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mercredi 14 octobre 2020

Le coeur des louves - Stéphane Servant


Le cœur des louves, Stéphane Servant

Editeur : Rouergue
Nombre de pages : 542
Résumé : Célia est arrivée seule, à la fin de l’été. Livrée à elle-même dans la vielle maison, elle attend sa mère. Le village est toujours pareil, perdu au fond de la vallée, avec ses montagnes couvertes de forêts et son lac Noir. Leur retour réveille de vieilles histoires. Celles d’une grand-mère à la réputation sulfureuse. Car ici, tout le monde se connait depuis toujours. On s’aime trop ou on se hait et ce sont les hommes qui font la loi, par la force s’il le faut. Pour découvrir ce qui se cache sous la surface des choses, elle devra se tailler un chemin, entre mensonges et superstitions. Et se faire louve pour ne pas être proie.

- Un petit extrait -
« Il fallait faire un choix. Il faut toujours faire des choix. Finalement, la vie n'est pas autre chose qu'une succession de choix infimes. Des bifurcations invisible à l'œil nu et qui pourtant feront que nous serons demains deux personne entièrement différentes selon comment nous avons pesé sur ses aiguillages microscopique. »
- Mon avis sur le livre -

Il n’y a rien de plus perturbant, quand vous écrivez, de vous retrouver face à un ouvrage qui ressemble à vos propres écrits. Au fur et à mesure que j’avançais dans Le cœur des louves, mon trouble s’accentuait : le roman de Stéphane Servant résonnait fortement avec une nouvelle que j’ai écrit en 2012 et qui s’insérait dans un cycle que je n’ai jamais eu le courage de mener à bien, car je me rendais compte que cette histoire disait bien trop de choses sur moi, sur ce que je gardais bien enfoui au plus profond de mon être. Et voilà que je retrouvais des bribes de ce texte bien secret disséminées ci et là dans un roman, comme si Stéphane Servant et moi avions arpenté les mêmes chemins de l’imagination au moment où cette idée se promenait tranquillement. Alors bien sûr, nos deux histoires n’ont rien à voir l’une avec l’autre, mais il y a suffisamment d’éléments qui se rejoignent pour que je sois troublée. Mais cela ne m’a nullement empêché de savoir ce récit pour lui-même, et de l’aimer autant que j’ai aimé La langue des bêtes et Sirius !

Après des années d’errance, à voguer de maisons en appartements au gré des aventures et des ruptures de sa mère, écrivaine dépressive en panne d’écriture, Célia pose ses bagages dans la demeure de sa défunte grand-mère, cette maison qui l’accueillait chaque été durant son enfance. Mais les habitants de ce petit village perdu au cœur de la montagne sont loin de les accueillir avec le sourire : ici, on les hait autant qu’on les craint, on baisse la tête et on murmure sur leur passage. Seule Alice, son amie d’enfance, semble ravie de la revoir, et l’entraine nuit après nuit dans de folles cavalcades sauvages au cœur de la montagne, des peaux de louves comme seuls vêtements, des cris de louves comme seules paroles, des jeux de louves comme seule liberté. Sans le savoir, Célia marche sur les pas de Tina, sa grand-mère, cette femme que les villageois montraient du doigt mais chez qui ils venaient confier les maux des corps, des cœurs et des âmes. Le retour de Célia et de Catherine ravive les mémoires et déterrent les vieilles histoires. Mais « dans les histoires, il y a toujours une part de vérité » … et c’est peut-être dans ces vérités cachées que se cache le secret qui pèse silencieusement sur leur existence.

Pour être parfaitement honnête, je ne sais pas où commencer pour vous parler de ce roman : chaque mot qui me vient à l’esprit me semble affreusement terne en comparaison avec ce que je viens de lire. Car la première chose que vous devez savoir, c’est que Stéphane Servant manie les mots comme personne. Il y insuffle une poésie qui n’appartient qu’à lui. Une poésie faite de phrases courtes mais percutantes, de phrases simples mais efficaces. Une poésie faite de jeux de rythmes et de sonorités, de mots qui coulent et de mots qui buttent. De mots qui sont à leur juste place. Sans fioriture. Juste là où ils doivent être. Je me suis régalée de chaque phrase, j’ai savouré chaque paragraphe, j’ai dévoré chaque chapitre avec l’avidité des fins de famine. Il y a une telle urgence dans ce livre ! Il y a ce passé qui court après le présent, qui le rattrape, avec tous ses secrets et ses dangers. Et le lecteur est prisonnier de ces mots, de ces phrases, de cette histoire aussi belle que cruelle. Il ne peut plus s’en défaire, car cette histoire n’est pas seulement celle de Célia, Catherine et Tina, elle est bien plus celle de toute femme, de toute homme, de tout enfant qui découvre avec fracas l’horreur de la vie. Célia, c’est toi, c’est moi, c’est nous.

Car dans cette histoire, humanité et bestialité s’entremêlent, sans que l’on ne soit plus capable de distinguer où termine l’une et où commence l’autre. Car parfois, les hommes sont plus bestiaux que les bêtes, et les bêtes plus humaines que les hommes. Car « les bêtes les plus terrifiantes ne viennent pas la nuit. Elles n'ont ni griffes ni crocs. Elles vont sur deux jambes et elles ont tout de l'apparence d'un homme. ». Et c’est ce qui se cache au cœur de cette histoire : la violence qui se tapie dans le cœur des hommes, ces hommes qui cachent par leur violence toute leur faiblesse. Car « tu seras un homme mon fils » : un homme, ça ne pleure pas, ça cogne ; un homme, ça ne se laisse pas marcher sur les pieds, ça frappe ; un homme, ça ne se laisse pas humilier, ça tue. De tous les romans de Stéphane Servant que j’ai lu jusqu’à présent, celui-ci est indiscutablement le plus dur, le plus douloureux, le plus sombre. Et cela d’autant plus qu’il ne dissimule rien, qu’il n’atténue rien : l’horreur est là, bien cachée au plus profond des demeures, derrière le visage de l’homme le plus respecté du village, derrière la porte de l’église elle-même. Il y a cette rudesse, cette brutalité, qui plane sur cette histoire …

Mais il y a aussi la lumière. Il y a cette force qui anime Célia et qui vient briser cette chaine de de souffrance. Car Célia refuse de se plier au silence ancestral, refuse de rentrer dans le moule que les hommes imposent aux femmes. Alors elle se fait louve, se fait prédatrice pour ne plus être proie, chasseuse pour ne plus être victime. Elle quitte le manteau de l’enfance, quitte cette cape de servitude effacée pour s’affirmer comme seul guide de son existence. Ce livre, c’est aussi une véritable ode à la liberté, cette liberté d’être pleinement celle qu’elle veut être et non pas celle qu’on veut qu’elle soit, non pas celle que fut sa mère et sa grand-mère avant elle. Elle a besoin de comprendre ce qui leur est arrivée pour comprendre d’où elle vient, mais elle refuse de se laisser enfermer par ce passé qui n’est pas totalement le sien. Il y a dans ce livre la métamorphose de l’adolescente pleine de regrets et de questions en jeune femme pleine de certitudes sur ce qu’elle veut devenir. Et il y a la beauté de la nature, cette nature qui devient ici un personnage à part entière, tantôt mère bienveillante, tantôt bête sauvage, cette nature qui se fait le reflet de l’humanité, dans sa cruauté mais aussi dans sa bonté. Il y a cette force, cette puissance, cette flamme qui brule en chacun de nous et qui se dévoile dans ce livre.

En bref, vous l’aurez bien compris, une fois encore, je suis sous le charme, sous le choc. C’est une lecture coup de poing, coup de foudre, coup de cœur. Car dans ce livre, il y a ce cœur qui bat, celui de la liberté, celui de la vie, coute que coute. Il y a le passé qui façonne, le présent qui doute et l’avenir qui rêve. Il y a la nature sauvage qui se fait refuge. Il y a nos peurs et nos doutes, nos espoirs également. Car ce livre, il ne parle pas uniquement de Célia, il parle de chacun d’entre nous, car il est tellement facile de s’identifier à elle, tellement évident de voir notre vie se glisser dans celle de Célia. Il y a de la douleur dans ce livre, de la peine à n’en plus finir, mais il y a aussi tellement d’espérance, tellement de joie qui ne demande qu’à se libérer du carcan de nos craintes. C’est un livre qui nous invite à vivre, pleinement, purement et simplement, sans se laisser enfermer par les jugements et les envies des autres. Certaines histoires ne sont pas faites pour être racontées, mais pour être vécues, et Le cœur des louves en fait partie. Pour le savourer, pour l’apprécier, il faut se laisser aller, se laisser entrainer par cette histoire d’une grande beauté, d’une grande justesse et d’une grande délicatesse. Ce n’est peut-être pas le roman de Stéphane Servant le plus facile, mais c’est peut-être le plus puissant que j’ai lu de lui jusqu’à présent …

mercredi 5 février 2020

Plus tard je serai moi - Martin Page


Plus tard je serai moi, Martin Page

Editeur : Rouergue
Nombre de pages : 73

Résumé : Les parents sont des gens bizarres. Parfois ils ont de ces lubies ! De peur de ne pas être parfaits, ils font n'importe quoi. Ceux de Séléna ont soudain décidé qu'elle deviendrait une artiste. Pas avocate ou médecin ou pilote d'avion ! Non, artiste. Et ils sont prêts à tout pour ça. Même à lui rendre la vie impossible, sous prétexte que les artistes ont souvent eu une jeunesse difficile.





- Un petit extrait -

« Elle pensa à tous les gens qu'elle connaissait, et elle constata que trop tôt on les enfermait dans une image, untel serait timide et matheux, untel sportif et drôle. Et les gens obéissent à l'image que l'on a d'eux-mêmes. Ils y collaborent. Parce que c'est plus simple. Parce qu'ainsi on a une place. »

- Mon avis sur le livre -

Régulièrement, ma maman vient me voir pour me demander de lui conseiller et prêter un nouveau roman, ce que je fais avec grand plaisir : c’est tellement merveilleux de pouvoir ensuite échanger avec elle sur nos ressentis respectifs ! En général, donc, je lui propose des romans que j’ai déjà lu, pour qu’on puisse en parler par la suite. Mais il y a plusieurs mois maintenant, elle m’a demandé « un petit roman » à emmener à l’hôpital quand mon petit frère se faisait opérer. J’ai aussitôt pensé à celui-ci : les éditions du Rouergue sont généralement une valeur sûre, et au vue du résumé, je me disais que ça pourrait lui convenir, même si je n’avais pas encore eu l’occasion de le lire à ce moment-là. Elle est revenue en me disant « bof ». Mince. Autant dire que j’étais nettement moins impatiente à l’idée de le lire, après cela ! Mais comme en ce moment, j’ai envie et besoin de tout petits livres, et que la couverture est tout de même superbe, je me suis lancée. Et je comprends un peu ce que maman voulait dire : c’est un roman sympathique, mais pas exceptionnel. Bof.

Comme beaucoup d’adolescents, Séléna doit régulièrement répondre à la fameuse question qui tue : « que veux-tu faire quand tu seras grande ? ». Le problème, c’est qu’elle n’en a absolument aucune idée. Ce n’est pas comme sa meilleure amie, qui sait depuis toujours qu’elle souhaite devenir astrophysicienne. Avant de réfléchir à ce qu’elle sera, Séléna a besoin de savoir qui elle est maintenant … Mais on ne lui laisse pas le temps de se chercher ! En effet, ses parents ont décidé d’accélérer le mouvement : elle sera artiste, c’est obligée, elle en a toute la sensibilité. Il suffit juste de l’aider un peu : après tout, tout le monde sait que les artistes ont vécu une enfance difficile, c’est de leur faute si elle n’a toujours pas découvert son potentiel et sa passion, ils l’ont trop dorloté ! Alors, du jour au lendemain, ils décident de tout faire pour lui compliquer l’existence : fini le chauffage à la maison, fini le chocolat et autres douceurs, bonjour les cours de piano et les bouteilles d’alcool qui jonchent le sol ! Séléna se demande jusqu’où ira la folie de ses parents ….

La littérature jeunesse évoque – trop – rarement cette grande question existentielle, que tout le monde pose aux adolescents et qu’eux-mêmes se posent régulièrement : que faire de sa vie ? Quel métier exercer ? Certains savent depuis bien longtemps ce qu’ils souhaitent, mais pour la plupart, c’est un grand flou artistique : pas de passion suffisamment puissante pour qu’on veuille y consacrer son existence, pas d’aspirations ni de compétences particulières. Et au fur et à mesure que les interrogations des adultes se font plus insistantes, plus pressantes, c’est la panique : il faut choisir, là, maintenant, tout de suite, immédiatement, et aucune idée ne se présente ! Alors, parfois, ce sont les parents qui « décident » : certains de façon très autoritaire, d’autres de manière plus « subtile » (si tant est que les adultes sachent l’être). « Tu seras avocat mon fils ». C’est cliché, mais c’est malheureusement plus fréquent qu’on ne l’imagine. Et le pauvre gamin, perdu, et qui n’a de toute façon pas trop le choix vu que ce sont les parents qui financent et qu’il n’a absolument rien d’autre à objecter, est bien obligé de suivre le mouvement. Quitte à tout plaquer une fois arrivé à l’âge adulte et ayant enfin trouvé sa vocation. Et tout est à reprendre de zéro.

Pour Séléna, les choses sont à la fois semblables et différentes : ses parents ont effectivement un rêve pour elle, mais ce n’est pas vraiment celui qu’elle imaginait. « Tu seras artiste ma fille ». On le sent dès les premiers chapitres, ce petit roman sera placé sous le signe du décalage, mais aussi de l’absurde et de l’exagération. Déjà, la passionnée de théâtre que je suis imagine une mise en scène : ce livre a le potentiel pour fournir une pièce comique à souhaite, burlesque à souhait. Convaincus que Séléna a besoin d’être « secouée » pour découvrir sa vocation artistique et faire surgir ses talents, ses parents commencent par lui offrir un piano, une boite d’aquarelle, un appareil photo, un tour de poterie, une caméra … et puis, ils s’efforcent de lui rendre la vie impossible, car les artistes ont toujours une enfance difficile. Chaque idée est plus farfelue que la précédente, ils s’enfoncent dans un délire que rien ne semble pouvoir arrêter, tant ils sont convaincus du bien-fondé de leur action. C’est à la fois drôle, ridicule et effrayant. Car même si l’auteur pousse la chose à l’extrême, et même s’il a renversé les codes, la folie de ces parents représente la pression énorme que certains font peser sur les épaules de leurs enfants. Pas forcément en agissant ainsi (heureusement), mais dans leur insistance, dans leur aveuglement aussi. 

Alors vous allez me demander, pourquoi ce « bof » exprimé au début ? Effectivement, dit comme ça, l’histoire semble plutôt sympathique bien que délurée … Mais je ne sais pas, ça ne l’a pas vraiment fait. Il m’a manqué un petit quelque chose, et cette histoire est juste loufoque, mais sans plus. Je n’ai pas réussi à m’attacher à Séléna, et je n’ai ressenti aucune émotion. C’était un livre un peu trop « plat » à mon gout : entre le début et la fin, pas de changement majeur, hormis la folie grandissante des parents. Arrivée à la dernière page, je me suis dit « et alors ? » : tout ça pour ça ? L’auteur ne m’a menée nulle part, il n’a mené son héroïne nulle part non plus. Peut-être est-ce la faute à la brièveté du récit, qui ne fait que 73 pages, peut-être que pour bien faire il aurait fallu un ouvrage un peu plus long, pour qu’on ait le temps de connaitre et de s’attacher à la jeune fille, et pour que celle-ci ait le temps d’entamer la réflexion que nous promettent le titre et le résumé. « Plus tard je serai moi », c’est bien beau, c’est d’ailleurs ce qui m’a attiré dans ce livre, mais je ne l’ai pas retrouvé dans l’histoire. Et c’est vraiment ce qui est dommage, c’est qu’on a finalement cette impression d’inabouti, d’inachevé, comme si l’auteur n’était pas allé au fond des choses, comme si tout cela n’était qu’une bribe de récit et pas un roman complet. Je suis restée sur ma faim, voilà le problème.

En bref, vous l’aurez bien compris, c’est une lecture plutôt mitigée : d’un côté, j’ai apprécié l’idée de prendre à contrepieds les clichés habituels des parents qui rêvent d’un avenir brillant pour leurs enfants, et j’ai beaucoup aimé le côté burlesque et ubuesque du récit, mais de l’autre, il m’a manqué quelque chose pour l’apprécier réellement. Ça aurait pu être un livre dans lequel les jeunes se retrouvaient – même si on espère pour eux qu’aucun parent ne sombrera dans la même obsession que ceux-ci pour imposer leur vision de l’avenir –, mais au final, impossible de s’attacher ou de s’identifier à Séléna. La thématique de l’orientation professionnelle est si peu abordée dans la littérature jeunesse que c’est vraiment dommage que ce roman passe à côté, alors même qu’il semblait le faire … Je ne sais donc pas trop si je conseille ou non la lecture de ce très court roman. Je dirai que je le conseillerai volontiers à ceux qui ont envie d’un récit sans prise de tête, où l’excentricité devient grotesque, mais que je le conseillerai pas du tout à ceux qui espèrent une réflexion sur cette recherche de soi-même qui dicte finalement le choix de carrière …

dimanche 25 novembre 2018

Mes nuits à la caravane - Sylvie Deshors


Mes nuits à la caravane, Sylvie Deshors

Editeur : Rouergue
Collection : doado
Nombre de pages : 153
Résumé : Lucile a perdu sa mère adorée il y a quatre ans, et depuis, son père a sombré. Un jour, exaspérée, elle quitte la maison et s’installe dans une caravane, au bout du pré, dans laquelle sa mère aimait se réfugier pour peindre. Avec l’aide de trois copains, elle se construit un refuge, mais mène aussi l’enquête sur les raisons de la faillite du restaurant de ses parents…

Un grand merci à lecteurs.com pour l’envoi de ce roman dans le cadre de l’opération Explobooks.

- Un petit extrait -

« Mais pendant mes promenades nocturnes, je suis le plus souvent heureuse. Au cœur de la nuit, je suis une autre, fille des bois et des taillis. Dans le silence suspendu des animaux inquiets de ma présence, j’avance. Bientôt, les petits mammifères vont reprendre leurs activités. Le chemin de la belette, du renard ou du lièvre croisera le mien, si j’ai de la chance. La lune monte brusquement derrière les feuillus dont certains sont encore nus, puis elle franchit leur cime et rayonne dans le ciel. Comme je n’ai pas cours demain, je me cherche un nid de mousse sec où, le plus silencieusement possible, je m’enroule dans la couette et m’endors sous la caresse de l’air et d’un croissant de lune. »

- Mon avis sur le livre -

Reçu le samedi, lu le dimanche et chroniqué le lundi, ce tout petit livre à la couverture pleine de douceur et de poésie n’a pas fait long feu : aussitôt entré dans la pile à lire, aussitôt sorti, quelle belle vie pour un livre ! Après une lecture fort laborieuse qui m’avait vidée de mon énergie, je sentais que ce roman était ce dont j’avais besoin … Blottie dans mon lit, entourée de ma ménagerie de peluches – je le revendique haut et fort : j’aime les animaux en peluche et ne compte pas m’en séparer ! –, je me suis plongée dans cette histoire qui a illuminée mon après-midi par sa simplicité et son originalité. En moins de deux-cent pages, l’auteur est parvenu à me faire rêver toute éveillée avec cet ouvrage qui a tout du « livre-doudou », à relire à chaque fois que la vie est morne et triste, à chaque fois que l’existence est pesante et lourde …

Depuis la mort de sa mère, quatre ans auparavant, Lucile est seule. Bien sûr, son père est physiquement présent, mais son esprit s’est perdu dans les méandres alcoolisés de sa dépression. Un matin, exaspérée par le comportement de son père, fatiguée de devoir supporter seule le poids du quotidien, la jeune fille décide de s’installer dans la petite caravane au fond du pré, où sa mère venait s’isoler pour peindre et faire réserve de solitude. Petit à petit, ce lieu devient le point de ralliement des jeunes du bourg, qui n’ont nulle part ailleurs pour se retrouver : ce petit hameau du Limousin, comme bien d’autres en France, se meurt à petit feu tandis que les désertions pour la grande ville se multiplient. Lucile elle-même le sait bien : pour poursuivre ses études, pour trouver du travail, il lui faudra quitter Bellac, quitter tous ses amis, tous ses repères … Alors que Lucile hésite à remuer le passé pour comprendre les raisons de la fermeture du restaurant familial, son père semble enfin revenir à la vie …

Ce livre, loin de nous proposer une intrigue palpitante pleine de mystères et de rebondissements, nous conte au contraire une histoire somme toute assez banale, celle d’une adolescente à la croisée des chemins. Quatre ans après la mort de sa mère, Lucile commence à reprendre gout à la vie, mais est bloquée dans son élan de reconstruction par le laisser-aller de son père, qui semble avoir oublié qu’il avait une fille. Alors, Lucile s’échappe pour se retrouver : retranchée dans la caravane de sa mère, la jeune fille réfléchit à son avenir, à sa vie qui ne fait que commencer. Le temps passe, les amitiés enfantines se transforment en amours balbutiants, les après-midi au terrain de jeux laissent place aux soirées festives … et les certitudes deviennent des doutes. Pour pouvoir prendre son envol, Lucile doit tirer un trait sur le passé : elle veut savoir ce qui s’est passé, pourquoi le restaurant de son père a fermé, pourquoi il s’est ainsi laissé submergé par le chagrin au point de ne plus la voir, elle sa fille unique.

Pour Lucile, penser à l’avenir est aussi exaltant qu’angoissant : il va lui falloir quitter ce petit hameau qui l’a vu naitre et grandir, quitter sa belle campagne pour l’immense ville. En effet, même s’ils s’ennuient, même s’ils n’ont qu’une vieille caravane comme lieu de rassemblement, les jeunes de Bellac ne sont pas malheureux de leur sort, et c’est très réjouissant que de montrer que l’adolescence, ce n’est pas uniquement les sorties en ville et les soirées en boite. C’est aussi, tout simplement, une soirée au coin du feu, au son des guitares, à l’orée de la forêt. Quitter ce cocon de verdure est un déchirement pour beaucoup, et certains s’y refusent et choisissent ainsi un métier qui leur permettra d’y rester … Lucile l’exprime à plusieurs reprises : il n’y a que dans la nature qu’elle trouve la paix et l’apaisement, qu’elle trouve le bonheur. Perdue au milieu des bois, couchée à côté de la rivière, la jeune fille se sent bien, tout simplement. Je me suis ainsi sentie très proche de Lucile, puisque tout comme elle, j’ai souvent besoin d’aller m’isoler dans la nature pour retrouver la sérénité et la joie. J’ai d’ailleurs hâte de déménager dans notre futur petit village de 200 habitants perdu au milieu de 1600 hectares de forêt, je me sens étouffer dans ma grosse vallée bien trop peuplée et trop urbanisée pour la petite sauvageonne que je suis !

En bref, c’est bien simple : je suis tombée amoureuse de ce tout petit livre, véritable condensé de douceur qui invite à ouvrir son cœur au bonheur, véritable ode à la nature et à l’amitié, à la musique et à l’avenir … Sylvie Deshors a vraiment une très belle plume, pleine de poésie, elle raconte cette histoire comme on chuchoterai un conte à l’oreille d’un ami. C’est un livre plein de tendresse, de délicatesse, c’est comme une feuille qui virevolte dans les airs avant de se poser doucement au sol, c’est comme un ronronnement de chat. Ça fait du bien. Ça rend heureux. En toute simplicité, l’auteur nous offre une histoire riche en émotions et en enseignements. Pas besoin de faire long, pas besoin de faire compliqué, pour transmettre des messages forts et profonds, pour toucher le lecteur au plus profond de son être …

Ce livre a été lu dans le cadre du Challenge de l’été 2018
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