croiser les doigts en espérant qu’ils vont s’en sortir, qu’ils vont trouver une solution, qu’ils vont mener à bien leur quête. On a envie d’y croire, on a besoin de cet espoir que représente leur amour interdit, cet espoir qui les pousse toujours vers l’avant même quand tout semble perdu. J’ai aimé l’abnégation de Maïa, qui ne pense qu’aux siens, avant de penser à elle, qui est prête à donner sa vie pour sauver celle des autres. J’ai aimé le dévouement de Saru, qui fait aveuglément confiance à sa petite fée de métal, qui va tout mettre en œuvre pour aider et protéger cette dernière, lui qui n’était avant que l’ombre effacée de son frère ainé, le véritable guerrier. Et j’ai aimé leur amour, foudroyant, peut-être cliché, mais émouvant à souhait, véritable amour comme on n’en trouve que dans les romans. Ils sont beaux, tous les deux, tellement beaux, on ne leur souhaite que le meilleur …

En bref, vous l’aurez bien compris, il est inutile de faire durer cette chronique plus longtemps : j’ai vraiment beaucoup aimé ce petit roman de science-fiction, qui aborde avec brio la question de la différence, de la tolérance, mais aussi celle de l’humanité, de l’éthique scientifique et politique … Mais c’est surtout, avant tout, un roman qui vous capture et vous captive, un roman qui vous fait passer par toutes les émotions possibles et inimaginables, de la peur à la surprise en passant par l’espoir, la fierté et l’attendrissement. C’est un très beau roman, qui déplaira peut-être aux plus féministes, mais qui ravira assurément les lecteurs passionnés de science-fiction et de belles histoires d’amour, ceux qui cherchent dans la lecture l’émerveillement et non la polémique, ceux qui veulent s’évader dans les étoiles aux côtés de deux personnages aussi courageux qu’attachants. Ceux qui croient en l’humanité, et ceux qui ont envie de retrouver cette foi en l’humanité. Ceux enfin qui ont envie de se laisser conter une belle histoire d’amour et d’aventure, car Jean-Luc Marcastel est assurément un des plus grands conteurs qu’il m’ait été donné de rencontrer, et c’est toujours un pur bonheur que de se laisser entrainer par une de ses histoires, et celle-ci ne fait évidemment pas exception !