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samedi 18 juin 2022

Dan et Célia : Les jumeaux d'Autremonde, tome 1 : L'impossible mission - Sophie Audouin-Mamikonian

Dan et Celia : Les jumeaux d’AutreMonde1, Sophie Audouin-Mamikonian

L’impossible mission

 Editeur : XO

Nombre de pages : 373
Résumé : Celia et Dan, les jumeaux de Tara Duncan et de Caliban Dal Salan, ont grandi sur Terre, loin des turpitudes d’AutreMonde. Pour suivre les traces de ses légendaires parents, Dan n’invente rien de mieux que de se laisser kidnapper. Où se trouve-t-il ? Personne ne le sait. Jusqu’à ce message reçu par Tara et Cal : leur fils sera exécuté s’ils entreprennent la moindre recherche ! Mais Celia, elle, a les mains libres. Accompagnée par Luck et Dred, la discrète jeune fille est bien décidée à sauver son jumeau.

 

- Un petit extrait -

« – Bon sang ! grogna Danviou en frottant ses épais cheveux blonds, nos parents vont nous tuer. Réussir à se faire kidnapper deux fois en quelques jours ! Je crois qu’on a battu leur record !

Selenba ne put s’empêcher de ricaner.

— Je te le confirme. Même Tara n’a pas réussi ce coup-là, et pourtant, crois-moi, Magister et moi, on lui a mené la vie dure. Et je ne te parle même pas de ses autres ennemis ! Ta mère avait une vraie propension à attirer les ennuis. De Gros Ennuis.

Les majuscules étaient bien accentuées dans sa dernière phrase.

— Nous n’avons peut-être pas hérité de la magie de notre mère, soupira Celia, mais, en revanche, il me semble clair que provoquer les ennuis, ça, c’est dans nos gènes. »

- Mon avis sur le livre -

 Ainsi que je l’ai déjà dit auparavant, l’annulation du « cycle » Tara et après un seul et unique opus a été plus que difficile à avaler … tant et si bien qu’à la sortie du « premier tome » de Dan et Celia, je me suis certes précipitée pour l’acheter le jour-même (on ne change pas les bonnes habitudes, d’autant que ma libraire, qui me connaissait bien, m’avait très gentiment mis un exemplaire de côté et m’avait envoyé un petit mot sur facebook pour me prévenir qu’il m’attendait), mais indiscutablement, l’envie de le lire immédiatement n’était pas là. La flamme, si ardente jusqu’à présent, ne parvenait pas à se rallumer après une telle déception, une telle désillusion, une telle douche froide. Il m’aura fallu six longues années pour enfin sortir ce roman de la pile à lire, moi qui répétait ad nauseam que Sophie m’appelait « Aria qui lit plus vite que son ombre » car j’étais chaque année la toute première Taraddicte à écrire un commentaire passionnée du tome fraichement sorti sur le Blog (pas celui-ci, mais celui avec une Majuscule, c’est-à-dire le Blog de l’Autrice) … Six ans, et la suite n’est toujours pas sortie : il semblerait, malheureusement, que j’avais toutes mes raisons de trop m’emballer, de ne pas trop me réjouir. Alors bien sûr, je sais très bien que Sophie n’a pas chômée durant toutes ses années, qu’elle s’est pleinement consacrée à la production de la nouvelle série animée … mais cela ne m’empêche pas  d’être à la fois triste et fâchée, parce qu’à vouloir explorer de nouveaux marchés, elle en a délaissé ses fans de la première heure, ses lecteurs, ses Taraddicts. Qui ne peuvent malgré tout pas s’empêcher d’attendre, d’espérer. Encore et toujours.

Connaissant mieux que quiconque les innombrables menaces qui pullulent sur AutreMonde – pour avoir affronté les premières et sauvé la seconde à de nombreuses reprises avec leurs fidèles amis durant toute leur adolescence –, Tara et Cal (qui ont enfin pu se marier, Lisbeth ayant enfin réussi à pondre des tas de petits héritiers à l’Empire d’Omois, libérant par la même occasion Tara de ses obligations diplomatiques) se sont promis de faire tout ce qui était en leur pouvoir pour protéger leurs enfants de tous ces dangers. D’autant plus que, contre toutes attentes, et pour une raison encore inexpliquée, Dan et Celia, les jumeaux Duncan Dal Salan, n’ont nullement hérité des pouvoirs surpuissants de leur mère : leur magie est pour ainsi dire moins forte que la plupart des sortceliers de leur âge. Au plus grand désespoir de Dan, qui semble par contre avoir hérité du gout prononcé pour l’aventure de ses héros de parents, et au plus grand soulagement de Celia qui, quant à elle, ne demande rien de mieux que de mener une petite existence tout ce qu’il y a de plus paisible. Mais lorsque son frère jumeau se fait enlever et que ses parents se voient formellement interdits de se lancer à sa recherche s’ils veulent que leur fils leur soit rendu vivant, Celia n’a d’autre solution que de prendre elle-même les choses en main. Accompagnée par son meilleur ami Luke (fils du célèbre mais toujours inconnu Magister et de la sinistrement célèbre vampyre Selemba) et par le jeune dragon Dred (fils de maitre Chem, ancien mentor de Tara, et de la reine des dragons), la jeune fille ne va laisser rien ni personne l’empêcher de retrouver son double, sa moitié. Rien, pas même la terreur qui l’envahit à la seule idée de se mettre en danger …

En « zappant » la suite et fin du cycle initialement prévu après la saga originale, l’autrice fait un énorme bond dans le temps : l’ellipse temporelle entre Tara et Cal et ce roman est longue de treize ans … Pile assez pour laisser de côté les anciens héros devenus adultes (et carrément parents) et permettre à la nouvelle génération de prendre leur place (pour continuer à cibler le jeune lectorat, qui a besoin de pouvoir s’identifier aux personnages principaux). Et c’est ainsi que Tara, Cal, mais surtout tout le reste du MagicGang (du moins ceux qui sont évoqués, ce qui n’est même pas le cas d’un certain demi-elfe) se retrouvent au deuxième, voire même au troisième plan … Et même si Dan et Celia sont de jeunes héros fort attachants, je dois bien reconnaitre avoir trouvé la séparation assez abrupte, assez brutale : après treize tomes (soit presque 6000 pages) aux côtés de Tara, Cal et leurs amis, les voir ainsi relégué au simple rang de guest-star a quelque chose d’assez déconcertant. Une fois encore, je ne peux que regretter l’annulation inopinée du cycle « Tara et », qui aurait je pense aider les lecteurs de longue date à vivre une transition en douceur … Mais il semblerait que les lecteurs de longue date n’aient clairement pas été au centre des préoccupations de Sophie lorsqu’elle a écrit ce roman : ça crève les yeux qu’elle s’adresse essentiellement à des lecteurs qui ne connaissent pas la saga originale. Ainsi, elle abreuve le début du roman de tas et de tas d’informations et explications pour permettre aux néophytes de ne pas être totalement perdus sans avoir lu les treize tomes précédents : entreprise honorable, certes, mais qui alourdit considérablement le récit …

mais surtout, pire encore, qui prend en quelque sorte sa place : l’intrigue se voit considérablement lésée par cette volonté d’aider les nouveaux lecteurs à prendre le train en route. En effet, impossible de véritablement cerner la personnalité de Dan, Celia et Luke, sans savoir précisément qui sont leurs parents respectifs et ce qu’ils ont accomplis (en bien pour les parents de Dan et Celia, en mal pour ceux de Luke). Et résumer les exploits (ou méfaits) réalisés en treize tomes et quasiment autant d’années, ça prend forcément un peu de temps … autant de pages volées à l’histoire, et autant de redites interminables pour les fidèles lecteurs, qui doivent également supporter une déferlante sans fin de « oh, en fait, Lisbeth a eu cinq enfants, et Moineau et Fabrice ont eu une portée de quatre bébés loup-garous-bêtes, oh, et aussi, untel a vécu ceci et untelle cela » (tout ce qui aurait dû faire l’objet du fameux cycle avorté, en somme, qu’il faut bien caser en quelques lignes pour recoller les morceaux, quitte à faire un aparté narratif fort artificiel pour tout caser). Au bout d’un moment, on se demande presque si c’est un roman que nous tenons entre les mains, ou seulement un volume introductif, une sorte d’apéritif qui s’éternise tellement qu’on finit par en avoir la nausée. J’en suis presque venu à me demander si l’éditeur ne nous avait pas menti, s’il n’avait pas utilisé frauduleusement le nom de l’autrice, car cela ne ressemble vraiment pas à Sophie, ce genre de lourdeur, de longueur … Elle nous avait habitué à de l’action, du rebondissement, du suspense, du mystère, de la tension, de la crispation, de l’urgence, de la palpitation, et pas à une platitude digne d’un très mauvais cours d’histoire ! Mais reprend-toi, Sophie, nom d’un petit bonhomme en mousse !

Heureusement, une fois passée ce long et douloureux moment, les choses deviennent nettement plus intéressantes. Déjà, parce qu’on s’attache très rapidement à nos tous jeunes héros, qui en héritant du nom de leurs parents ont également hérités d’une certaine pression : tout le monde s’attend à ce que les enfants de Tara Duncan et Caliban Dal Salan soient des sortceliers surpuissants, des héros glorieux en devenir, et à ce que le rejeton du cruel Magister et de la sanguinaire Selemba soit un monstre avide de violence et de vengeance. La réalité, c’est que Dan et Celia sont de bien piètres sortceliers, que Celia est même une « poule mouillée », et que Luke est un petit garçon doux comme un agneau qui passe son temps à se goinfrer de viennoiseries car il ne supporte pas le gout du sang … Et alors que Tara et Magister sont des ennemis jurés (même si leurs rapports sont nettement moins sanglants depuis qu’ils sont l’un comme l’autre devenu parents), Celia et Luke sont les meilleurs amis du monde. On retrouve bien là le gout de Sophie pour l’inattendu, pour l’improbable, à la limite de l’anticonformisme : difficile d’imaginer Selemba faire des aller-retours entre la Forteresse Grise de son grand méchant de mari et son rôle de garde du corps pour Tara Duncan et sa famille … et pourtant, ça semble presque naturel, parce que dans l’univers fantasque et déjanté de Sophie, rien n’est impossible. Sauf peut-être, si l’on en croit le titre du moins, la fameuse mission qui attend nos jeunes héros, qui vont découvrir qu’ils ne sont finalement pas si différents de leurs parents que cela : s’il y a une aventure à vivre, un univers à sauver, ça va assurément leur retomber dessus.

Et quelle aventure ! Imaginez donc : vous êtes une jeune fille plutôt prudente (quoi qu’en dise ceux qui utilisent plutôt les termes « froussarde » ou « trouillarde »), avec très peu de pouvoirs magiques, une estime de soi qui frôle les abysses, et l’envie viscérale de ne surtout rien vivre d’extraordinaire … et votre jumeau, qui est supposé être votre double et votre moitié, ne cesse de flirter allégrement avec le danger, et lorsqu’il se fait (enfin, selon lui) kidnapper à l’âge de treize ans, c’est un soupir de joie et de soulagement qu’il pousse, et non pas un cri d’effroi. Vos parents ont l’interdiction absolue de tenter de le retrouver, ils se retrouvent pieds et mains liés, et avec eux tout l’Empire d’Omois et ses fins limiers. Vous vous rendez compte que la seule et unique personne qui peut agir, c’est vous, et comme vous aimez profondément votre idiot de frérot, vous endossez avec lassitude l’armure d’héroïne qui seyait si bien à votre mère mais qui semble parfaitement ridicule sur vous. Et, alors que vous souhaitiez seulement récupérer votre abruti de jumeau, vous venez en réalité de mettre le pied dans le plus grand, le plus ambitieux complot concocté dans la galaxie ces dix dernières années. Terminée, la tranquillité : Dan et Celia vont même réussir à battre les records de leurs parents, qui avaient pourtant fait plutôt fort ! On ne s’ennuie pas une seule seconde, il se passe toujours quelque chose d’imprévisible, et même si ça part parfois un peu dans tous les sens (je dois reconnaitre ne pas avoir tout saisi, parfois), on retrouve vraiment le dynamisme si propre à cet univers ! Et, bien que moins mordant qu’auparavant, cet humour si rafraichissant même dans les moments les plus tendus !

En bref, vous l’aurez bien compris : même si cet opus est très loin d’égaler la série originale, pour la simple et bonne raison qu’à vouloir à tout prix agripper de nouveaux lecteurs, l’autrice en a oublié de soigner aussi proprement que d’ordinaire son intrigue, ça n’en reste pas moins un ouvrage fort sympathique que j’ai dévoré d’une traite. Dan, Celia et Luke, sans oublier leurs nouveaux amis Dred et Saxia, sont particulièrement attachants : plus sensibles, plus fragiles que leurs parents et prédécesseurs, ils sont également débrouillards, déterminés et courageux, et c’est un vrai régal que de vivre une première aventure à leurs côtés (en espérant que cela ne sera pas la dernière, car ce « Magicgang nouvelle génération » est vraiment prometteur). Et quand bien même l’histoire est un tantinet trop confuse et précipitée, à la fois parce que Sophie s’est laissée submergée par les explications à distiller et parce qu’elle a voulu pousser le mystère du nouveau méchant un peu trop loin (vouloir bien faire, ok, mais en faire trop, c’est toujours mauvais), j’ai tout de même passé un excellent moment. Il y a une bonne poignée d’action et de rebondissements, sans oublier une bonne dose de suspense, ainsi qu’une grosse pincée d’émotion, avec en prime ce petit soupçon d’humour qui fait la marque de fabrique de Sophie : les ingrédients sont bels et bien réunis, c’est la présentation qui pèche un peu, on va dire, car le style est loin d’être aussi soigné qu’auparavant. Mais avec un peu de chance, la suite est en train de mijoter quelque part, et Sophie nous servira un second opus plus appétissant encore … j’ai envie et besoin d’y croire, mais je reste prudente (chat échaudé craint l’eau froide, dit-on) !

samedi 21 mai 2022

Tara et Cal - Sophie Audouin-Mamikonian

Tara et Cal, Sophie Audouin-Mamikonian

 Editeur : XO

Nombre de pages : 485

Résumé : Une nouvelle ère s’ouvre pour Tara Duncan. Celle qui fut sans doute la sortcelière la plus puissante qu’on ait jamais vue sur AutreMonde a perdu sa magie. Depuis deux ans, l’héritière de l’Impératrice d’Omois vit comme une simple humaine – ce qui s’avère nettement moins drôle que prévu… Tandis que les tensions grandissent entre sortceliers et non sortceliers, Cal doit faire face à un événement bien plus grave encore : Tara est enlevée ! Fou de rage, le jeune homme est contraint pour la retrouver de s’allier avec son ennemi de toujours, Magister.

 

- Un petit extrait -

« Il réfléchit quelques secondes, pendant que derrière lui le flic bredouillait qu'il devait retourner dans la salle et ouvrit la porte du bureau où se trouvaient Mara et Archange. Pour découvrir un spectacle ahurissant. Mara, à califourchon sur un policier, était en train de l'étrangler pendant que deux autres types gisaient à terre assommés et qu'Archange essayait de l'empêcher de tuer le gars tout rouge.

- Ah, fit Cal, c'est aussi une solution. Se débarrasser des enquêteurs...je n'y avais pas pensé. Un peu plus extrême, mais bon. »

- Mon avis sur le livre -

 Etre déçu par quelqu’un, c’est toujours difficile. Mais être déçu par une personne qu’on respecte et admire énormément, c’est à la limite de l’insurmontable, de l’insupportable … de l’impensable, même. Je n’aurai jamais osé imaginer que Sophie Audouin-Mamikonian pourrait un jour me décevoir : elle a toujours été si respectueuse de ses lecteurs, si désolée lorsqu’une date de sortie était décalée par son éditeur, si tracassée lorsqu’elle devait annulée une dédicace au dernier moment car elle était malade … La stupéfaction, la peine, et même, avouons-le, la colère, n’en ont donc été que plus fortes lorsque les déceptions ce sont enchainées : à trois reprises, elle a entamé une nouvelle saga (Les AutreMondes de Tara Duncan, La fille de Belle et le cycle Tara et …), et à trois reprises, elle a finalement abandonné en cours de route. Une fois, je veux encore bien comprendre : ça arrive à tout le monde de se lasser d’un projet qui semblait enthousiasmant au premier abord. Mais trois fois de suite, ce n’est pas correct. Ce n’est pas respectueux vis-à-vis de tous ces lecteurs qui attendaient avec impatience la suite de l’histoire. A qui on avait même d’ores et déjà fait miroiter le titre et le résumé du second tome. A qui on a balancé une fin bien frustrante pour accentuer encore plus l’envie irrésistible de se lancer dans la fabrication d’une machine à avancer le temps pour ne pas avoir à attendre plus longtemps. C’est sans doute pour cela que je n’avais encore jamais relu ce volume jusqu’à présent : l’annulation de ce second cycle a vraiment été très difficile à accuser, et je n’avais pas le courage de remuer le couteau dans la plaie …

Deux ans. Deux ans déjà que Tara Duncan, héritière du tout-puissant Empire d’Omois et autrefois la sortcelière la plus puissante d’AutreMonde, a perdu sa magie. Deux ans de pur bonheur : quand bien même la planète s’arrêterait de tourner, ce n’est plus vers elle qu’on se tournerait en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Deux ans passés avec son cher et tendre Caliban à se reposer de toutes leurs aventures passées, à voyager comme deux amoureux presque normaux. Jusqu’à ce que Tara tombe enceinte. Et même très enceinte, puisque Tara attend des jumeaux. Et que son fichu instinct, probablement exacerbé par toutes ces hormones, se mette à hurler qu’un danger approche. Et soudain, tout s’emballe : Cal est envoyé dans les plaines du Mentalir pour enquêter sur la disparition massive et incompréhensible (et donc suspecte) de gnomes, licornes et centaures, tandis que Tara et son amie/garde du corps vampyre Selemba (elle aussi bien enceinte, mais de façon nettement plus digne qu’elle) tentent de retrouver les paons pourpres aux cents yeux d’ors, emblèmes de l’Empire, qui ont également disparus sans laisser la moindre trace … Quelque chose ne tourne définitivement pas rond, et Tara, qui a tant pesté contre sa maudite magie, ne souhaite désormais plus qu’une seule chose : qu’elle lui revienne. Pour qu’elle puisse protéger les deux petites crevettes qui grandissent et gigotent dans son ventre, et qu’elle aime déjà plus que tout et quiconque au monde. Car elle a définitivement un très, très mauvais pressentiment …

Si je laisse de côté la frustration innommable qui m’a donc poussé à ne même pas regarder cet opus pour ne pas raviver le petit pincement au cœur qui surgit inévitablement quand je pense à ce second cycle avorté, je peux sans hésitation affirmer que Tara et Cal est tout simplement excellent, peut-être même meilleur que tous les précédents. Peut-être parce que les personnages principaux ont grandi, muri, et parce que l’histoire a très logiquement suivi le même chemin. Tara adolescente était au mieux attendrissante, mais la plupart du temps un tantinet agaçante. Mais la Tara adulte, elle, est vraiment touchante, attachante. Elle a toujours fait passer les autres avant elle, c’est une qualité qu’on ne peut pas lui nier … mais le syndrome du sauveur est tellement contagieux chez les héros de roman que cela n’émouvait pas outre-mesure. Désormais, ce n’est plus le monde et les innocents que Tara veut à tout prix sauver (même si elle ne peut pas s’en empêcher, on ne se refait pas) … ce sont ses enfants. Cela peut sembler tout aussi cliché, la figure de la maman-lionne qui ne recule devant rien pour ses bébés, mais cela rend Tara bien plus « humaine », bien plus proche de nous, car c’est une préoccupation tout à fait « ordinaire » (bien plus, en tout cas, que d’empêcher une vache stellaire de mâchouiller et ruminer toute vie sur les planètes qui passent à proximité). Ceux qui trouvaient que Tara était un peu trop héroïque, trop altruiste, apprécieront sans doute plus cette Tara plus « égoïste », qui veut bien sauver d’illustres inconnus, si et seulement si ça ne met pas ses bébés en danger … et qui préfère laisser les illustres inconnus se débrouiller seuls si cela est nécessaire à la survie de ses bébés.

Et, privée de sa magie, Tara est aussi bien plus vulnérable. Inconsciemment sans doute, grisée et bridée par le fait d’être la sortcelière la plus puissante, celle sur qui reposait la si lourde responsabilité de garder tout le monde en vie, Tara ne s’autorisait plus à ressentir la peur, le doute. Elle estimait ne devoir compter sur l’aide de personne, devoir et pouvoir tout affronter seule. Redevenue une « simple » humaine, Tara renoue aussi et enfin avec sa fragilité, son émotivité. Elle redevient une jeune femme comme toutes les autres : quand c’est trop, c’est trop, elle a le droit de dire stop, de lâcher prise, de baisser les bras. De demander, réclamer, supplier de l’aide. De ne pas vouloir être toute seule. De pleurer parce qu’elle veut sa maman. Car elle n’a que vingt-deux ans. Elle n’est encore qu’une enfant qui a été privée de son enfance. Parce que jusqu’à ce que sa magie s’évapore, personne ne voyait l’adolescente paumée qu’elle était : tout le monde ne voyait en elle que la solution à tous les problèmes. Et même maintenant que sa magie surpuissante s’est envolée, il y en a toujours pour ne voir en elle que cette surpuissante sortcelière, et non plus une toute jeune femme terriblement enceinte de jumeaux. Car l’amour rend aveugle, dit-on, mais visiblement la haine aussi : tout poisseux de colère vengeresse et d’avidité mégalomane, le grand méchant de cet opus ne recule devant aucune barbarie, aucune cruauté. Il met tous les sortceliers dans le même sac, y compris d’innocents nourrissons qui n’ont rien demandé ni rien fait à personne. A force de voir des monstres partout, il en est devenu un lui-même …

Et il fallait bien un méchant de cette ampleur (même si, comme bien souvent, Sophie s’est amusée à le tourner en ridicule à plusieurs reprises) pour briser la paix et la sérénité si durement acquise sur AutreMonde, pour briser net le cocon de bonheur que Tara et Cal avaient si patiemment tissé autour de leur petite famille à venir. Un méchant tout neuf, qui n’a rien à voir avec toutes les menaces précédentes : rien de mieux pour redonner un peu de peps à cet univers ! Certains reprochaient parfois à Sophie de faire trainer ses intrigues en longueur, d’étirer sans fin les temps de latence et d’incertitude : ils ne pourront assurément rien dire de tel pour cet opus, car elle nous a au contraire concocté un récit follement trépidant, au rythme effréné, endiablé. Pas le moindre temps mort à déplorer : du début à la fin, il ne cesse de se passer quelque chose. Coups de théâtre, fausses pistes, compte à rebours, trahisons et contre-complots, cavalcades, face-à-face … Nos pauvres héros désemparés n’ont pas le temps de souffler, et le lecteur n’a assurément pas le temps de s’ennuyer. L’action est omniprésente, sans pour autant devenir étouffante. On n’est pas dans la surenchère de scènes épiques, mais bien plutôt dans une sorte de crescendo de tension remarquablement bien maitrisé : chapitre après chapitre, on sent l’urgence enfler, on a le cœur qui bat de plus en plus vite, on a même les mains moites, tandis que se rapproche inexorablement l’apothéose finale qu’on espère tout en craignant, qu’on imagine sans prédire, qu’on pressent mais qui nous file entre les doigts pour mieux exploser quand on ne s’y attend plus. Du vrai génie !

En bref, vous l’aurez bien compris : s’il n’avait pas été annulé, il ne fait absolument aucun doute que ce nouveau cycle aurait été meilleur encore que le premier ! Ce qui aurait dû être un « premier tome » (et qui est donc devenu une sorte de « hors-série » bâtard) était vraiment plus que prometteur : on est vraiment dans un récit bien plus mature, bien plus profond, que tout ce que Sophie nous avait offert jusqu’à présent. Le plaisir de retrouver Tara, Cal et leurs amis se mêle à celui de les redécouvrir : pendant deux ans, n’étant plus obligés de voler au secours du monde toutes les deux minutes, ils ont enfin pu devenir pleinement eux-mêmes, car ça prend du temps et demande de l’énergie, de s’épanouir. Et même si, en apparence, ils ne sont plus aussi soudés, aussi fusionnels qu’auparavant, on a vraiment le sentiment que leur amitié s’est nourrie de cet éloignement : avant, ils ne formaient qu’une sorte d’entité indéfinie, maintenant, ils sont véritablement un groupe d’amis. Qui s’ouvre plutôt que de rester replié sur lui-même. Ils ont trouvé un nouvel équilibre, et même si une menace surgit de nulle part s’efforce de le briser en mille morceaux, il semblerait qu’ils soient une fois de plus prêts à affronter tous les dangers qui se dressent devant eux. Ensembles. Envers et contre tout. Et cela même si, et surtout si, celui qui a besoin d’aide préfèrerait rester seul … Encore une fois, Sophie nous offre une très belle histoire d’amour et d’amitié, qui m’a vraiment beaucoup touchée. Et c’est bien parce qu’elle arrive toujours à me faire rire et vibrer que, malgré tout, je continue à aimer ses livres, et à l’apprécier.

samedi 30 avril 2022

Tara Duncan, tome 12 : L'ultime combat - Sophie Audouin-Mamikonian

Tara Duncan12, Sophie Audouin-Mamikonian

L’ultime combat

 Editeur : XO

Nombre de pages : 518
Résumé : Tout est-il perdu ? Tara Duncan est épuisée. La puissance de sa terrible magie la met en première ligne pour lutter contre la comète qui tente toujours de dévaster les planètes démons et d’en collecter les âmes. Lentement, mais sûrement, les sortceliers plient sous les assauts incessants. Envoyés en mission dans l’espace profond, Tara, le magicgang, mais aussi Archange, Maître Chem, Mourmur Duncan, Mara ou Selenba, vont déterrer un secret enfoui depuis plus de cinq mille ans. Par une ironie du sort, Tara sera-t-elle sauvée par son pire ennemi, Magister ? L’ultime combat vient de commencer. Et tous ne survivront pas.

 

- Un petit extrait -

« — Magister veut que Mourmur fasse fonctionner les armes de ton peuple afin probablement d’asservir le reste de l’univers, répondit Tara d’un ton léger. Tu sais, le truc classique : « Je vais dominer l’univers, mouuuuaaaahhh ! »

Archange la regarda, ses yeux verts légèrement écarquillés.

— « Mouuuaahhhhh ? »

— Oui, c’est le rire cynique et terrible que les méchants ont en magasin. Et qu’ils ressortent pour un oui ou pour un non. « Enfin, j’ai écrasé ce moustique qui me tournait autour, mouuuuaaaahh ! », ou : « Meurs, ennemi ! Mouuuuaaaahh ! » Ils le mettent à toutes les sauces, c’est d’un banal !

Archange avait l’air de se demander si Tara avait totalement perdu l’esprit, mais le masque de Magister vira de nouveau au noir, signe qu’il n’était pas très content.

— Très drôle, fit-il d’une voix glaciale. Transportez Mourmur jusqu’à mes vaisseaux ou je vous réduis en purée d’atomes.

Et le chef des Sangraves ajouta d’une voix sépulcrale :

— Mouuuaaaaaaah ! »

- Mon avis sur le livre -

 Quand je vous disais qu’il y avait toujours quelque chose en ce bas monde qui s’acharnait pour m’empêcher de terminer mes sagas préférées, je ne vous mentais pas : quand ce n’est pas une tripotée de services presse impromptus, quand ce n’est pas une déferlante de lectures communes mal calées, quand ce n’est pas un tsunami de nouveaux challenges attractifs … c’est le covid qui s’incruste. Ce fut la toute première expérience du virus pour la famille, et autant vous dire qu’on se serait bien passé de ces dix jours de larvitude (oui, je sais, ce mot n’existe pas, mais je suis comme Sophie Audouin-Mamikonian : quand un mot mériterait d’exister car il exprime parfaitement ce que je veux dire, je l’utilise quand même). Cette minuscule petite bestiole aura même réussi l’exploit de m’ôter jusqu’à l’envie de lire, ce qui est exceptionnellement rare chez moi : s’il m’arrive de temps à autre de ne pas en avoir la force ou le courage (en particulier lors de crises de migraine fort carabinées), je conserve toujours en moi ce désir viscéral de me plonger dans un livre pour mieux supporter le reste. Mais là … même pas. Je n’avais envie d’absolument rien. Pas même de Tara Duncan, chose que je n’aurai jamais pensé possible, puisqu’il s’agit précisément de la saga qui parvient généralement à se frayer un petit chemin au cœur de mes déprimes les plus profondes. Mais pas question de laisser un truc microscopique m’empêcher de lire le dernier opus des aventures de la petite sortcelière, alors que j’avais réussi à m’enchainé avec régularité tout le reste de la saga ! Namého !

Après avoir lutté contre le Ravageur d’Ame, le Dragon Renégat, la Reine Rouge, l’Invasion Fantôme, l’Impératrice Maléfique et la Reine Noire, sans oublier l’infatigable et indémasquable Magister, Tara pensait avoir tout vu. Mais la voici désormais en train de lutter de toutes ses forces contre une sorte de vache stellaire devenue l’hôte bien malgré elle d’un agglomérat d’âmes démoniaques folles de vengeance : si la situation n’était pas aussi dramatique, la formulation de cette nouvelle menace aurait pu la faire éclater de rire. Mais la situation est catastrophique : s’ils ne trouvent pas rapidement une solution pour détruire une bonne fois pour toute la comète démoniaque, celle-ci va détruire absolument tout ce qui se trouve sur son passage, et il ne restera plus derrière elle que carnage, désolation … et nulle âme qui vive. Et il faut faire vite : les forces des sortceliers s’amenuisent, et la peur et le découragement gagnent chaque jour du terrain. Tara ne voit donc qu’une seule solution pour mettre fin à ce fléau dévastateur : retrouver les ultimes objets démoniaques, bien cachés par les dragons sur des planètes éloignées, avant la vache/comète. Devenir amie avec les âmes enfermées dans ces-dits objets. Et prier tous les dieux de l’univers qu’avec celles qui sont déjà ses alliées, elles seront assez puissantes pour tenir tête à celles qui sont en train de semer la mort un peu partout dans la galaxie …  Mais cette expédition réserve bien des surprises à Tara et ses amis.

En lisant par-ci par-là les commentaires des autres lecteurs, je me rends compte qu’avec ce dernier tome, plus qu’avec tout autre, soit ça passe, soit ça casse. Il y a d’un côté ceux qui avaient des attentes très arrêtées sur ce qu’ils voulaient absolument trouver dans ce dernier opus, et ceux-ci ont pour l’essentiel été fortement déçus (car il ne faut pas oublier que Sophie est du genre à n’en faire qu’à sa tête, et nullement à se laisser contraindre par des exigences extérieures, quand bien même il s’agit de ses propres lecteurs) … et de l’autre, il y a ceux qui n’avaient qu’une seule attente, qu’une seule envie : celle de se laisser surprendre, et ceux-là ont été parfaitement servis, et du coup absolument ravis. Comme vous pouvez vous en douter, je fais partis de la seconde catégorie de lecteurs : connaissant Sophie, je me doutais bien qu’il ne fallait pas s’attendre à une fin trop conventionnelle, mais qu’il fallait au contraire se préparer à un final étonnant et détonnant, qui allait prendre à contrepieds toutes les certitudes et toutes les prévisions. Il est vrai, je peux comprendre la frustration des lecteurs déçus … mais je ne la partage pas, pour la simple et bonne raison que c’est justement ce que j’admire le plus chez Sophie, le fait qu’elle n’hésite pas à chagriner quelque peu ses lecteurs pour rester fidèle à elle-même, fidèle à ce qu’elle avait prévu de longue date, plutôt que de surfer sur la vague du fan-service pour être sûre de contenter absolument tout le monde. Elle aime les fins heureuses ? Elle fera une fin heureuse. Elle aime les mystères qui restent entiers ? Elle laissera certains mystères planer.

D’autant plus qu’il y a finalement bien plus important que certains mystères : il y a une comète dévoreuse d’âmes qui menace d’engloutir « proprement » et simplement toute vie dans la galaxie ! On s’occupera des autres menus tracas plus tard, si on arrive à rester en vie : tout est question de priorité, dans ce genre de situation apocalyptique ! Tara et ses plus fidèles amis, sans oublier ses nouveaux alliés, embarquent donc pour une mission des plus cruciales : prendre de vitesse une entité meurtrière capable de « sauter » d’un bout à l’autre de l’univers sans effort. Et trouver le moyen de l’arrêter tout en tenant la promesse faite aux âmes enchainées dans les objets démoniaques … Parfois, souvent, notre brave et pauvre Tara en veut terriblement aux dragons qui ont traficoté ses gènes pour la rendre si puissante : elle n’en peut plus d’être l’ultime rempart, d’être l’unique recours. Elle n’a même pas dix-neuf ans, et elle porte sur ses seules épaules la responsabilité écrasante de protéger et de sauver tout le monde (pour ne pas dire « tous les mondes »). Longtemps, Tara a supporté sans fléchir cette lourde charge : « de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités », dit un film terrien. Beaucoup de lecteurs ont reprochés à Tara d’être aussi héroïque, de toujours voler à la rescousse de tous ceux qui sont en danger ou en souffrance … ils ont intérêt à être contents, car dans ce tome, Tara laisse enfin transparaitre ce qu’elle cachait jusqu’alors bien profondément derrière ce masque de « super-héroïne » : une terreur incontrôlable, une lassitude infinie, et une certaine colère.

D’une certaine manière, l’ultime combat que nous promet le titre de ce tome n’est pas seulement celui qui confronte Tara et ses amis à cette menace d’un nouveau genre … C’est aussi eux-mêmes que nos héros doivent affronter : ils doivent affronter une bonne fois pour toutes les blessures de leur passé, leurs doutes, leurs peurs, leurs peines. La réapparition inopinée d’un personnage que tous pensaient mort et enterré depuis au moins une bonne vingtaine d’années, pile au mauvais moment, représente ce passé qui empêche de regarder vers l’avenir, qui enferme. Je suis vraiment très heureuse que ce brave Various ait osé prendre les choses en main : Lisbeth a toujours tellement laissé passer l’Empire en premier qu’elle en a oublié qu’elle méritait aussi d’être heureuse … Plus généralement, je suis très heureuse que tout soit bien qui finisse bien pour les personnages principaux : les drames et les tragédies, c’est bien, mais les fins heureuses, c’est très bien également (pour ne pas dire « mieux »). On aspire tous au bonheur, à la sérénité, et j’estime qu’on y a tous droit … et d’autant plus des jeunes gens comme Tara, Cal, Robin, Mara, Jar, Moineau, Fafnir, Betty, Fabrice et Sylver, qui ont déjà vu et vécu bien trop de souffrances et d’épreuves au long de leur courte vie. Alors même si, une fois de plus, je peux comprendre l’agacement de certains lecteurs, qui estiment que tout s’est résolu trop vite, trop bien, par un « tour de passe-passe » tiré par les cheveux … je ne partage pas cet agacement. La façon dont tout se résout est fort inattendu, c’est indéniable, mais elle ne me dérange pas le moins du monde : j’ai été surprise au tout dernier moment, et c’est bien plus que je pouvais l’espérer !

En bref, vous l’aurez bien compris : si une grande majorité de lecteurs (y compris parmi les plus passionnés) laissent éclater haut et fort leur déception, leur frustration, voire même parfois leur colère, face à cette fin de cycle qui « trahit » toutes leurs attentes, elle a dans mon cas dépasser toutes mes attentes ! C’est du Sophie Audouin-Mamikonian dans toute sa splendeur : beaucoup d’action, un rythme trépidant au point qu’il en devient insoutenable, beaucoup de rebondissements, des coups de théâtre et des révélations comme on n’en trouve que trop peur … mais aussi beaucoup d’émotions, avec des déclarations poignantes, et surtout beaucoup d’humour, avec des situations cocasses à souhait et des dialogues hilarants au possible. Mais ce qui m’a le plus réjouit, c’est bel et bien d’apprendre que ce n’était pas réellement fini, qu’il n’y avait pas besoin de dire adieu à tous ces personnages que l’on a appris à connaitre et à apprécié tout au long de ces douze tomes, qu’il n’y avait pas non plus besoin de dire adieu à cet univers fantasque et farfelu, drôle et coloré qui nous a tant fait rêvé. Je sais que cette vision ne fait pas l’unanimité, que certains auraient préféré une fin nette et définitive, mais pour ma part, je suis vraiment très heureuse de pouvoir retrouver Tara, Cal et tous leurs amis pour de nouvelles aventures ! Car même si c’est une saga qui ne plait visiblement pas à tout le monde, ça reste à mes yeux une des meilleures sagas qu’il m’ait été donné de lire, sans doute aussi car c’est l’une des plus originales, des plus insaisissables … J’ai toujours aimé ce qui sort du lot !