samedi 18 janvier 2020

Un peu plus près des étoiles - Rachel Corenblit


Un peu plus près des étoiles, Rachel Corenblit

Editeur : Bayard
Nombre de pages : 249

Résumé : La fille qui se trouvait en face de moi n’avait plus de visage.
Mon père m’avait prévenu : si tu rencontres les patients d’ici, tu ne fais pas de commentaires, tu réagis le plus poliment possible. Tu risques d’être surpris, mais surtout tu es diplomate, tu ne montres rien à ces pauvres gens. Ils ont déjà tellement souffert. Tu vas en croiser pas mal, ici, des abîmés, des malheureux et il y a même un secteur pour les enfants et les grands ados.
— Hé, cache ta joie, Machin. C’est super romantique comme rencontre. Manque plus que les violons, non ?


Un grand merci aux éditions Bayard pour l’envoi de ce volume et à Babelio pour avoir rendu ce partenariat possible.

- Un petit extrait -

« J'ai pris ses mains dans les miennes. Puis je l'ai serré dans mes bras. Pas fort. Ne pas l'étouffer, penser qu'il était fragile. Son corps contre le mien ne pesait pas grand-chose. Et son odeur était un mélange de désinfectant, de médicament, et de chewing-gum à la fraise. J'ai oublié qu'il était tordu. J'ai oublié qu'il était laid. J'ai oublié son visage et sa maladie.   »

- Mon avis sur le livre -

Le mois de novembre était censé être placé sous le signe de la fantasy … mais quand j’ai croisé ce titre dans la sélection Masse critique, j’ai allégrement balourdé (au sens figuré uniquement) mes gros pavés remplis de dragons, d’elfes et de batailles sanguinolentes pour me ruer sur ce court roman qui promettait d’être riche en émotions et en poésie. Pour lui, j’ai été jusqu’à interrompre ma lecture d’une saga – ce que je ne fais généralement qu’à contrecœur car j’aime lire tous les tomes d’une saga d’une seule traite ! Il y a quelque chose sur cette couverture, quelque chose dans ce titre, quelque chose dans ce résumé, qui m’a donné cette envie de tout laisser tomber pour me plonger aussi vite que possible dans cette lecture. Je le sentais, je n’allais pas en sortir tout à fait indemne, et la raison aurait voulu que j’attende d’être un peu moins déprimée pour m’y mettre … mais « le cœur a ses raisons que la raison ignore », semblerait-il.

Rémi, quatorze ans, presque quinze, a déménagé dix-neuf fois pour suivre son père, médecin remplaçant qui semble s’être donné pour objectif de visiter tous les hôpitaux, cliniques et maisons de retraite de la France. Solitaire et introverti, le jeune homme ne prend même plus la peine d’essayer de s’intégrer dans les différents établissements scolaires qu’il fréquente quelques mois chacun. Il préfère se réfugier dans la musique, trimbalant où qu’il aille le vieux Walkman de sa mère pour écouter les cassettes que cette dernière a enregistré lorsqu’elle avait son âge. Dans ce cocon acoustique des années 80, Rémi tente de se convaincre que le monde ne peut pas l’atteindre … Jusqu’au jour où son père et lui débarquent dans un centre de repos pour les chirurgies réparatrices et qu’il croise Sara. Sara et son visage défiguré, monstrueux, repoussant. Sara et ses yeux magnifiques, envoutants, méprisants. Car malgré les avertissements de son père, Rémi n’a pas pu s’empêcher d’écarquiller les yeux, effaré par ce qu’il voyait. A partir de cet instant, le jeune garçon doit se rendre à l’évidence : il ne veut plus être seul. Et peut-être que ces jeunes écorchés pourraient bien être les seuls à l’accepter …

Un, deux, trois … Les chuchotis de sa mère au début de chaque cassette rythme le quotidien de Rémi, notre héros et narrateur. Rengaine familière et rassurante qui berce le jeune homme jour après jour, tandis que grandit en lui le ras-le-bol d’être trimballé d’hôpitaux en hôpitaux, de collèges en collèges. On s’attache rapidement à Rémi, adolescent solitaire qui vit avec la crainte – mêlée à un incompréhensible espoir – d’avoir hérité de la folie de sa mère. Mère dont son père et lui ne parle jamais, et que Rémi ne connait finalement qu’à travers ses gouts musicaux enregistrés sur dix cassettes qu’il écoute en boucle. On a de la peine pour lui, mais cela ne nous empêche pas d’approuver Sara lorsque celle-ci le traite de blaireau après leur rencontre … Mais on ne peut cependant pas lui en vouloir complétement : il y a fort à parier qu’on aurait réagi exactement de la même manière en se retrouvant face à Sara et aux autres jeunes de ce centre de repos pour les patients qui viennent de subir une opération de chirurgie réparatrice. Face à une petite fille qui n’a pas de nez, face à une ado qui n’a plus de visage. Même en sachant que c’est mal, on n’aurait probablement pas pu empêcher notre cerveau de faire un arrêt sur image, nos yeux de fixer ces aberrations physiques, notre corps même d’avoir un petit mouvement de recul.

A travers le personnage de Rémi, qui est loin d’être parfait, qui est juste éminemment humain, qui est juste exactement comme nous, l’autrice nous place finalement face à notre propre comportement. Elle nous oblige à nous rendre compte de notre « cruauté ordinaire ». Car malgré tous les beaux discours de tolérance, il ne faut pas se voiler la face : la différence fait peur, surtout quand cette différence est « moche ». Face à de telles difformités, on ne peut pas s’empêcher de détourner le regard  – regard par ailleurs empli de pitié –, sans songer une seule seconde à la souffrance que cela fait naitre chez l’autre. Comme si cet autre, qui ressemble si peu à un humain, n’était plus tout à fait humain. Comme si sa malformation impliquait nécessairement qu’il ne pouvait pas comprendre et ressentir les choses. Rémi a toujours cru qu’il était « bienveillant », qu’il savait accepter la différence sans souci, mais cette rencontre lui fait douloureusement prendre conscience qu’il a encore bien du chemin à faire. Heureusement, malgré le fiasco de leur première rencontre, les sept jeunes de la « cabane thérapeutique »  vont l’accepter parmi eux. Et lui apprendre à voir la beauté de l’âme et du cœur. La plus importante. Celle que rien ne peut altérer, pas même un dramatique accident de voiture ou l’explosion d’une bombonne de gaz. Pour reprendre l’expression de Saint Exupéry, une beauté qu’on ne voit pas avec les yeux mais avec le cœur. Et croyez-moi, le cœur de Rémi va apprendre à battre avec une ardeur nouvelle ….

Ce livre, c’est un véritable ouragan littéraire. Au début, c’est le silence, le calme avant la tempête. Le temps semble suspendu, il y a comme une bulle de coton qui nous entoure. Il y a Rémi et sa musique, jour après jour. Il y a les descentes quotidiennes au réfectoire pour chercher un plateau repas. Il y a l’ennui et la solitude. Et soudain, le cataclysme se déclenche, et vous ne pouvez absolument rien faire pour lutter : la tornade vous entraine dans un tourbillon d’émotions et vous ne pouvez pas vous en sortir. Vous espérez, vous riez, vous pleurez, vous hurlez. Avec Rémi. Avec Sara et Adonis. Avec Clothilde et Maxime.  Avec Pascal, Zoé et Milie. Avec ces huit jeunes. Sept gueules cassées et une âme brisé, qui se rencontrent et s’apprivoisent. Qui font face aux plus terribles épreuves. Qui se déchirent, aussi, quand Rémi n’a pas le courage suffisant pour assumer leur amitié au grand jour. Quand il se comporte comme un blaireau. Qui se réunissent à nouveau quand vient le moment de soutenir un d’entre eux. Car pour ces sept jeunes écorchés, le combat n’est jamais terminé : opérations après opérations, ils espèrent retrouver un visage qui n’attirera plus les regards. Un visage pour ne plus être à l’écart … C’est un livre déchirant, mais étonnamment profondément réjouissant en même temps. Ils sont beaux, ces sept jeunes, oui, ils sont si beaux.

En bref, vous l’aurez bien compris, c’est un véritable coup de cœur pour ce bref récit coup de poing, qui ne laissera aucun lecteur indifférent. Comment rester de marbre face à cette magnifique histoire d’amour et d’amitié ? Comment ne pas s’attacher à Rémi et ses nouveaux amis, malmenés d’une façon ou d’une autre par la vie ? Comment ne pas avoir envie de les serrer dans nos bras, non pas pour exprimer notre pitié, mais bien pour les remercier d’exister, même uniquement sur le papier ? Ils nous donnent une formidable leçon de vie, par leur courage et leur générosité, mais aussi par leurs faiblesses et leurs erreurs. Si je pouvais vous donner un conseil, c’est vraiment de lire chaque chapitre en écoutant la chanson qui va avec. La musique des années 80 constitue ici un personnage à part entière, tant elle a d’importance dans la vie de Rémi, et ça permet vraiment de se plonger dans l’ambiance de ce récit vraiment émouvant et captivant que je conseille chaleureusement. Oui, c’est un roman déchirant, on en sort avec le cœur en miettes, mais on en sort aussi avec du baume au cœur, car c’est un roman d’une beauté rare, et d’une poésie inouïe. Une formidable découverte !

mercredi 15 janvier 2020

Phaenomen, tome 3 : En des lieux obscurs - Erik L'Homme


Phaenomen3, Erik L’Homme
En des lieux obscurs

Editeur : Folio SF
Nombre de pages : 742 pour l’intégrale

Résumé : Claire, Violaine, Nicolas et Arthur sont quatre adolescents atteints d’étranges troubles du comportement. C’est pourquoi ils ont été confiés à la Clinique du Lac, spécialisée dans les cas désespérés. Mais dans cet établissement, seul le docteur Barthélémy s’intéresse à eux. Aussi, lorsque celui-ci est enlevé par trois hommes sinistres, les adolescents décident de s’enfuir de la clinique et de partir à sa recherche. Ils vont alors découvrir que leur handicap, à force de courage et de volonté, peut se transformer en pouvoir hors du commun.



- Un petit extrait -

« L'homme sans chaînes n'existe pas, ou alors c'est celui qui repose six pieds sous terre. Est libre au contraire l'homme qui connaît ses chaînes, qui s'efforce de les choisir le moins pesantes possible, et qui enfin en supporte le poids avec courage. »

- Mon avis sur le livre -

Que ce soit « en vrai » ou dans les livres, j’ai toujours du mal avec les fins, les au revoir, les adieux … Terminer un livre, quitter des personnages aux côtés desquels j’ai passé d’extraordinaires moments, c’est toujours un déchirement. Et cela d’autant plus quand la fin du livre sonne également la fin d’une saga : à ce moment-là, on ne peut même plus se dire « c’est pas grave, je les retrouverai dans le tome suivant » … On le sait : une fois la dernière page tournée, notre cheminement aux côtés de ces personnages tant appréciés est bel et bien terminé (à moins de recommencer la saga depuis le début). C’est pourquoi, invariablement, le dernier tome est celui que je mets le plus de temps à lire, celui que je fais trainer inconsciemment en longueur, comme pour tenter de différer autant que possible ce terrible moment où il faudra quitter les personnages. En des lieux obscurs n’a pas échappé à la règle : j’étais tiraillée entre l’envie de savoir la fin – qui s’annonçait grandiose – et celle de ne pas avoir à dire au revoir à nos quatre petits héros pas comme les autres ….

Claire, Arthur, Violaine et Nicolas se sont miraculeusement sorti du traquenard tendu par Agustin : les voici de nouveau en fuite, épuisés et l’esprit embrumé de nouveaux questionnements. Rejoints et guidés par le fugitif Goodfellow, les quatre adolescents sont plus que jamais déterminés à découvrir le fin mot de toute cette histoire, malgré la traque insensée dont ils font l’objet. Lancés sur les traces de mystérieuses archives des Templiers, les voici embarqués pour les Philippine … sans savoir ce qu’ils y découvriront réellement. Pendant ce temps, Clarence s’efforce de comprendre qui en veut à ses « petits renardeaux », et s’apprête à mettre les pieds dans la plus grande, la plus dangereuse et la plus secrète des fourmilières. Tandis que s’égrène un intangible compte à rebours, tandis que tous les chemins convergent vers le même objectif encore flou, les quatre amis en apprennent toujours plus sur eux-mêmes … pour le meilleur comme pour le pire.

Difficile de vous parler de ce troisième et dernier opus sans risquer de trop en dévoiler ! Car c’est vraiment un livre, et plus généralement une trilogie, qui fonctionne par révélations successives, par découverte progressive. Comme un peintre pointilliste utilise de petites touches de couleur juxtaposées pour construire ses paysages, Erik L’Homme use de discrets petits indices pour conduire personnages et lecteurs à découvrir la vérité dans son ensemble le moment venu. Sans jamais trop en dire d’un coup. Et pourtant, quand arrive l’ultime dévoilement, tout était déjà dit. Il suffisait de lire entre les lignes. Alors on ne va pas se mentir, il y a certains points que j’avais deviné bien à l’avance, mais cela n’a en rien gâché mon plaisir de lecture : j’attendais tout simplement de voir comment nos quatre héros allaient l’apprendre, et surtout comment ils allaient réagir. Car rien ne les préparait à cela. Ils sont certes dotés de grands pouvoirs, ils sont certes plus débrouillards et matures que la plupart des jeunes de leur âge, mais ils restent des enfants, fragiles et sensibles. Qui ne savent pas trop qui ils sont et quelle est leur place dans ce monde. Si tant est qu’ils y aient une place …

Mais ce tome a cela de particulier qu’il ne s’intéresse plus uniquement aux enfants : d’autres personnages prennent de plus en plus d’importance, et les scènes qui leur sont consacrées sont toutes aussi cruciales pour le déroulement de l’intrigue que les passages centrés sur Claire, Violaine, Arthur et Nicolas. On le sent, toutes ces histoires parallèles vont finir par converger, lors du Grand Final qu’on attend d’autant plus impatiemment qu’un mystérieux compte à rebours (« 9 jours 9 heures 9 minutes avant contact ») nous pousse à continuer, toujours plus avidement. Sans se douter une seule seconde de ce qui va arriver à nos quatre jeunes héros au moment M. Autant vous dire que je ne m’en suis toujours pas remise. Je m’attendais à tout sauf à cela. « Il y a un Avant et un Après », dit un personnage dans l’épilogue, et je ne peux que lui donner raison. C’est un livre assez banal au premier abord – quatre adolescents aux grands pouvoirs qui se mettent en quête d’un secret farouchement gardé par d’occultes organisations surpuissantes – mais véritablement unique. On en ressort avec un petit quelque chose au cœur et à l’âme, une torpeur aussi douce que triste.

Seul petit bémol à apporter : l’amoncellement de révélations finales. On s’attend à quelque chose d’explosif,  à quelque chose d’incroyable, et c’est certes ce qui arrive … Mais ces révélations sont à la fois trop nombreuses et trop rapprochées, on n’a même pas le temps de véritablement les assimiler et d’en saisir les implications. C’est comme si l’auteur, voyant son quota de caractères arriver, s’était dépêché de tout dévoilé en vrac. Et c’est comme un soufflet au fromage qui s’effondre : il y en a tellement d’un coup que le lecteur est noyé, et l’euphorie retombe soudainement. Tout ça pour ça. D’autant plus avec cette fin ouverte, cette fin qui laisse le lecteur dans l’incertitude : c’est tout ? Ils ont risqué leur vie pour apprendre tout cela, on a tremblé pour et avec eux, et tout ceci n’a servi à rien ? Je dois l’avouer, c’est assez frustrant, même si je reconnais que cette fin est à la fois audacieuse et cohérente. Et l’épilogue nous laisse encore plus sur notre faim : on sent que l’Après ne sombre pas dans le néant, mais on sait aussi qu’on n’aura pas l’honneur de connaitre cet Après. On ne peut que l’imaginer … Et c’est à la fois un cadeau et un fardeau que nous cède l’auteur en nous laissant libre de comprendre cette fin à notre manière. 

En bref, vous l’aurez bien compris, à mes yeux, ce troisième et dernier opus est à la fois le meilleur et le moins bon. Meilleur car il nous conduit jusqu’au Grand Final vers lequel tout convergeait depuis le premier mot du premier tome. Et moins bon car la gestion du rythme et des révélations est bien plus bancal que dans les premiers volumes : tout est dévoilé dans les dix dernières pages et on est un peu à la ramasse. Dans tous les cas, c’est indiscutablement le tome le plus palpitant, celui qui remet en question tout ce qu’on savait jusqu’alors. Nos jeunes héros ne sont plus les petits malades fugueurs qu’ils étaient au début. Ils s’endurcissent, mais se fissurent en même temps. Ils se perdent, pour mieux se retrouver. Ils changent, pas toujours pour le mieux. Mais ils sont ensembles, et du moment qu’ils restent solidaires, rien ne peut leur arriver. J’aime comment ils prennent soin les uns des autres. C’est la lueur d’espoir dans cette intrigue qui ne cesse de s’assombrir au fur et à mesure que de nouveaux antagonistes entrent dans la danse. Une trilogie magistrale, donc, que je conseille sans hésitation !

dimanche 12 janvier 2020

Top 5 : Mes 5 derniers achats


- Top 5 : Mes 5 derniers achats -

C’est le retour des tops ! Et cela grâce à Mange-Nuages qui a mis en place un petit challenge/jeu que je vous invite à retrouver sur Livraddict ! Un thème par semaine, rien de plus simple, d’autant plus que j’ai décidé de faire ceci sous forme de mini-article pour ne pas me surcharger … Le thème de la semaine n’étant pas encore dévoilé, voici mon thème secours :

Mes 5 derniers achats

Parce qu’on a toujours de bonnes raisons d’acheter des livres (si si, je vous assure), je vous parle de mes cinq derniers livres achetés, en vous expliquant le pourquoi du comment !

Et voici donc mon petit top 5 :

Les 100, tome 1 de Kass Morgan
Je suis en train de regarder la série, que j’aime beaucoup pour l’instant, et autant vous dire que quand j’ai croisé un exemplaire « prix découverte » pas trop cher, je n’ai pas hésité bien longtemps !

Le puits des mémoires, tome 1 : La traque de Gabriel Katz
J’avais trouvé les tomes 2 et 3 en occasion … Mais c’est bien beau, d’avoir les derniers tomes si on n’a pas le premier ! Et comme j’aimerai lire la saga prochainement, je n’ai pas eu d’autre choix que de me procurer le premier …

Aeternia, tome 2 : L'envers du monde de Gabriel Katz
Même excuse ou presque : j’aimerai relire la duologie, mais je n’avais trouvé que le tome 1 en occasion … Donc j’ai également compléter la saga en achetant le deuxième et dernier opus !

La Voie des oracles, tome 2 : Enoch de Estelle Faye
Toujours la même situation : j’avais trouvé les tomes 1 et 3 … ce qui est assez inutile en soi si on n’a pas le tome du milieu ! Donc tant que j’y étais, j’ai compléter cette trilogie également, surtout qu’on m’a imposé le premier opus pour un challenge !

Ceux qui rêvent de Pierre Bordage
Vous ne rêvez pas, cette vague d’achats était placée sous le signe des sagas à compléter : ici aussi, c’est un tome 2 d’une trilogie dont je ne possédais jusqu’alors que les tomes 1 et 3 ! J’ai hâte de relire cette saga découverte en médiathèque il y a quelques années !

samedi 11 janvier 2020

The prison experiment, tome 3 - Eric Costa


The prison experiment3, Eric Costa

Editeur : Autoédition
Nombre de pages : 647
Résumé : Zone 51, désert du Nevada. Un dôme immense, à la peau cuivrée, se dresse tel un monstre sous les étoiles. Son nom : « L’Œuvre », prison expérimentale secrète dotée d'une intelligence artificielle. Nul ne sait ce que recèle l’édifice depuis que la CIA en a perdu le contrôle. Que sont devenus les 5300 détenus, livrés à eux-mêmes après sept ans d'abandon ? Un commando de douze hommes et une femme pénètre en secret dans ce labyrinthe mortel. Leur mission : retrouver Dédale, son architecte, à n’importe quel prix.

Un grand merci à Eric Costa pour l’envoi de ce volume.

- Un petit extrait -

« Les abris ne peuvent se trouver qu’en chacun de nous. La vigilance. La peur… La peur est une alliée funeste. Elle vous tue à petit feu, et pourtant, vous permet de survivre. »

- Mon avis sur le livre -

Cela fait un an, presque jour pour jour, que j’ai tourné la dernière page du premier opus de cette trilogie. Un an déjà que j’ai pénétré – de façon totalement métaphorique bien entendu – dans l’Œuvre aux côtés d’Elena et de ses compagnons. Un an que je me fais régulièrement la réflexion que je n’ai décidemment rien d’une héroïne de roman : à la place de notre chère hackeuse, je serai déjà morte à plusieurs reprises (de froid, de faim, d’une mauvaise rencontre, d’une chute), ou bien j’aurai enchainé les crises d’angoisse jusqu’à devenir complétement folle. Autant vous dire que j’admire énormément Elena, seule femme enfermée dans une prison expérimentale coupée du monde, entourée de détenus sanguinaires et de soldats machistes … D’autant plus qu’il ne fait absolument aucun doute, et cela depuis le début du premier tome, qu’elle est la seule personne au monde capable de mettre définitivement fin à toute cette sombre affaire … Du moins, c’est ce que l’on croit.

Ils étaient treize. Ils ne sont plus que deux. Elena et Lasios sont les seuls rescapés de l’unité de mercenaires envoyés dans l’Œuvre pour exfiltrer son architecte, surnommé Dédale. Aidés par Jackson, Explorateur et ancien militaire, ils tentent de résoudre l’énigme censée les conduire jusqu’au Maitre de l’Œuvre. Mais les épreuves et embûches se multiplient sur leur chemin, et leur quête se transforme rapidement en une lutte pour leur seule survie … Et cela d’autant plus que la guerre civile menace d’éclater au sein de la prison, tandis que les Factions se dressent les unes contre les autres. Pendant ce temps, à l’extérieur, s’organise la mission de la dernière chance : suite aux révélations d’Agellos, le gouvernement américain est obligé d’agir pour redorer son blason, et envoie donc un ultime commando pour faire sortir tous les détenus de cette prison expérimentale incontrôlable. Le colonel Maximus est à la tête de cette opération cruciale … Réussira-t-il là où tant d’autres ont échoué ?

N’ayant pas pris le temps de relire les deux premiers volumes avant de me plonger dans celui-ci – des pavés de cet acabit, ça ne se lit pas en deux minutes, et j’avais atrocement envie de connaitre le fin mot de l’histoire –, il m’a fallu quelques chapitres avant de me souvenir d’où nous avions laissé nos héros, et pour me replonger véritablement dans l’enfer de l’Œuvre … On le sent, la fin approche : le rythme s’accélère, les affrontements se font plus nombreux et plus violents. L’équilibre de la prison est brisé. Il est grand temps que tout le monde sorte de ce terrifiant huis-clos où cohabitent petits bandits et grands criminels, ainsi que parfaits innocents – je pense aux scientifiques chargés d’étudier le comportement des détenus, et qui ont eux aussi été livrés en pâture à l’Œuvre. Quand arrive le colonel Maximus et son unité, on tremble à la fois de soulagement et d’effroi : enfin ils se bougent pour mettre fin à cette terrible expérimentation hors de contrôle ! mais feront-ils mieux que tous ceux qui les ont précédés, ou le piège de l’Œuvre se refermera-t-il sur eux également ? Car il ne fait absolument aucun doute que le Maitre ne voit pas d’un très bon œil toutes ces intrusions dans son Œuvre …

Le Maitre. Cela fait déjà deux tomes que tout tourne autour de lui sans que jamais il n’apparaisse. On l’imagine, bien planqué dans sa salle de contrôle, omniscient et omnipotent, tel un Dieu, régnant sur son Œuvre comme sur le monde. D’une certaine façon, on ne peut qu’admirer son génie : il a réussi à reconstituer tous les écosystèmes terrestres dans un seul édifice, il a réussi à créer un monde parfaitement autonome, parfaitement coupé du monde. Mais de l’autre, on a véritablement envie de mettre fin à son omnipotence : ils jouent avec les détenus comme un gosse joue avec des playmobils, et c’est révoltant. Le Maitre. On attend depuis le tout début la rencontre, la confrontation, entre Elena et ce mystérieux bonhomme, divinisé par les Bâtisseurs, craint par tous les autres détenus. Et ce face à face tant attendu approche à grand pas … mais le lecteur n’est pas au bout de ses surprises. Que d’embûches se dressent sur le chemin de nos héros ! A chaque fois qu’on se dit « ça y est, ils y sont, ils ont réussi ! », quelque chose surgit pour mieux nous abasourdir. Comme Elena, le lecteur est prêt à renoncer. Et puis, ça y est, ce qu’on attend depuis le tout début arrive enfin … et c’est le choc. Je ne m’attendais pas à un tel retournement de situation, c’est grandiose ! Effrayant, mais grandiose …

Comme c’était déjà le cas dans les tomes précédents, l’auteur nous invite à suivre ici plusieurs points de vue. J’aime beaucoup les récits de ce genre, et c’est d’autant plus captivant ici que c’est admirablement bien mené. D’un côté, nous avons donc les péripéties de notre chère Elena et de son compagnon Jackson – il y a Basileus aussi, mais je ne l’apprécie pas plus que cela, donc je me le suis coltinée pendant 600 pages en ayant l’envie furieuse d’entrer dans le livre pour lui mettre des baffes. J’aime beaucoup ce duo, assez explosif et complémentaire. D’un côté, la jeune mercenaire, pour qui « la fin justifie les moyens » : tout ce qui l’intéresse, c’est de toucher la prime pour payer le traitement de sa mère. Et de l’autre, nous avons l’ancien militaire, paladin des temps modernes, aux valeurs inébranlables et à la loyauté admirable. Il ne la laissera pas tomber, quand bien même il n'est pas toujours d’accord avec ses choix et ses idées, il la soutiendra jusqu’au bout car il s’y est engagé. Nous avons ensuite le point de vue de Maximus, colonel assez orgueilleux au premier abord, mais qui cache finalement un grand cœur. En l’espace d’une mission, qui sera probablement sa dernière, il se remet en question, retrouve l’humilité qu’il avait perdue au cours de sa carrière. Quand bien même ses aventures n’apportent rien « de plus » à la connaissance des dangers de l’Œuvre, j’ai beaucoup aimé le suivre. 

Et puis nous avons enfin, comme toujours, les extraits du journal de Josh. Ici, c’est un homme brisé qui nous conte l’enfer du mitard, du couloir de la mort … C’est atroce, d’autant plus quand on sait que c’est amplement inspiré d’un véritable journal d’un véritable détenu. Quand on lit cela, on se rend finalement compte que ce qui nous semble si monstrueux au sein de l’Œuvre existe bel et bien dans les « vraies » prisons. Cela s’exprime un peu différemment que dans le huis-clos de la prison expérimentale, mais l’enfer est déjà bel et bien là. Derrière les murs des centres pénitenciers, les hommes perdent toute humanité. Les uns parce que la prison amplifie leurs vices. Les autres parce qu’ils sombrent dans le désespoir. On pourrait écrire des centaines d’essais à propos de l’éthique des prisons, sans jamais en dire assez ni trouver de véritables solutions à ces problèmes. Cette trilogie, elle, de façon un peu détournée en mettant l’accent sur l’Œuvre et ses mystères, ne fait finalement qu’exposer les faits. A chacun de se laisser ou non interpeller par cette situation. De même, si ce troisième opus évoque en long, en large et en travers la question des intelligences artificielles, de leurs avantages et de leurs dangers, la question n’est jamais tranchée. Au lecteur de se faire sa propre opinion …

En bref, vous l’auriez bien compris, c’est une fin magistrale que nous offre l’auteur avec ce troisième et ultime opus ! Toujours aussi haletant, toujours aussi surprenant, on vogue de surprises en frayeurs, d'espoirs en désillusions ... Un vrai régal littéraire, qui allie à merveille l’action, l’émotion et la réflexion. Sur la nature humaine, sur la technologie, sur la morale, sur la liberté, la vérité … Que de grandes thématiques évoquées sous le prisme de la fiction ! C’est assurément l’aspect que je préfère dans cette saga, moi qui aime tant les lectures qui font réfléchir sans en avoir l’air ! J’ai cependant un petit bémol pour le final : j’aurai vraiment préféré que l’auteur s’arrête à la sortie de l’Œuvre, pour boucler la boucle, sans rien ajouter à l’après. Car l’après, c’est déjà une autre, une nouvelle histoire … Or, à mes yeux, l’histoire prenait fin au moment où Elena sort de l’Œuvre, tout comme elle a débuté à l’instant où elle y est entrée. Je trouve un peu dommage d’avoir prolongé l’histoire, plutôt que de laisser le lecteur s’imaginer lui-même la suite s’il le souhaitait … Mais ce n’est qu’un détail qui ne m’a clairement pas empêché d’avoir un coup de cœur pour ce tome et pour cette trilogie en général !