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lundi 10 octobre 2016

La Danse des obèses - Sophie Audouin-Mamikonian



La Danse des Obèses, Sophie Audouin-Mamikonian

Editeur : Robert Laffont
Nombre de pages : 320

Résumé : Philippe Heart, capitaine de la 4e DPJ, ne s'attendait pas à une telle enquête, la plus tordue de sa carrière : le voilà plongé dans l'univers dérangé d'un tueur d'obèses qui met autant de raffinement que de cruauté dans la mise en scène de ses crimes. Ballotté par le meurtrier qui s'amuse en lui laissant des énigmes à résoudre, Philippe joue contre la montre. Pas facile d'y voir clair, d'autant que, pour la première fois depuis des années, il tombe amoureux. Curieux hasard ? Peut-être pas …



- Un petit extrait -

« Lorsque Philippe arriva au quatrième étage, il trouva le policier très entouré : dans sa chambre, dont la porte était restée ouverte, la tête enturbannée d’un pansement, il racontait à une petite cour d’infirmières et d’aides-soignantes ce qu’il n’avait pas vu.
La couleur des murs et du sol, plus proche du caca d’oie que du vert printemps, ne lui donnait pas franchement bonne mine.
- J’étais là, tranquille, disait-il avec un fort accent du Midi, et, tout à coup, j’ai senti un choc sur la tête. Le temps de réagir, peuchère, et paf ! Je me suis retrouvé par terre. J’ai entr’aperçu des mocassins noirs et pouf ! Plus rien !        
Avec ses "pouf" et ses "paf", sa figure rouge à la Pagnol et sa confortable bedaine, il recueillait tous les suffrages de sympathie. Philippe n’arrivait pas à se souvenir de la dernière fois qu’il avait entendu quelqu’un de vivant prononcer le mot "peuchère".
Il s’approcha et lui montra sa carte.  
- Capitaine Heart, dit-il sèchement. Je suis chargé de cette enquête. Pourriez-vous avoir l’obligeance de réitérer votre discours … avec un peu moins de témoins s’il vous plait !
Plus il était agacé, plus il devenait courtois.  
Et là, il était
extrêmement agacé.  »

- Mon avis sur le livre -

En ce qui concerne les policiers et les thrillers, je me retrouve souvent confrontée à un terrible dilemme : d’un côté j’adore les intrigues complexes, les ambiances pesantes et les mystères intrigants que l’on peut retrouver dans ce genre de récit, mais de l’autre je suis bien trop sensible, trop froussarde et trop impressionnable pour oser m’y aventurer. Si j’ai fait une exception pour celui-ci, c’est bien à cause de son auteur : Sophie est une auteur que j’admire et apprécie énormément et je n’aurai ignoré ce roman pour rien au monde. De plus, si j’en crois les remerciements (je cite : « Tout ça c’est votre faute les Taraddicts ! »), je suis en partie responsable de la publication de ce thriller, il était donc parfaitement normal que je le lise. Et aussi étonnant que cela puisse paraitre, je suis plutôt ravie d’avoir eu le courage de le (re)lire !

Contrairement à mon habitude, je ne vais pas vous proposer de résumé « à ma sauce », pour la simple et bonne raison que je doute fortement de la faisabilité de la chose : l’intrigue est si complexe, si emberlificotée, qu’il me semble drôlement compliqué de vous présenter la situation initiale et d’introduire l’élément perturbateur sans vous  dévoiler les trois quart du mystère. Ce qui serait terriblement dommage ! Sachez tout de même qu’en ouvrant ce livre, vous allez avoir le droit à … des considérations culinaires qui donnent faim, des meurtres sanglants qui coupent l’appétit, de l’humour plus ou moins douteux qui fait cependant drôlement rire, des rebondissements frustrants qui font grogner, des personnages à la personnalité riche et complexe qui se débattent avec leur passé tout en jonglant avec présent et futur … Je sais, présenté comme cela, on dirait un véritable patchwork, mais ça représente bien la richesse de cette intrigue qui est menée d’une main de maitre du début à la fin !

En effet, bien qu’il s’agisse de la première incursion de Sophie dans le monde du thriller policier, je n’ai absolument rien à reprocher à l’intrigue qui a su me captiver et me surprendre. En l’espace que quelques pages à peine, l’auteur a réussi à agripper le lecteur dans ses filets : il ne pourra désormais plus s’arrêter de lire sans risquer de mourir d’impatience ! Il y a plusieurs éléments qui rendent cette lecture si captivante et si difficile à interrompre. Tout d’abord, les deux personnages principaux, Elena et Philippe, qui portent cette intrigue avec courage et détermination en dépit de leurs nombreuses failles psychologiques. Je ne saurai dire lequel je préfère, car ils sont suffisamment différents pour que je les apprécie autant l’un que l’autre. Les personnages secondaires ont également leur importance, je pense particulièrement à Jeanne, l’assistante de Philippe, Karl, le patient surdoué d’Elena qui va apporter son grain de sel à l’enquête, et surtout au docteur Harold Point, médecin légiste à l’humour aussi caustique que débordant. Ajoutez à cela un père surprotecteur, un supérieur invivable, un collègue au comportement inhabituel et un meilleur ami exubérant, et vous aurez déjà de quoi remplir un roman entier !

Alors vous imaginez bien que lorsqu’on ajoute une sombre affaire de meurtres en série à cette ribambelle de protagonistes, on obtient quelque chose de fichtrement intéressant. D’autant plus lorsque toutes les victimes sont des individus de forte corpulence, n’ayant au premier abord aucun point commun hormis celui de souffrir d’obésité, et que le mode opératoire pour le moins spectaculaire du meurtrier comporte de sordides poèmes ensanglantés qui, bien que donnant de précieux indices sur la localisation du prochain cadavre, ne permettent jamais de le prendre en flagrant délit. Philippe vogue de fausses pistes en fausses pistes, avec l’horrible sensation de se faire manipuler par celui qu’il tente de démasquer. Et le plus génial, dans toute cette affaire, c’est que le lecteur se retrouve exactement dans la même situation ! Pourtant, contrairement à ce cher capitaine, nous avons la « chance » d’avoir quelques chapitres présentant le point de vue du mystérieux tueur, mais cela ne nous aide absolument pas à deviner qui est le coupable. De rebondissements en coups de théâtre, Sophie nous mène par le bout du nez et je suis à la fois époustouflée par son habileté et effarée par son machiavélisme !

Comme tout bon thriller qui se respecte, La Danse des obèses est légèrement sanglant … bon, d’accord, vraiment sanguinolent, en fait. Sophie n’épargne ni ses personnages, ni son lectorat ! Elle décrit les mises en scène macabres du meurtrier ainsi que les autopsies sans aucune omission ou atténuation, y consacrant des paragraphes entiers pour stimuler l’imagination des lecteurs. Et comme Sophie a une narration très visuelle, ça n’a pas loupé : je me retrouvais avec une image troublante de réalisme imprimée dans mon cerveau, et je dois avouer avoir grimacé plus d’une fois au cours de ma lecture. Mais je vous rassure cependant : en dépit de cette représentation quasi-cinématographique des scènes de crimes, Sophie a veillé à ne pas tomber dans le gore insupportable et superflu. Malgré ma sensibilité extrême et mon naturel anxieux, je n’ai pas fait de cauchemars après avoir lu ce livre : ce livre impressionne mais ne traumatise pas ! En effet, à côté de l’enquête à proprement parler, nous avons le droit à une jolie romance pleine de bienfaits ainsi qu’à l’humour débordant de Sophie qui vient dédramatiser toute cette sordide affaire.

En bref, l’auteur nous offre ici un thriller palpitant et haletant aux bouleversements remarquables, un thriller saisissant et captivant aux dénouements improbables. Une intrigue terriblement complexe qui oriente sans cesse le lecteur sur de fausses pistes, des personnages d’une complexité rare qui posent la question de l’influence du passé sur le devenir d’une identité, une narration atypique qui mêle descriptions sanguinolentes et humour piquant, voici les ingrédients indispensables pour mijoter un thriller qui donne faim d’un côté et qui coupe l’appétit de l’autre. Âmes et estomacs sensibles s’abstenir, ce livre n’est à lire ni après les repas ni avant de s’endormir ! Pour sa première incursion dans le monde du polar, Sophie y va très fort : une intrigue magnifiquement bien ficelée, un rythme merveilleusement bien maitrisé et une maitrise parfaite de la tension dramatique. Ma chère Sophie, si jamais tu passes par-là : n’hésite surtout pas à te relancer dans un nouveau roman de cet acabit, je suis persuadée que nombres de tes lecteurs en seraient ravis !

Ce livre a été lu dans le cadre du Challenge de l’été 2016
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Ce livre a été lu dans le cadre de la Coupe des 4 maisons
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vendredi 7 octobre 2016

Te revoir un jour - Sarah Dessen



Te revoir un jour, Sarah Dessen

Editeur : Pocket Jeunesse (PKJ)
Nombre de pages : 479

Résumé : Après le divorce de ses parents, McLean a suivi son père et n'a plus de contact avec sa mère. Ensemble, ils n'en finissent pas de déménager : quatre villes différentes en deux ans. Chaque nouvel endroit lui donne l'opportunité de se créer une nouvelle personnalité. Mais aujourd'hui, pour la première fois, McLean a envie de rester où elle est, pour découvrir qui elle est. David, le garçon d'à-côté, pourra sûrement l'aider ...






- Un petit extrait -

«  "Chez soi", ce n’est pas une maison, ou une ville, sur un plan. Chez soi, c’est là où se trouvent ceux que nous aimons, là où on est tous réunis. Ce n’est pas un lieu, mais un moment, puis d’autres, qui, comme des briques, échafaudent un refuge solide que vous emportez partout avec vous, pendant toute votre vie. »

- Mon avis sur le livre -

Je ne sais pas vous, mais moi, quand je suis malade et que j’ai besoin de songer à autre chose que ces courbatures et ce nez tout irrité à force de me moucher, je me tourne toujours vers les mêmes livres-doudous. J’ai personnellement élus les romans de Sarah Dessen au rang de « livres à lire et relire sans modération quand ça va pas », et comme je suis actuellement enrhumée, je n’ai pas hésité bien longtemps avant de sortir celui-ci des étagères. C’est typiquement le genre de bouquins qui se lit en compagnie d’une bonne tisane, d’une couette bien douillette et d’un chat en pleine séance de ronrons sur les genoux. Bon, pour être parfaitement honnête, pour le chat, c’est raté : mes deux minettes ne sont pas très portées sur la lecture et préfèrent transporter (très bruyamment, en les faisait glisser sur le sol) leurs gamelles de la cuisine jusqu’au canapé pour me faire comprendre qu’elles sont  vides … Mais vous aurez compris le principe : Te revoir un jour fait partie de ces romans qui font le bonheur de ceux qui aiment associer lecture et détente.

Nous faisons donc la connaissance de McLean. Ou Lizbet, ou Eliza, ou peut-être Beth. On ne sait pas trop, et elle non plus : à force de changer d’identité à chaque déménagement, on finit par en oublier qui on est vraiment, au fond de son âme. D’autant plus quand on tente de faire table rase sur le passé et qu’on sait pertinemment bien qu’on ne va pas s’éterniser dans notre nouvel environnement. Mais très rapidement, le célèbre adage « Chassez le naturel, il revient au galop » prend tout son sens dans la vie de McLean qui, pour la première fois en l’espace de deux ans de pérégrinations, s’est retrouvée incapable de se cacher derrière un nouveau rôle. Soudainement obligée d’être de nouveau elle-même, elle va progressivement renouer avec son passé, sa famille et son identité. Et quelque chose pousse à croire que David, son nouveau voisin, n’est pas totalement étranger à ce soudain revirement de situation …

Une fois de plus, Sarah Dessen nous offre un roman aussi profond que léger, une histoire qui fait sourire et réfléchir. Par l’intermédiaire d’une narration aussi fluide que vivante, elle nous invite à s’immiscer dans les pensées d’une adolescente en souffrance suite au divorce de ses parents, d’une jeune fille en conflit permanent avec sa mère depuis qu’elle a décidé de suivre son père dans ses nombreuses tribulations professionnelles. Il ne faut pas bien longtemps pour comprendre les grandes étapes de la vie de McLean, moins longtemps encore pour distinguer son mal-être et s’attacher à elle. L’éclatement de sa famille a également sonné la rupture de son identité : à chaque nouveau déménagement, son père voguant de restaurants en faillite en restaurants en faillite pour tenter de les remettre sur les rails, McLean change d’identité pour ne plus avoir à porter le fardeau de son passé, mais aussi pour ne pas s’attacher trop profondément à ceux qu’elle rencontre et qu’elle va quitter quelques mois plus tard. Au bout de quelques chapitres, on comprend cependant que cela ne peut plus continuer ainsi et que nous allons assister au grand chamboulement qui va l’aider à renouer avec sa véritable identité.

Autour de McLean gravitent un certain nombre de personnages secondaires, qui ont cependant le mérite d’être bien plus profonds que de simples figurants destinés à servir l’intrigue. Ce que je veux dire par là ? C’est que tous les personnages, tous, sans exception, sont terriblement bien construits et qu’on pourrait parfaitement bien imaginer un roman consacré à chacun d’entre eux. Je pense par exemple à Deb, personnage qui m’a particulièrement touchée car elle a une histoire en dehors de celle que nous raconte ce roman. Je serai terriblement ravie si Sarah Dessen se décidait à nous en apprendre plus sur ce personnage, sur son passé ou son futur, dans un autre roman. Et je pourrais dire la même chose pour absolument tous les personnages dits secondaires, David en premier lieu : on sent que l’auteur a veillé à ce qu’ils ne soient pas uniquement des individus croisant la route de McLean, mais qu’ils soient au contraire de véritables personnages à part entière. Des personnages qui ont une vie avant et après l’instant I de l’intrigue. J’ai ainsi eu le plaisir de retrouver Jason, déjà présent dans Pour toujours jusqu’à demain et dans En route pour l’avenir, qui a bien évolué depuis ces deux romans mais qui fait allusion à ce passé que seuls les lecteurs de la bibliographie complète de Sarah Dessen peuvent comprendre. Même remarque pour Heidi, personnage secondaire d’En route pour l’avenir, que nous retrouvons ici des années plus tard, dans un autre contexte, un autre cadre, et qui a également changé depuis l’autre roman.

Une fois encore, Sarah Dessen a misé sur la simplicité pour son intrigue. Contrairement à certains auteurs qui s’obstinent à vouloir insérer des mystères et des complots dans leur histoire pour la pimenter, Sarah Dessen se contente de nous raconter les conflits intérieurs d’une adolescente en plein bouleversement émotionnel. Et c’est tout. Alors bien sûr, afin de servir cette évolution psychologique, l’auteur a choisi d’insérer quelques éléments annexes : le devenir du restaurant que son père tente de remettre sur pieds, la construction de la maquette en prévision du centenaire de la ville, le voyage estival des nouveaux amis de McLean … Ce sont des événements du quotidien, qui n’ont rien d’extraordinaire mais qui servent admirablement le récit par leur simplicité même. Il est vrai qu’il ne se passe « pas grand-chose » dans ce récit : pas de suspense insoutenable, pas d’actions spectaculaires, non, juste la représentation fidèle de cette étape dans la vie de McLean. Même la romance présente dans ce récit est d’une simplicité merveilleuse : pas de cliché, pas de surcharge, non, juste deux jeunes gens qui apprennent progressivement à se connaitre et à s’aimer. Bref, vous l’aurez compris, j’aime cette simplicité.

Et plus généralement, j’ai aimé ce livre, tout simplement. Ce n’est bien évidemment pas le chef-d’œuvre du siècle, mais c’est vraiment un roman très sympathique à lire et relire. On s’attache très facilement aux personnages, on accroche très rapidement à la narration simple et épurée, on prend plaisir à suivre l’évolution de McLean. Un roman tout en douceur et en finesse qui invite le lecteur à prendre conscience de la déchirure que représente un divorce, pas uniquement pour le couple en question mais aussi pour les enfants, qui sont parfois amenés à choisir l’un ou l’autre de leur parent et en ressentir une certaine culpabilité. Une histoire d’amour et d’amitié, de tolérance et de pardon, qui ravira tous les lecteurs, jeunes ou moins jeunes, ceux qui cherchent à se détendre comme ceux qui souhaitent réfléchir. Une narration fluide qui porte admirablement ce récit, sans lourdeur ou longueur. Bref, un très beau roman !

Ce livre a été lu dans le cadre du Challenge de l’été 2016
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Ce livre a été lu dans le cadre de la Coupe des 4 maisons
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mercredi 5 octobre 2016

Un Jeu interdit, tome 3 : L'affrontement - L. J. Smith



Un Jeu interdit3, L. J. Smith
L’affrontement

Editeur : Michel Lafon
Nombre de pages : 284

Résumé : Pour libérer ses amis restés prisonniers du Jeu, Jenny doit retourner dans la maison de son grand-père, où elle a rencontré Julian, l’homme de l’Ombre, pour la première fois. Là, sous une étrange rune, s’ouvre une porte sur la plus fantastique des créations de Julian : un parc de loisirs abandonné, réplique cauchemardesque de celui que Jenny adorait quand elle était petite. Dans ce monde parallèle, toutes les attractions sont mortelles … et Julian est de plus en plus déterminé à retenir la jeune fille auprès de lui. Mais, furieux de ne pas pouvoir la posséder, ira-t-il jusqu’à tuer ?

- Un petit extrait -

« - Entre dans ton rêve, Julian.
- Tu ne m'en veux pas?
- Je ne t'en veux pour rien.
- Quoi que j'ai pu faire, je t'ai aimée. Peut-être rêveras-tu de moi un jour et cela m'aidera à y rentrer.
- C'est promis. Je te rêverais en un lieu sans ombres, seulement de la lumière.
Il la regarda encore et elle vit qu'il n'avait pas peur.
- Rien ne meurt jamais tant qu'on ne l'a pas oublié, dit-il.
- Va dans le rêve, chuchota Jenny. Pars vite. »

- Mon avis sur le livre -

Il m’a fallu prendre mon courage à deux mains pour entamer cette lecture : ce troisième tome sonnait la fin de cette fantastique aventure aux côtés de Jenny et Julian. D’autant plus que je savais parfaitement bien qu’en dépit de cette réticence à quitter ce fabuleux et terrifiant univers, j’allais dévorer ce volume en un temps record. Chose dite, chose faite, en une soirée, l’histoire était déjà achevée. C’est vous dire à quel point il se lit facilement et à quel point il est addictif ! Pas moyen de faire une pause, encore moins de me résoudre à arrêter ma lecture pour aller me coucher : il fallait que je poursuive. Grand mal m’en a pris, car la fin m’a tout autant bouleversée que lors de mes premières lectures, et je me suis endormie en ayant encore les larmes aux yeux, sentimentale que je suis ! Mais trêves de bavardages, je vous laisse lire !

Souvenez-vous : nous avions quitté Jenny et ses amis dévastés après la fin du second jeu, au cours duquel Tom et Zach ont été retenus dans le monde des Ombres. Malgré son chagrin, Jenny ne baisse pas les bras : elle est prête à tout pour retrouver son petit copain et son cousin, prête à tout pour faire comprendre à Julian qu’il n’a plus aucun pouvoir sur elle. Prête à tout, même à se rendre là où tout a commencé, dans le lieu de tous ses cauchemars et de tous les mystères : le bureau de son grand père. Un ultime Jeu commence alors, un Jeu bien plus dangereux que les deux précédents. Car Julian n’est pas le seul Homme de l’Ombre à se tapir dans cet immense terrain de jeu grandeur réelle, et pas le plus dangereux, bien loin de là. La rancœur et la cruauté de ses ancêtres pourraient bien être fatales à ces adolescents imprudents qui se sont aventurés dans leur monde, le cœur empli de vaillance et de détermination pour retrouver leurs compagnons …

A mes yeux, pas de doute possible : ce troisième opus est indéniablement le meilleur et clôt impeccablement cette trilogie. Certes, il n’y a plus l’ivresse de la découverte que l’on peut ressentir avec le premier tome, il n’y a plus la promesse d’une suite comme dans le cas du second tome, mais il y a ce petit quelque chose qui place de tome en haut du podium. Ce petit quelque chose tient en grande partie dans la profondeur qui émane de ce récit : loin de se contenter de nous proposer un bon moment de divertissement, ce livre nous invite également à réfléchir sur le bien, le mal, sur l’amour, la haine … Les personnages gagnent en profondeur, en maturité, en complexité, en nuances, et cela ne les rend que bien plus intéressants. Julian, tout particulièrement, perd un peu de cette aura d’impassibilité et d’invulnérabilité pour laisser entrapercevoir sa facette plus fragile, plus sensible, et j’en suis tout simplement ravie. Jenny a changé, elle aussi, elle est plus droite dans ses baskets, elle a décidé d’arrêter de se laisser porter par les événements et de prendre sa vie en main, et on ne peut qu’être bluffé par sa détermination soudaine.

Ce qui fait la particularité de cette trilogie, selon moi, c’est bien son ambiance. Dès le premier tome, le lecteur se retrouve plongé au cœur d’un univers aussi effrayant qu’intriguant : le monde des Ombres. Mais quand on y regarde de plus près, dans les deux premiers opus, on ne fait qu’effleurer cette réalité, sans jamais s’y aventurer totalement. Ce troisième tome est justement celui où, volontairement, Jenny et ses amis vont ouvrir et franchir le passage entre notre monde et celui de Julian. Le terrain de jeu de cet ultime affrontement n’est autre qu’une réplique du vieux parc d’attraction de l’enfance de Jenny, une réplique où tout sonne faux et où les ombres semblent prendre vie. L’ambiance est très inquiétante, terriblement angoissante, certaines scènes sont franchement glauques et morbides, d’autres sont tout simplement effrayantes, mais tout semble surtout très menaçant. Je suis une vraie froussarde, et cette ambiance a attisé ma nervosité permanente : je lisais donc ce livre avant de m’endormir, confortablement installée dans mon lit, et voilà que soudain, le loir qui a élu domicile sous les tuiles a gigoté dans son sommeil. J’ai sursauté si fort que je me suis retrouvée par terre, le cœur battant à vingt mille à l’heure et brandissant mon livre contre cet ennemi invisible. C’est vous dire à quel point on se laisse facilement happer par l’atmosphère sinistre de ce bouquin !

Je vais tâcher de ne pas vous spoiler la fin, mais je ne peux décemment pas achever ma chronique sans dire quelques mots à son sujet. Cette fin … est traumatisante. Pas qu’elle soit effrayante ou sanglante, point du tout, mais elle est tout simplement éprouvante psychologiquement parlant. J’ai pleuré, bon sang que j’ai pleuré. Je m’y attendais, pourtant, je connaissais déjà bien l’histoire, mais on ne peut pas s’habituer à cette fin. C’est triste et c’est beau à la fois. Terriblement triste et terriblement beau. Au point que c’est difficile de mettre des mots dessus. Ce n’est pas tout à fait une fin déprimante, mais ce n’est pas non plus une fin réjouissante, c’est un délicat équilibre entre ces deux extrêmes. J’aime cette fin, même si elle me fait toujours pleurer, même si le simple fait d’y penser me fait revenir les larmes aux yeux, j’aime cette fin car elle clôt magnifiquement bien cette trilogie et qu’elle représente l’apothéose de toutes les émotions que personnages et lecteur ont pu ressentir tout au cours de ces trois volumes. D’une certaine façon, cette fin résume tout, et c’est presque pour me laisser bouleversé une fois encore par cette fin que je lis et relis si régulièrement cette trilogie. C’est une fin telle qu’on n’en voit pas souvent, une fin qui marque énormément.

Je pense ne pas avoir besoin de le préciser : une excellente lecture que ce moment passé en compagnie de ce livre ! Une ambiance qui fait frissonner le lecteur, des personnages qui valent le coup d’être rencontrés, une plume qui fait vibrer les émotions, et vous avez une série terriblement addictive et intrigante. Un ultime affrontement qui a comme un arrière-goût de réconciliation, de belles surprises qui contrebalancent de belles frayeurs, une fin tout ce qu’il y a de plus bouleversant, et vous avez un dernier opus qui vaut à lui seul le détour. N’hésitez plus : si vous avez la chance de pouvoir vous procurer cette trilogie, plongez donc dans cette atmosphère si particulière ! Si, de plus, vous êtes passionnés par la mythologie nordique, foncez : les allusions à ces légendes sont passionnantes !

Ce livre a été lu dans le cadre du Challenge de l’été 2016
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