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mercredi 5 février 2025

Les clans du ciel, tome 1 : La quête d'Ellie - Jessica Khoury

Les clans du ciel1, Jessica Khoury

La quête d’Ellie

 Editeur : Bayard jeunesse

Nombre de pages : 374

Résumé : Alors qu’elle participe à un concours pour devenir apprentie chevaleresse, Ellie, une Moineau, rencontre le Corbeau Nox, un voleur. Malgré leurs différences, tous deux doivent s’unir pour rejoindre Thelantis, la capitale du royaume. Les voilà qui s’envolent pour une aventure pleine de magie, mais aussi de dangers. Car les gargouilles, ces monstres venus du ciel, ne sont jamais très loin…

 

- Un petit extrait -

« Je veux un autre monde, dans lequel les rois se soucient du bien-être de leur peuple, et où les règles sont faites pour aider les gens à s’élever, pas pour les oppresser et les écraser.  »

- Mon avis sur le livre -

 Trop souvent, les auteurs de littérature jeunesse s’imaginent qu’il suffit de divertir les enfants, de leur faire aimer l’histoire : je ne dis pas que c’est faux, mais j’estime que c’est insuffisant. Pour moi, un bon livre pour enfant ou jeune adolescent doit non seulement plaire au jeune lecteur, mais aussi le faire grandir. Lui faire prendre conscience que le monde est bien plus vaste que son petit quotidien, et que la vie est plus complexe que ce qu’il pouvait imaginer jusqu’alors. Tout le monde s’accorde pour dire qu’un héros de roman, s’il est bien construit et qu’il vit des aventures dignes de ce nom, évolue au cours de son parcours ; la force d’un roman, c’est de permettre au lecteur de tirer lui aussi les mêmes leçons que ce héros, mais sans avoir à risquer sa vie pour cela. Ce que j’aime donc, ce sont les romans jeunesse qui ne prennent pas les petits lecteurs pour des idiots, mais bien comme de petits héros « de la vraie vie » en devenir, à qui il faut offrir l’opportunité de mûrir grâce à sa lecture.

Et sur ce point-là, ce roman a tout bon. L’autrice nous plonge au cœur d’un univers qui, au premier abord, fait rêver : des humains-oiseaux, n’est-ce pas féérique au possible ? Je pense qu’on est nombreux à s’être déjà demandé ce que cela ferait, de pouvoir s’envoler, s’extirper de la pesanteur, être parfaitement libre d’aller dans toutes les directions, de danser avec le vent, de prendre de la hauteur. J’ai donc trouvé l’idée vraiment sympathique, et assez originale car je n’ai pas le souvenir d’avoir déjà croisé ce genre de « croisement » dans une lecture ! Mais pour moi, la grande force de cet univers est ailleurs : derrière ce côté un peu féérique se cache une réalité sociale (sociétale ?) bien plus compliquée, bien moins réjouissante d’ailleurs. Des castes supérieures, des castes inférieures. Des destins bien tracés pour les uns ou les autres, sans possibilité de s’échapper de cet ordre bien établi pour s’élever plus haut que sa « condition » de naissance : si tu es né Moineau, on estimera que tu es condamné à être paysan, que tu es « fait » pour cela et pour rien d’autre. Et bien évidemment, aucun membre d’un Clan « supérieur » ne s’abaissera à faire quelque chose d’aussi dégradant, alors que le simple fait d’être né Faucon fait de vous un noble.

Et voici qu’Ellie, une jeune Moineau, orpheline de surcroit, est bien déterminée à prouver sa valeur et à devenir une Aile d’Or, une super-sentinelle des cieux. Jamais aucun enfant d’un Clan inférieur n’a revêtu l’uniforme de ce corps d’élite. Il faut dire que jamais aucun enfant d’un Clan inférieur n’a essayé de participer aux courses de sélection : le règlement ne l’interdit pas, mais « cela ne se fait pas ». De toute manière, un Moineau, c’est trop fragile pour porter l’épée, pas assez endurant, pas assez rapide, trop petit, trop … inférieur. Mais Ellie refuse de laisser qui ou quoi que ce soit la décourager. Déterminée, et même obstinée, la fillette est prête à tout pour réaliser son rêve … Ellie est tellement attachante, tellement adorable, qu’on lui souhaite de réussir, même si en tant qu’adulte, je pressentais que les choses n’allaient pas être aussi simples, et j’avais donc beaucoup de peine par anticipation pour elle. Car c’est vraiment une enfant avec un cœur d’or, qui ne désire rien d’autre que de faire le bien, que de rendre la vie plus sure et plus belle pour tout le monde. J’ai aimé sa candeur, sa naïveté, son altruisme, son dévouement : elle représente ce qu’il y a de meilleur dans la nature humaine …

Mais nous ne le savons que trop bien : dans la vie, le meilleur côtoie le pire. Et c’est le jeune Nox qui se fait en quelque sorte le dépositaire de la noirceur de l’existence. Né dans un Clan brisé, un Clan déchu, un Clan qui n’a même plus le statut de Clan, il est encore plus inférieur que n’importe quel membre d’un Clan inférieur. Il fait partis des rebuts parmi les rebuts, des moins que rien, aux côtés de ceux qui souffrent de la terrible « lépraille » que l’on parque dans des « camps » de fortune, de ceux que les plus grands de son monde souhaitent garder bien caché, le plus loin possible d’eux. Car la misère, quand on fait partie des nantis, on ne veut pas la voir. Par pure indifférence, par mépris, voire même pour certains … par profit. Certains sont prêts à tout pour assouvir leur soif de richesse ou de pouvoir, y compris à exploiter la misère des plus petits, des plus fragiles, des plus désespérés … Nox est un jeune homme désabusé, profondément blessé par la vie, qui a tellement côtoyé la noirceur qu’il est incapable de voir la lumière. Si Ellie est attachante, Nox est touchant : on sent bien que derrière ses airs de voyous sans foi ni loi se cache un cœur sensible et torturé, et on espère vraiment qu’il retrouvera un jour un peu d’espoir …

Et comme on peut s’en douter, nos deux héros vont … se rencontrer. Et bien sûr, ça fait des étincelles : même si ce roman est bien plus profond qu’il ne peut en avoir l’air au premier abord, on reste dans un roman destiné en premier lieu à des jeunes lecteurs de 9 à 12 ans. Donc ça se crêpe le chignon, ça n’est jamais d’accord, ça s’envoie des noms d’oiseaux à la figure (presque littéralement, sur le coup), ça boude, ça se réconcilie pour recommencer trois heures plus tard … C’est vraiment le petit côté léger de toute cette histoire, leur relation, même si on voit venir la super belle histoire d’amitié à des kilomètres à la ronde. Mais voilà, même si c’est prévisible, j’aime toujours ces duos « mal assortis » et pourtant si complémentaires : c’est souvent bien plus intéressant à suivre que des amis « fusionnels » qui se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Là, chacun est invité à se confronté à la vision de l’autre, ce qui aide le lecteur à en faire de même (surtout qu’il se sentira, de base, plus « proche » de l’un ou de l’autre). Face à toutes les embûches qui se dressent sur leur chemin, ils vont réagir différemment, et c’est souvent en trouvant une voie médiane entre leurs deux positions qu’ils parviennent à s’en sortir. Ils forment une bonne équipe, non pas parce qu’ils pensent pareil, mais justement parce qu’ils finissent par accepter que c’est normal de ne pas toujours penser pareil.

Je pense que je pourrais continuer à vous parler de ce premier opus pendant des heures et des heures ! D’un côté, c’est vraiment un récit d’aventure palpitant, avec beaucoup de rebondissements, le genre de roman qui se dévore d’une traite car il arrive toujours une nouvelle péripétie à nos héros et qu’on a terriblement envie de savoir comment ils vont pouvoir se sortir de ce nouveau mauvais pas … Et de l’autre, c’est aussi un roman qui véhicule pas mal de choses, qui illustre sans les nommer les inégalités sociales et les injustices qui en découlent, qui dénonce également l’indifférence et l’égoïsme des plus « grands » qui ne voient que leurs privilèges à conserver coute que coute (même si cela nécessite de laisser des gens souffrir), sans oublier l’hypocrisie et la jalousie qui gangrènent les relations entre les individus … Vraiment, je suis sous le charme, j’ai très envie de découvrir la suite de la saga, et je vous la conseille à 100 000% !

samedi 13 août 2022

Come Find Me - Megan Miranda

Come find me, Megan Miranda

 Editeur : Bayard

Nombre de pages : 425

Résumé : Depuis qu’elle a survécu au drame qui a frappé sa famille, Kennedy, seize ans, n’a plus qu’un but : poursuivre les recherches que menait son frère sur l’Univers et la vie extraterrestre. Nolan, jeune lycéen d’une ville voisine, est, quant à lui, déterminé à découvrir ce qui est véritablement arrivé à son frère, disparu sans laisser de trace. Kennedy et Nolan ne se connaissent pas, mais leur quête va les mener au même étrange signal. Une fréquence négative qui ne devrait pas exister. Un message qui semble les alerter. Mais la menace qui plane sur eux peut-elle encore être écartée ?

 Un grand merci aux éditions Bayard pour l’envoi de ce volume et à Babelio pour avoir rendu ce partenariat possible.

 

- Un petit extrait -

« La plupart des gens ont besoin de preuves pour croire. Mais, à mon avis, ça marche peut-être dans l'autre sens. Peut-être qu'on commence par croire, que cela nous change et, du coup, ça nous rend capables de percevoir d'autres possibilités. »

- Mon avis sur le livre -

 La raison peut-elle tout expliquer ? Tout du moins notre monde s’efforce-t-il de le croire (quand bien même une croyance peut être parfaitement irrationnelle, c’est une contradiction qu’il est politiquement incorrect de pointer du doigt) : quoi qu’il arrive, nous cherchons toujours à apporter une explication logique, cartésienne, quitte à occulter les éléments qui contredisent cette-dite explication, quitte à extrapoler pour mieux la faire tenir debout. Et pourtant, parfois, on a beau tourner et retourner la question dans tous les sens, difficile de trouver une justification purement rationnelle. Ainsi, comment expliquer qu’une petite fille hospitalisée, entendant débarquer des dizaines et des dizaines d’ambulances chaque jour, se soit réveillée en panique au beau milieu de la nuit au son d’une sirène, sans savoir que c’était sa maman qui était transportée aux urgences ? Et comment expliquer qu’un jeune homme habitant en ville, et voyant passer des dizaines et des dizaines de voitures de police chaque jour, se soit senti paniqué en en voyant une passer, sans savoir que c’était sa maman qui avait eu le léger accident de voiture vers lequel ils se précipitaient ? Une ambulance fait le même bruit qu’une autre ambulance, quand bien même elle transporte votre maman. Une voiture de police ressemble à une autre voiture de police, quand bien même elle se dirige vers votre maman. Il y en aura toujours pour soutenir qu’il y a une seule et unique explication possible à ces pressentiments, et qu’elle est seulement et purement rationnelle … mais ne peut-on pas envisager qu’il y ait autre chose que la seule raison en ce bas-monde ? A trop suivre la raison, ne risquons-nous pas de passer à côté de quelque chose ?

C’est ce que pense Nolan. Il y a deux ans, juste avant la disparition de son frère ainé, tandis que ce dernier s’éloignait dans le parc avec son chien, Nolan a eu une de ces prémonitions indescriptibles, terrifiantes, la certitude absolue qu’un malheur allait survenir. Mais ses parents n’ont pas voulu l’écouter, et quand ils ont commencé à se demander où était passé Liam, il était trop tard … Aujourd’hui, ils ne l’écoutent pas plus : investis corps et âmes dans leur association consacrée à la recherche des enfants portés disparus, ils passent désormais leurs journées à placarder des photos de gosses sur tous les murs de la maison, à répondre à des centaines de coups de téléphones d’inconnus assurant avoir vu l’un ou l’autre de ces gamins, à accueillir et former des dizaines d’étudiants « bénévoles » en quête d’un bon point dans leur CV … Nolan, lui, déambule dans le parc, armé de ses détecteurs de champs électromagnétiques et autres appareils de mesure, convaincu qu’il finira par comprendre ce qui a bien pu arriver à son frère. Et peut-être, ainsi, le retrouver … De son côté, Kennedy quitte chaque nuit le domicile de son oncle, devenu son tuteur suite à la mort de sa mère et l’emprisonnement de son frère ainé, pour se rendre dans la remise de son ancienne maison. Là, elle relève méthodiquement les données collectées par le radiotélescope de son frère, qui nourrissait l’espoir de recevoir un jour un signal venu de l’espace. Tandis que le procès d’Elliott approche à grands pas, Kennedy reste profondément convaincu qu’il ne peut pas être le meurtrier que tout le monde décrit : il y a forcément quelque chose qui leur échappe. Nolan et Kennedy ne se connaissent pas. Mais ils vont tous les deux recevoir le même signal : une fréquence négative. Et s’ils étaient faits pour se rencontrer ? Pour trouver, ensembles, les réponses à leurs questions respectives ?

Kennedy et Nolan. Deux victimes collatérales de drames familiaux qui ont fait les premières pages des journaux des semaines durant, jusqu’à ce qu’un nouveau fait divers plus sensationnel défraye la chronique. Pour tout à chacun, Kennedy n’est que « la sœur du gamin Jones », « celui qui a abattu sa mère et son beau-père », elle n’est que « la pauvre petite qui a appelé les secours ». Dans tous les regards, il y a ce mélange de pitié et de curiosité morbide : tout le monde aimerait lui demander comment c’était, de se retrouver dans ce couloir ensanglanté, au beau milieu de la nuit, et de voir son frère un flingue à la main devant les corps de leur mère et son petit ami. Et pour tout le monde, Nolan n’est que « le frère du petit prodige disparu », « le fils des gens de l’Association ». Celui qui, déjà avant, était dans l’ombre de son frère, gardien de but de l’équipe régionale, lauréat d’une bourse au mérite, star du lycée, de la ville, du comté, du pays. Quant aux « mieux informés », ils ne le voient que comme « le gamin qui a eu une funeste intuition » et qui désormais « hante le parc à la recherche de fantômes ». Kennedy et Nolan sont condamnés à être réduits à ces drames qui ont détruits leurs familles respectives : ils n’existent pas par eux-mêmes, mais seulement à travers cette tuerie ou cette disparition. Dans le meilleur des cas, ils sont purement et simplement ignorés. Comme s’ils n’avaient aucune importance : ils ne sont pas morts ni disparus, ils ne sont pas non plus le meurtrier ou le kidnappeur, bref, ils ne méritent aucune attention particulière des foules assoiffées de tragédies et de vicissitudes …

Et pourtant, Kennedy et Nolan souffrent. En quelques minutes à peine, toute leur existence a été bouleversée, piétinée. Toutes leurs certitudes ont été ébranlées, ébréchées. Un grand frère plus patient qu’un moine bouddhiste et plus sensible qu’un nouveau-né ne peut pas se transformer soudainement en meurtrier sanguinaire. Un jeune homme sans histoire et son chien ne peuvent pas disparaitre sans laisser la moindre trace. Il y a forcément autre chose que les explications toutes faites, toutes prêtes, des gens très rationnels, des enquêteurs blasés par des dizaines d’affaires similaires. Aucun drame n’est identique, aucun drame n’est insignifiant. Ils ont le sentiment qu’à force de faire de chaque fait divers un simple divertissement anodin, on a banalisé la douleur de ceux qui restent. De ceux qui vivent avec les souvenirs, avec les remords : auraient-ils pu éviter le drame ? Y avait-il des indices, des signes avant-coureurs qu’ils n’ont pas décelés avant qu’il ne soit trop tard ? Elliott avait-il des raisons d’abattre sa mère et son compagnon ? Liam avait-il des raisons de fuir la maison ? Tant de questions. Et aucune réponse. Ou du moins, aucune réponse satisfaisante. Et c’est pourquoi Kennedy et Nolan s’obstinent. Ils ne baisseront pas les bas. Ils ne peuvent pas baisser les bras. Sinon, il n’y aura plus rien : cette ultime étincelle d’espoir, celui d’innocenter son frère, celui de retrouver son frère, c’est tout ce qui leur reste. Ils ne peuvent pas se résoudre à classer l’affaire, comme s’il suffisait d’un tampon clôturant un dossier pour reprendre une vie normale, comme si de rien ne s’était passé. Ils ont viscéralement besoin de savoir, de comprendre …

Et voici qu’un mystérieux signal les rapproche l’un de l’autre, après que ce funeste et mélodramatique décor ait été longuement posé. L’autrice s’efforce de jouer sur l’incertitude du lecteur : élément fantastique ou non ? simple désir inconscient de deux ados paumés ou véritable signe du destin ? D’une certaine manière, cela ne me semble pas important : cette ambiguïté permettra à tous les lecteurs d’y trouver leur compte, même si ne pas savoir risque d’en frustrer quelques-uns. Ce qui est crucial, c’est que leur rencontre va donner un nouveau souffle à leurs quêtes, à leurs enquêtes respectives. Ils se reconnaissent chacun dans la douleur de l’autre, et ressentent tous deux cette envie de soulager la souffrance de l’autre. A vrai dire, l’espace d’un moment, je me suis même dit que ce n’était pas grave, au fond, s’ils ne trouvaient rien : ils s’étaient trouvés, et cela suffisait. Ils étaient tous les deux tellement isolés dans leur peine, dans leur rage : ils y étaient enfermés comme dans des cages. Ils avaient l’un et l’autre besoin de quelqu’un qui les écoute, qui les comprenne, qui les soutienne. Qui leur donne du courage : ils ont été l’un pour l’autre l’impulsion qui manquait pour venir à bout du mystère. Pas seulement celui de ces drôles de signaux. Mais bien plus de ces tragédies. Leur rencontre, improbable, était l’élément manquant des deux enquêtes : c’est bien sûr un peu « gros », mais ne nous mentons pas, ça marche à tous les coups ! Et c’est peut-être d’ailleurs ce qui m’a empêchée d’être vraiment happée par l’intrigue : ça manquait un peu de suspense, c’était assez prévisible qu’ils allaient mettre le doigt sur quelque chose qui avait échappé à tous jusqu’à présent. Et que « tout serait bien qui finirait bien », ou du moins relativement bien …

En bref, je ne sais pas trop quoi dire de ce roman : dans l’absolu, je le trouve ni mauvais ni excellent. Je dirais que l’histoire manque un peu d’originalité, mais que les personnages valent vraiment le détour. Je n’ai pas vraiment ressenti cet aspect « palpitant, trépidant, haletant » que certains lecteurs décrivent dans leur commentaire : j’ai même trouvé qu’il y avait pas mal de longueurs, de lenteurs, qu’on tournait parfois un peu trop en rond, qu’on tournait autour du pot pour mieux faire éclater « les révélations finales ». Mais par contre, j’ai vraiment été très touchée par Kennedy et Nolan : l’autrice a vraiment su leur donner une vraie personnalité, très fouillée, très complexe, très nuancée, très juste. Ils ne sombrent jamais dans les stéréotypes, dans les clichés, et cette humanité les rend vraiment très attachants : on a terriblement envie de les voir aller mieux, et c’est seulement pour ça que l’on s’intéresse à cette double enquête. Et même si je n’ai pas pu m’empêcher de lever les yeux au ciel quand il est apparu évident que l’autrice ne nous épargnerait pas la petite romancette visiblement constitutionnelle des histoires pour adolescents, je n’ai pas non plus pu m’empêcher de trouver qu’ils étaient tout de même drôlement mignons ensembles ! Pour faire court, donc je dirai que je n’ai pas été transcendée par ce récit, sans doute parce que j’en ai déjà lu beaucoup trop du même acabit, mais que je reconnais qu’il peut constituer une très bonne lecture pour un lecteur au bagage littéraire un peu moins chargé ! C’est un petit thriller sans forcément trop d’ambition, mais qui joue finalement bien son rôle : nous distraire, le temps de quelques centaines de pages. En somme, une bonne lecture pour la période estivale !

mercredi 22 décembre 2021

Légendes d'Alagaësia, tome 1 : La Fourchette, la Sorcière et le Dragon - Christopher Paolini

Légendes d'Alagaësia
1, Christopher Paolini

La Fourchette, la Sorcière et le Dragon

 Editeur : Bayard Jeunesse

Nombre de pages : 300

Résumé : Un an s’est écoulé depuis qu’Eragon a quitté l’Alagaësia en quête du foyer parfait pour entraîner une nouvelle génération de Dragonniers. Aujourd’hui, il lutte contre un océan infini de tâches : construire un large refuge pour les dragons, négocier avec les fournisseurs, protéger les œufs des dragons, et s’occuper des Urgals belliqueux et des Elfes hautains. Mais une vision créée par les Eldunarí, des visiteuses inattendues, et une captivante légende urgal vont lui procurer une distraction nécessaire et lui offrir une autre perspective.

 

- Un petit extrait -

« Une cicatrice signifie que tu as survécu. Que tu es forte et difficile à tuer. Que tu as choisi la vie. Une cicatrice mérite l'admiration. »

- Mon avis sur le livre -

 Je suis toujours assez admirative des auteurs qui osent. Qui osent sortir de leur zone de confort, qui osent sortir des sentiers battus. Qui osent, finalement, prendre à contrepieds les attentes des lecteurs. Car c’est prendre un gros risque : celui de contrarier ces-dits lecteurs et de s’attirer leurs foudres – et dans notre monde où il n’y a plus aucun filtre, c’est donner le bâton pour se faire matraquer à gros coups de commentaires haineux et irrespectueux. Trop nombreux sont les lecteurs à oublier que l’auteur … est le seul et unique maitre de son ouvrage, que c’est à lui et à lui seul de choisir la destinée qu’il souhaite donner à ses protagonistes. Bien sûr, le lecteur peut avoir des envies, des désirs, c’est parfaitement naturel, mais selon moi, ça ne lui donne en aucun cas le droit d’insulter l’auteur lorsque celui-ci ne fait pas ce que le lecteur aurait souhaité voir. Donc oui, j’admire les auteurs qui savent encore s’affirmer face à ces masses de lecteurs qui oublient surtout que l’auteur est avant tout un être humain, avec une sensibilité, qui peut donc être profondément blessé par cette déferlante de haine qui est l’apanage des réseaux sociaux. Et donc, j’admire Christopher Paolini, qui n’a pas eu peur de frustrer un peu ses lecteurs en ne leur offrant pas rigoureusement ce qu’ils demandaient à corps et à cris …

Un an. C’est à la fois tellement court et terriblement long. Tantôt Eragon a le sentiment que sa victoire sur Galbatorix remonte à la veille, tantôt il a l’impression d’être coincé depuis une éternité au mont Arngor, là où Saphira et lui ont décidé d’implanter la nouvelle demeure des Dragonniers. Jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, le jeune homme doit faire face aux mêmes tracas, sans cesse renouvelés :  il lui faut négocier vivement avec les fournisseurs, qui n’honorent pas toujours leurs engagements, s’inquiéter de la comptabilité et de la logistique de cette interminable entreprise que représente la construction d’une demeure adaptée aux dragons, sans oublier les inévitables conflits entre les humains, les elfes, les nains et les urgals placés sous sa responsabilité. Embourbés dans ce quotidien de plus en plus monotone et morose, Eragon s’ennuie de sa famille et de ses amis … et il s’ennuie également de l’aventure, de l’adrénaline, de l’action. Heureusement pour lui, il y a toujours quelqu’un de bien intentionné pour le distraire de ses responsabilités et de son agacement : les esprits des vieux dragons, une certaine Angela en visite surprise, ou même un habile conteur Urgal se relayent pour lui narrer quelques histoires qui pourraient bien lui apprendre bien des choses …

Contrairement à ce que nous attendions et espérions, ce n’est donc pas un roman que nous offre Christopher Paolini, ni même tout à fait une suite aux aventures de notre brave Dragonnier, mais bien une sorte d’interlude en forme de recueil de nouvelles. Si nous avons le plaisir de retrouver Eragon et Saphira, et d’avoir un petit aperçu de leur « nouveau » quotidien après la défaite du grand méchant tyran, là n’est pas l’histoire que l’auteur souhaite nous raconter dans cet ouvrage (magnifique au demeurant, Bayard a fait un travail éditorial absolument extraordinaire). Beaucoup ont pesté lorsqu’ils se sont rendu compte que non, nous n’allions pas vivre de nouvelles aventures à dos de dragon, que non, ce n’était pas encore l’heure de rencontrer la nouvelle génération de dragons et de Dragonniers … mais pour ma part, j’ai énormément apprécié cet intermède inattendu. En premier lieu parce que j’ai trouvé ça particulièrement juste, réaliste, même, cette sorte de déprime post-victoire, cette impression de vide qui envahit progressivement le cœur et l’âme de notre héros habitué aux émotions fortes, habitué également à être au cœur de tous les événements du monde. Habitué, finalement, à ne pas avoir à se poser de questions existentielles : jusqu’à présent, un avait un but bien défini, celui de libérer l’Alagaësia du joug de l’oppresseur. Maintenant, Eragon se sent désœuvré, tout en étant absolument submergé par les tracasseries purement administratives de son nouveau « rôle » …

C’est rare, les auteurs qui évoquent cet « Après », celui où le héros redevient finalement un homme pratiquement comme les autres, celui où le temps semble se déliter interminablement par comparaison au rythme trépidant de la quête. J’ai trouvé ça particulièrement intéressant, et ça m’a rendu Eragon autrement plus sympathique qu’il ne pouvait l’être dans la saga « principale » : il a certes perdu un peu de cette aura « mystique » qui entoure inévitablement les Elus, mais il y a gagné une certaine forme d’humanité, de proximité avec le lecteur. Pour la première fois peut-être, j’ai ressenti de la peine pour lui, parce que cette fois-ci, ses peines, ses doutes, ses peurs, sont finalement bien plus proches des préoccupations du lecteur : on peut s’identifier à lui, car même si nous nous débattons plutôt avec nos dissertations ou nos dossiers administratifs et non pas avec l’édification d’une école de Dragonniers, ses tâches sont finalement fort similaires aux nôtres ! C’est donc avec le même plaisir que nous laissons de côtés nos petits et gros tracas pour nous plonger dans les différents récits qui viennent égayer ce quotidien épuisant et angoissant … Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ces trois récits sont fichtrement passionnants, même s’ils sont horriblement brefs et qu’on en redemande !

Le premier est assurément celui qui m’a le plus plu, car on y retrouve un personnage que nous n’espérions plus revoir. C’est d’ailleurs bien trouvé, car on ne devine pas immédiatement à qui nous avons affaire, ce sont divers petits indices qui nous permettent de le démasquer une ou deux pages à peine avant que son identité ne soit révélée. Et son évolution fait chaud au cœur, on le sent bien plus apaisé, presque prêt à rompre son exil volontaire, et on espère d’ailleurs que cela se fera car il a bien des choses à apporter à l’histoire, on le sent … Si du moins il trouve réponse à ses questions, solutions aux nouveaux mystères qui se dressent sur sa route. Quant au deuxième récit … c’est clairement le plus surprenant. Mais cela parait parfaitement normal quand on sait qu’il tourne autour de la si énigmatique Angela. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé le fait que ça soit la « vraie » Angela, la sœur de Christopher Paolini, qui prenne la plume au nom de son homonyme ! C’est à la fois fort intéressant et fort frustrant, car on ressort de cette nouvelle avec plus de questions que de réponses concernant cette sorcière pas comme les autres. Et ici aussi, on a une petite ouverture concernant la suite de l’histoire, avec le retour de la petite Elva et de ses dons … Le troisième récit, enfin, nous invite à découvrir un peu plus ce peuple méconnu et mécompris qu’est celui des Urgals, un peuple où l’honneur et la détermination sont au cœur des cœurs. Le récit est peut-être un peu long par rapport aux autres, mais il est passionnant !

En bref, vous l’aurez bien compris, même si on ne peut que ressentir un petit pincement au cœur lorsqu’on se rend compte que ce livre n’est qu’une sorte d’amuse-gueule destiné à nous faire patienter sagement, c’est tout de même un vrai bonheur que de retrouver l’Alagaësia et quelques-uns de ces personnages qui nous ont accompagnés pendant plus de trois-mille pages. C’est vraiment comme revenir chez soi et retrouver de bons vieux amis, pour se mettre autour du feu et écouter les histoires des uns et des autres : c’est une sorte de parenthèse où rien de palpitant ne se passe hormis la joie des retrouvailles et des nouvelles partagées. Mais ce livre, c’est aussi et surtout une promesse : l’auteur s’ennuie au moins autant que nous de cet univers, de ces personnages, de cette histoire, et on sent qu’il meurt d’envie de s’y replonger ! C’est une promesse, car la toute fin laisse vraiment présager ce que nous attendons depuis la fin du quatrième opus : une suite, une vraie suite ! Ce livre ne fait donc peut-être pas avancer de façon « substantielle » l’intrigue, mais il ravive en nous cette petite flamme, celle qui nous animait tout au long de la saga, celle de l’aventure. Alors même si ce n’était pas ce que nous espérions, c’est vraiment un livre que j’ai beaucoup apprécié, et que j’invite à accueillir sans rancœur ni rancune : je vous assure que derrière ce côté un peu atypique, il a des choses à raconter !