samedi 12 janvier 2019

The prison experiment - Eric Costa


The prison experiment, Eric Costa

Editeur : Autoédition
Nombre de pages : 662
Résumé : Zone 51, désert du Nevada. Un dôme immense, à la peau cuivrée, se dresse tel un monstre sous les étoiles. Son nom : « L’Œuvre », prison expérimentale secrète dotée d'une intelligence artificielle. Nul ne sait ce que recèle l’édifice depuis que la CIA en a perdu le contrôle. Que sont devenus les 5300 détenus, livrés à eux-mêmes après sept ans d'abandon ? Un commando de douze hommes et une femme pénètre en secret dans ce labyrinthe mortel. Leur mission : retrouver Dédale, son architecte, à n’importe quel prix.

Un grand merci à Eric Costa pour l’envoi de ce volume et à la plateforme SimPlement pour avoir rendu ce partenariat possible.

- Un petit extrait -

« Ton pire ennemi, c'est toi-même. Comment veux-tu que les autres croient en toi, si tu n'y crois pas toi-même ?  »

- Mon avis sur le livre -

Imaginez le Déluge. Imaginez un vent de tempête. Imaginez le froid polaire. Mêlez les trois, et vous aurez un aperçu des conditions météorologiques que j’ai dû braver pour aller récupérer ce livre dans la boite aux lettres, alors que j’étais déjà fiévreuse … J’ai lutté contre le vent pour ouvrir la porte du garage et pour traverser péniblement la cour, aveuglée par les gouttes sur mes verres de lunettes, trempée jusqu’aux os, décoiffée, frigorifiée, terrifiée à l’idée que le courrier ait pris l’eau … Après une telle épreuve, j’avais bien mérité de me plonger aussitôt dans ce livre si difficilement acquis (et miraculeusement indemne), n’est-ce pas ? Autant vous dire que ce qui était pour moi une éprouvante expédition de sauvetage de livre a rapidement été reléguée au rang de promenade de santé … Car je vous préviens : si vous entrez dans L’Œuvre, c’est à vos risques et périls …

C’est accompagnée de douze mercenaires qu’Elena, hackeuse de génie, pénètre incognito dans cette gigantesque prison expérimentale coupée du monde. Ils n’ont que quelques jours pour retrouver l’architecte de cet immense dôme contrôlé par une intelligence artificielle et le convaincre de les suivre … Plus facile à dire qu’à faire : la carte qui leur a été fournie est incomplète et incompréhensible, des créatures sanguinaires les ont attaqué à peine ont-ils posé le pied dans l’enceinte du bâtiment et d’étranges phénomènes meurtriers surviennent à chaque fois qu’elle tente de se connecter au système informatique … Leur progression est ponctuée de luttes de pouvoir, de pertes déchirantes, de révélations surprenantes et de questionnements. Sortiront-ils vivants de  cet édifice ? trouveront-ils l’homme qu’ils sont venus chercher ? réussiront-ils à percer les sombres mystères de L’Œuvre ?

Dès les premières phrases, l’immersion est totale : nous voici plongé au cœur de l’inconnu aux côtés d’Elena et de ses compagnons, qui s’apprêtent à s’infiltrer dans L’Œuvre, immense dôme perdu au cœur du désert dont nous ne savons absolument rien. Nous découvrons les multiples dangers et les nombreux secrets qui se cachent derrière cette enceinte futuriste en même temps que les personnages. Découvertes qui se font généralement dans les cris et la douleur, dans le sang et la frayeur. Les menaces sont à la fois « naturelles » – désert artificiel, rivière en crue, araignées tueuses ou serpents venimeux – et humaines. Car L’Œuvre est avant tout une prison, dans laquelle sont enfermés malfrats de toute sorte … Cela fait désormais sept ans que ces détenus sont livrés à eux-mêmes, sept ans qu’ils survivent dans cet environnement hostile aux règles variables. D’abord sujets d’une expérience à grande échelle menée secrètement par la CIA, ils sont désormais les marionnettes de celui qui semble être aux commandes de ce bâtiment intelligent. En acceptent cette mission de sauvetage, Elena et ses camarades étaient bien loin de se douter qu’ils allaient, eux aussi, être à la merci de ce mystérieux personnage omniscient …

Ce livre, c’est donc avant tout un huis clos terrifiant et un thriller haletant, riche en rebondissements et en mystères. Aucun temps mort, aucun répit, il se passe toujours quelque chose d’effrayant ou de déstabilisant … au point que, à l’instar des personnages, nous sommes constamment sur le qui-vive, à tenter de détecter le danger avant que celui-ci ne nous tombe dessus. C’est vraiment un livre incroyablement immersif : on se laisse totalement happer par les descriptions, par la narration, au point que l’on en oublie complétement le monde extérieur au fur et à mesure qu’on s’enfonce dans L’Œuvre. On a le cœur qui bat, les mains moites, le souffle court. On a peur, tout simplement, de ce qui pourrait arriver à nos compagnons de papier … J’ai beau ne pas avoir grand-chose en commun avec eux – Dieu merci –, je me suis rapidement attachée à Elena, Jackson, Agellos, Josh et Robert, les quatre protagonistes principaux de ce roman-choral aux multiples intrigues entremêlées. On a peur de ce qui pourrait nous arriver à nous aussi, peut-être. On en vient à se demander comment les détenus ont réussi l’exploit de survivre sept ans à cet enfer … Si tant est, bien sûr, que devenir fou et assoiffé de sang puisse être considéré comme de la survie. 

Car ce livre pose une grande question, reprise sur la quatrième de couverture : « Jusqu’où l’homme peut-il aller pour survivre ? ». Face à un environnement hostile, face à la menace perpétuelle de la mort, que fait l’homme ? La logique voudrait qu’il s’associe avec ses semblables, car l’union fait la force … Mais l’instinct de survie semble privilégier l’individualisme le plus radical, pour lequel il n’y a que deux options : tuer ou être tué, vivre ou mourir. L’autre devient un ennemi, un obstacle à la survie car il convoite la même chose que soi : de la nourriture, de l’eau, un abri. D’une façon ou d’une autre, l’autre est nécessairement une menace, et la bestialité la plus profonde de l’homme lui ordonne d’éliminer cette menace … Mon cours de philosophie sur la conscience morale disait que l’interdit de tuer rassure l’individu car il n’a ainsi pas à craindre en permanence pour son existence. Il ne ressent par conséquent pas le besoin viscéral d’attenter à la vie d’autrui pour se protéger … Or, cet interdit n’est plus d’actualité au sein de L’Œuvre, où les détenus sont parfaitement livrés à eux-mêmes sans la moindre surveillance ou juridiction. Aussi, sachant que l’autre n’aura potentiellement aucun scrupule à le tuer, l’individu poussé par son seul instinct de survie primaire prend les devants pour garantir sa sécurité … C’est un livre qui fait froid dans le dos car il nous présente une vision bien sombre de l’âme humaine … sombre mais malheureusement atrocement réaliste. 

En bref, vous l’aurez bien compris, j’ai beaucoup aimé ce roman ! Cet énorme pavé de plus de six-cent pages se dévore en un rien de temps, tellement il est captivant ! C’est un véritable page-turner au rythme effréné qui n’épargne absolument rien aux personnages comme au lecteur : préparez-vous à vivre une expérience exceptionnelle ! On ne sort pas tout à fait indemne de cette lecture : une fois la dernière page tournée, toute la tension accumulée au fil des chapitres retombe soudainement, brusquement, violemment. C’est comme sortir d’un rêve particulièrement réaliste et haletant. Il m’a ainsi fallu quelques minutes pour reprendre pieds, pour me reconnecter à la réalité et réaliser la puissance narrative de ce que je venais de lire. Une fois mes esprits retrouvé, j’ai commencé à m’énerver toute seule devant le mot « FIN » qui me narguait joyeusement : comment peut-on être aussi cruel et laisser ses lecteurs face à un tel cliffhanger ? quelle idée de jouer à ce point avec les nerfs du lecteur en le laissant face à un final aussi frustrant ? C’est un coup à mourir d’impatience avant la sortie du tome deux, cette histoire … à moins que cela ne soit une bonne excuse pour le relire régulièrement, pour patienter ?

Ce livre a été lu dans le cadre du Tournoi des 3 Sorciers
(plus d’explications sur cet article)

mercredi 9 janvier 2019

Le garçon et la ville qui ne souriait plus - David Bry


Le garçon & la ville qui ne souriait plus, David Bry

Editeur : Lynks
Nombre de pages : 356
Résumé : Romain fuit chaque nuit sa demeure bourgeoise et confortable, pour rejoindre la Cour des Miracles où vivent les anormaux – fous, difformes, obèses, et autres parias parqués là par les Lois de l’Église. Le soir de ses quinze ans, il découvre qu’un terrible complot vise les habitants de la Cour. Des coupe-gorges de Mouffetard aux ruines de Notre-Dame, il devra compter sur son ami Ambroise, sur Joséphine, Lion et Akou, pour lever le voile sur la conjuration et échapper aux terribles Lames Noires, à la solde de l’archevêque de Paris. Dans un monde assombri par la peur et l’intolérance, le salut peut-il venir de quelques adolescents en quête d’amour et de liberté ?

Un grand merci aux éditions Lynks pour l’envoi de ce volume et la petite box qui va avec !

- Un petit extrait -

« En ce onze novembre mille huit cent huit, la nouvelle loi relative à la stabilité de l'Empire ordonne : Que soit créée la Police de la Norme ; Que cette Police de la Norme arrête toute personne coupable de difformité physique ou mentale, de toute maladie de même nature ainsi que de toute conduite ou mœurs contraire à la Nature ; Que tout citoyen permettant la découverte d'un individu présentant des troubles d'anormalité soit récompensé d'un quart d'once d'or. »

- Mon avis sur le livre -

Je suis intimement persuadée que les auteurs sont des magiciens. Comment pourrait-il en être autrement ? A travers de simples lettres, regroupées en mots, eux-mêmes liés en phrases pour former paragraphes, chapitres et ouvrages, ils parviennent non seulement à nous faire oublier le monde qui nous entoure pour nous faire vivre d’extraordinaires aventures aux côtés d’êtres de papier, mais arrivent également à nous chambouler, nous bouleverser, nous métamorphoser … sans que nous ne comprenions pourquoi ni comment. Vous lisez, tout simplement, vous vous laissez entrainer par l’histoire et lorsque vous tournez la dernière page, vous n’êtes plus tout à fait le même. Une petite part du récit est restée gravée dans votre cœur, et vous a transformé : il y a un « avant » le livre, et un « après ». Il est souvent difficile de distinguer ce qui a changé au cours de la lecture, mais c’est indéniable, ce livre vous a marqué à jamais … Ai-je besoin de préciser que La garçon et la ville qui ne souriait plus fait partie de ces « lectures magiques » ?

Chaque nuit, tandis qu’approche le couvre-feu, Romain quitte en cachette sa riche demeure et traverse la Seine à la nage pour rejoindre la Cour des Miracles, où sont parqués les anormaux rejetés par la loi de la Norme édictée des décennies plus tôt par l’Archevêque de Paris. Perché sur l’une des tourelles des ruines de Notre-Dame, il observe les danses et les rires de ces parias de l’Eglise et de l’Empire. Lors de la fête mondaine organisée par sa mère pour ses quinze ans, le jeune homme avide d’amour et de liberté découvre par hasard que les jours de la Cour sont comptés … Bien décidé à empêcher ce massacre, Romain averti les habitants de la Cour du danger qui les menace, et jure de les aider à s’en sortir. Même si cela signifie trahir les siens et risquer tout, jusqu’à sa vie …

Véritable uchronie dystopique, ce roman nous plonge au cœur d’une société dictée par les Lois de la Norme. Ces dernières, édictées au nom de la stabilité de l’Empire, interdisent aux nains, fous, homosexuels, malformés, obèses, défigurés et autres anormaux, êtres damnés et rejetés par Dieu lui-même, de se mêler à la population. L’occasion pour le lecteur de réfléchir à ce qu’est la normalité, à la peur de la différence, au pouvoir des lois et à la force des jugements d’autrui … C’est un livre qui révolte : comment une mère peut-elle abandonner son enfant malade à cause d’une loi ? comment un époux peut-il faire interner sa femme morte de chagrin uniquement pour conserver son poste ? Pour l’étudiante en théologie catholique que je suis, c’est également un livre qui fait écho aux plus sombres facettes de l’Eglise au fil de son histoire … Dogme fait foi, mais que faire lorsque les dogmes, créations d’hommes soumis aux appétits humains, s’opposent aux fondements-mêmes de la foi ? Que faire, surtout, lorsque le pouvoir temporel légifère à partir de ces dogmes ? Que faire face à une loi profondément injuste et inhumaine, humiliante et déshumanisante ? De quel droit un homme peut-il s’arroger le pouvoir de vie et de mort sur autrui, simplement parce qu’il est malade ou obèse ?

Romain, notre jeune héros, vit sous le joug combiné de cette société normalisée et de sa mère obsédée par la bienséance et les relations mondaines. Je me suis très rapidement attachée à ce jeune homme, tiraillé entre sa volonté de ne pas décevoir ses parents et son irrésistible besoin d’amour et de liberté … Car contrairement à ce que pense Akou, Romain a beau vivre dans une riche demeure et avoir « tout », il lui manque l’essentiel : la possibilité d’être pleinement lui-même, sans rien avoir à cacher à quiconque. Car derrière la course contre la montre dans laquelle est entrainé Romain pour sauver la Cour des Miracles et ses habitants du terrible complot de l’Archevêque se cache une quête bien plus profonde … Romain est à la recherche de sa propre identité, du sens à donner à son existence. Il n’existe plus uniquement dans la confrontation aux attentes maternelles ou pour la recherche de la fierté paternelle : il existe par et pour lui-même, libre de faire ses propres choix et d’affirmer ses propres opinions. J’ai beaucoup aimé son courage mais aussi sa sensibilité, sa fragilité, sa maladresse également …

Mais ce livre, c’est également un page-turner incroyablement captivant, où complots et trahisons se mêlent et s’entremêlent, où l’on ne sait plus à qui se fier et de qui se méfier. Le temps presse, la tension monte, et chaque page nous rapproche un peu plus du dénouement que l’on pressent explosif et déchirant. C’est un livre qui se dévore, le cœur battant, le souffle court. On tremble pour Romain et Lion, pour Joséphine et Akou, pour le petit Zacharie et pour Ambroise. S’en sortiront-ils tous vivants ? Réussiront-ils à stopper la terrible machination qui menace la Cour des Miracles ? Page après page, chapitre après chapitre, la situation semble de plus en plus désespérée, et on se demande bien comment ils vont parvenir à venir à bout des manigances des grands de ce monde … Des phrases courtes et percutantes viennent compléter le tableau pour offrir au lecteur une histoire au rythme effréné et haletant, riche en mystère, suspense, action et émotion !

En bref, vous l’aurez compris, ce livre est tout simplement extraordinaire, et il ne fait aucun doute que je m’en souviendrais bien longtemps ! L’auteur nous offre ici une histoire atypique et puissante qui évoque avec brio la quête de liberté et d’identité, la différence et l’adolescence, qui nous fait passer par une ribambelle d’émotions et qui nous happe du début à la fin … Je vous invite donc à vous jeter sur ce livre si vous le croisez dans une librairie, à vous installer bien confortablement avec un monticule de gâteaux à vos côtés afin de pouvoir vous plonger à corps perdu dans ce récit mené à tambours battants ! N’hésitez pas, également, à l’offrir un peu partout autour de vous, car ce livre mérite vraiment d’être connu …  C’est une vraie pépite littéraire, et en plus la couverture est absolument magnifique ! N’attendez plus !

Ce livre a été lu dans le cadre du Tournoi des 3 Sorciers
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samedi 5 janvier 2019

Mut-Muk - Mido


Mut-Muk, Mido

Editeur : Ex Aequo
Nombre de pages : 67

Résumé : Cette histoire raconte la rencontre d'une enfant avec Mut-Muk, petit garçon qui s'est retiré du monde à cause de sa différence. Est-il réel ou pas? Peu importe, la fillette l'invite chez elle, dans son monde imaginaire. Il y fait la connaissance de la coquette Poupée Caroline et du philosophe Vieux Nounours.
  
Un grand merci aux éditions Ex Aequo pour l’envoi de ce volume et à la plateforme SimPlement pour avoir rendu ce partenariat possible.



- Un petit extrait -

« Son visage figé se cache derrière un masque blanc qui m’empêche d’y déceler le moindre sourire. Ses deux yeux rouges, pareils à deux boutons lumineux, me dévisagent à leur tour.
Alors, timidement, je lui demande :
— Qui es-tu ?
Les oiseaux, au-dessus de ma tête, me répondent. Mais comme toi, je suis incapable de comprendre leurs gazouillis. »

- Mon avis sur le livre -

Quelques jours à peine après m’être promis de ne plus demander ou accepter de nouveaux services de presse avant d’avoir vaincue la pile de romans tanguant dangereusement sur mon bureau, je suis tombée sur la proposition de Suzanne Max, directrice de la collection Saute-Mouton aux éditions Ex Aequo, sur Simplement.pro … et devant la promesse d’un « joli conte, tendre et poétique, qui interroge en douceur sur la différence », toutes mes bonnes résolutions ont fondues comme neige au soleil ! Pour couper court aux protestations naissantes de ma conscience, j’ai cependant décrété que je ne lirais ce tout petit roman jeunesse qu’une fois les services presse les plus urgents lus et chroniqués … Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Mut-Muk a parfaitement joué son rôle de récompense : cette histoire est tout simplement adorable, mignonne et douce à souhait !

Alors qu’elle déambulait dans son jardin afin de trouver une idée de récit à écrire pour sa poupée Caroline et son Vieux Nourson, la petite fille se retrouve face à Mut-Muk, étrange petit garçon qui lui demande de raconter son histoire … Au fil des jours, au fil des pages, elle fait la connaissance de cet enfant si sensible rejeté à cause de sa différence. Elle lui fait découvrir son monde, il lui fait découvrir ses rêves … Et petit à petit, les larmes cèdent leur place aux sourires, les pleurs laissent leur place aux éclats de rire, tandis que le regard de Mut-Muk se fait moins tourmenté, plus joyeux, plus lumineux … Et si l’amitié de la petite fille était le remède dont il avait besoin pour aller mieux ?

J’étais bien loin d’imaginer à quel point ce tout petit roman allait me secouer, à quel point l’histoire de ce petit garçon pas tout à fait comme les autres allait me bouleverser. Mut-Muk, c’est un enfant qui souffre énormément de sa différence, ou plutôt du regard que les autres portent sur sa différence, un regard « qui te vide complétement, qui te ratatine et te dévore », un regard de crainte et de mépris. Un regard qui juge et qui exclut … car nous vivons dans un monde affreusement conformiste où tout ce qui diffère un tantinet de la norme est rejeté, à l’instar des mauvaises herbes que l’on arrache. La poupée Caroline, coquette et hautaine, représente à elle-seule cette société où « tout doit être lisse est parfait » et qui « ne laisse place à aucune excentricité ». Le petit lecteur est invité à suivre l’exemple de cette poupée, « capricieuse et égoïste », qui « comprend peu à peu que la vrai beauté est dans le cœur de chacun » … Ce petit conte est une véritable exhortation à la tolérance, au respect et à la bienveillance !

Mais ce livre est également une véritable ode à l’imaginaire … La petite fille le dit bien : « tout est une question d’imagination », et elle s’énerve contre la poupée Caroline qui « manque sévèrement d’inventivité », ne comprenant pas que des petits pois modelés en pâte à modeler sont aussi délicieux qu’une mousse au chocolat, du moment qu’on y croit ! Mut-Muk, au contraire, a l’imagination incroyablement débordante : d’un souffle, les akènes des pissenlits deviennent poussière d’étoiles en s’envolant … Plus encore, il suffit à la petite fille d’écrire ou de dessiner dans son carnet pour qu’ils marchent pieds nus sur la plage, il suffit à Mut-Muk de peindre l’intérieur de la cabane pour faire naitre un ruisseau chantant … A travers ce récit, l’autrice démontre la force de l’imagination et les bienfaits du rêve. « Les histoires sont là pour réparer le monde », nous dit Mut-Muk … Au final, on ne sait pas vraiment qui il est, d’ailleurs : est-il un véritable petit garçon, ou bien est-il un ami imaginaire ? A chaque fois que la fillette pose son carnet noir, Mut-Muk s’endort … A chacun d’y voir ce qu’il désire !

En bref, vous l’aurez bien compris, j’ai beaucoup aimé ce petit livre, magnifiquement illustré par l’autrice elle-même ! C’est un livre porteur de beaux et grands messages, raconté avec beaucoup de douceur et de poésie, même si je suis restée un peu sur ma faim : à peine a-t-on le temps de faire la connaissance de Mut-Muk que la dernière page se tourne déjà … Quelle tristesse que de quitter si rapidement ce petit garçon qui nous rappelle que la différence est une force ! Quelle tristesse que de quitter cette petite fille au grand cœur, qui lui fait la plus belle des promesses : « celle de l’aimer ». Soyons donc comme cette petite fille, soyons bienveillants les uns envers les autres, tendons nos mains à ceux qui sont seuls, offrons nos sourires à ceux qui souffrent et qui sont esseulés à cause de leur différence … A l’instar de la poupée Caroline, laissons nous transformer par ce récit à mettre en toutes les mains, petites comme grandes !

Ce livre a été lu dans le cadre du Tournoi des 3 Sorciers
(plus d’explications sur cet article)