samedi 7 juillet 2018

Lena Wilder, carnet 1 : Sauvage - Johan Heliot


Lena Wilder1, Johan Heliot
Sauvage

Editeur : Lynks
Nombre de pages : 302
Résumé : Depuis sa plus tendre enfance, Lena fuit. Quoi ? Elle l'ignore, puisque sa mère n'a jamais voulu le lui dire. Jusqu'au jour où elles débarquent à Arkhoon, patelin paumé du Midwest des États-Unis. Pendant que sa mère travaille aux abattoirs de la ville, Lena tente de s'intégrer à son nouveau lycée. C'est sans compter ses fringales, sa soudaine puberté, et l'éveil de sa nature profonde. Un éveil qui la mènera sur les traces de son père et le mystère de ses origines...

Un grand merci aux éditions Lynks pour l’envoi de ce volume et à la plateforme SimPlement pour avoir rendu ce partenariat possible.

- Un petit extrait -

« Avant les confessions de ma mère, je n'avais aucun élément susceptible d'être exploité pour lancer une recherche. Mais à partir d'un simple nom, fût-il un pseudo, on pouvait récolter des tas d'infos en ligne, à commencer par une adresse mail. Oui, ça valait vraiment le coup d'essayer ! »

- Mon avis sur le livre -

Je pense ne pas être la seule dans ce cas : lorsque j’apprécie la plume d’un auteur, je ne peux pas m’empêcher de me jeter sur ses nouveaux livres dès leur sortie. Du coup, à la seconde même où j’ai vu ce roman sur Simplement, j’ai postulé en croisant bien fort les doigts : cela faisait déjà le troisième service de presse que je demandais aux éditions Lynks par l’intermédiaire de ce site, et j’avais légèrement peur qu’ils commencent à en avoir marre de moi ! Fort heureusement pour moi, ce n’est visiblement pas le cas, et j’ai eu la chance de pouvoir retrouver Johan Heliot, dont j’avais adoré la tétralogie de science-fiction CIEL, avec ce premier tome d’un dyptique fantastique aux accents de road-trip … Derrière cette couverture, que je trouve magnifique par sa simplicité même, se cache donc une histoire qui m’a captivée !

Au fil des années, Lena est devenue experte en déménagements : depuis sa plus jeune enfance, sa mère la promène d’un bout à l’autre du pays, fuyant de mystérieux individus qu’elle appelle les « Démarcheurs » et qui semblent la terrifier. Lena ne sait rien d’eux, comme elle ne sait rien de son père : elle sait juste qu’elle est de plus en plus inquiète pour la santé mentale de sa mère, et qu’elle va assurément passer les mois les plus ennuyeux de sa vie dans ce village désolé à l’ambiance pesante. C’est du moins ce qu’elle imaginait … avant de découvrir le secret de ses origines. L’éveil de sa nature profonde vient bouleverser toute son existence, et la voilà obligée de fuir, de se battre, pour survivre …

Au premier abord, donc, une histoire qui semble assez classique, je l’admets volontiers. Le temps des premiers chapitres, je ne voyais pas trop où l’auteur voulait nous emmener, je me demandais quand l’intrigue allait enfin se lancer pour de bon … Le début était plutôt longuet, comme pour nous faire ressentir toute la lassitude de Lena face à ces incessants déménagements, tout son agacement face à la paranoïa grandissante de sa mère qui l’oblige à devoir sans cesse changer d’établissements scolaires. Lena est une adolescente désabusée, rendue solitaire par la force des choses, qui a grandi sans rien connaitre de son père et qui en souffre en silence. Les relations avec sa mère sont tendues, et leur arrivée dans cette ville désolée ne va rien arranger : Lena a le sentiment d’avoir touchée le fond, qu’elle va mourir d’ennui avant même que sa mère ne se laisse rattraper par son besoin incessant de fuir un danger invisible … Danger que le lecteur se languit de rencontrer, parce qu’on a envie qu’un peu d’action vienne remuer tout cela !

Et de l’action, en veux-tu, en voilà ! A partir du moment où Lena apprend la vérité sur les changements qui s’opèrent en elle – et qui n’ont rien à voir avec une puberté tardive comme elle le pensait au départ –, tout s’accélère. Ni Lena ni le lecteur n’a désormais plus le temps de reprendre son souffle : non seulement les Démarcheurs tant redoutés par sa mère sont effectivement à ses trousses, mais voilà que les membres de la Horde cherchent à se servir d’elle pour se venger de son père, ce père dont elle ne connait même pas le prénom. De rebondissements en coups de théâtre, de retournements de situation en révélations, le lecteur se retrouve embarqué dans une véritable course poursuite. Et on tourne les pages, et on dévore les chapitres, et on veut savoir ce qu’il va arriver, comment tout cela va se finir. C’est un roman très sombre, qui parle de fanatisme, d’intolérance, de bestialité et d’humanité, les deux semblant parfois se confondre et se mélanger. Un peu de douceur avec la romance – fort heureusement très discrète – entre Lena et son bad boy vient cependant adoucir un peu la violence qui règne dans ce récit. Récit qui est par ailleurs incroyablement bien écrit. Quel plaisir de retrouver la plume de Johan Heliot, toujours aussi percutante, aussi vivante !

En bref, vous l’aurez compris, ce fut une très bonne lecture, et j’ai hâte d’avoir le second tome entre les mains afin de connaitre le fin mot de l’histoire ! Johan Heliot nous offre une histoire palpitante, très banale au premier abord mais finalement fort sympathique, qui se dévore à une vitesse incroyable ! La simplicité a parfois du bon : certains regretteront peut-être le côté un peu « manichéen » de l’intrigue – d’un côté les gentils, de l’autre les méchants, même si tout le monde s’accordera sans doute pour dire que la frontière entre les deux est parfois floues – mais cela ne m’a pour ma part nullement dérangée, bien au contraire. Bien trop souvent, les héros semblent ne pas savoir ce qu’ils veulent, tandis que Lena sait contre qui, contre quoi, elle se bat, elle sait parfaitement où elle va. J’aime beaucoup Lena, même si elle est parfois tête à claques : elle est déterminée, elle a le sens du devoir, elle ne devient pas complétement abrutie lorsqu’elle est en présence d’un beau mâle garçon … Et rien que pour cela, je vous conseille ardemment ce livre !

Ce livre a été lu dans le cadre du Challenge de l’été 2018
(plus d’explications sur cet article)

dimanche 1 juillet 2018

Pause estivale


- Pause estivale -


Je pense que cela n’aura échappé à personne : depuis septembre, le blog a repris du poil de la bête ! En effet, après une année à subir une panne de lecture ainsi que la baisse de moral qui allait avec, j’ai décidé de traiter le mal par le mal : je me suis imposée un planning de lecture afin de vous proposer des chroniques régulières, j’ai repris la bonne habitude d’établir des bilans mensuels pour me motiver à lire … Et la stratégie s’est avérée payante : j’ai enfin retrouvé le gout de la lecture ainsi que la motivation pour gérer quotidiennement le blog !

J’en profite d’ailleurs pour vous remercier, vous lecteurs qui passez de plus en plus régulièrement ici : si vous n’étiez pas là pour me prouver que je n’écris pas dans le vide, j’aurai probablement fini par baisser les bras ! Merci particulièrement à tous ceux qui me laissent des petits commentaires : ça fait vraiment plaisir de vous lire. Mais je tiens également à remercier tous les auteurs et éditeurs qui m’ont fait confiance et qui m’ont envoyé leurs ouvrages afin que je les chronique : c’est en grande partie grâce à vous  - et à vos livres - que j’ai réussi à remonter ainsi la pente.

Mais voilà, les vacances sont là, l’année scolaire est terminée, et il est grand temps de faire une petite pause, d’autant plus que je compte bien avancer sur un autre projet durant cet été … C’est pourquoi, jusqu’au 31 aout, je ne posterai plus qu’une chronique par semaine au lieu de deux : je vous donne donc rendez-vous tous les samedis ! Je vous souhaite de passer un agréable été, et surtout, n’oubliez pas de lire !

A très bientôt !


Le bilan du mois de juin 2018


- Bilan du mois de juin 2018 -

Un petit mois de lecture : beaucoup de comics, certes, mais vraiment très (trop !) peu de romans. La faute à la représentation de théâtre, qui m’a demandé énormément de travail durant la première moitié du mois, et à la Soirée des Talents du collège de mon frère, qui m’a occupée durant la deuxième moitié ! Ajoutez à cela mon projet estival que j’ai commencé en début de mois, et vous comprendrez que je trouve moins de temps pour la lecture actuellement !

- Les livres lus -

Durant le mois de juin, j’ai lu 7 livres :
- Le poème dont vous êtes le héros (Guillaume Prié)
- Le secret de Lomé, tome 1 (Alexiane de Lys)
- Le passageur, tome 1 : Le coq et l’enfant (Mel Andoryss)
- Glitter, tome 1 (Aprilynn Pike)
- Dust Bowl (Fabien Fernandez)
- L’échange (Rebecca Fleet)
- Une seconde chance (Elodie Nowodazkji)

Soit :
- 7 services de presse
- 7 romans (dont 4 tomes uniques et 3 premiers tomes de séries)

Pour un total de 2110 pages !
Depuis le 1er septembre 2017, j’ai validé 125 items pour la Coupe des 4 Maison et j’ai apporté 4350 points aux Poufsouffle !

- Les achats et réceptions -

Durant le mois de juin sont entrés sur les étagères 12 livres :
- La bibliothèque des citrons (Jo Cotterill)
- Des bleus au corps (Clara Richter)
- Une seconde chance (Elodie Nowodazkij)
- Lena Wilder, tome 1 : Sauvage (Johan Heliot)
- Chroniques des secondes heures de Tanglemhor, tome 1 : L'oeuf de Tanglemhor (Azaël Jhelil)
- Les chroniques de Pulpillac, tome 1 : Quand les poules avaient des dents (Jean-Luc Marcastel)
- Les chroniques de Pulpillac, tome 2 : La nuit des ponotes hématophages (Jean-Luc Marcastel)
- La marque du passé, A l'épreuve de la vérité (Cindi Myers et Paula Graves)
- La guerre des clans, cycle 5 : L'aube des clans, tome 2 : Coup de tonnerre (Erin Hunter)
- L’échange (Rebecca Fleet)
- Survivor (Tom Hoyle)
- Absurditerre (Azelma Sigaux)

Soit :
- 7 services de presse
- 2 lots de concours
- 1 achat en neuf
- 1 cadeau
- 1 réception imprévue

- Sur le blog -

Durant le mois de juin, 9 chroniques ont été postées sur le blog :
J’ai également posté le bilan du mois de mai, l’article de présentation du Challenge de l’été 2018 ainsi qu’une mise au point concernant les partenariats avec les autoédités.

Vous avez été 550 à visiter le blog et vous avez lu 1075 pages.

- La pile à lire pour juillet -

En juillet, je compte lire :
- Des bleus au corps (Clara Richter)
- Lena Wilder, tome 1 : Sauvage (Johan Heliot)
- Chroniques des secondes heures de Tanglemhor, tome 1 : L'oeuf de Tanglemhor (Azaël Jhelil)
- Survivor (Tom Hoyle)
- Absurditerre (Azelma Sigaux)

samedi 30 juin 2018

Ces rêves étranges qui traversent mes nuits - Stéphanie Leclerc


Ces rêves étranges qui traversent mes nuits, Stéphanie Leclerc

Editeur : L’école des loisirs
Collection : Medium
Nombre de pages : 250
Résumé : Qu’est-ce qu’on va faire de toi ? Cette question, tout le monde se la pose à propos de Robin. Il vient d’être exclu du collège. Sa mère ne veut plus s’occuper de lui. Son père, pris entre son travail à l’imprimerie et sa nouvelle histoire d’amour, n’a pas beaucoup de temps à lui consacrer. Robin doit attendre le mois de septembre maintenant pour envisager une formation. Et c’est loin, septembre. D’ici la prochaine rentrée, Robin doit trouver à s’occuper.

- Un petit extrait -

« Ma mère et moi avons été heureux ensemble jusqu'à ce que j'aie dix ans. Entre nous deux l'amour coulait de source. Après ça a été plus difficile, je ne sais pas pourquoi. Quand j'ai grandi, elle m'a moins aimé. Elle a dit de plus en plus souvent que je tournais mal. C'est plus facile de dire que les enfants tournent mal. D'ailleurs, c'est peut-être vrai. Quand on les aime moins, les enfants tournent mal. »

- Mon avis sur le livre -

Après deux ans d’abonnement à l’Ecole des Max, il serait peut-être plus que temps que je me plonge enfin dans la lecture des différents romans reçus au fil des mois ! D’autant plus qu’à chaque fois, je suis toute excitée lorsqu’ils arrivent dans la boite aux lettres : je m’extasie devant les couvertures (vraiment, l’Ecole des loisirs a le chic pour trouver des photographies absolument magnifiques : ces couleurs, ces ambiances … je fonds !) et devant les titres (toujours si poétiques), je sautille de joie devant les résumés qui promettent toujours des histoires riches et émouvantes … Et puis, mon regard se pose sur la pile des services de presse, et je me rappelle que j’ai des engagements à tenir, et je remets à plus tard la lecture de ces ouvrages. Maintenant que j’ai retrouvé un bon rythme de lecture et suis ainsi parvenue à prendre suffisamment d’avance dans le traitement des services de presse, je peux enfin m’autoriser à piocher dans ces livres !

Robin vient d’être viré du collège et expulsé de l’appartement maternel, le tout en l’espace d’une journée : c’est son père, qui va désormais le prendre chez lui, qui lui a annoncé. Plus le temps passe, plus il a le sentiment que son prénom n’est plus Robin mais « Qu’est-ce qu’on va faire de toi ? », tant cette interrogation soupirée fuse autour de lui. Robin ne sait pas qui est ce « on », mais surtout, il ne sait pas trop ce qu’il va faire de lui-même. L’avenir, c’est tellement loin : ne pourrait-on pas le laisser d’abord vivre son présent avant de penser au futur ? Robin n’a pas envie de penser orientation professionnelle, n’a plus envie de passer ses journées enfermé entre quatre murs à ingurgiter des informations qui ne lui sont et seront jamais d’aucune utilité. Robin aimerait qu’on s’intéresse au lui-présent et non pas au lui-à venir qui n’existe que dans l’imagination des adultes … 

En ouvrant ce livre, je ne savais pas trop à quoi m’attendre … mais assurément pas à ça. Je me suis retrouvée face à un ouvrage qui se rapproche plus du documentaire que du roman : l’idée n’est pas de raconter une histoire mais bien de figer sur le papier une tranche de vie. Tandis que défilaient les pages, tandis que s’écoulaient les chapitres, c’est un film qui se joue devant nos yeux : un film aux plans fixes et larges, un film sans musique, un film « sans histoire, sans sujet, sans héros, sans début ni fin » mais tellement passionnant par sa sobriété même. On marche aux côtés de Robin, de cet adolescent complétement perdu, livré à lui-même au milieu de ce monde cruel qui est le nôtre : un monde qui s’acharne à briser tous les rêves de l’enfance, un monde dans lequel il faut rentrer dans le moule sans poser de questions, un monde où la solitude est omniprésente malgré l’essor des réseaux sociaux, un monde qui veut tout rationaliser … alors que la vie est tout sauf rationnelle, la vie est une multitude de petits instants mis bout à bout. La vie, c’est le soleil qui se lève ou les insectes nocturnes qui chantent, c’est le sourire d’une maman et le ronronnement d’un chat. La vie, comme ce livre, est fait de petit rien qui forme un tout.

Il m’est extrêmement difficile de parler de ce livre, de vous extraire les grandes thématiques et les grandes questions qu’il fait naitre comme je le fais d’ordinaire : c’est en effet un livre qui se vit plus qu’il ne se lit, un livre qui ne se raconte pas. Alors bien sûr, je peux vous affirmer que ce livre évoque l’inégalité sociale, la transgression des interdits, les relations parentales, le harcèlement scolaire … Mais cela ne fait pas honneur à ce roman qui est bien plus qu’une simple accumulation de thèmes. Ce que je peux vous dire, c’est que c’est un roman lumineux, un roman plein d’espoir, un roman qui fait du bien. C’est un roman plein de surprises, j’ai particulièrement apprécié la présence de « Jujube », ce petit garçon un peu étrange mais finalement tellement lucide, ce petit garçon qui transforme la musique en arc-en-ciel … mais ce que j’ai surtout aimé, c’est que finalement, à son sujet, il n’est jamais question d’autisme : Jujube est Jujube, tout comme Robin est Robin. Dans ce livre, les personnages ne sont pas enfermés dans une case … et ça fait plaisir à voir, dans cette société où tout est catégorisé, et où tout ce qui ne correspond pas aux étiquettes pré-écrites est rejeté …

En bref, je pense qu’il est inutile de s’acharner pour agrandir artificiellement cette chronique : tout ce que vous devez retenir, c’est que ce roman est d’une beauté, d’une puissance rare, par sa simplicité même, par sa justesse, par sa douceur. En l’espace de quelques centaines de pages, l’auteur dépeint l’adolescence, pas l’adolescence rebelle mais l’adolescence fragile : lorsque l’on n’est plus tout à fait un enfant mais pas encore un adulte, lorsque l’on ne peut plus se réfugier dans l’insouciance mais que l’on n’a pas encore acquis la maturité attendue d’un adulte, comment faire pour satisfaire les nombreuses attentes qui pèsent sur nous ? lorsque l’on ne sait plus vraiment qui on est, comment se projeter dans l’avenir ? lorsque la vie n’a plus de sens, comment la remettre à l’endroit ? « Ici personne ne me demande ce que je vais devenir, peut-être parce qu’il est évident que c’est ce que je suis en train de faire. Devenir », voilà ce qu’affirme Robin à la fin de cet ouvrage : et si l’on méditait un peu là-dessus ?

Ce livre a été lu dans le cadre de la Coupe des 4 maisons
(plus d’explications sur cet article)