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samedi 29 octobre 2022

Frère noir, noir de frère - Jewell Parker Rhodes

Frère noir, noir de frère, Jewell Parker Rhodes

 Editeur : Hachette

Nombre de pages : 243

Résumé : Donte, douze ans, aimerait parfois être invisible. Disparaître loin de son école. Loin d’Alan, le «  Roi  » du club d’escrime, qui le harcèle. Loin des professeurs et du directeur qui l’accusent en permanence, en raison de sa couleur de peau. Et ce, bien qu’il soit innocent. Après une énième accusation, Donte est embarqué par la police. Effrayé et apeuré, le jeune garçon ne sait plus vers qui se tourner. Même son frère Trey, plus clair de peau que lui, ne trouve pas les mots pour l’aider. À la recherche d’un endroit où il aurait enfin sa place, Donte finit par rejoindre un club d’escrime, bien loin de celui de son école privée. Il est bien décidé à montrer à Alan et aux autres que, lui aussi, mérite le respect.

 

- Un petit extrait -

« En sport, c'est toujours moi qu'on siffle pour des fautes que je n'ai pas commises. Mais jamais personne ne se fait siffler quand je suis victime d'une faute. Tout le monde me harcèle. Les profs. Les élèves. Je suis poursuivi par des murmures, des cris. On dirait toujours que quelqu'un a quelque chose de mal à me dire : "Tu t'habilles comme une racaille." "Tes dreadlocks sont moches." Les filles se moquent de moi, me montrent du doigt. "Pourquoi tu ne peux pas être comme ton frère ?" "Il arrive à te trouver dans le noir ?" C'est blessant.»

- Mon avis sur le livre -

 Mon 2022. Un petit garçon de sept ans, en pleurs parce qu'un camarade l'avait bousculé, se fait menotté et embarqué par la police pour ne pas s'être calmé quand son professeur le lui a demandé, pour l'unique et "simple" raison qu'il est noir de peau (et que, « bien évidemment », cela le rend « dangereux » pour la communauté). Une scène tellement incongrue qu’on ne sait pas trop si on doit en rire ou en pleurer : on se dit que c’est forcément une caméra cachée, que cela ne peut pas être la réalité. Qu’un directeur d’école n’a pas appelé la police parce qu’un enfant refuse d’arrêter de pleurer. Que la police ne s’est pas effectivement déplacée pour arrêter ce pauvre gamin sanglotant. Et pourtant … pourtant c’est la vérité. Aujourd’hui encore, aux Etats-Unis, il suffit d’avoir la peau « trop sombre » pour être considéré dès le plus jeune âge comme un « délinquant en puissance », à envoyer au tribunal pour mineurs pour « troubles à l’ordre public » à chaque fois qu’un camarade de classe envoie son stylo sur un autre, car, « forcément », le coupable ne peut être que l’enfant racisé …

Cette réalité, aussi incroyable et effroyable soit-elle, Donte la connait bien : il la subit chaque jour. Dans son école privée, son frère Trey (qui a hérité de la blancheur de peau des ancêtres nordiques de leur père) est aimé de tous, élèves comme enseignants, tandis que lui, aussi noir que sa mère et sa famille africaine, est trainé dans le bureau du directeur à la moindre erreur dans son exercice de mathématiques ou au moindre éternuement lâché dans l’étage. Jour après jour, on lui balance des moqueries ou des injures à la figure, jusqu’au jour où il termine au poste de police. A douze ans. Parce que son casier, son propre casier, a été saccagé, ses livres déchirés. Parce que quelqu’un, quelque part dans l’établissement, a renversé sa chaise. Parce qu’il est le seul élève noir du collège. Parce qu’il a tiré des « mauvais » gènes à la loterie de sa conception. « Pourquoi n’es-tu pas plus comme ton frère ? », lui jette-t-on souvent à la figure (du moins pour ceux qui sont prêts à reconnaitre que Trey est effectivement son frère). Comme s’il avait choisi d’être lui … Donte donnerait n’importe quoi pour ne pas être lui. Jusqu’au jour où il rencontre « Coach », ancien champion olympique d’escrime reconverti en animateur de loisirs. Et si, finalement, être lui était justement ce dont il avait besoin pour faire changer les choses, en battant Alan le harceleur sur son propre terrain ?

Au premier abord, il faut bien le reconnaitre, c’est une histoire tout ce qu’il y a de plus classique, pour ne pas dire de plus banale : des histoires de gosses harcelés qui se découvrent une passion et surtout un talent naturel pour un sport et qui prend sa revanche en surpassant tous ses harceleurs, il y en a pléthore. A croire que tous les gamins mis à l’écart sont forcément des petits génies du sport qui s’ignorent : je ne nie pas qu’il y en a sans doute, mais en faire une telle généralité est loin d’être une bonne idée selon moi. A la fois parce que cela manque de réalisme … et parce que ça peut finir par représenter une pression et une « déception » supplémentaire pour tous ces gamins harcelés « normaux » qui ne trouvent jamais cette espèce de révélation quasi-mystique de leur « super pouvoir », et qui sombrent donc un peu plus dans la dévalorisation d’eux-mêmes. De plus, il faut bien l’avouer, il y a quelque chose de particulièrement improbable dans le fait que Donte rencontre pile au bon moment au bon endroit un ancien athlète qui accepte de l’entrainer sans même le connaitre : c’est une « surprenante » et formidable coïncidence, vous ne trouvez pas ? Et en plus, il y a une jolie fille tout aussi douée que lui dans le même club, c’est vraiment incroyable ! Question originalité et complexité de l’intrigue, on repassera …. 

Mais cela ne m’a pas empêché de passer un très agréable moment de lecture, et d’apprécier ce petit roman bourré de bonnes valeurs. Il ne se contente ainsi pas de valoriser le respect et l’égalité ou encore la lutte contre les injustices et les discriminations, il appelle aussi et surtout à l’estime et à l’amour de soi-même, à la persévérance, à la reconnaissance de nos forces et à l’indulgence envers nos limites et nos fautes passées. Comment voulez-vous être tolérant avec les autres si vous ne l’êtes pas avant tout avec vous-mêmes ? Comment voulez-vous être bienveillant envers les autres ni vous ne l’êtes pas en premier lieu avec vous-mêmes ? Cela peut sembler « évident » pour ceux qui se sentent bien dans leur peau et leur tête, mais pour ceux qui sont plus fragiles, c’est loin d’être aussi facile : cela demande un immense effort pour changer de perspective, de vision. J’ai sans aucun doute plus apprécié encore la relation entre Donte et Trey : qu’ils sont beaux, ces deux frères, inséparables, toujours là l’un pour l’autre, chacun se faisant le reflet et la béquille de l’autre, chacun sachant s’effacer devant la réussite de l’autre sans aucune trace de jalousie ou de compétition. J’ai également beaucoup aimé le fait que, finalement, la revanche, la vengeance, ne soit plus le seul vrai objectif de Donte : celui qu’il cherche à vaincre n’est pas seulement Alan ou l’Injustice, c’est avant tout lui-même. C’est avant tout à lui-même qu’il a besoin de prouver quelque chose, et c’est bien en cela qu’il est vainqueur, parce qu’il a su dépasser la simple soif de revanche ou de victoire.

En bref, vous l’aurez bien compris : même si ce roman ne sort pas forcément des sentiers battus, même s’il reprend une intrigue déjà maintes et maintes fois exploitée par des dizaines et des dizaines de livres, films et séries, il n’en reste pas moins un récit puissant et bouleversant, qui tire d’une certaine façon sa force de sa simplicité et de sa « banalité ». Il pointe du doigt sans sourciller une vérité qu’on aimerait bien garder bien cachée, car nous sommes si fier de notre « société inclusive et égalitaire », parce que c’est bien plus facile de se convaincre que ça y est, le combat est terminé, qu’on est désormais des gens bien civilisés … Et c’est justement parce qu’on estime que « c’est fini » que les injustices continuent à gagner du terrain, que le mépris continue à être la norme et que ce sont toujours les mêmes qui souffrent, souvent en silence, parce que le petit gamin de l’introduction vous le dira bien : quand on est différent, même pleurer peut devenir un crime. Passible d’arrestation. De condamnation. Même souffrir fait de vous un criminel. Comme diraient les anciens : dans quel monde de fou vivons-nous ?

samedi 19 février 2022

J'étais là - Gayle Forman

J’étais là, Gayle Forman

 Editeur : Hachette

Nombre de pages : 355

Résumé : Quand j'ai appris la mort de Meg, j'ai cru qu'elle me faisait une blague. Une de celles dont elle avait le secret. Elle avait tout prévu : la méthode, le lieu, ce qu'il faudrait faire de ses biens. Et même ce fichu mail, envoyé en différé, annonçant qu'elle en finissait avec la vie. Ensuite, il a fallu affronter la pitié des habitants de Plouc-la-ville. Faire face aux questions que je lisais sur tous les visages. Oui, Meg était ma meilleure amie. Non, je n'étais pas au courant. Pourquoi ne m'avait-elle rien dit? Elle avait eu besoin de moi, et je n'avais pas été à la hauteur. Pourtant, j'étais là.

 

 

- Un petit extrait -

« — Non, objecte Richard. Tout le monde connaît ça. Tout le monde a ses mauvais jours, imagine en finir. Sais-tu pourquoi mon père qualifie le suicide de péché ? ajoute-t-il en désignant la maison du pouce.

— Parce que c’est un meurtre, je soupire. Parce que seul Dieu a le droit de décider quand ton moment est venu. Parce que voler une vie, c’est voler Dieu.

Je me contente de répéter comme un perroquet les horreurs que les gens ont sorties au sujet de Meg. Richard secoue la tête, cependant.

— Non. Parce que c’est tuer l’espoir. C’est ça, le péché. Tout ce qui tue l’espoir en est un.  »

- Mon avis sur le livre -

 Si ma pile à lire est déjà fort impressionnante (bien qu’en baisse constante, mes achats se raréfiant ces derniers temps), ma liste d’envie est tout simplement effrayante : au fil des années, au fil des innombrables livres croisés au détour d’une librairie, d’un blog, d’une discussion, d’un catalogue de parutions ou que sais-je encore, j’y ai accumulé toutes mes frustrations littéraires. Tous ces livres qui m’attiraient, qui m’intriguaient, mais que je n’ai pas eu l’occasion d’acheter, faute de moyens, faute de place, faute de temps … Tous ces livres qui, pour la plupart, ne rejoindront jamais ma bibliothèque, car ils ont depuis bien longtemps quitté la scène littéraire … Ma liste d’envie a d’ailleurs pour surnom « la liste des regrets », car elle comporte des livres qui auraient pu être de véritables coups de cœur, mais à côté desquels je suis passée lorsque l’occasion s’était présentée. Alors bien sûr, il est la plupart du temps encore possible de se les procurer, soit au moyen des grandes méchantes plateformes en ligne dévoreuses de librairies indépendantes, soit dans les bourses aux livres (mais c’est un pari fou de se reposer dessus, car rien ne dit que vous y trouverez les livres de votre liste d’envie). J’étais là fait partie des chanceux : je n’ai pas pu l’avoir lors de sa sortie en librairie, mais l’ai trouvé en occasion à une foire aux livres … et j’ai attendu des années avant de le lire (logique de grosse lectrice) !

Meg et Cody. Cody et Meg. Aux yeux des habitants de leur petite ville paumée au fin fond de nulle part, les deux adolescentes ne formaient plus qu’une seule et même entité, inséparables l’une de l’autre. Depuis leur prime enfance, elles faisaient absolument tout ensemble, au point que la maison de Meg est devenue la résidence secondaire de Cody, et que la famille de Meg est devenue la famille adoptive de Cody. A vrai dire, Cody ne pourrait imaginer sa vie sans Meg, tant celle-ci est devenue le centre de son existence, l’ancre à laquelle tout se rattache et se raccroche … Et voici comment, après le suicide de Meg, Cody est devenue « la meilleure amie de la morte » : même au-delà de la mort, c’est à travers leur relation fusionnelle que les voisins continuent à la définir. Comment leur reprocher ? Cody elle-même a le sentiment d’être amputée d’une partie d’elle-même, d’une part essentielle de son identité : elle ne sait pas qui elle est sans Meg. Mais elle doit aussi et surtout se rendre à l’évidence : elle ne sait pas non plus qui est, qui était Meg.  Car la Meg qu’elle pensait être sa meilleure amie n’aurait jamais mis fin à ses jours. Car la Meg qu’elle pensait connaitre n’aurait pas pu lui cacher un projet aussi … important. Alors Cody se lance dans une quête désespérée : elle a besoin de comprendre ce qui a bien pu lui échapper, besoin de comprendre pourquoi son amie en est arrivée à de telle extrémité, besoin de savoir si elle est ou non responsable de la mort de Meg.

C’est par mail que Cody a appris la mort de Meg … un mail envoyé par Meg elle-même. Prévoyante et méticuleuse jusqu’au bout, Meg avait minutieusement préparé son coup : elle a été jusqu’à envoyer aux policiers une note leur indiquant quel poison rarissime elle avait absorbé et comment les employés de la morgue pouvaient sans risque récupérer son cadavre dans la chambre d’hôtel où elle a pris soin de laisser un mot à la femme de ménage pour lui ordonner de ne surtout pas toucher à son corps et de prévenir les secours (le tout assorti d’un pourboire astronomique) … Forcément, le premier réflexe de Cody, c’est de croire à une blague. De fort mauvais gout, certes, mais une blague tout de même. Et puis, il a bien fallu se rendre à l’évidence : Meg était réellement morte. Meg n’était plus là. Meg les avait abandonnés à leur triste sort. Et si le désarroi et la peine occupent la première place dans le cœur et l’esprit de Cody, une certaine forme de ressentiment, teinté d’une pointe de culpabilité, s’y disputent la préséance. Comment Meg, qu’elle pensait connaitre par cœur, a-t-elle pu leur faire ça, lui faire subir ça ? Et surtout, pourquoi n’a-t-elle rien vu venir, pourquoi diable Meg ne lui avait-elle jamais confié ses souffrances, alors qu’à en croire son mail, « il y a longtemps » qu’elle a pris cette décision ? Pire encore … serait-ce de sa faute, parce qu’elle a laissé une certaine distance s’installer entre elles depuis l’entrée à l’université de la si brillante Meg ?

 Quand ils abordent des thématiques aussi difficiles que le suicide ou le deuil, certains auteurs peinent à trouver le juste équilibre : soit ils sombrent dans une surabondance de pathos à faire pleurer dans les chaumières, soit ils prennent tant de précautions et de pincettes qu'ils finissent par esquiver totalement ledit sujet. Gayle Forman, elle, a su éviter ces deux travers. Elle nous offre ici un roman certes bouleversant, mais jamais déprimant, certes délicat, mais jamais fuyant. Elle ne cache rien, elle ne surajoute rien : le ton est tellement juste qu’on pourrait facilement oublier que Cody n’existe pas, que ce n’est pas elle qui tient la plume. Le personnage de Cody sonne parfaitement juste. Tant et si bien qu’il est très facile de se laisser envahir par ses émotions. Surtout quand, comme moi, on lui ressemble un peu. Comme Cody, j’ai tendance à me laisser « absorber » par les amitiés, j’ai tendance à « m’effacer » pour n’être plus qu’une sorte de « faire valoir » de l’autre. Comme Cody, c’est comme si je « n’existais » plus en tant qu’individualité lorsque je m’accroche à quelqu’un … j’ai bien conscience que c’est une vision pour le moins absolue, et peut-être même malsaine, de l’amitié, mais ça fait partie de ma personnalité … Mais cela, Cody ne le sait pas. Pas encore. Elle n’a encore jamais eu l’occasion de s’en rendre compte, puisqu’elle n’a encore jamais eu besoin de vivre sans Meg jusqu’à présent. Mais désormais, Cody est comme seule au monde, privée de celle qui menait la danse de leur duo, de leur vie …

Et Cody ne comprend toujours pas comment cela a pu arriver. Et tant qu’elle n’aura pas compris, Cody ne pourra pas faire son deuil. Alors Cody se lance à corps perdu dans une enquête désespérée. Elle s’efforce de reconstituer tout ce qu’elle a bien pu louper, tout ce que Meg a si savamment su lui cacher. Tout ce qui a échappé à leur amitié fusionnelle, à leur échange de confidences. Elle se raccroche aux moindres petites miettes de Meg, à tout ce qu’elle ignorait jusqu’à présent. Elle a besoin de connaitre Meg toute entière … pour finalement se connaitre elle-même. Elles n’étaient qu’une. Elles doivent désormais être deux. L’une morte, l’autre vivante. Mais pour cela, Cody doit bien distinguer ce que Meg était pour savoir ce qu’elle est. Et tandis que les découvertes, plus accablantes les unes que les autres, lèvent le voile sur l’engrenage infernal qui a conduit Meg à mettre fin à ses jours, Cody se sent à son tour au bord du gouffre. Elle qui en voulait tellement à Meg se rend compte qu’il suffirait d’un petit rien pour qu’elle se laisse à son tour entrainer par l’engrenage. Un petit rien que, prise dans sa quête effrénée de vérité, elle va elle-même aller chercher. Qu’elle va provoquer, qu’elle va mettre au défi. Vas-y, essaye. Montre-moi comment tu l’as eu. Si tu l’oses. En jouant avec le feu, avec la mort, Cody va finalement se raccrocher une bonne fois pour toute à la vie. Elle va oser vivre. Vivre sans Meg. Libérée de la colère et de la culpabilité. Vivre. Enfin. Même si, parfois, c’est la chose la plus difficile qui soit.

En bref, vous l’aurez bien compris, je me suis pris une claque en pleine figure. Ou peut-être plutôt en plein cœur. Moi qui avait glissé ce roman dans ma pile à lire du mois avec une certaine réticence, pour la simple et bonne raison que je n’avais pas pris la peine de relire le résumé et m’attendait donc à une romance adolescente, j’ai été non seulement agréablement surprise mais absolument époustouflée par cette lecture. C’est un roman émouvant, bouleversant, exactement comme je les aime. Il y a cette délicatesse, cette pudeur, qui ne se transforme jamais en œillères, en détours : l’autrice ne masque aucune réalité, même parmi les plus effroyables (on ne parle pas assez, pour ne pas dire jamais, de ces terrifiants sites de « soutien » au suicide où les internautes s’encouragent et se conseillent mutuellement pour mettre fin à leurs jours … on devrait en parler, pour éviter que les personnes en souffrance se laissent entrainer à l’insu de leurs proches par ces communautés), mais elle ne les assène pas non plus comme des coups de massue. Et c’est justement ce qui rend le récit si authentique, et donc si poignant. Ni trop sombre, ni trop lumineux, ce roman nous invite à suivre Cody dans sa quête, sur cette route escarpée de la reconstruction après une épreuve, sur le chemin sinueux de la vie qui ne laisse personne indemne. Mais qui est assurément le plus beau voyage qui soit … éprouvant, mais précieux.

mercredi 2 février 2022

Avalon High : Un amour légendaire - Meg Cabot

Avalon High : Un amour légendaire, Meg Cabot

 Editeur : Hachette jeunesse

Nombre de pages : 378

Résumé : Moi, Ellie, je crois que je suis tombée amoureuse de Will, le capitaine de l'équipe de football du lycée. Il est spécial ce garçon : même si nous venons de nous rencontrer, j'ai l'impression de le connaître depuis toujours. D'ailleurs, Will aussi est persuadé de m'avoir déjà vue ! Qui sait, peut-être dans une autre vie ? Quoi qu'il en soit, pas la peine de rêver au conte de fées, parce qu'il a déjà une petite amie, Jennifer (une vraie princesse !)... qui semble un peu trop proche de Lance, le plus fidèle ami de Will. Me voilà soudain témoin de leurs secrets ! Quel rôle dois-je jouer, moi, dans cet étrange trio ?

 

- Un petit extrait -

« Si il y a eu autant de films, de poèmes et de comédies musicales sur lui - sans parler des lycées qui adoptent le nom d'Avalon, en hommage à l'île mythique où il est enterré -, c'est parce que sa vie illustre à merveille la théorie de l'histoire héroïque, à savoir qu'un individu - et non une armée ou un dieu ou encore un super héros, mais juste un type normal - peut changer irrémédiablement la cause des événements.  »

- Mon avis sur le livre -

 Il y eut une époque où j’achetais tellement de livres chaque mois que je ne me souviens même plus quand, où et pourquoi j’en ai acheté certains … Je pense néanmoins pouvoir avancer sans trop me tromper que celui-ci a rejoint mes bibliothèques lors d’une bourse aux livres (même si je ne sais plus du tout laquelle) : je n’aurai assurément pas pris le risque d’acheter au prix fort un livre aussi éloigné de mes genres de prédilection ! En effet, même si j’apprécie élargir ponctuellement mes horizons littéraires, lorsque vient le moment de sortir la carte bancaire, je préfère tout de même me tourner vers des valeurs sûres … Mais lors des bourses aux livres, j’ai tendance à me lâcher complétement : certains livres à l’état presque neuf ne coutent que 30 ou 50 centimes, une véritable aubaine pour voleter un peu dans tous les genres, tous les styles, sans trop de regrets s’il s’avère finalement que c’était une mauvaise idée ! Il n’empêche qu’en général, ces achats compulsifs de bourses aux livres trainent pendant des années et des années dans les tréfonds de ma pile à lire, car ils ne me branchent finalement pas plus que cela … Alors, je m’oblige, de temps en temps, à sortir un peu de ma zone de confort et à donner leur chance à ces livres achetés sur un coup de tête …

Parfois, souvent, Elaine se dit qu’elle donnerait absolument n’importe quoi pour que ses parents ne soient pas deux enseignants-chercheurs médiévistes fascinés par leurs sujets d’études respectifs : non seulement elle a hérité du prénom de la Dame au Lys, qui est très loin d’être la figure la plus glorieuse des légendes arthuriennes, non seulement elle doit faire semblant de s’extasier sur cette vieille épée rouillée que son père a eu l’immense honneur de pouvoir rapatrier dans son bureau, mais en plus elle doit subir une énième année sabbatique et quitter sa maison, sa ville, ses amis, pour s’exiler à l’autre bout du monde. Bon, elle exagère, cette fois-ci, c’est seulement à l’autre bout des Etats-Unis, au moins, elle n’a pas besoin d’apprendre une autre langue pour suivre les cours. Et cette fois-ci, consolation des consolations, la maison a une piscine : depuis le début de l’été, Elaine passe la majeure partie de ses journées à s’y prélasser, flottant tranquillement sur son matelas. Si toute l’année sabbatique de ses parents pouvait se dérouler de cette manière, elle n’aurait surement plus envie de donner absolument n’importe quoi pour qu’ils ne soient pas  deux enseignants-chercheurs médiévistes … Malheureusement, année sabbatique ou pas, la rentrée approche à grand pas. Il se pourrait toutefois que la rencontre avec A. Will, qu’elle a le sentiment de déjà connaitre sans jamais l’avoir vu, soit toute aussi réjouissante que ces journées dans la piscine … Se pourrait-il qu’Elaine soit tombée amoureuse d’un simple coup d’œil ?

Ça commence comme absolument n’importe quelle autre romance adolescente : une jeune fille tout ce qu’il y a de plus banale et insignifiante, qui tombe irrésistiblement amoureuse du capitaine de football de son nouveau lycée, alors même que celui-ci est déjà en couple avec la pompom-girl la plus jolie et la plus populaire du comté entier … Rien de bien folichon, je vous l’accorde. Et pourtant, il y a, dès le début, ce petit quelque chose en plus qui m’a aidé à m’accrocher envers et contre tout : la personnalité d’Elaine. Tandis qu’elle nous immerge dans son quotidien, elle parsème le récit de petites touches d’humour absolument rafraichissantes, qui viennent justement se moquer de ces clichés qui sont pourtant, bien malgré elle, en train de s’inviter dans son existence. Elaine, plutôt rationnelle, s’efforce autant que possible de lutter contre ces penchants de niaiserie qui la prennent à chaque fois qu’elle croise le regard ou pense à Will, qu’elle a le sentiment de connaitre et d’aimer depuis toujours alors qu’elle ne l’a jamais rencontré auparavant. Elle lutte de toutes ses forces, car Will est en couple avec une fille avec qui elle ne peut absolument pas rivaliser, il a un meilleur ami fidèle et dévoué, il n’a donc nullement besoin de se la trainer, elle la petite nouvelle aussi insignifiante que maladroite. Elle lutte, car elle n’a justement pas la moindre envie de se transformer en héroïne de romance dégoulinante, et c’est justement ça qui est drôle, vu que c’est précisément ce qu’elle est pour nous autres lecteurs !

Plus encore, ce qui fait toute la particularité de cette romance, même si je n’ai pas eu la place pour l’évoquer dans mon résumé, c’est bien toute cette « ambiance arthurienne » qui ne fait aucun doute. Certains trouveront ça beaucoup trop « évidents », et il est vrai que les connaisseurs de ces légendes ne mettront pas bien longtemps à deviner qui est qui, mais aussi à prévoir certains rebondissements, mais j’ai tout de même beaucoup apprécié l’idée de transposer cette légende à la vie lycéenne ! C’est d’autant plus sympathique qu’il y a cette petite touche de fantastique, avec toute cette histoire d’Ordre des Ours et de réincarnations cycliques : ça apporte vraiment une « profondeur » différente à ce qui apparait au premier abord comme une simple amourette lycéenne. Alors c’est pareil, c’est parfois un peu « gros » (le coup de l’orage, vraiment, j’ai trouvé ça tellement, mais alors tellement … trop), ça se dénoue beaucoup trop facilement et rapidement … Mais ça ne change rien au fait que c’est plutôt bien trouvé, bien mené, et finalement assez captivant ! On a vraiment envie de savoir comment tout ceci va évoluer, car on sent bien que « cette fois-ci » ne se passera pas exactement comme les précédentes, et on est curieux de savoir comment et pourquoi ! D’ailleurs, on ne dirait pas, mais à un moment, la tension est fichtrement fort, rarement une romance a su me happer à ce point !

En bref, vous l’aurez bien compris, même si « ça ne casse pas trois pattes à un canard », ça reste un petit roman drôlement sympathique pour qui a envie et besoin d’une lecture sans prise de tête, un petit peu guimauve sur les bords, et qui connait et apprécie un minimum le cycle arthurien et ses différentes variantes ! A vrai dire, je ne pensais pas que j’allais aimer ce roman, et finalement, j’ai passé un très agréable moment en compagnie d’Elaine, Will et leurs amis : ce n’est assurément pas la lecture du siècle, pas même du mois, mais c’est un roman rafraichissant qui donne le sourire. Et dans ces temps si troublés, je pense que ça peut faire du bien à tout le monde, de se laisser aller à une romance toute simple … A vrai dire, ça m’a ramené en enfance, quand je ne lisais presque que des petites romances dégoulinantes de bons sentiments et de happy end pleines de paillettes, et ce n’est pas si désagréable que ça, de se replonger l’espace de quelques centaines de pages à cette époque où le Prince Charmant existait encore, à cette époque où tout nous semblait beau et facile. En somme, c’est une romance que je conseille fort volontiers pour les jeunes lectrices au cœur encore débordants de rêves, ainsi qu’aux plus grandes qui ont envie de renouer un petit peu avec la petite fille qu’elles étaient : on a besoin de réapprendre à rêver, vous ne pensez pas ?