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mardi 2 janvier 2024

Jonathan Sato et les chroniques d’Alméria - Jean-François Morin

Jonathan Sato et les chroniques d’Alméria, Jean-François Morin

 Editeur : Le lac aux fées
Nombre de pages : 466
Résumé : Jonathan, Emy et Jany poursuivent leur voyage pour rejoindre Alméria, le Royaume des Fées. Sur cette île coupée du monde, où l’alchimie subsiste depuis plus de cent ans, les jeunes dragonniers doivent mettre en sécurité les armures d’or et continuer leur apprentissage à cette science oubliée. Pour atteindre leur objectif et traverser la mer d’Eresda, ils vont devoir embarquer à bord du Maelstrom, le bateau pirate du tant redouter Pow Rickmort. Mais pourquoi Samérion a-t-il fait appel à cet homme à la sinistre réputation ? Nos jeunes héros ne tarderont pas à le savoir…

 Un grand merci à Jean-François Morin pour l’envoi de ce volume.

 

- Un petit extrait -

« En pleine nuit, mon père entra dans ma chambre pour me réveiller. Mais à vrai dire, je ne dormais pas. J’étais à la fois triste et excité. Triste, car ce nouveau départ qui se profilait m’éloignait à nouveau de mes parents. Et excité, car en compagnie d’Emy et de Jany, j’allais naviguer en mer pour la première fois et, qui plus est, à bord du Maelstrom ! Ce bateau pirate qui terrifiait tant de marins … »

- Mon avis sur le livre -

 Après avoir exploré en secret de mystérieux souterrains, découvrant ainsi les secrets des alchimistes, et avoir crapahuté au cœur de grandioses montagnes pour récupérer les légendaires armures d’or de ces derniers, l’heure est venue pour Jonathan, Emy, Jany et leurs dragons respectifs de voguer à bord d’un majestueux navire pirate. Direction : Alméria, l’île des fées et des alchimistes blancs ! Les trois enfants sont à la fois surexcités par cette nouvelle aventure, tristes d’être une nouvelle fois séparés de leurs parents et effrayés par la guerre alchimique qui se profile : ils ont tout autant envie de découvrir les merveilles de ce petit bout de terre perdu au milieu de l’océan que de retrouver leur petite maison et les attentions délicates de leur maman … Mais ils n’ont pas le choix : ils doivent à tout prix mettre en sécurité les armures d’or si laborieusement retrouvées, et poursuivre leur difficile apprentissage de l’alchimie, afin d’être prêts à lutter contre Odon Lémoras et ses cruels partisans. Les trois enfants parviendront-ils à maitriser leurs nouveaux pouvoirs avant qu’il ne soit trop tard ?

Avec ce troisième opus, on pourrait presque dire « on prend les mêmes et on recommence », tant nous sommes dans la continuité des deux premiers : nous retrouvons cette ambiance en clair-obscur, où l’insouciance enfantine de nos trois petits héros côtoie l’approche inexorable d’un conflit qui promet d’être sans pitié. Il y a, d’un côté, l’enthousiasme et l’émerveillement de ces trois enfants fins prêts à vivre une toute nouvelle aventure, et de l’autre, leur peine et leur peur à l’idée d’être une nouvelle fois séparés de leurs parents pour se jeter la tête la première dans ce monde sur le point de connaitre une nouvelle guerre alchimique. Malgré leur jeune âge, Jonathan, Jany et Emy ont bien conscience qu’ils ne sont pas en voyage d’agrément, ils savent très bien que le danger est bel et bien présent, et ils savent également qu’un jour ou l’autre, ils seront amenés à prendre part au conflit. Et même s’ils ont grandis entourés de chevaliers-dragons et qu’ils ont toujours eu envie d’en devenir à leur tour, ils se rendent compte que ce n’est pas si facile, d’être un héros … J’ai beaucoup aimé cette dualité en eux : il y a à la fois ce désir profond de devenir de valeureux chevaliers-dragons et de brillants alchimistes blancs, et cette envie de redevenir de simples enfants qui ne font que jouer à être de valeureux chevaliers-dragons et de brillants alchimistes blancs au lieu de l’être pour de vrai

À vrai dire, je crois que c’est ce que j’aime le plus dans cette saga : le fait que nos héros soient de jeunes enfants. Cela apporte vraiment une touche de légèreté et de lumière : bien plus que les adultes, les enfants ont un cœur profondément généreux, un désir authentique de faire le bien et de bien faire, une volonté farouche de voir le bien, le bon et le beau vaincre … et une certaine forme de candeur et de naïveté, car ils croient encore, justement, que le mal ne peut jamais gagner, car ils ont encore cette foi en la gentillesse et en la grandeur de l’être humain. Cette insouciante espérance est profondément touchante, et d’une certaine manière quelque peu désarmante. En tant qu’adulte, on a tout à la fois envie de préserver coute que coute cette innocence, et envie de les avertir que les choses sont rarement aussi simples et aussi belles pour leur éviter une cuisante désillusion. On est à la fois jaloux de leur candide bonheur, de joyeuse inconscience, et honteusement fier de savoir quelque chose qu’ils ignorent encore, comme si c’était une victoire que d’avoir réussi à « surmonter » (si cela est possible) cet effroyable apprentissage de la terrible réalité. Les enfants sont bien moins compliqués, bien moins hypocrites, et ils font donc des héros bien plus « authentiques », bien plus inspirants également ... On a encore plus envie de les voir réussir, de les voir gagner, on tremble encore plus pour eux quand tout semble perdu, on exulte encore plus avec eux quand tout s’arrange.

Et dans ce tome, on tremble autant qu’on exulte. Il y a vraiment des moments effroyables où on a le sentiment que tout est perdu, que l’ennemi est décidément et définitivement plus fort, que plus rien ne pourra faire pencher la balance en faveur du « camp des bons » … Il faut dire qu’on a fini par baisser la garde : cette île semblait si tranquille, si sûre, on ne pouvait pas imaginer que même là, la rancœur et la jalousie allaient grignoter les cœurs, et on ne pouvait pas concevoir que l’ennemi allait venir jusque-là. Un peu comme nos petits héros, on avait finalement l’espoir qu’ils aient trouvés sur cette île un véritable havre de paix, un lieu où chacun et tous avaient appris à vivre dans le respect, l’harmonie et l’équilibre. Parce qu’on aimerait croire que c’est possible, que la paix est possible … on a besoin d’y croire, je pense. Mais malheureusement, inévitablement, il y a toujours un grain de poussière qui vient gripper le mécanisme bien rodé, il y a toujours quelqu’un pour éprouver une insatisfaction, une frustration, et pour transformer cette dernière en colère et en violence. Et même si, tout comme Jonathan, on ne peut que comprendre le désarroi de certains, je trouve cela assez triste et déplorable que les moyens d’actions choisis soient toujours la brutalité et la cruauté. Triste, déplorable, mais pourtant si humains. Tristement et déplorablement humain …

Heureusement pour le lecteur, qui a déjà suffisamment de raisons de déprimer en écoutant quelques secondes les informations au journal télévisé, il y a dans cette saga un côté intensément plus lumineux, plus réjouissant. Il y a, en premier lieu je pense, l’amitié et l’amour familial. Plus cela avance, plus je suis émue par le lien qui unit Jonathan et sa petite sœur Emy. À chaque fois que Jonathan, en dépit de toute sa pudeur et sa maladresse affective typiquement masculines, se préoccupe de sa petite sœur, s’efforce de la protéger et de la réconforter, je sens mon petit cœur fondre : c’est si beau, si tendre. J’ai également été très touchée par les scènes où nos petits héros sont avec leurs parents : bien souvent, les romans insistent sur les conflits entre les pré-ados et leurs parents, alors que là, il n’y a que la joie de se retrouver, le désir farouche de se protéger, la tendresse et la complicité. Cela fait du bien, de voir une famille unie ! Et je n’oublie pas l’Amitié, qui mérite ici je pense une majuscule : pour Jonathan, l’Amitié, c’est sacré. Pour un ami, Jonathan est prêt à mourir … ou à tuer (même si, et j’en suis très heureuse et soulagée, cet acte n’est jamais banalisé et encore moins valorisé). Et Jonathan ne laissera jamais tomber un ami, qu’il soit de longue date ou à peine rencontré. Aux yeux de certains, tout ceci ne sera peut-être qu’un « ramassis de bons sentiments », mais pour ma part, c’est vraiment que chose que j’aime tout particulièrement dans cette saga, et ce tome est plein de belles scènes d’amitié !

En bref, vous l’aurez bien compris je pense : à l’instar des deux premiers opus, celui-ci m’a pleinement convaincue et énormément plu. Alors bien sûr, je l’admets bien volontiers, on reste dans de la fantasy jeunesse plutôt « classique », il n’y a rien de particulièrement extravagant, audacieux ni même original, mais cela n’empêche clairement pas l’intrigue d’être passionnante. On a beau y retrouver des schémas bien connus, des retournements de situations parfois prévisibles, rien de tout cela n’entache le plaisir de lecture : on se laisse entrainer, tout simplement, on se laisse émerveiller, on se laisse surprendre, on se laisse effrayer … L’espace de quelques centaines de pages, on retrouve quelque peu notre âme d’enfant, on vit par procuration une fabuleuse aventure, une incroyable épopée pleine de magie et de mystère. Et même si j’ai trouvé la fin quelque peu précipitée, clairement moins aboutie que tout ce qui précédait, cela ne m’empêche nullement d’avoir terriblement envie que la suite sorte au plus vite, car j’ai vraiment hâte de savoir comment tout ceci va évoluer ! On en redemande, clairement ! Et impatiemment !

mercredi 15 décembre 2021

Jonathan Sato et les armures d'or - Jean-François Morin

Jonathan Sato et les armures d’or, Jean-François Morin

 Editeur : Le lac aux fées

Nombre de pages : 424

Résumé : Après être devenu alchimiste malgré lui, le jeune Jonathan Sato doit désormais quitter sa famille pour apprendre à maîtriser ses nouvelles capacités. Guidé par le légendaire Samérion et accompagné de sa sœur Emy et de son ami Jany, il entame alors un long voyage qui doit le conduire sur l’île d’Alméria. Mais cette quête va se révéler plus périlleuse que prévue. Car sur leur chemin, au cœur des montagnes, ils devront récupérer et protéger les mythiques armures d’or tant convoitées par le terrible Odon Lémoras.

 Un grand merci  aux éditions Le lac aux fées pour l’envoi de ce volume et à la plateforme SimPlement pour avoir rendu ce partenariat possible.

 

- Un petit extrait -

« Dès les premières lueurs, le soleil arborait son plus bel éclat, à l’instar de tous les matins de ce début de printemps exceptionnellement sec et ensoleillé. Mais ce n’était pourtant pas une journée habituelle, car aujourd’hui, les rayons du soleil éclaireraient le chemin du premier jour de notre voyage. Un voyage d’une durée encore incertaine. Deux mois ? Trois mois ? Un an ? Plusieurs années ? C’était cette perspective inconnue qui rendait notre départ si douloureux. Principalement pour Emy, Jany et moi. Nous, de jeunes enfants de neuf et onze ans, qui n’étions pas préparés à quitter si tôt nos repères et nos familles …. »

- Mon avis sur le livre -

 Dans la conclusion de ma chronique du premier opus, je vous faisais part de mon désarroi à l’idée de devoir attendre neuf mois avant de découvrir enfin la suite de l’histoire … Pour tout vous avouer, même s’il m’est souvent arrivé de resonger aux aventures de nos petits héros (surtout au moment de conseiller des amoureux de fantasy), je n’ai pas vraiment eu l’occasion de me languir autant que je l’imaginais de la suite : malgré tous mes efforts pour ralentir la cadence et souffler un tantinet, les services presse n’ont cette année encore cessé de s’accumuler sur ma table de chevet … j’ai été bien occupée ces derniers mois ! Le hasard a voulu que le deuxième tome de Jonathan Sato soit également … le dernier service presse de cette infernale pile : ça y est, je suis venue à bout de tous mes engagements ! Autant vous dire que cette perspective réjouissante m’a drôlement aidé à savourer encore plus ce volume tant attendu : la pression s’étant envolée de mes épaules, je me sentais suffisamment détendue pour profiter sereinement et tranquillement de ma lecture, sans m’inquiéter de savoir si j’allais réussir à tenir tous les délais encore à venir. Après l’effort, le réconfort, dit-on souvent : retrouver Jonathan et ses compagnons a assurément été le meilleur réconfort possible après ces mois d’efforts pour garder la tête hors de l’eau !

Suite à leurs incroyables découvertes dans les souterrains oubliés, Jonathan, Jany et Emy doivent désormais apprendre à contrôler leurs capacités naissantes d’alchimiste blanc ou d’almas … tout en consolidant leur lien tout neuf avec leurs dragonneaux respectifs. Face au danger grandissant que représentent le terrible alchimiste rouge Odon Lémoras et son armée, il n’y a plus un seul instant à perdre : non seulement les trois enfants doivent absolument être mis en sécurité pour effectuer leur apprentissage sans risque, mais leur mentor Samérion doit également absolument récupérer les armures d’or des anciens alchimistes blancs pour éviter qu’elles ne tombent entre de mauvaises mains. Malgré la peine de quitter leur famille, malgré la peur de faire de nouvelles rencontres, les trois enfants ont terriblement hâte de découvrir l’ile d’Alméria, demeure ancestrale des fées et de leurs alliés alchimistes blancs. Mais leur long voyage ne sera pas de tout repos : entre les cols à franchir, les rivières à traverser, et les inévitables embûches et mauvaises rencontres, le chemin semble s’allonger et se compliquer de jour en jour. Parviendront-ils à trouver ces mystérieuses armures d’or dont semble dépendre l’issue de cette nouvelle guerre alchimique ? Arriveront-ils sains et saufs à destination ? Et surtout, sauront-ils garder confiance en eux-mêmes et les uns envers les autres, coute que coute ?

Quel bonheur de retrouver les petits Jonathan, Jany et Emy pour de nouvelles aventures ! Et quelle aventure ! Rien de moins qu’un grand voyage au cœur de l’inconnu digne des plus grandes épopées : la fantasy est friande de ces longues et périlleuses expéditions où nos héros doivent affronter la fatigue et les douleurs, leurs ennemis et leurs peurs, tandis que s’égrène un compte à rebours inflexible. Une saga de fantasy sans un tel périple, c’est un peu comme un éclair au chocolat sans chocolat : ça n’a assurément aucune saveur ! Quel bonheur, donc, de partir sur les routes aux côtés de nos braves petits héros, de leurs adorables petits dragons et de leurs sages et puissants compagnons ! Quel bonheur également de découvrir un peu plus ce monde, si différent du nôtre et pourtant, étrangement, fort familier : l’auteur a vraiment su jouer sur les cordes « sensibles » pour donner au lecteur le sentiment de se sentir comme chez lui. A vrai dire, je rêve de me glisser dans cet univers et d’aller m’installer dans l’un de ces petits villages montagnards, où règnent la joie, la convivialité, la solidarité, la quiétude. Le lecteur voyage, chemine, lui aussi : il redécouvre la paix, la sérénité, la douceur, la lenteur … tant de choses oubliées dans notre temps où les mots « toujours plus » semblent prédominer. Je le disais déjà dans le premier tome, mais c’est vraiment cette ambiance « champêtre et familiale » qui me marque le plus dans cette saga : ça fait du bien !

Malgré tout, cet opus est nettement moins léger que le premier : doucement, mais sûrement, on s’oriente vers un récit plus sérieux, plus profond. Il y a le retour des alchimistes rouges, dévorés par la soif de pouvoir, de puissance, de gloire, de vengeance : ils aiment inspirer la peur, ils aiment se sentir plus grands et plus forts que les autres, ils aiment les écraser pour assouvir leur désir démesuré de domination absolue … Leur ombre plane sans cesse, soit dans leurs attaques, soit dans les souvenirs effrayés de nos petits héros. Ces derniers eux-mêmes quittent progressivement cette innocence et cette insouciance propre à l’enfance : confrontés à la dure réalité de la vie, ils murissent à vue d’œil. Pauvres, pauvres petits ! On ne peut que les plaindre : du jour au lendemain, ils doivent non seulement quitter leur famille, leur maison, leur vie quotidienne, pour affronter l’inconnu, mais en plus ils doivent lutter pour leur survie … et celle de leurs dragonneaux, dont ils ont l’entière responsabilité. Ils vont être confrontés à des scènes horribles qu’aucun enfant ne devrait vivre … Et tout ceci va les conduire à se poser des questions. Jusqu’à présent, ils ne voyaient que le « côté lumineux » de l’alchimie, mais ils vont progressivement comprendre que « de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités », que les choses sont loin d’être aussi simples qu’ils ne le pensaient et qu’il faut parfois prendre de dures décisions quand on poursuit un idéal, aussi juste et beau soit-il ....

Notre petit héros principal, Jonathan, est assurément celui qui va subir la plus grand tourmente existentielle, et qui va donc connaitre l’évolution la plus « spectaculaire ». Fils de chevaliers, ainé de sa fratrie, il est celui qui a embarqué son meilleur ami et sa petite sœur dans toute cette histoire : on le sent, confusément, il se sent responsable d’eux et se sent donc aussi coupable. Mais ce fardeau est bien lourd à porter pour un garçon aussi jeune … C’est donc tout naturellement que, incapable de tout supporter sur ses seules épaules, il va rejeter (et pas complétement à tort) une partie de cette responsabilité sur celles de Samérion, leur « mentor », leur « guide », qui semble ne jamais tout leur dire, qui leur fait prendre tous ces risques sans vraiment leur expliquer le pourquoi du comment, qui attend d’eux qu’ils se comportent comme de parfaits petits alchimistes mais qui continue en même temps à les traiter comme des bébés. Oui, Jonathan a quelques bonnes raisons d’être en colère … mais le problème de la colère, c’est qu’elle rend aveugle, et qu’elle s’appuie sur nos peurs pour grossir plus que de raison, jusqu’à envahir tout le reste. C’est vraiment intéressant, car Jonathan est assurément un très gentil petit garçon, au très grand cœur, qui ne veut que le bien … mais cela ne va pas l’empêcher d’être injuste, d’être même méchant par moment. Et c’est cela aussi qui le rend si attachant : il ressemble à l’enfant que nous avons été, et on se sent proche de lui.

En bref, vous l’aurez bien compris je pense : ce fut une immense joie de cheminer à nouveau aux côtés de nos trois petits héros, de vivre à travers eux ces aventures parfois fabuleuses, parfois effroyables. On se laisse vraiment entrainer par les aventures et mésaventures de ce petit groupe de voyageurs, de ces trois enfants et de leurs dragonneaux, de ce vieil alchimiste et de ses amies fées : on tremble pour eux, on pleure pour eux, on souffre pour eux … Ce qui est assez incroyable, finalement, c’est que malgré la « simplicité » de l’intrigue (il ne s’agit, finalement, « que » d’un voyage d’un bout à l’autre d’une contrée, malgré quelques embûches qui restent assez classiques et même répétitives), on se laisse vraiment pleinement, totalement, parfaitement et absolument entrainer par l’histoire ! Difficile de vous dire exactement pourquoi, je n’en sais rien moi-même, mais le fait est là : j’ai beau avoir lu des tas de livres plus « riches en rebondissements » que celui-ci, peu ont su me happer à ce point ! Peut-être parce que cette « simplicité » rend aussi l’histoire plus « crédible », plus « réaliste », parce que du coup on arrive plus aisément à s’y projeter, à s’imaginer à leur place, je ne sais pas, mais une chose est sûre et certaine : c’est un roman dont on ne voit pas les pages défiler, ça se lit remarquablement bien, et on est vraiment surpris (et triste) lorsqu’arrive la fin ! Vivement la suite, donc !

mercredi 24 mars 2021

Jonathan Sato et les secrets des alchimistes - Jean-François Morin

Jonathan Sato et les secrets des alchimistes, Jean-François Morin

 Editeur : Le lac aux fées

Nombre de pages : 446

Résumé : Jonathan n’a que 10 ans, mais il a de quoi être fier. Il s’apprête déjà à détenir son dragonneau. Dans la famille Sato, c’est une tradition. On est chevalier dragon de père en fils et protecteur du royaume de Sitra. Depuis vingt ans, la vie est paisible dans les rues de Vyria où Jonathan, sa petite sœur Emy et son meilleur ami Jany aiment à musarder. Mais un jour, les trois enfants découvrent un souterrain oublié, gardant dans ses profondeurs une science qui pourrait bien bouleverser l’équilibre du monde…

 Un grand merci  aux éditions Le lac aux fées pour l’envoi de ce volume et à la plateforme SimPlement pour avoir rendu ce partenariat possible.

 

- Un petit extrait -

« Au loin, nous pouvions facilement distinguer les villes, les villages et les maisons isolées. Dans l’obscurité de la nuit, sur la ligne d’horizon, nous avions du mal à différencier l’éclat des étoiles des chaumières éclairées. Mes repères vacillaient et j’avais cette étrange impression d’être dans un autre univers où il n’y avait ni haut, ni bas, ni gauche, ni droite, ni espace, ni temps. »

- Mon avis sur le livre -

 J’ai beau savoir que l’habit ne fait pas le moine et qu’il ne faut pas juger un livre à sa couverture, je dois bien reconnaitre que c’est souvent ladite couverture qui m’aiguille en premier lieu : j’ai tendance à considérer que la couverture reflète le livre, ou plus précisément que le soin apporté à la couverture reflète le soin apporté au texte. La qualité de l’illustration, le choix des couleurs, de la police de caractère du titre, et même de la place du nom de l’auteur, en disent selon moi beaucoup sur la qualité globale du travail éditorial de l’auteur autoédité ou de la maison d’édition … Rien qu’à la couverture, je sais généralement à quoi je peux et je dois m’attendre au cours de ma lecture, et pour l’instant, cet instinct visuel ne m’a que très rarement trompée. C’est ainsi que j’ai à peine lu le résumé de ce roman avant de le demander en service presse : la combinaison du titre et de la couverture me promettait une histoire qui ne pouvait que me plaire, et une fois encore, cette intuition s’est révélée parfaitement juste ! Je sens qu’il va d’ailleurs être très difficile de trouver les mots justes, tant ce roman est génial !

Chez les Sato, on est chevaliers dragons de générations en générations : depuis que leur illustre ancêtre a trouvé le remède au terrible virus qui décimait la population de ces fabuleuses, leur famille est la seule habilitée à les élever et les dresser. Jonathan n’a que dix ans, mais il s’apprête déjà à avoir son propre dragonneau : jamais personne n’a reçu un dragon aussi jeune, et le petit garçon est partagé entre la joie, la fierté, et l’inquiétude. Sera-t-il à la hauteur de cet immense honneur ? Saura-t-il s’occuper correctement de son petit dragonneau, et méritera-t-il un jour ce titre de maitre dragon ? Heureusement, Jonathan a le soutien de toute sa famille, en particulier celui de sa si bavarde petite sœur Emy … sans oublier celui de son meilleur ami Jany, un véritable puit à savoir qui aurait été plus à sa place à l’école des érudits qu’à celle des chevaliers. Ensemble, les trois enfants et le petit dragonneau aiment vagabonder dans la Forêt des Nids … jusqu’au jour où ils découvrent par hasard l’entrée de mystérieux souterrains. Parviendront-ils à percer les secrets qui referment ces galeries ?

Après quelques années durant lesquelles la dystopie a volé la vedette, la fantasy reprend du poil de la bête : les rayonnages des librairies débordent d’histoires d’elfes et de dragons, et on a parfois le sentiment que tous se ressemblent. Et puis, il y a ceux qui sortent du lot, mais en toute discrétion, dans l’ombre de maisons d’édition un peu moins connues et réputées, mais qui se préoccupent de la qualité plus que de la quantité. Et indéniablement, indiscutablement, incontestablement, l’auteur signe ici une vraie petite pépite de fantasy comme on n’en trouve que très et trop peu … et cela en toute sobriété. De nos jours, les auteurs ont souvent tendance à en faire trop, s’imaginant sans doute que pour se démarquer, il faut absolument être celui qui rendra son récit le plus sensationnel possible : ce n’est alors plus qu’une déferlante d’action, avec des batailles « épiques » et sanglantes à tous les chapitres, avec des complots à n’en plus finir, des trahisons, des empoisonnements, des élus aux pouvoirs infinis, au courage inhumain et à l’ingéniosité inouïe … Jean-François Morin, lui, a compris que l’essentiel ne se trouvait pas dans cette surenchère, qu’il ne fallait pas impressionner le lecteur mais plutôt lui donner ce sentiment d’être chez lui, à sa juste place, à chaque fois qu’il rouvre le livre …

Et c’est donc ainsi que l’auteur nous invite à faire la connaissance de Jonathan, un petit garçon ni plus doué ni plus courageux que les autres. Alors bien sûr, Jonathan va éminemment sous peu avoir son propre dragon, ce qui n’est pas donné à tout le monde, mais pour le reste, petits et grands lecteurs peuvent aisément se retrouver en lui. Car Jonathan n’est ni l’élève le plus doué de sa classe, ni le plus apprécié, bien au contraire : son meilleur ami Jany et lui sont plutôt les souffre-douleurs de leurs camarades, Jany parce qu’il est fils de fermier et donc considéré comme un intrus par tous ces fils de chevaliers, et Jonathan parce que sa famille a un statut particulier qui attise la jalousie … Alors qu’il n’y a pas plus humbles que les Sato qui, contrairement aux autres familles de chevaliers, ne rechignent jamais aux tâches les plus harassantes : alors que tous ces gosses, fils de chevaliers « normaux », retournent se prélasser chez eux pendant les vacances, Jonathan retrouve ses parents, oncles, cousines, grands-parents dans les champs pour la moisson, pour l’entretien de la dragonnerie ou pour le déboisement de la clairière où sera construit le nid du dragonneau !

Il y a vraiment dans ce récit une simplicité, une rusticité, particulièrement réconfortante : on renoue avec le cœur de la fantasy, qui est le gout du rêve et du merveilleux, et non pas de la guerre et de la mort … Ici, ce n’est pas un danger quelconque qui est au cœur de l’intrigue, mais bien plus la curiosité (et les bêtises) de trois enfants : alors qu’ils se glissent en douce dans les jardins du Comte pour observer un peu plus longuement les animaux exotiques du défilé, Jonathan, Emy et Jany découvrent des souterrains … qu’ils ne peuvent s’empêcher d’explorer sans en parler à personne. J’ai aimé vivre avec eux cette excitation des explorations secrètes et interdites, des découvertes incroyables et sans aucun doute dangereuses. Bien sûr, en tant qu’adulte, j’avais parfois envie d’aller les sortir de là par la peau du cou, mais l’enfant qui continue de vivre dans mon cœur était tout simplement ravie et émerveillée. Et que c’est drôle de les voir se dépatouiller comme ils peuvent pour garder tout ceci secret, j’ai adoré leurs facéties, leurs bourdes également … Et même l’arrivée progressive d’une ombre, cette menace qui se dévoile en même temps que se lèvent tous ces mystères, le lecteur la savoure : c’est tellement bien amené, on est curieux de voir où cela va nous mener !

En bref, vous l’aurez bien compris, j’avais beau m’attendre à apprécier, je ne m’attendais clairement pas à un tel coup de cœur ! Je suis tombée amoureuse de la richesse de cet univers, mais une richesse qui ne s’exhibe pas, qui reste discrète : l’auteur n’a pas fait étalage de son imagination comme aiment tant le faire nombre d’auteurs de fantasy, il se « contente » de nous raconter une histoire se déroulant dans son univers. Et quelle histoire ! Il nous rappelle que beauté rime avec simplicité, qu’il n’y a pas besoin de surenchères de prophéties et de quêtes désespérées pour offrir au lecteur une aventure tout simplement captivante et poignante. Nos trois petits héros ne font « rien » de plus que d’explorer des souterrains à deux pas de chez eux, mais cela suffit à nous happer : tout comme eux, on est dévoré par l’envie de savoir ce que cachent ces galeries. Et tous leurs stratagèmes pour éviter que leurs parents ne découvrent leurs cachoteries, tous ces moments où ils sont à deux doigts d’être pris en flagrant délit de vagabondages dans un lieu potentiellement très dangereux, nous tiennent en haleine aussi efficacement qu’une bataille épique entre deux grandes armées ! Bref, c’est une vraie réussite, et le plus gros problème, désormais, ça va être de patienter jusqu’en décembre 2021 pour découvrir la suite de l’histoire !