samedi 29 février 2020

Demain tout recommence - Valentin Auwercx


Demain tout recommence, Valentin Auwercx

Editeur : Autoédition
Nombre de pages : 225
Résumé : Après l’apocalypse du 2 janvier 2112, le Big Cloud a poussé les derniers survivants du monde à se réfugier sous terre. Quand Liv Monroe remonte à la surface, quelques années plus tard, elle découvre un environnement dévasté où chacun cherche sa place. Alors que les cannibales semblent représenter la plus grande des menaces, d’étranges individus vêtus de combinaisons noires apparaissent. Dans un monde libre de tout, les monstres n’existent plus, il ne reste que les Hommes.

Un grand merci à Valentin Auwercx pour l’envoi de ce volume et à la plateforme SimPlement pour avoir rendu ce partenariat possible.

- Un petit extrait -

« Qui a dit que l’enfer était le dernier sous-sol de la souffrance ? A bien des moments, on croit ne pas pouvoir tomber plus bas, puis on se rend vite compte qu’on s’est trompé. La vie est parfois une succession de chutes plus douloureuses les unes que les autres. On finit parfois au fond d’un précipice où se creuse un autre précipice, puis encore un autre … La souffrance est un escalier, et ses marches sont si hautes qu’elles sont plus difficiles à monter qu’à descendre.
Quand on tombe, au bout d’un moment, on finit dans les flammes. En plus d’être percutante, la douleur nous brûle alors jusqu’au plus profond de notre être. Mais on ne termine pas en enfer, on le traverse. D’un sens, ou dans l’autre, on finit toujours par en sortir - jamais indemne, mais on en sort. Quand on tombe encore plus bas, on chute dans des ténèbres sans fond. Là, il ne demeure plus rien, si ce n’est le souvenir de douleurs interminables - le souvenir de l’enfer après l’enfer. »

- Mon avis sur le livre -

Quand j’ai pris connaissance du résumé de ce court roman, je me suis dit en souriant « Ca y est, il récidive ! Encore une préquelle de Le temps d’une étoile ! Il en a combien en stock ?! ». Il faut dire que jusqu’à présent, j’étais plutôt frileuse vis-à-vis de ces « romans dérivés », mais Demain les hommes m’avait réconciliée avec ce concept, et c’est donc les yeux fermés que je me suis lancée dans celui-ci … Grosse erreur ! Sinon, j’aurai sans aucun doute prêté attention à la petite étiquette « horreur » glissé par l’auteur sur Simplement.pro. Vous le savez, étant hypersensible, c’est un genre que j’ai tendance à éviter … ou du moins, que je m’efforce de lire dans des moments propices (c’est-à-dire où je ne suis ni déprimée ni angoissée). Or, n’ayant absolument aucune idée de ce qui m’attendait, je me suis allégrement lancée dans ce bref récit alors que je n’étais pas dans une forme morale mirobolante … et je l’ai regretté, car vous allez vite vous en rendre compte, ce roman n’a rien d’un conte de fée !

2 janvier 2112. L’apocalypse se déchaine sur le monde : une éruption solaire à la puissance inédite a tout dévasté sur son passage, et toute la technologie humaine sature, faisant des centaines de milliers de victimes en l’espace de quelques secondes. Les piles nucléaires explosent à leur tour, et c’est un immense nuage radioactif qui prend le relais pour tuer tous les malheureux qui n’ont pas eu le réflexe de se calfeutrer. Liv n’est qu’une enfant lorsqu’elle se retrouve orpheline, amputée d’une main, dans ce monde à l’agonie. Recueillie par Alex, un homme aussi solitaire que débrouillard, l’enfant passe plusieurs années cloitrée dans un entrepôt, fort heureusement rempli de victuailles leur permettant de survivre dans des conditions acceptables. Jusqu’au jour où les « oiseaux » débarquent chez eux : après une grosse frayeur, les voici invités à rejoindre le Nid, siège de la communauté, à condition de partager leurs ressources. Tout semble aller pour le mieux, jusqu’à ce que les stocks s’effilochent et que débarquent de nouveaux inconnus, autrement plus dangereux … 

Il semblerait que, roman après roman, Valentin Auwercx met en scène les facettes les plus sordides de la nature humaine … Soyez prévenus : des atrocités vous attendent dans ce roman, d’autant plus insoutenables qu’on sait pertinemment que ce n’est pas qu’une affabulation de l’auteur. Celui-ci n’a malheureusement rien inventé : il n’a fait qu’intégrer à son récit de science-fiction des agissements bien avérés de l’être humain. Trahison, séquestration, viol, meurtre, pour aller jusqu’au cannibalisme : contrairement à ce qu’on pense, il n’y a pas que poussé dans ses derniers retranchements que l’homme recourt à ces horreurs (même si j’admets que le dernier crime est moins répandu que les premiers, fort heureusement, et qu’il a plus de risque d’être commis lorsque l’homme ne trouve plus rien à manger que dans une situation confortable où la nourriture lui tombe tout cuit dans l’assiette). Mais bien sûr, les conditions extrêmes exacerbent ces mauvais travers de l’être humain : contrairement à ce qu’on aimerait penser, lorsqu’on en est réduit à la survie la plus primaire, c’est chacun pour soi et souvent au détriment des autres.  Et quand il n’y a plus rien à manger, il y a fort à parier que quelqu’un proposera rapidement la solution la plus impensable …

Fort heureusement, dans ce récit, il y a tout de même de beaux exemples de solidarité, d’altruisme et de bienveillance. La petite Liv, atrocement blessée, n’aurait pas survécu plus de quelques heures sans la bonté d’Alex, qui a aussitôt pris cette petite orpheline sous son aile, la soignant, la consolant, l’éduquant et la protégeant. J’ai vraiment beaucoup aimé la relation entre eux : un père et sa fille, liés non pas par le sang mais par le cœur, par les épreuves vécues et surmontées ensemble, par des années de solitude partagée … On le sent, Alex n’a plus qu’un seul but dans la vie : veiller sur sa petite protégée, même au péril de sa vie. On devine également assez rapidement que cette situation idyllique ne peut pas durer, et que tout ceci va se terminer bien tragiquement. C’est un pressentiment qui nous suit du début à la fin : à chaque fois que tout semble s’arranger, que tout semble aller pour le mieux, on sait que quelque chose va mettre fin à cette quiétude, la seule question étant finalement de savoir quand et quoi exactement. Et d’une certaine façon, on aimerait ne jamais le savoir, car on sent que notre petite Liv va souffrir atrocement … et nous aussi.

C’est peut-être finalement le premier reproche que je peux faire à ce roman : la construction est un peu trop « linéaire ». On alterne entre des moments où tout va « pour le mieux dans le meilleur des mondes » (façon de parler, car on reste dans du post-apocalyptique, mais disons des moments de calme et de sérénité où Liv est en sécurité et s’épanouit au contact de personnes amicales) et l’irruption d’un nouvel ennemi toujours plus cruel, jusqu’à ce que tout s’arrange et que la boucle recommence. C’est un petit peu lassant à la longue, d’autant plus que chaque épisode est raconté très succinctement … ce qui s’explique cependant par le fait que notre héroïne et narratrice couche tout ceci sur papier dans la précipitation, en allant à l’essentiel. Deuxième reproche, malheureusement plus problématique encore : je n’ai pas retrouvé la si belle plume que j’avais tant aimée dans Le temps d’une étoile et Demain les hommes. La narration m’a semblée bâclée : il y a un nombre incalculable de grosses fautes d’orthographes (« une pose café », « les suicident étaient nombreux », pour exemple) et de syntaxe (des phrases sans verbe, ou bien des problèmes de ponctuation), et cela a considérablement perturbé ma lecture … 

En bref, vous l’aurez bien compris, c’est une lecture en demi-teinte : d’un côté, j’ai trouvé le récit en lui-même particulièrement intéressant (bien que très difficile à assumer émotionnellement, certaines scènes étant vraiment très difficiles à lire), mais de l’autre, je n’ai pas retrouvé le style si particulier de Valentin Auwercx, celui qui faisait toute la différence. A travers le témoignage de Liv, l’auteur évoque les thématiques de la survie, de la condition humaine, de la société en tant que regroupement d’individus tendus vers un même objectif … Il y a un sacré potentiel, d’autant plus que notre jeune héroïne et narratrice est assez attachante (sans doute parce qu’elle nous ressemble : ce n’est pas une « bête de survie », elle a besoin des autres pour s’en sortir, tout en étant prête à donner du sien pour aider les autres), mais ce potentiel n’a pas été aussi exploité qu’il aurait pu l’être. Le fond était vraiment très intéressant et prometteur, mais la forme n’a pas suivie, et c’est bien dommage, car j’attendais beaucoup de ce récit … Mais que l’auteur se rassure : cela ne m’empêchera clairement pas de tenter ma chance pour ses prochains romans, car j’aime beaucoup ses idées, j’espère juste retrouver sa si belle plume qui m’avait tant charmée !

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