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samedi 28 octobre 2017

Marathon Men - Flo Renard



Marathon Men, Flo Renard

Editeur : Autoédité
Nombre de pages : 303
Résumé : Bordelais nouvellement installé à Marseille, Gwenaël est un garçon effacé qui manque d’assurance. À l’inverse, Victorien, paraplégique de naissance, possède une personnalité rayonnante et une inexhaustible volonté. Ils n’ont rien en commun si ce n’est une égale malchance qui les poursuit depuis l’enfance, et dont ils s’accommodent avec plus ou moins de philosophie. C’est la course qui va les rapprocher de manière très inattendue, et cette rencontre pour le moins percutante va définitivement changer leur vie…




Un grand merci à Flo Renard pour l’envoi de ce volume (et des marques-pages) et à la plateforme SimPlement pour avoir rendu ce partenariat possible.

- Un petit extrait -

« Victorien était comme lui.
Un malchanceux de naissance, un frère de déveine, un compagnon de mauvaise fortune. Toujours sous la menace d’un coup du sort, dans l’attente de la prochaine calamité. Une émotion sincère lui étreignit la poitrine et il balbutia :
- Oh… mais alors… toi aussi ?  »

- Mon avis sur le livre -

Samedi dernier, je suis rentrée de ma session pédagogique avec un mal de crâne horrible, des nausées à n’en plus finir, des vertiges atroces et une fatigue comme je n’en n’avais pas connue depuis des mois. J’ai donc laissé de côté ma lecture en cours, un gros pavé palpitant mais bien trop complexe pour la larve apathique que j’étais devenue, pour me tourner vers cet ouvrage que l’auteur m’avait présenté comme étant plus léger que son précédent roman, Aux petites heures de la nuit, que j’avais par ailleurs énormément apprécié. Et même s’il m’a fallu une bonne semaine pour en venir à bout (la fatigue finissait toujours par prendre le dessus sur la lecture), j’ai tout simplement adoré ce livre, aussi émouvant que drôle, qui fait dès à présent parti de ma « liste de bouquins à dévorer quand on est malade/déprimé (rayez la mention inutile) » !

Contrairement à son père et à son frère ainé, Gwenaël n’a rien d’un leader : parachuté à Marseille par son paternel pour remplacer l’ancien responsable des opérations logistiques de l’entrepôt marseillais de l’entreprise familiale, il peine encore à comprendre comme il a pu, en l’espace de quelques jours, être largué par son ex-petite amie et se faire licencier de son ancien boulot. Bien décidé à prendre enfin sa vie en main, Gwenaël décide de se mettre à la course à pied. Suite à une mémorable chute lors de sa toute première séance de running, il fait la rencontre de Victorien, un jeune homme s’entrainant lui aussi avec acharnement pour participer à un semi-marathon … dans la catégorie handisport. Gwenaël et Victorien ont un point commun : leur malchance légendaire. S’il doit arriver quelque chose de pas cool à quelqu’un, cela tombera forcément sur eux. Mais il semblerait bien que cette collision brutale entre le tibia de Gwenaël et le fauteuil roulant de course de Victorien soit au contraire la plus belle chose qui leur soit jamais arrivé …

Une fois encore, je tiens à remercier et féliciter Flo Renard pour la façon dont elle a évoqué la thématique du handicap. D’un côté, elle a su illustrer les difficultés rencontrées par Victorien (et par extension bien des personnes en fauteuil roulant) dans son quotidien : entre les valides dédaigneux qui s’autorisent à utiliser les places de stationnement réservées aux personnes en situation de handicap, les regards curieux ou gênés, les recruteurs qui s’obstinent à faire rimer « handicapé » avec « attardé » et le manque de logements adaptés, autant dire que sa volonté d’autonomie est souvent mise à rude épreuve. Sans oublier bien sûr la façon dont bien des français considèrent les personnes handicapées : des profiteurs qui se prélassent tranquillement chez eux en vivant des allocations payées par le contribuable. Ici, Flo Renard nous montre bien que Victorien, étant dans la possibilité physique et psychologique de travailler (ce qui n’est pas le cas de toutes les personnes en situation de handicap), veut le faire : hors de question à ses yeux de ne rien faire. L’auteur s’efforce ici de briser tous ces terribles préjugés qui attisent la haine d’une société tournée non pas vers la fraternité mais vers le jugement …

Mais la grande force des récits de Flo, c’est surtout de ne pas s’arrêter là : il ne s’agit pas de faire naitre pitié ou culpabilité chez le lecteur, ni de forcer l’admiration face au courage sans faille de Victorien qui surmonterait toutes ces difficultés sans jamais faillir. A travers cette histoire,  l’auteur ne nous présente pas un jeune homme en situation de handicap qui décide de vivre sa vie le plus normalement possible « en dépit » de son fauteuil roulant … elle nous présente seulement un jeune homme enjoué et déterminé, parfois découragé, qui s’avère être en fauteuil roulant. D’ailleurs, bien des fois, il m’est arrivé d’oublier ce-dit fauteuil jusqu’à ce qu’il soit de nouveau évoqué ! Victorien ne se définit pas par son handicap ; celui-ci fait partis de lui sans être sa seule caractéristique. Pour tout avouer, ce que je retiens de lui, au final, ce n’est pas son handicap mais sa malchance à toute épreuve : être oublié dans un bureau après un exercice d’évacuation incendie ou bien tomber sur un bouchon sur l’autoroute deux minutes seulement après avoir dépassé l’ultime sortie, clairement il aura tout eu ! Bref, ce que j’aime dans ce livre, c’est que Victorien ne remplit pas le rôle du « gars qui fait ouvrir les yeux du lecteur sur la dure vie des personnes en fauteuil roulant », mais bel et bien le rôle principal, au côté de Gwenaël, du « sportif amoureux qui compte bien courir son marathon tout en vivant le parfait amour avec son compagnon ».

Plus que l’histoire, ce sont les personnages qui m’ont véritablement conquise. J’ai beaucoup aimé leur personnalité : entre Gwenaël, sa timidité et son manque d’assurance, et Victorien, son ironie et sa détermination, bref, entre ces deux garçons sensibles et gentils, mon cœur balance encore. Cela fait tellement de bien de voir, dans un roman, des garçons émotifs, généreux, tendres : ces qualités sont tellement mal perçues dans notre société … lorsqu’elles sont détenues par des garçons. Le père de Gwenaël considère ainsi son fils comme « un benêt, un couillon », tout simplement parce qu’il est plus effacé et moins assuré que l’idéal masculin le voudrait. Donc, définitivement, je suis ravie d’avoir fait la connaissance de Victorien et Gwenaël, que leur malchance mêlée de maladresse rend encore plus attachants ! J’ai toutefois une mention spéciale à discerner à Milla, la chienne de Victorien, qui est un personnage à part entière dans cette histoire. Si seulement elle pouvait sortir de la couverture et venir me tenir compagnie, je serai ravie : elle est à la fois drôle et mignonne, intelligente et farceuse, adorable et gaffeuse ! Voici donc mon personnage préféré dans cette histoire !

Une histoire qui, comme je l’ai rapidement dit dans l’introduction, avait tout pour me remonter le moral. Une jolie histoire d’amour qui, si elle nait très rapidement, n’a rien du coup de foudre artificiel : ce n’est qu’au fur et à mesure qu’ils apprenaient à se connaitre que leur amitié s’est muée en quelque chose de plus profond, de plus fort. Une des choses que j’ai particulièrement apprécié, c’est que dans ce livre, l’accent est mis sur les sentiments : aucune scène érotique dans ce roman, et c’est très bien comme cela ! Ils s’aiment, tout simplement, pour ce qu’ils sont l’un et l’autre, et pas uniquement pour les nuits passées ensemble. Autre point très important dans ce récit : l’humour. Victorien et Gwenaël, on l’a dit, sont deux grands malchanceux chroniques, et malheureusement pour eux, ce n’est pas parce qu’ils sont en couple que les choses se sont miraculeusement arrangées ! Je dois bien l’avouer, j’ai très régulièrement rigolé face à leurs mésaventures, souvent cocasses … même si, une fois, j’étais au bord de la crise de larmes, j’ai eu trop peur pour Milla et les deux garçons ! Mais le comique n’est pas uniquement de situation, il est également de parole : Victorien a l’art et la manière de dédramatiser les choses, de manier l’ironie avec brio, et ses interventions m’ont beaucoup fait rire également !

En bref, vous l’aurez compris, ce roman est un coup de cœur qui a réussi à me redonner le sourire en dépit de l’apathie dans laquelle j’étais plongée. Une histoire d’amour joliment menée et agréablement racontée, des personnages attachants qui n’hésitent pas à montrer leurs sentiments et émotions, des situations souvent comiques et de l’humour à toutes les pages … rien à redire, ce roman a tout pour entrer dans le cercle très fermé des livres-doudous ! Alors forcément, je ne peux que vous conseiller cette petite perle de l’autoédition qui prouve, si cela est encore à prouver, que parfois, la simplicité a du bon : cette histoire, finalement, n’est rien d’autre qu’une « tranche de vie » de deux personnages plutôt banals, mais cela ne l’empêche pas d’être tout simplement géniale !

Ce livre a été lu dans le cadre de la Coupe des 4 maisons
(plus d’explications sur cet article)

vendredi 8 septembre 2017

Aux petites heures de la nuit - Flo Renard



Aux petites heures de la nuit, Flo Renard

Editeur : Autoédité
Nombre de pages : 338
Résumé : À dix-sept ans, Benjamin, violoniste talentueux, ambitionne de devenir instrumentiste quand un accident de la route vient briser tout net ses espérances. Devenu paraplégique, il doit réapprendre à vivre sans ses jambes. Aux Épicéas, un centre de rééducation, Benjamin fait la connaissance d'Élise et de Léopold, deux patients aussi malmenés que lui par la vie. Grâce à l'amitié de la première et l'amour du second, mais aussi la musique, Benjamin entame son long chemin vers la guérison. Alors qu'il recommence à prendre goût à l'existence, d'étranges phénomènes se produisent, qui menacent de le faire basculer dans la folie ...

Un grand merci à Flo Renard pour l’envoi de ce volume (et des marques-pages) dans le cadre d’un concours organisé chez Les Passions d’Aely (que je remercie également).

- Un petit extrait -

« Une forme se dessinait lentement, dissipant la buée pour représenter… une main. Horrifié et fasciné, Benjamin ne pouvait détacher le regard de cette empreinte apparue de nulle part et dont nul n’était à l’origine, car il n’y avait personne de l’autre côté de la paroi de verre. Tout aussi lentement, une seconde main se forma à quelques centimètres de l’autre, d’abord les aplats de la paume puis les traits plus fins des doigts écartés. Et la pièce, de l’autre côté de la dérisoire paroi translucide, demeurait vide. Un goût de bile au fond de la gorge, le garçon se pencha en avant, jusqu’à effleurer de l’index l’empreinte de droite, incapable de croire à ce qu’il voyait ; son doigt traça un sillon qui effaça la trace où elle l’avait touchée. Les deux mains, qui n’étaient pas les siennes, s’étaient imprimées de l’intérieur de la cabine. »

- Mon avis sur le livre -

Pour commencer l’année scolaire en beauté, quoi de mieux que la lecture d’un roman sortant complétement de notre zone de confort ? Il est déjà rare que je lise des romances : si j’aime les jolies histoires d’amour, je suis assez méfiante vis-à-vis de ce genre car je n’aime pas particulièrement lorsque l’intrigue n’est fondée que sur une histoire d’amour sans qu’il ne se passe rien de bien captivant à côté. C’est ma plus grande crainte lorsque j’ai entre les mains un ouvrage estampillé « romance » : une banale histoire de coup de foudre, une dispute ou deux et puis la happy end, sans rien d’autre en plus. Heureusement pour moi, vous le verrez, ce n’est absolument pas le cas ici ! Mais si ce livre diffère tellement de ce que j’ai l’habitude de lire, c’est également parce qu’il s’agit du tout premier roman mettant en scène un couple homosexuel que je lis. Jusqu’à présent, aucun résumé n’avait réussi à me donner envie de découvrir ce genre, toujours pour la même raison : une romance entre deux hommes - ou deux femmes -, oui, mais uniquement si toute l’intrigue ne tourne pas uniquement autour de ce couple. J’ai besoin que cette histoire d’amour s’intègre dans une intrigue pour que cela m’intéresse, sinon je m’ennuie. Et pour vous montrer à quel point, ici, il y a une véritable histoire en dehors de cette romance, je vais tâcher de rédiger mon résumé en occultant cette dernière - vu que la quatrième de couverture vous en parle déjà !

Le violon n’était au départ qu’une simple activité extrascolaire, mais pour Benjamin, cela s’est rapidement transformé en passion dévorante et vitale. Entré au Conservatoire, le jeune homme rêve déjà d’une carrière entièrement musicale. Mais voilà que le sort vint réduire à néant ses plans bien rodés : un terrible accident, et le voilà paraplégique, coincé dans un fauteuil roulant qui le déprime autant qu’il le révolte. Les premiers temps aux Epicéas, centre de rééducation portant bien mal son nom puisque nul Epicéa ne se cache dans le parc, sont durs : Benjamin ne voit pas à quoi cela lui servirait de faire des efforts puisqu’il ne retrouvera de toute manière pas l’usage de ses jambes. Heureusement qu’Elise, une autre pensionnaire, est là pour lui donner un coup de pieds métaphorique aux fesses ! Grâce à la présence de la jeune fille ainsi que celle de Léopold, passionné d’histoire et faisant partie d’un groupe de reconstitution historique, le jeune homme va progressivement commencer à aller mieux. Jusqu’à ce que d’horribles rêves, toujours identiques et accompagnés d’une entêtante musique, ne viennent troubler ses nuits … et que d’étranges manifestations surnaturelles ne s’immiscent dans ses journées. Quel mystère se cache derrière ces inexplicables visions ?

Avant de parler plus précisément de l’histoire et de sa narration, je tiens à faire un focus sur un des thèmes majeurs de cet ouvrage : le handicap. C’est une thématique que l’on retrouve de plus en plus souvent dans la littérature jeunesse, mais j’ai rarement eu l’occasion de lire un roman traitant avec autant de délicatesse et de justesse ce thème. En effet, une des choses que j’ai énormément apprécié ici, c’est que Benjamin, Elise et Léopold ne sont pas caractérisés par leur handicap, mais uniquement par leur personnalité. Certes, leur fauteuil roulant fait désormais partie de leur vie, mais ils ne supportent pas de n’être considérés que comme « des handicapés en fauteuil roulant » qui attirent soit la haine (la peur de la différence) soit la pitié. Ils veulent être appréciés - ou détestés - pour eux-mêmes et pas pour cet objet qui les accompagne. Je remercie vivement l’auteur pour avoir mis en avant cette volonté, partagée par toutes les personnes en situation de handicap (que ce handicap soit physique ou mental), de ne pas être perçu uniquement à travers leur condition.

Pour en revenir à l’histoire, donc, je dois admettre avoir été particulièrement époustouflée : je ne m’attendais pas à quelque chose d’aussi « complet ». Il y a, tout d’abord, l’histoire de la reconstruction de Benjamin après ce terrible accident qui lui a ôté l’usage de ses jambes. Une fois encore, l’auteur a misé sur le réalisme : contrairement à la légende urbaine qui veut que toutes les personnes se retrouvant face à une situation pareille se découvrent immédiatement un courage inouï et jusqu’alors insoupçonné, Benjamin est dévasté. Dans les premiers temps, il ne se bat pas avec vaillance et fierté pour retrouver l’autonomie qui lui a été enlevée par cette tragédie. Dans les premiers temps, il a juste envie de se jeter par la fenêtre - avant de se souvenir qu’il ne peut même pas le faire et d’en être encore plus déprimé. Ce n’est que progressivement qu’il retrouvera gout à la vie et l’envie de faire des efforts. Et on en vient au deuxième point : cette histoire, c’est autant une histoire d’amitié qu’une histoire d’amour. Car certes, la relation qu’il entretient avec Léopold va lui être très bénéfique dans ce long chemin vers la reconstruction, mais l’amitié d’Elise va également beaucoup l’aider. J’aime beaucoup ce trio, soudé par des liens solides, une confiance inébranlable, et dont chaque personnalité complète à merveille les deux autres ! 

Et puis, à côté de cela, deux éléments rendent cette intrigue unique. Tout d’abord, l’importance de la musique dans le récit : le violon fait partie intégrante de la vie de Benjamin, et forcément il fait également partie intégrante de ce processus de reconstruction. Ainsi, l’histoire est ponctuée de références musicales, dont on retrouve à la fin de l’ouvrage une liste : quoi de plus réjouissant que de pouvoir écouter en parallèle de sa lecture les musiques qui y sont citées ?! A cela s’ajoute quelque chose que malgré le résumé je n’avais pas vu venir : une bonne touche de fantastique, vous savez, le fantastique à la Horla, le fantastique qui fait frissonner. Des rêves troublants qui se répètent nuit après nuit, faisant craindre l’arrivée du sommeil, une mélodie envoutante que seul le héros entend … Une agréable surprise, encore plus lorsque cela se couple à une véritable enquête ! Cette dose de surnaturel et d’angoisse contrebalance à merveille la mignonitude (je sais, ce mot n’existe pas, mais il décrit tout de même à merveille ce que je veux exprimer) de cette belle histoire d’amitié et d’amour rafraichissante à souhait. J’adore les récits qui mêlent les genres, je suis comblée !

En bref, un roman assez court qui se lit par conséquent vraiment rapidement, d’autant plus que l’histoire est captivante, les personnages sont attachants, et la plume est magnifique. Une narration fluide mais surtout pleine d’humour et de légèreté qui fait naitre un sourire perpétuel sur les lèvres du lecteur. Les dialogues entre Léopold et Elise m’ont littéralement fait explosée de rire ! Il y a énormément de vie dans la façon dont l’auteur manie les mots : je n’avais pas le sentiment de lire un roman, mais bel et bien d’accompagner les personnages dans leur aventure. C’est rare, une narration aussi vivante, aussi expressive et dynamique. Vous l’aurez compris, ce livre que je débutais avec une petite appréhension à cause de son genre a su dépasser toutes mes attentes et me conquérir ! Un coup de cœur qui me donne très envie de découvrir le second ouvrage de l’auteur …

Ce livre a été lu dans le cadre du Challenge de l’été 2017
(plus d’explications sur cet article)

Ce livre a été lu dans le cadre de la Coupe des 4 maisons
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