mercredi 2 mai 2018

In love et autres désastres - Nicola Doherty

In love et autres désastres, Nicola Doherty

Editeur : Dreamland
Nombre de pages : 283
Résumé : Le changement climatique, les zombies, les renards... À 16 ans, Juno a peur de tout, absolument tout. Elle n'est pas parano, elle est prudente, ça n'a rien à voir ! Du coup, les vacances au ski avec sa mère, son nouveau beau-père et ses jumeaux casse-cou, sont un vrai cauchemar en perspective. Mais elle n'a pas le choix, sa mère la traîne de force jusque sur les sommets enneigées, puis jusqu'aux pieds de... Boy, son moniteur de ski. C'est simple, il représente tout ce que Juno déteste, tout ce qu’elle redoute. Vraiment ? Ce qu'elle redoute, au fond, c'est avant tout de voir sa vie chamboulée par les sentiments...

Un grand merci aux éditions Dreamland pour l’envoi de ce volume.

- Un petit extrait -
« Si seulement je pouvais être littéralement n’importe où sauf ici. Bon, O.K., peut-être pas «littéralement ». Je n’aimerais pas vivre dans les ruines d’un monde post-apocalyptique, par exemple. Quoique, ça me forcerait au moins à murir vite, et je serais libre de prendre mes propres décisions, au lieu d‘être coincée entre deux gamins de huit ans à l’arrière d’une Mercedes de location sur une autoroute perdue au fin fond de l’Autriche. »
- Mon avis sur le livre -

Ça vous est-il déjà arrivé, d’être confronté à un livre qui semble avoir été écrit spécialement pour vous ? Un livre dans lequel chaque mot semble avoir été spécifiquement choisi pour faire écho à votre propre existence ? Un livre qui correspond parfaitement à ce dont vous avez besoin à l’instant précis où il entre dans votre vie ? C’est une expérience rare, mais incroyablement troublante. Et cela d’autant plus quand vous vous attendiez à une lecture toute légère, toute sympathique, toute innocente, sans prise de tête. Je n’étais pas préparée à ce qui allait me tomber dessus. Rien, pas le moindre petit indice, ne m’avait mis la puce à l’oreille. J’ai commencé ma lecture en toute insouciance, sans me méfier. Et puis, l’électrochoc …

Juno, 16 ans, a peur. De tout, tout le temps. Elle n’est pas froussarde, ni même parano, non. C’est juste qu’elle ne peut pas s’empêcher aux dangers qui planent au-dessus de sa tête. Le dérèglement climatique, la perte de sa carte de cantine, les accidents de voiture, les prises d’otage, les crashs d’avion … Tout l’angoisse. Alors, quand sa mère fraichement remariée et son tout nouveau beau-père décident de les emmener au ski, elle et ses tout nouveaux demi-frères jumeaux de huit ans, durant les vacances, son « trouillo-mètre » explose tous les plafonds. Non seulement l’interdiction formelle de réviser pendant toute une semaine risque de lui couter son bac, ou encore son admission à l’université, mais en plus elle a toutes les chances de tomber. La question est de savoir si elle a peur de tomber du téléski, ou de tomber amoureuse …

Il ne m’a fallu que quelques pages pour me rendre compte que Juno et moi avions énormément de points communs. Je ne parle pas uniquement de son amour inconditionnel pour la lecture et de son désintérêt profond pour les activités sociales « normales » comme les sorties shopping ou les soirées entre amis, ni même de sa tendance perfectionniste et de sa maladresse digne d’un film comique … Je parle aussi et surtout de son anxiété chronique : si au premier abord, Juno semble avoir peur de tout et de rien, on comprend progressivement que Juno a surtout peur de l’inconnu, du changement, de l’imprévu. Peur de ce qu’elle ne sait pas anticiper, gérer. Alors, pour se rassurer, Juno ne fait rien qui sorte de l’ordinaire, rien de dangereux. Juno n’est pas une froussarde au sens où on l’entend généralement (elle n’a pas spécialement peur des maisons hantées dans les parcs d’attraction, par exemple, par contre, elle aura peur de prendre l’ascenseur car celui-ci peut rester bloquer, ou bien le câble peut potentiellement lâcher et la nacelle tomber en chute libre …), elle est juste très nerveuse, très angoissée. Perpétuellement. Et ce livre montre bien à quel point c’est difficile, de vivre dans l’inquiétude permanente.

Mais ce livre, c’est bien plus que l’histoire d’une grande anxieuse. C’est bien plus que l’histoire d’une grande anxieuse qui tombe amoureuse d’un amoureux des sensations fortes. Si ce n’était que cela, ce serait une romance tout ce qu’il y a de plus ordinaire, finalement : une adolescente studieuse et introvertie qui a le coup de foudre pour un bad boy. Non, ce livre est loin de se résumer à cela. Ce roman, c’est une véritable leçon de vie. En l’espace de deux semaines, Juno va non seulement affronter, apprivoiser et surmonter ses peurs les plus « terres à terres » - comme sa hantise du ski -, mais également ses angoisses plus profondes, plus complexes. Ces vacances vont réussir là où des années de « Vole de tes propres ailes » de sa mère l’incitant à aller passer la commande au restaurant ou retourner seule un article dans un magasin ont échoué : Juno va enfin oser faire volontairement un pas en direction de l’angoissant. Et c’est franchement impressionnant, quand on partage les mêmes peurs que Juno, quand on imagine l’énergie et la volonté que ça a dû lui coûter. Je l’admire, car je suis très loin d’être capable d’en faire autant. Et ce n’est pas l’objectif de ce livre : il ne transformera pas tous les grands anxieux chroniques en courageux de l’extrême en l’espace de quelques pages. Non, il nous offre juste un message d’espoir : c’est possible. Difficile et long, mais possible. Il faut juste attendre le bon moment, ne pas brusquer les choses. Qui va lentement va sûrement.

Mais n’allez surtout pas croire que ce livre s’adresse exclusivement aux anxieux maladifs ! In love et autres désastres, c’est aussi et surtout un livre qui fait du bien, une véritable bouffée d’air frais. C’est un livre qu’on dévore, du début à la fin, le sourire aux lèvres. Juno a un humour débordant, un peu sarcastique, un peu ironique, mais toujours bienveillant. Elle s’adresse au lecteur comme à une bonne copine ou à un grand-frère confident … On a vraiment l’impression de la connaitre depuis toujours, on a envie, à notre tour, de lui raconter nos joies et nos peines. Rien que cette proximité entre Juno et le lecteur fait du bien au moral. Et comme, en plus, l’histoire est à la fois drôle, légère et lumineuse, on ne peut qu’être de bonne humeur en tournant la dernière page. C’est typiquement le livre à lire en plein hiver, quand la déprime saisonnière fait son apparition et qu’on a qu’une seule envie : hiberner jusqu’au retour du printemps parce que tout nous semble fade et moche. Un rayon de soleil enfermé dans un livre, voilà ce que nous offre Nicola Doherty, admettez que ça donne envie, non ?

En bref, vous l’aurez bien compris, ce livre a été un véritable coup de cœur, et rejoint le club très fermé des livres-doudous ! Mais bien plus qu’une lecture sympathique, bien plus qu’une lecture détente, ce livre m’a donné matière à réflexion, il m’a donné un grand coup de pied au derrière. Il m’a poussé à m’interroger sur moi-même, à réfléchir à mon avenir … On ne dirait pas, mais derrière ses airs de « roman feel-good pour adolescents » se cache en fait un véritable livre de développement personnel ! Pas pour tout le monde, peut-être même que je serai à jamais la seule à le considérer comme tel, mais vu l’impact qu’il a eu sur moi, je ne peux tout simplement pas faire l’impasse sur ce ressenti. Les mots de l’auteur ont tellement fait écho à mes préoccupations actuelles, à mes difficultés de toujours, que je me dis qu’il fallait que ce roman atterrisse entre mes mains, ce n’était pas possible autrement !

Ce livre a été lu dans le cadre de la Coupe des 4 maisons
(plus d’explications sur cet article)

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