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samedi 12 juin 2021

Krog Macherok et le venin des Hautes Terres - Guilhem Méric

Krog Macherok et le venin des Hautes Terres, Guilhem Meric

 Editeur : Harmonia

Nombre de pages : 314

Résumé : Le jour où il découvre le corps d'un des siens empoisonné par les vapeurs de la terre, Krog, jeune Gnome Caillassier, prend conscience d'une terrible réalité : ce sont les Hommes et leur sorcellerie qui sont à l'origine du drame qui a frappé jadis sa famille. Il se lance alors en secret dans une mission de sabotage visant les coupables désignés : l'exploitation d'une petite famille de viticulteurs. Il ne s'attendait pas à y croiser la fille du propriétaire, une jeune humaine douée d'étranges pouvoirs sur la nature...

 Un grand merci à Guilhem Meric pour l’envoi de ce volume (et la petite dédicace) et à la plateforme SimPlement pour avoir rendu ce partenariat possible.

 

- Un petit extrait -

« Je ne connaissais rien des Hautes Terres. De ce monde à ciel ouvert dont vous foulez le sol chaque jour. Du frémissement des arbres, du chant joyeux des oiseaux ou des grillons dans leurs nids d’herbes. J’ignorais tout du parfum du thym, de la caresse du vent, du scintillement de la lune dans les flaques d’eau. J’ai vu des chenilles devenir papillons ; des abeilles s’enivrer des fleurs. J’ai senti la vigueur des racines sous mes pieds ; la douceur des feuilles d’un grand chêne sur ma peau. Et au-delà, la chaleur extraordinaire de toute la vie qui m’entourait. […] Je vous ai aidés à vaincre ce faiseur de poisons, c’est vrai. Mais ce n’est pas moi qu’il faut remercier. C’est la nature. Je n’aurai rien pu faire sans elle. Sans son amour pour notre monde et le vôtre. Elle est si discrète, si subtile que vous oubliez parfois combien elle nous aime. Combien sa force de vie accompagne chaque jour tout ce que nous sommes. Croyez-moi, la vraie magie est en elle. Et il faut que nous la préservions. »

- Mon avis sur le livre -

 On dit que la vie fait parfois bien les choses … mais parfois, il arrive également qu’elle les fasse plutôt mal, n’en déplaise aux plus optimistes ! Figurez-vous qu’au printemps dernier, j’étais toute heureuse de pouvoir, pour la toute première fois de ma vie, participer à une campagne de financement participatif  afin de financer l’édition de ce roman, toute heureuse de pouvoir enfin soutenir l’auteur autrement qu’en écrivant des chroniques sur ce petit blog déserté, tout en permettant d’offrir des exemplaires à des enfants hospitalisés … mais voici que cette première campagne n’a pas aboutie. Et lorsque la seconde a été lancée il y a quelques mois, ma situation personnelle et familiale était bien trop compliquée pour que je puisse renouveler mon soutien, à mon grand désarroi car je tenais vraiment à contribuer à ce projet ! Nous voici donc de retour à la case départ : c’est par le biais de cet humble petit article que je vais, une fois de plus, tâcher d’apporter mon petit coup de pouce à Guilhem Meric, puisque les galères imprévisibles de la vie m’ont empêchée de le faire d’une autre manière ! On ne change pas une équipe qui gagne, parait-il, n’est-ce pas ?

Krog Macherok est un jeune Caillassier d’une douzaine d’années presque comme tous les autres gnomes de son village souterrain. Après tout, il a les mêmes yeux gris perle, la même peau cireuse et le même odorat lui permettant de sentir la présence d’émeraude à des lieux à la ronde … il est juste beaucoup trop grand, beaucoup trop élancé, et son visage est beaucoup trop fin pour passer totalement inaperçu. Jusqu’à présent, toutefois, sa différence n’avait jamais pesé au jeune Krog : ceux de son clan l’avaient toujours accepté tel qu’il était. Mais lorsqu’un cataclysme tel qu’aucun gnome n’en a jamais vu détruit totalement le village, lorsque le jeune Krog désormais orphelin est recueilli par son oncle, Grand-Mestre des Feuillus, le fardeau de la solitude et du rejet s’ajoute au poids de la peine et de la rancune. Car Krog en est convaincu : ce sont les Sinoks, les hommes, qui sont à l’origine de cette catastrophe qui a couté la vie à ses parents et à des dizaines d’autres gnomes innocents. Bien décidé à venger les siens, au mépris de tous les interdits, le jeune Caillassier monte sur les Hautes Terres, prêt à en découvre avec ceux qui ont détruit son foyer. Mais sa quête de vengeance tourne court lorsqu’il tombe sur une petite humaine non seulement capable de le voir sans Fleur de Fée mais également capable de contrôler la terre …

 Tout commence par un drame : en quelques minutes à peine, un village tout entier est rasé, des morts jonchent le sol, des cris et des pleurs s’élèvent à chaque coin de rue, c’est la panique et le désespoir. Une scène qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celles qu’aiment nous passer et repasser en boucle les journaux télévisés lorsqu’une catastrophe naturelle s’abat à l’autre bout du globe … à ceci près que ce ne sont pas les êtres humains qui courent, meurent et hurlent, mais des gnomes. Les rencontrer dans une situation aussi semblable à celle que vivent tant d’hommes, de femmes et d’enfants sur notre planète fait immédiatement naitre une sympathie à l’encontre de ces petits êtres féériques qui fourmillent dans les profondeurs de la terre. On ne peut que compatir à leur peur et à leur douleur alors qu’ils voient leur foyer de toujours tomber en ruine, alors qu’ils voient leur époux, leur père, leur frère, leur fils mourir écrasés sous les décombres ou asphyxiés par la poussière. Pauvres petits gnomes, et surtout pauvre petit Krog : notre héros n’a qu’une douzaine d’années, ce n’est encore qu’un enfant, et voici qu’il se retrouve orphelin, à la merci de la discrimination que lui font vivre les membres du Clan de son oncle à cause de sa différence … comme si perdre ses parents et sa maison n’était pas une peine suffisante pour un jeune gnome qui n’a jamais rien demandé à personne !

Mais ce n’est pas seulement de la peine que nous ressentons pour ce pauvre Krog … mais aussi de la honte. Car nous comprenons bien vite que c’est l’activité humaine qui a causé ce drame … et qui en cause bien d’autres. A travers le regard de ce petit être qui vit en harmonie parfaite avec la nature et qui souffre lorsqu’elle souffre, nous prenons pleinement conscience de l’impact néfaste que nous autres humains avons sur cette nature, sur la biodiversité. A vouloir produire toujours plus, toujours plus vite, toujours plus facile, nous appauvrissons, desséchons, épuisons, assassinons la terre. Au nom de quoi ? L’argent, bien évidemment. Pour s’enrichir toujours plus, des laboratoires de produits phytosanitaires peu scrupuleux vont jusqu’à fournir aux agriculteurs les plus crédules ou fauchés des pesticides et désherbants « miracles » qui font certes des merveilles contre les insectes et herbes indésirables, mais qui appauvrissent tant et si bien le sol que ces paysans leur mangent ensuite dans la main quand ils leur proposent des fertilisants « miracles » pour résoudre ce problème … Nous avons souvent tendance à accuser les agriculteurs, mais ce roman nous rappelle que bien souvent, ce sont eux les premières victimes de ce système infernal, de cette quête incessante au rendement, à la productivité, à la compétitivité. Ils sont bien souvent les premiers à mourir à petit feu à cause de ces poisons qu’ils sont obligés de déverser dans les sols s’ils veulent avoir une chance de rembourser leurs prêts bancaires, s’ils ne veulent pas finir au bout d’une corde après avoir perdu les terres familiales …

Tout comme nous, Krog s’est laissé prendre au piège des évidences : c’est au vigneron qu’il en veut, viscéralement, c’est lui qu’il tient responsable de tous ses malheurs. C’est de lui dont il veut se venger. Difficile de lui en vouloir, on comprend bien sa peine et sa colère … Mais bien sûr, les choses ne vont pas se passer tout à fait comme prévu ! Car même si j’ai avant tout mis l’accent sur le message écologique qui se cache derrière ce roman (car vous le savez, c’est une cause qui me tient à cœur, et j’aime mettre en valeur les messages que nous transmettent les histoires), il ne faut pas oublier que c’est avant tout un roman que nous offre l’auteur ! Un roman riche en rebondissements et en révélations qui vous fera passer par toute la gamme des émotions, du « do » de la peur au « si » de la joie en passant par le « fa » de la surprise et le « ré » de la tristesse … Comme tout bon conte de fée qui se respecte, celui-ci fait vibrer en nous cette petite corde de l’imaginaire et du rêve, cette petite corde qui nous relie à l’invisible et au mystérieux : qui ne s’est jamais demandé d’où venaient ces petits cercles d’herbe autour des arbres de la forêt, qui ne s’est jamais demandé à quoi servaient les aigrettes de pissenlit que tous les enfants aiment tant souffler au vent ? Et comme tout bon récit de fantasy qui se respecte, celui-ci joue du tambourin avec notre cœur qui s’emballe lorsque notre brave Krog se lance dans sa quête ou découvre une incroyable vérité …

En bref, vous l’aurez bien compris, je suis vraiment tombée sous le charme de ce « conte éco-féérique » qui m’a fait sourire, pleurer, trembler, sursauter … Je me doutais bien que j’allais l’aimer, cela ne faisait pas le moindre doute, mais je ne m’attendais tout de même pas à être aussi émerveillée par ce bref petit roman qui nous invite à voir notre monde à travers le regard d’un membre du Petit Peuple ! Et qu’est-ce qu’il est beau, notre monde, qu’est-ce qu’il est riche, qu’est-ce qu’il est vivant ! A condition, bien sûr, que nous ne l’étouffions pas sous nos dalles de bétons, que nous ne le noyions pas sous nos torrents de produits chimiques, que nous ne l’asphyxions pas de nos gaz à effet de serre. A condition, donc, que nous prenions soin de lui autant qu’il prend soin de nous. A condition que nous soyons aussi courageux que ce brave petit Krog qui, accompagné de son fidèle petit compagnon hérisson et de ses nouveaux amis, va braver tous les dangers et les interdits pour faire changer les choses une bonne fois pour toute … car « on n'est jamais trop petit pour faire une différence », comme le dit la jeune Greta ! Guilhem Meric nous offre donc ici un récit qui ravira petits et grands, à lire et faire lire à ceux et celles qui aiment rêver ainsi qu’à ceux et celles qui aiment notre douce Terre …

samedi 15 juin 2019

Myrihandes, tome 3 : Le Lac aux larmes d'or - Guilhem Meric


Myrihandes3, Guilhem Meric
Le lac aux larmes d’or

Editeur : Harmonia
Nombre de pages : 559
Résumé : Échoués dans le grand Désert du Nord, Sisam et Helya trouvent asile dans un étrange royaume. Minés par l'amertume et le doute, ils vont découvrir que ce peuple du bout du monde est frappé d'une ancienne et terrible malédiction. Recueilli par le peuple Anachrone et soucieux de retrouver ses amis, Maâlias part à la rencontre d'une redoutable créature, dont les obscures divinations vont l'entraîner sur un chemin qu'il n'attendait pas. Au terme de la reconquête des Trois Cités, Hemerod a pris la tête de ses armées pour affronter Kryom sur son propre sol. Un chemin semé de mille dangers qui le conduira vers un mystérieux lac, dont la légende prétend que les eaux seraient miraculeuses...

Un grand merci à Guilhem Meric pour l’envoi de ce volume (et la petite dédicace) et à la plateforme SimPlement pour avoir rendu ce partenariat possible.

- Un petit extrait -
« Laïmu, Oros, Farf, Thalis ... Leurs visages défilaient dans sa tête dans un tourbillon vertigineux de souvenirs, de peines et de joies mêlées. Tous ces proches, parents et amis, qui les avaient soutenus dans sa quête, qui le soutenaient encore, pour certains, envers et contre les doutes, les douleurs et les épreuves. Et leur affection, leur amour … Il les sentait battre au fond de lui, pulser comme un énorme cœur gorgé de sang. Il entendait leurs voix, leurs chants, leurs rires s’accordant à la manière d’une symphonie dont les notes, sans cesse, prenaient de la hauteur ; comme si elles s’éloignaient, s’évadaient peu à peu de ce monde et de sa lumière. Non. C’était lui qui s’éloignait. Lui qui partait. »
- Mon avis sur le livre -

Ceux qui me suivent depuis longtemps le savent : lorsqu’un nouveau tome d’une de mes sagas préférées sort après des mois et des mois d’attente, c’est l’occasion rêvée pour moi de relire l’intégralité de la série ! Bien évidemment, Myrihandes n’a pas fait exception à la règle : hors de question de découvrir ce troisième tome sans avoir relu les deux premiers … Imaginez le bonheur que cela représente que de se retrouver face à cette pile d’environ 1600 pages qui n’attend qu’une seule chose : vous embarquer pour le plus beau et le plus émouvant des voyages ! Imaginez le plaisir qui m’étreignait à la simple idée de retrouver Helya, Sisam et leurs compagnons de route, imaginez la joie qui était la mienne lorsque j’ai ressorti le premier opus de son étagère pour me replonger dans ce fabuleux univers créé par le non moins fabuleux Guilhem Meric – que je ne remercierai jamais assez pour cette trilogie qui fait vibrer mon cœur comme aucun autre livre ne l’a fait … Ces deux semaines passées en compagnie de ces trois gros pavés, que j’ai pris le temps de savourer au lieu de les dévorer avidement comme je le fais parfois, ont été tout simplement merveilleuses.

Après leur lutte acharnée contre Kryom, Sisam et Helya se sont échoués dans l’infernal Désert du Nord. Recueillies par Sioul, jeune prince d’un surprenant royaume aux prises avec une atroce malédiction, les deux Flammes Jumelles s’éloignent progressivement l’une de l’autre, hantées par le doute, le découragement, la peur … La belle harmonie qui faisait vibrer leurs cœurs et leurs âmes à l’unisson lorsqu’ils étaient Myrihandes semble belle et bien terminée. Pendant ce temps, Maâlias, Oros et Farf refusent de croire en la mort de leurs amis et se jettent à cœurs perdus dans une dangereuse entreprise pour les retrouver … Et ce malgré la mort de leur ultime compagnon de route, Ecleïs, un des trois Gardiens de la Porte des Ames, sans lequel tout semble perdu. Enfin, après avoir aidé les habitants des Trois Cités à renverser l’ambitieux et tyrannique Gouverneur Hacton, le Capitaine Hemerod décide de couper le mal à la racine : accompagné de toute une armée de soldats et des nombreuses Ames Sœurs désormais libres de s’aimer, il s’apprête à affronter Kryom dans sa propre citadelle … 

Le moment est enfin venu de découvrir le dénouement de cette incroyable épopée, qui nous invite à suivre toujours plus de personnages : cette fois-ci, ce ne sont pas deux, ni trois, mais bien quatre points de vue qui nous sont proposés. Nous suivons tout d’abord Helya et Sisam, chez qui la joie insouciante des retrouvailles a laissé place à l’amertume et au doute. Les propos de Kryom ont semé le trouble dans l’âme de Sisam, qui n’aspire désormais qu’à la sécurité tandis qu’Helya vibre de l’envie de mettre fin au règne du terrible Seigneur de Doldometh. J’ai eu tellement de peine pour eux deux, pour Sisam qui a perdu toute volonté de se battre, pour Helya qui souffre de cette distance qui s’installe entre eux, pour leur Amour si pur et puissant qui semble s’être éteint … Leur quête a changé de visage : il ne s’agit plus d’empêcher Kryom d’ouvrir la Porte des Ames, mais bien de retrouver le chemin entre leurs deux cœurs, leurs deux âmes, pour redonner vie à leur Myrihande. Et pour cela, il va leur falloir dépasser la culpabilité qui les assaille depuis qu’ils connaissent la vérité concernant leur passé commun … De même, le Capitaine Hemerod, que nous retrouvons en pleine compagne militaire, cherche à expier ses fautes passées en donnant vie au rêve de sa sœur défunte : un monde de paix, de sérénité, de justice et d’amour. 

Vous l’aurez bien compris : bien que l’affrontement final se fasse de plus en plus imminent, il n’est clairement pas question que de batailles dans cet ultime opus ! La quête de nos héros, qu’il s’agisse de Sisam et d’Helya, d’Oros, Farf et Maâlias, d’Hemerod, Santories et Chrysalie, ou encore de Phonkerf et Harfan, est plus initiatique que guerrière. Dans cette trilogie, ce ne sont pas les exploits martiaux qui font les héros. On le sent, nos protagonistes ne pourront vaincre la terrible Ame Noire Alrazel qu’en surmontant leurs propres doutes, leurs propres peurs, leurs propres démons intérieurs. Qu’en faisant la paix avec eux-mêmes. C’est, je pense, la raison pour laquelle j’aime tant cette trilogie : elle ose mettre à la première place les combats intérieurs, plutôt que de s’arrêter aux grandes batailles sanguinolentes dont est généralement si friande la fantasy épique. Alors on ne va pas se mentir, il y a pas mal de morts, pas mal de violence, pas mal de noirceur. Mais l’ultime affrontement, celui que l’on attend depuis le tout premier tome, n’est ni un duel d’épéiste, ni même une bataille magique. C’est avant tout la confrontation entre l’avidité, la noirceur, et la bonté, la lumière. Entre un être pétri de Haine et de cruauté, et deux âmes que l’Amour réunit en un seul être. Certains y verront peut-être trop de manichéisme … moi j’y vois plutôt un véritable appel à la bienveillance, à l’altruisme, à l’amour sous toutes ses formes. On peut tous être des petits héros du quotidien, en portant nos rêves à bout de bras pour lutter contre le découragement ambiant, en brandissant la bonté et la justice autour de nous.

Comme ses deux prédécesseurs, Le lac aux larmes d’or est magnifiquement bien écrit. Il y a de la magie dans ces mots qui, tissés les uns avec les autres, nous offrent bien plus qu’une simple histoire. Au fil des pages, le récit prend vie, et le lecteur est comme transporté dans ce monde en proie à la tyrannie d’un cœur tant meurtri par la douleur qu’il estime que toutes les âmes doivent souffrir autant de la sienne. Un être qui est bourreau autant que victime, et qu’on ne peut ni apprécier ni détester purement et simplement. Le lecteur ne lit pas : il marche aux côtés de tous ces personnages, « qui vont tout donner d’eux-mêmes » pour reprendre les mots de l’auteur, il tremble avec et pour eux, il souffre avec et pour eux, il se réjouit avec et pour eux. C’est un livre qui m’a fait passer par des myriades d’émotions. Un livre qui a su me surprendre. Je ne m’attendais pas à une telle issue, si déchirante. A la fois cruelle et belle. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps, car je n’étais pas prête pour cela. On a jamais envie de quitter des personnages avec lesquels on s’est presque lié d’amitié … mais on a encore moins envie de les quitter dans de telles conditions. Heureusement que l’épilogue est là pour nous faire rêver d’une autre histoire, une histoire où nos racines seront définitivement nouées autour du même arbre …

En bref, vous l’aurez bien compris, avec Myrihandes, c’est jamais deux sans trois : c’est encore un coup de cœur ! Une fois encore, Guilhem Meric nous offre plus de cinq cent pages de pur bonheur, augmenté d’une bonne cinquantaine de pages d’annexe pour assouvir notre curiosité. Ca a beau être terrible de ce dire que tout est bel et bien terminé, que les aventures de Sisam, d’Helya et de tous leurs compagnons sont achevées, c’est une fin de toute beauté que nous offre l’auteur. C’est la cœur à la fois triste et apaisé que j’ai tourné la dernière page, en soufflant la promesse de relire la saga une nouvelle fois, un jour ou l’autre, quand l’envie de retrouver les terres d’Oesion se fera sentir. En attendant, il ne me reste plus qu’à vous inviter à découvrir, à votre tour, cette fantastique trilogie et les magnifiques musiques qui l’accompagnent !



Ce livre a été lu dans le cadre du Tournoi des 3 Sorciers
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samedi 27 octobre 2018

L'art de se prendre les murs - Guilhem Meric


L’art de se prendre les murs, Guilhem Meric
Une nouvelle vision de Peter Pan

Editeur : Pygmalion
Nombre de pages : 254
Résumé : À peine né, Charlie Gabian est déjà une farce ambulante. Personne, dans sa grande famille sétoise, ne se résout d’ailleurs à y croire. Un garçon, aujourd’hui, le 1er avril ? Allons donc! Eh bien si. Les yeux écarquillés, il découvre le monde, ses formes et ses couleurs, tous ces gens qui se pressent autour de lui pour le tatouer de bisous baveux. Lorsqu’on naît huitième merveille du monde, il n’est pas aisé de grandir. Alors, tout en croisant quelques fées clochettes et capitaines Crochet, notre Peter réincarné va se battre pour trouver son Pays Imaginaire.


Un grand merci aux éditions Pygmalion et à l’auteur pour l’envoi de ce volume.

- Un petit extrait -

« Mais la vie n'est pas foutue comme ça. Elle t'oblige sans cesse à te remettre en question, à te battre contre les autres, contre toi-même, contre tout ce qui voudrait t'enfouir dans la tombe. Elle te montre les dents, te griffe, te charcute le cœur jusqu'à ce que tu apprennes une bonne fois pour toutes à relever la tête. A tordre le cou à tes peurs. A ces milles choses dans lesquelles tu t'englues et qui t'empêchent d'avancer. De grandir.
Le mot est lâché.
Je ne veux pas grandir.
C'est une arnaque. Un jeu pipé dont personne ne ressort vivant. »

- Mon avis sur le livre -

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été fascinée par le mythe de Peter Pan … Toute petite déjà, je regardais le dessin-animé Disney en boucle des semaines entières et attendais chaque soir en vain l’arrivée de ce cher Peter à la fenêtre, m’inventant mille et une aventures au Pays Imaginaire. Et, autant apprendre que le Père Noël n’était qu’une invention des adultes ne m’a fait ni chaud ni froid, du moment que des cadeaux m’attendaient chaque année au pied du sapin, autant prendre conscience que Peter Pan n’existait pas et que je n’avais aucun moyen de rejoindre les Garçons Perdus m’a littéralement dévastée. Il ne m’a pas fallu longtemps pour additionner un et deux, et j’ai rapidement compris que je n’avais pas d’autre choix que de grandir, que rien ne pouvait arrêter cette effrayante machine et que j’étais condamnée, un jour ou l’autre, à devenir adulte. Le cauchemar absolu pour l’enfant que j’étais alors … et pour la « jeune adulte » que je suis censée être aujourd’hui. Aussi, lorsque Guilhem Meric m’a parlé de cette transposition contemporaine du conte sur fond d’autofiction, je n’avais plus qu’une seule envie : lire ce roman ! Et c’est maintenant chose faite …

 Quand on nait un 1er avril, il ne faut surtout pas s’attendre à avoir une vie banale, et ce n’est pas Charlie Gabian qui va vous dire le contraire ! Bichonné par sa mère, ses grands-mères et sa ribambelle de tantes, le petit dernier de la famille ne se plains pas d’être fils unique : lorsqu’on a des mondes imaginaires pleins la tête, pas besoin d’un petit frère ou d’une petite sœur, on s’auto-suffit … Jusqu’au jour où il ressent le besoin viscéral de faire sortir les milliards d’histoire de sa tête afin de les partager au monde entier et de voir briller, au moins une fois, une lueur de fierté dans les yeux de son père obnubilé par son abbaye en ruine … De la bande-dessinée au roman en passant par le cinéma, la musique et la comédie-musicale, Charlie s’efforce de donner vie à ses rêves. Contre vents et marées. En dépit des embuches que le monde s’obstine à placer sur son chemin. Envers et contre tout. Sans jamais se laisser abattre. Car tout le monde le sait : tant qu’on croit aux fées, celles-ci existent. Tant qu’on est persuadé de pouvoir voler, alors on vole …

« Quant à moi, je n’ai guère envie de sortir. Cette histoire de naissance flaire l’arnaque. Je le sens, je vais en baver pour des lustres » … Le pauvre Charlie ne croyait pas si bien dire ! En quelques lignes à peine, en effet, le ton est donné : la huitième merveille du monde n’en est qu’au début de ses déboires avec la vie, cette traitresse, qui vous fait miroiter le bonheur pour mieux vous l’arracher quand il est à votre portée. Quel régal que cette narration, vivante, drôle et décalée à souhait ! Quel plaisir que de suivre les pérégrinations de Charlie le rêveur, Charlie le passionné, qui se bat sans jamais – trop – baisser les bras malgré les déboires et les désillusions ! A chaque fois que ce malheureux Charlie voit l’un de ses incroyables projets tomber à l’eau et être piétiner par la cruauté du monde, on est triste pour lui. Et à chaque fois qu’il se redresse vaillamment pour se plonger dans une nouvelle entreprise encore plus audacieuse, on a le cœur qui se gonfle d’espoir avec lui. Charlie nous apprend à ne jamais laisser le monde des adultes éteindre tout à fait la flamme de l’enfance en nous, parce que c’est elle qui nous pousse en avant, elle qui nous pousse à vivre nos rêves au lieu de les enterrer sur les conseils de la raison … Charlie, c’est celui qui nous rappelle qu’il faut toujours croire en ses rêves, même si la vie s’acharne contre eux, parce qu’ils ne peuvent se réaliser que si l’on ne les laisse pas tomber.

Mais ce roman est loin d’être une simple fiction … et Charlie est loin d’être un simple personnage. Derrière cette histoire à l’humour décapant se cache en réalité une autofiction pleine d’autodérision : Charlie Gabian et Guilhem Meric ne forme qu’une seule et même personne, et la frontière entre fiction et réalité est bien floue pour qui ne connait pas bien l’auteur ! Auteur qui nous relate son parcours du combattant pour faire vivre les histoires qu’il a dans la tête, qui nous raconte ses mésaventures sans jamais tomber dans l’auto-apitoiement, qui nous expose ses espoirs et ses doutes … Quelle expérience singulière que de suivre, à travers cette histoire où le « vrai » se mêle au « faux », la genèse de la fantastique saga grâce à laquelle on a découvert l’auteur ! Ce livre montre à quel point un auteur déverse une partie de son être dans ses histoires, à quel point l’écriture est à la fois un exutoire et une thérapie. Découvrir la blessure qui se cache derrière la thématique des Ames-Sœurs si chère à l’auteur m’a bouleversée, et prendre conscience du long chemin parcouru pour donner vie à ces romans qui siègent désormais sagement dans mes bibliothèques m’a impressionnée … Je suis pleine d’admiration et de gratitude envers Guilhem Meric, qui a mis tout son cœur et toutes ses forces dans ses livres, qui a lutté pour que des lecteurs puissent avoir l’immense joie de les lire et de les relire. Deux mots, donc : merci, et bravo.

En bref, vous l’aurez compris, ce livre m’a fait rire à en pleurer et m’a émue aux larmes. Ce livre, c’est à la fois une belle histoire et un beau témoignage. C’est un livre qui invite à croire en ses rêves, qui nous appelle à chercher coûte que coûte notre Pays Imaginaire, qui nous exhorte à fuir les Capitaine Crochet qui nous font du mal et à se rapprocher de nos Fées Clochette qui nous aime et nous soutienne. C’est un livre qui nous pousse à se battre pour mener à bien nos projets, qui nous donne la force de nous relever quand tout semble perdu ou désespérer, qui nous aide à garder courage et motivation pour laisser la magie opérer en nous. C’est un livre qui montre à quel point le monde, malgré sa cruauté et sa dureté, a quelque chose à offrir à chacun de nous, même si ce quelque chose est bien différent que ce que l’on s’imaginait avoir besoin pour être heureux. C’est un livre qui fait du bien au moral, un livre qui met du baume au cœur, un livre qui donne le sourire. C’est un livre d’espoir pour tous les Peter Pan de notre monde : la magie existe, elle vit en chacun de nous …


 
Ce livre a été lu dans le cadre du Tournoi des 3 Sorciers
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