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mercredi 17 février 2021

La fleur d'Attica - Valentin Auwercx

La fleur d’Attica, Valentin Auwercx

 Editeur : Autoédition

Nombre de pages : 426

Résumé : En 2051, la surpopulation explose et le fossé de l’inégalité se creuse. La criminalité croissante devenant difficile à contenir au sein des prisons, le gouvernement américain décide de mettre en vigueur une toute nouvelle méthode de mise à mort sur l’ensemble de son territoire – le programme Dernière Volonté. D’immenses bâtiments blancs en forme de Fleur accueillent les criminels voués à l’exécution dans le plus grand des secrets. Quand Light O’Grim est condamné à la Dernière Volonté, il ne se doute pas une seule seconde de ce qu’il va découvrir au sein de la Fleur D’Attica…

 Un grand merci à Valentin Auwercx pour l’envoi de ce volume.

 

- Un petit extrait -

« Il y avait cette horrible vérité que le monde se fichait de vous. Chacun avait sa propre histoire – son propre drame. On passait des années à l’écrire en pensant être au-dessus du reste, et on finissait au milieu de la pile du vécu, parmi les milliards d’autres récits. Nous étions tous le premier des écrivains, mais aussi notre seul et meilleur lecteur. »

- Mon avis sur le livre -

 Il faut savoir que je suis une lectrice fidèle : quand j’apprécie la plume et la sensibilité d’un auteur, je n’hésite pas un seul instant avant de me jeter sur chaque nouvelle sortie, parfois même sans lire le résumé. Je suis du genre à faire aveuglément confiance aux auteurs qui ont su m’émouvoir une fois, deux fois, trois fois … Et même si je garde systématiquement un attachement tout particulier pour le tout premier livre que j’ai lu d’eux, cette sorte de nostalgie de la découverte qui fait que cette première rencontre reste toujours la plus marquante à mes yeux, je ne suis jamais déçue par les romans suivants. Le seul problème, c’est que parfois, les auteurs vont plus vites que moi : j’ai à peine terminé de lire le précédent que déjà un nouveau est annoncé ! Et quand les sorties tombent en pleine préparation de déménagement, ou bien en pleine période de partiels, ou encore en pleine phase de déprime … il me faut parfois patienter plusieurs mois avant de pouvoir enfin découvrir ce « petit dernier » qui est en réalité déjà suivi de plusieurs petits frères ! Il m’aura donc fallu … huit mois après sa sortie pour découvrir La fleur d’Attica, mais mieux vaut tard que jamais, non ?

2044. Parallèlement à l’augmentation exponentielle de la population mondiale, la criminalité explose, et les prisons sont au bord de l’explosion – ou de l’implosion. Les conséquences économiques sont désastreuses : il faut construire toujours plus de bâtiments, engager toujours plus de gardiens, et nourrir toutes ces bouches meurtrières représente un cout que l’Etat n’est plus disposé à subir. C’est ainsi qu’est institué le mystérieux programme Dernière Volonté : dans ces prisons d’un nouveau genre, les condamnés à mort jouissent d’une fin de vie décente, pour ne pas dire paradisiaque. Mais Light O’Grim ne veut pas de ce répit : il ne peut plus supporter une journée de plus avec le poids de la culpabilité pesant sur ses épaules. Il veut payer le prix fort pour la mort de son petit frère, dont il se sait, se sent, se pense le seul et unique responsable. Mais voilà, sa combinaison est bleue : il a donc environ une année à tenir dans cette drôle de ville intérieure, entouré de criminels plus ou moins dangereux. Au départ bien décidé à moisir dans sa c chambre à ressasser sa faute, sa très grande faute, Light ne va toutefois pas résister bien longtemps à l’envie de profiter de cet infernal sursis …

Pour être tout à fait honnête, même si j’étais particulièrement intriguée par ce concept de « fleurs pénitentielles », j’étais au départ assez mal à l’aise à l’idée de suivre un criminel comme personnage principal. Comment diable allais-je bien pouvoir m’attacher à lui, moi qui même enfant n’ai jamais donné un seul coup de pied à un camarade de classe, qui pleure dès que quelqu’un hausse un peu trop le ton et qui m’enfuie dès que le journal télévisé montre des scènes de violence ou de dévastation ? La première surprise fut donc de me sentir assez vite proche de Light : on sent confusément que dans le fond, ce n’est pas un si mauvais bougre que cela, d’autant plus qu’on voit bien qu’il regrette profondément et sincèrement son crime, tant et si bien qu’il estime ne plus avoir le droit de vivre après ce qu’il a fait. Mais la justice en a décidé autrement : le voici intégré bien malgré lui au programme Dernière Volonté, enfermé avec des centaines d’autres condamnés dans une de ces Fleurs, ces « petites villes où ils ont la chance de vivre une seconde vie » avant d’être exécutés. Un moyen comme un autre de faire accepter au monde le retour de la peine de mort … Même si en réalité, nul ne sait exactement ce qui se passe à l’intérieur de ces bâtiments, ce qui se cache derrière ce programme « bienveillant » …

C’est donc bien décidé à ne pas profiter de cette « opportunité » que Light est parachuté dans cette prison pas comme les autres. Les premiers jours, il ne sort de sa chambre que le temps d’aller « acheter » un sandwich dans une des nombreuses enseignes de la micro-cité (tout y est gratuit), puis retourne se calfeutrer en ressassant inlassablement ses remords, tout en subissant interminablement ses cauchemars. Mais son corps, ce traitre, ne supporte plus l’inaction. Alors, pour évacuer ce surplus d’énergie, il s’en va courir, toujours bien décidé à ne parler avec aucun des autres condamnés, à purger sa peine dans la solitude et le silence, puisqu’on lui refuse la punition ultime … Mais une fois encore, sa nature humaine le trahit. Et petit à petit, Light va se lier d’amitié avec certains de ses « compagnons d’infortune ». Il y a Joey, condamné pour avoir tué l’homme qui avait abusé de sa petite fille de dix ans, qui s’autoproclame son coach sportif. Il y a Jasper, connu mondialement pour être « le plus jeune condamné d’Amérique », qui du haut de ses quatorze ans clame encore son innocence. Il y a Jack, ce « vieux sage » qui lui fait prendre conscience que, peut-être, vivre est une punition bien plus cruelle que mourir pour celui qui veut être libéré de ses remords …

Comme toujours chez Valentin Auwercx, le meilleur côtoie le pire : dans ce huis-clos absolument glaçant, il y a la noirceur humaine dans tout ce qu’elle a de plus horrible, de plus atroce, de plus insupportable … mais il y a aussi l’entraide, l’amitié et l’amour qui unissent certains de ces prisonniers. Il y a la candeur de Jasper, ce pauvre gamin dont la naïveté a signé la condamnation à mort. Il y a la fragilité d’Ever. Il y a l’honnêteté de Joey. Comme des petites étoiles de douceur dans cet univers carcéral infernal. Car si certains passages sont tout simplement émouvants, d’autres sont déchirants. Car le bonheur ne tient qu’à un fil : à tout instant, l’autre peut vous être arraché pour être trainé dans le pétale blanc, celui dont on ne ressort que dans un cercueil ; à tout instant, un prisonnier peut péter un câble et reprendre au sein de la prison ses actes meurtriers en dévastant tout sur son passage. Et c’est finalement là que se situe toute l’inhumanité de ce programme soi-disant « éthique » : on fait miroiter le bonheur à des hommes et des femmes, pour ensuite mieux les piétiner de douleur. On oublie qu’avant d’être des criminels, tous ces prisonniers sont des hommes, ont été des enfants qui cueillaient des pissenlits dans la plus grande insouciance et innocence. Et la fin est encore plus horrible …

En bref, vous l’aurez bien compris, avec ce roman, Valentin Auwercx explore une nouvelle facette de la littérature et nous offre un thriller psychologique admirablement bien mené. Dans cette dystopie glaçante, ce n’est pas l’action qui nous happe mais bien les émotions : nous sommes plongés dans cet enfer légalisé sans savoir ce qui nous attend à  la page suivante, nous tremblons d’effroi pour le pauvre Light et ses amis qui, sans être des anges, sont bien loin de mériter une cruauté pareille. C’est un récit très dur, très sombre. Je ne suis pas d’accord avec tous les messages véhiculés, mais je ne peux qu’approuver la réprobation sous-jacente de la peine de mort. Je ne suis pas d’accord avec toutes les actions de Light, mais je ne peux que compatir à son sort, car malgré ses crimes, il ne mérite pas la mort. C’est un récit qui fait froid dans le dos, car on se rend bien compte que quelque chose de plus inavouable encore se cache derrière ces « jolies fleurs », on devine que ce quelque chose est profondément inhumain, immoral. C’est un roman difficile, mais captivant. Un roman qui manque peut-être d’action, mais qui reste palpitant. Un roman qui me conforte dans mon envie de continuer à explorer la bibliographie de Valentin, qui excelle clairement dans tous les genres !

samedi 29 février 2020

Demain tout recommence - Valentin Auwercx


Demain tout recommence, Valentin Auwercx

Editeur : Autoédition
Nombre de pages : 225
Résumé : Après l’apocalypse du 2 janvier 2112, le Big Cloud a poussé les derniers survivants du monde à se réfugier sous terre. Quand Liv Monroe remonte à la surface, quelques années plus tard, elle découvre un environnement dévasté où chacun cherche sa place. Alors que les cannibales semblent représenter la plus grande des menaces, d’étranges individus vêtus de combinaisons noires apparaissent. Dans un monde libre de tout, les monstres n’existent plus, il ne reste que les Hommes.

Un grand merci à Valentin Auwercx pour l’envoi de ce volume et à la plateforme SimPlement pour avoir rendu ce partenariat possible.

- Un petit extrait -

« Qui a dit que l’enfer était le dernier sous-sol de la souffrance ? A bien des moments, on croit ne pas pouvoir tomber plus bas, puis on se rend vite compte qu’on s’est trompé. La vie est parfois une succession de chutes plus douloureuses les unes que les autres. On finit parfois au fond d’un précipice où se creuse un autre précipice, puis encore un autre … La souffrance est un escalier, et ses marches sont si hautes qu’elles sont plus difficiles à monter qu’à descendre.
Quand on tombe, au bout d’un moment, on finit dans les flammes. En plus d’être percutante, la douleur nous brûle alors jusqu’au plus profond de notre être. Mais on ne termine pas en enfer, on le traverse. D’un sens, ou dans l’autre, on finit toujours par en sortir - jamais indemne, mais on en sort. Quand on tombe encore plus bas, on chute dans des ténèbres sans fond. Là, il ne demeure plus rien, si ce n’est le souvenir de douleurs interminables - le souvenir de l’enfer après l’enfer. »

- Mon avis sur le livre -

Quand j’ai pris connaissance du résumé de ce court roman, je me suis dit en souriant « Ca y est, il récidive ! Encore une préquelle de Le temps d’une étoile ! Il en a combien en stock ?! ». Il faut dire que jusqu’à présent, j’étais plutôt frileuse vis-à-vis de ces « romans dérivés », mais Demain les hommes m’avait réconciliée avec ce concept, et c’est donc les yeux fermés que je me suis lancée dans celui-ci … Grosse erreur ! Sinon, j’aurai sans aucun doute prêté attention à la petite étiquette « horreur » glissé par l’auteur sur Simplement.pro. Vous le savez, étant hypersensible, c’est un genre que j’ai tendance à éviter … ou du moins, que je m’efforce de lire dans des moments propices (c’est-à-dire où je ne suis ni déprimée ni angoissée). Or, n’ayant absolument aucune idée de ce qui m’attendait, je me suis allégrement lancée dans ce bref récit alors que je n’étais pas dans une forme morale mirobolante … et je l’ai regretté, car vous allez vite vous en rendre compte, ce roman n’a rien d’un conte de fée !

2 janvier 2112. L’apocalypse se déchaine sur le monde : une éruption solaire à la puissance inédite a tout dévasté sur son passage, et toute la technologie humaine sature, faisant des centaines de milliers de victimes en l’espace de quelques secondes. Les piles nucléaires explosent à leur tour, et c’est un immense nuage radioactif qui prend le relais pour tuer tous les malheureux qui n’ont pas eu le réflexe de se calfeutrer. Liv n’est qu’une enfant lorsqu’elle se retrouve orpheline, amputée d’une main, dans ce monde à l’agonie. Recueillie par Alex, un homme aussi solitaire que débrouillard, l’enfant passe plusieurs années cloitrée dans un entrepôt, fort heureusement rempli de victuailles leur permettant de survivre dans des conditions acceptables. Jusqu’au jour où les « oiseaux » débarquent chez eux : après une grosse frayeur, les voici invités à rejoindre le Nid, siège de la communauté, à condition de partager leurs ressources. Tout semble aller pour le mieux, jusqu’à ce que les stocks s’effilochent et que débarquent de nouveaux inconnus, autrement plus dangereux … 

Il semblerait que, roman après roman, Valentin Auwercx met en scène les facettes les plus sordides de la nature humaine … Soyez prévenus : des atrocités vous attendent dans ce roman, d’autant plus insoutenables qu’on sait pertinemment que ce n’est pas qu’une affabulation de l’auteur. Celui-ci n’a malheureusement rien inventé : il n’a fait qu’intégrer à son récit de science-fiction des agissements bien avérés de l’être humain. Trahison, séquestration, viol, meurtre, pour aller jusqu’au cannibalisme : contrairement à ce qu’on pense, il n’y a pas que poussé dans ses derniers retranchements que l’homme recourt à ces horreurs (même si j’admets que le dernier crime est moins répandu que les premiers, fort heureusement, et qu’il a plus de risque d’être commis lorsque l’homme ne trouve plus rien à manger que dans une situation confortable où la nourriture lui tombe tout cuit dans l’assiette). Mais bien sûr, les conditions extrêmes exacerbent ces mauvais travers de l’être humain : contrairement à ce qu’on aimerait penser, lorsqu’on en est réduit à la survie la plus primaire, c’est chacun pour soi et souvent au détriment des autres.  Et quand il n’y a plus rien à manger, il y a fort à parier que quelqu’un proposera rapidement la solution la plus impensable …

Fort heureusement, dans ce récit, il y a tout de même de beaux exemples de solidarité, d’altruisme et de bienveillance. La petite Liv, atrocement blessée, n’aurait pas survécu plus de quelques heures sans la bonté d’Alex, qui a aussitôt pris cette petite orpheline sous son aile, la soignant, la consolant, l’éduquant et la protégeant. J’ai vraiment beaucoup aimé la relation entre eux : un père et sa fille, liés non pas par le sang mais par le cœur, par les épreuves vécues et surmontées ensemble, par des années de solitude partagée … On le sent, Alex n’a plus qu’un seul but dans la vie : veiller sur sa petite protégée, même au péril de sa vie. On devine également assez rapidement que cette situation idyllique ne peut pas durer, et que tout ceci va se terminer bien tragiquement. C’est un pressentiment qui nous suit du début à la fin : à chaque fois que tout semble s’arranger, que tout semble aller pour le mieux, on sait que quelque chose va mettre fin à cette quiétude, la seule question étant finalement de savoir quand et quoi exactement. Et d’une certaine façon, on aimerait ne jamais le savoir, car on sent que notre petite Liv va souffrir atrocement … et nous aussi.

C’est peut-être finalement le premier reproche que je peux faire à ce roman : la construction est un peu trop « linéaire ». On alterne entre des moments où tout va « pour le mieux dans le meilleur des mondes » (façon de parler, car on reste dans du post-apocalyptique, mais disons des moments de calme et de sérénité où Liv est en sécurité et s’épanouit au contact de personnes amicales) et l’irruption d’un nouvel ennemi toujours plus cruel, jusqu’à ce que tout s’arrange et que la boucle recommence. C’est un petit peu lassant à la longue, d’autant plus que chaque épisode est raconté très succinctement … ce qui s’explique cependant par le fait que notre héroïne et narratrice couche tout ceci sur papier dans la précipitation, en allant à l’essentiel. Deuxième reproche, malheureusement plus problématique encore : je n’ai pas retrouvé la si belle plume que j’avais tant aimée dans Le temps d’une étoile et Demain les hommes. La narration m’a semblée bâclée : il y a un nombre incalculable de grosses fautes d’orthographes (« une pose café », « les suicident étaient nombreux », pour exemple) et de syntaxe (des phrases sans verbe, ou bien des problèmes de ponctuation), et cela a considérablement perturbé ma lecture … 

En bref, vous l’aurez bien compris, c’est une lecture en demi-teinte : d’un côté, j’ai trouvé le récit en lui-même particulièrement intéressant (bien que très difficile à assumer émotionnellement, certaines scènes étant vraiment très difficiles à lire), mais de l’autre, je n’ai pas retrouvé le style si particulier de Valentin Auwercx, celui qui faisait toute la différence. A travers le témoignage de Liv, l’auteur évoque les thématiques de la survie, de la condition humaine, de la société en tant que regroupement d’individus tendus vers un même objectif … Il y a un sacré potentiel, d’autant plus que notre jeune héroïne et narratrice est assez attachante (sans doute parce qu’elle nous ressemble : ce n’est pas une « bête de survie », elle a besoin des autres pour s’en sortir, tout en étant prête à donner du sien pour aider les autres), mais ce potentiel n’a pas été aussi exploité qu’il aurait pu l’être. Le fond était vraiment très intéressant et prometteur, mais la forme n’a pas suivie, et c’est bien dommage, car j’attendais beaucoup de ce récit … Mais que l’auteur se rassure : cela ne m’empêchera clairement pas de tenter ma chance pour ses prochains romans, car j’aime beaucoup ses idées, j’espère juste retrouver sa si belle plume qui m’avait tant charmée !

samedi 27 juillet 2019

Demain les hommes - Valentin Auwercx


Demain les hommes, Valentin Auwercx

Editeur : Autoédition
Nombre de pages : 133
Résumé : Il l’avait marqué d’une croix rouge sur son bras numérisé, Charly Leers avait attendu ce jour toute sa vie. C’était le 2 janvier 2112 qu’il allait réaliser son plus grand rêve – celui de toucher le pactole, celui d’être riche. Mais il ne se doutait pas qu’après avoir tout gagné, il allait tout perdre au cours de cette même journée.
Quand l’Homme le plus puissant du monde décide d’appuyer sur l’interrupteur, c’est toute l’Humanité qui se retrouve plongée dans le noir.

Un grand merci à Valentin Auwercx pour l’envoi de ce volume et à la plateforme SimPlement pour avoir rendu ce partenariat possible.

- Un petit extrait -

« Non, personne ne croyait la fin possible, là était le véritable danger.
Quand l’Homme vomissait son quotidien sur la planète, il ne voyait pas l’impact direct de son geste. Un quelconque individu montrait son déni de conscience dès la première heure d’une journée. Il se levait, allumait sa lumière fournie au nucléaire, restait 20 minutes sous la douche car ça réveille et ça détend, enfilait son 5ème pantalon de la semaine, son 8ème tee-shirt alors qu’il n’était que jeudi, utilisait des cosmétiques de torture animale, avalait un verre de jus d’oranges pressées à l’autre bout du monde, compacté dans du plastique qui finira sur le 7ème continent, ne mangeait qu’à moitié une tartine recouverte d’un chocolat saveur déforestation de masse, chaussait des baskets fabriquées par des orphelins payés à la cacahuète, de l’autre côté des océans, se blottissait dans un manteau raffiné au pétrole et montait dans sa voiture fumante de CO².
Tout le monde faisait ce genre de chose, mais tout le monde n’était qu’un petit moi qui n’était pas responsable. Ils étaient des milliards de petit moi, en participant à ce déni universel, tous se suivaient vers une fin du monde – quelle qu’elle soit »

- Mon avis sur le livre -

Il faut savoir que je suis toujours assez « sceptique » face aux préquelles et autres récits imbriqués dans l’univers d’un autre roman de l’auteur … Tout simplement parce que ces « histoires complémentaires » tombent généralement dans deux travers : soit elles présentent des incohérences avec le récit principal, soit, au contraire, pour coller parfaitement avec ce qui est raconté dans ce-dit récit principal, elles n’apportent absolument rien de nouveau. C’est un équilibre fort délicat à trouver pour les auteurs qui désirent se lancer dans ce genre de projet : raconter une histoire complète, autonome et nouvelle sans créer de contradiction avec le récit original … Je vais le dire tout de suite : Valentin Auwercx a parfaitement su trouver cet équilibre. La preuve en est qu’il n’est absolument pas nécessaire d’avoir lu Le temps d’une étoile pour comprendre cette novella, qui est donc parfaitement indépendante et autosuffisante ! Mais quel plaisir pour le lecteur du roman de découvrir cet « avant », évoqué pour poser le contexte mais suffisamment peu développé pour laisser la possibilité à l’auteur de nous le raconter dans une autre histoire …

2 janvier 2112. Cette date, Charly Leers et Dormund Portef l’attendaient avec impatience … mais pas pour la même raison. Le premier comptaient les jours qui le séparaient de son grand rêve, celui de devenir millionnaire, d’être Riche, d’être Important, d’être plus Grand que la populace qu’il regarde du haut de son immeuble. Le second, quant à lui, exulte : dans quelques heures, l’avenir tout entier de l’Humanité sera bouleversé, grâce à lui. Lui qui sait que l’Humanité court à sa perte si personne ne se dévoue pour changer drastiquement les choses. Lui qui sait que le Grand Zéro est tout proche et que, très bientôt, toute la richesse du monde ne sera plus rien, une fois que les chiffres inscrits dans les comptes en banques ne pourront plus jamais s’afficher sur aucun écran. 2 janvier 2112. Pour Charly, ce qu’il pense être le début de sa nouvelle existence. Pour Dormund, ce qu’il sait être la fin d’une ère.

Avec Le temps d’une étoile, Valentin Auwercx nous proposait une magnifique histoire d’amour, teintée d’espérance. Avec Demain les hommes, il nous propose de vivre « en direct » une terrible apocalypse programmée : celle d’une Humanité dopée à la technologie, droguée à l’argent, qui ne sait plus ce qu’est la vie. Il nous invite à faire la rencontre de deux hommes, liés par une transaction économique, mais que tout oppose. Charly est ce que j’appellerais un « homme infect ». Sa seule préoccupation au monde, c’est son compte en banque. Car il est persuadé que l’argent fait le bonheur, qu’il sera le plus heureux des hommes une fois qu’il fera partie du cercle des millionnaires. Il trompe sa femme, mais ce n’est pas sa faute, c’est elle qui ne lui consacre pas assez d’attention et ne comble pas suffisamment ses attentes insatiables. Il est égoïste et hypocrite, mais ce n’est pas sa faute, c’est la société qui l’a modelé ainsi. A ses yeux, rien n’est jamais de sa faute, il n’est responsable de rien, ce sont toujours les autres ….  

Mais ne serions-nous pas un peu comme Charly, au final, lorsque nous haussons les épaules quand quelqu’un évoque le réchauffement climatique et les mesures écologiques, en disant que « c’est inutile, il faudrait que tout le monde le fasse, pas uniquement moi ». On se dédouane en insinuant que ce sont les autres, les méchants, les autres qui refusent de faire des efforts, les autres, toujours les autres. On refuse d’admettre que l’on est tout autant coupable qu’eux … Car le gros problème, c’est que personne n’a le courage de montrer l’exemple, de faire le premier pas, d’aller à contre-courant en se détournant du mode de vie « à la mode ». A la fois parce que c’est tellement plus facile, de demander sa route au GPS saturé d’électricité nucléaire (qui n’a absolument rien d’une énergie propre comme on veut le croire … vous savez que dans plusieurs départements français, vous marchez littéralement sur des déchets radioactifs ? ou vous ne voulez pas le savoir ?) que de regarder sur une carte routière. Et parce que c’est mal vu, de ne plus être un petit mouton docile qui suit le troupeau sans se poser de question. Dans un monde où le conformisme est roi, où l’argent est souverain, où la technologie est une divinité, difficile d’être la brebis galeuse qui revient à la terre et tire la sonnette d’alarme.

Dormund, lui, a choisi l’option radicale. Tout raser pour reconstruire. Tout détruire pour recycler. Puisque personne ne veut se salir les mains, il prend sur lui la décision de mener l’Humanité vers une nouvelle ère, qu’elle n’aura pas choisi mais qu’il estime être nécessaire. C’est un homme fort complexe, difficile à cerner, que l’on perçoit tantôt comme un homme qui se prend pour un dieu, tantôt comme un homme qui sait qu’il n’est rien. La moralité de ses choix est discutable, mais il a le mérite d’agir, de ne pas rester les bras croisés à regarder le monde s’éteindre à petit feu dans l’indifférence général des Hommes abrutis par l’hyperconnexion. Bien qu’il ne soit pas le narrateur, on sent une certaine complicité, une certaine connivence, entre Dormund et ce dernier, qui ne se contente pas de raconter objectivement une histoire mais laisse transparaitre son opinion – et, je le pense, celle de l’auteur – dans ses propos. On retrouve ici le style très poétique découvert dans Le temps d’une étoile, mais il s’est teinté d’une bonne dose de cynisme et d’ironie qui met le doigt sur les choses qui fâchent … Ce court récit est bien plus engagé, bien plus contestataire que ne pouvait l’être le premier roman de l’auteur. Dans cette ambiance de fin du monde imminente, il interpelle vivement le lecteur : il n’est plus temps d’hausser les épaules en repoussant la faute sur autrui, mais bien de changer de comportement. Ici et maintenant. Avant qu’il ne soit définitivement trop tard. Car peut-être que ce jour est le dernier …

En bref, vous l’aurez bien compris, avec Demain les hommes, Valentin Auwercx nous propose un récit bref mais percutant. Au lecteur du roman Le temps d’une étoile, cette novella apporte un éclairage nouveau sur un événement relaté dans le roman : Dormund, on le connaissait déjà … mais pas de la même manière. J’ai trouvé cela très intéressant, de voir qui était réellement cet homme, comparé à la vision que les générations futures ont de lui. Mais comme je l’ai déjà dit, nul besoin de connaitre le roman pour comprendre et apprécier cette histoire ! Aux côtés de Charly et Dormund, qui n’ont rien de héros louables et attachants mais qui sont bien humains – au plus grand dépit du lecteur qui doit bien admettre avoir des points communs avec eux, même si ce n’est guère flatteur –, le lecteur se retrouve embarqué dans la plus cruelle des histoires : celle qui pourrait bien être un jour la nôtre si nous ne faisons rien. Un vrai électrochoc, à lire et faire lire !HyHul