samedi 29 janvier 2022

Tara Duncan, tome 4 : Le dragon renégat - Sophie Audouin-Mamikonian

Tara Duncan4, Sophie Audouin-Mamikonian

Le dragon renégat

 Editeur : Flammarion

Nombre de pages : 397

Résumé : Dans un laboratoire de l’empire d’Omois, deux êtres s’affrontent. Mais le seul témoin de l’entrevue est un corps sans vie. Qui fera parler le cadavre ? Certes pas Tara Duncan. La jeune sortcelière a fort à faire sur Terre. Sa magie, devenue trop puissante pour elle, serait due à une manipulation génétique qui la mettrait en danger de mort. De plus, des ennemis monstrueux menacent la planète et contraignent Tara à porter secours à un jeune Terrien aux pouvoirs surhumains. C’est inquiète mais déterminée que l’héritière impériale se dirige vers l’Angleterre et  Stonehenge.

 

- Un petit extrait -

« Soudain elle s'interrompit et eut un sourire radieux.

- Hé, mais pourquoi je m'en fais, moi, j'adore me battre ! Si c'est un traquenard, c'est super ! Un mystérieux inconnu va essayer de tuer Tara, on va lui sauver la vie, taper sur un tas de gens et tout va se terminer par un banquet sur AutreMonde !

Fabrice se mit à rire.

- Fafnir, j'ai l'impression d'entendre Obélix, parfois ! Si tout pouvait être aussi simple, ce serait fantastique ! »

- Mon avis sur le livre -

 Ces dernières années, je me suis laissée complétement submergée par ce blog et par la frénésie des challenges : entre les services presse à traiter dans un temps donné et les consignes à valider dans un temps imparti, j’en ai quelque peu oublié de me faire plaisir. Et même si cela m’a permis de faire de très belles rencontres, ainsi que de très belles découvertes littéraires, je crois que le temps est venu de dire enfin « stop ». Cela ne veut pas dire que je n’accepterai plus aucun service presse, ni que j’abandonne tous mes challenges, cela veut tout simplement dire qu’ils passeront désormais au deuxième plan, après mes envies du moment. Plus question d’avoir une pile de dix services presse à écluser dans le mois, m’empêchant de lire autre chose. Plus question d’avoir des challenges contraignants qui me dictent mes lectures sans me laisser la moindre marge de manœuvre. Il est grand temps pour moi de laisser à nouveau mon cœur choisir ce que je veux vraiment lire, comme je le faisais avant de découvrir la blogosphère et les challenges littéraire ! Et je me rends compte que ce qui m’a le plus manqué ces dernières années, c’est de me replonger dans mes sagas d’enfance et d’adolescence … En 2021, j’ai enfin pris la peine de rattraper tout le retard accumulé dans La guerre des clans, et désormais, l’heure est venue de reprendre mon Tarathon interrompu depuis presque cinq ans … et clairement, c’est le bonheur à l’état pur que de retrouver Tara et des joyeux compagnons !

Après avoir, une fois de plus, vaincu le terrible et mystérieux Magister et sauvé l’univers des hordes de démons prêts à l’envahir, la jeune et puissante Héritière du noble et puissant Empire d’Omois s’est … tout simplement volatilisée. Tandis que ses amis, sa famille et AutreMonde tout entier se lancent à sa recherche, craignant le pire (Tara ayant une prédisposition à se faire kidnapper par toutes sortes d’individus en quête de puissance ou de vengeance, si ce n’est les deux à la fois), la jeune fille pose le premier jalon de son grand projet secret : faire revenir son défunt père d’entre les morts et reconstituer enfin sa famille … Lorsque ses compagnons la retrouvent enfin sur Terre, ils n’ont pas le temps de se réjouir : non seulement sa magie surpuissante, due à une manipulation génétique, menace de la consumer entièrement (en détruisant au passage la planète sur laquelle elle se trouve), un groupe de Harpies mercenaires s’en prend violemment à leur groupe, semblant prendre pour cible privilégiée le demi-elfe Robin. Mais ce n’est pas tout : elles ont également reçu comme mission d’enlever un jeune sortcelier anglais. Refusant de laisser ce pauvre garçon entre les griffes empoisonnées de ces horribles bestioles, et encore moins entre les mains de leur dangereux et mystérieux commanditaire, Tara et ses compagnons se mettent aussitôt en route pour l’Angleterre. Direction Stonehenge, là où son grand-père Ménélas a disparu bien des années auparavant …

Je dois bien le reconnaitre, même si je n’aime pas trop émettre de bémol sur cette saga si chère à mon cœur : ce tome est clairement l’un de ceux qui me laissent le plus mitigée. La faute, tout simplement, à l’irruption toujours plus affirmée d’une sous-intrigue qui non seulement ne m’intéresse pas plus que ça, mais a de plus tendance à m’agacer au plus haut point : les amourettes adolescentes. Entre Moineau et Fabrice qui semblent soudainement avoir perdu les trois-quarts de leurs capacités intellectuelles depuis qu’ils se sont mis en couple, Cal qui court après celle qui a voulu l’égorger pour lui demander de sortir avec lui, et surtout Robin et Tara qui passent leurs journées et leurs nuits à penser l’un à l’autre en louant mentalement les « qualités » de l’autre, sans parler de Xandiar et Séné qui semblent prêts à roucouler dans les bras l’un de l’autre … J’ai passé la moitié du roman, si ce n’est plus, à lever les yeux au ciel en regrettant de ne pas pouvoir distribuer des baffes à tout ce petit monde pour leur intimer de laisser leurs hormones tranquilles et de se concentrer sur ce qui est important. Un petit peu, ç’aurait pu être romantique, mais là, on sombre purement et simplement dans le pathétique. Ça m’énerve à la fois parce que c’est bourré de niaiseries absolument dégoulinantes, mais aussi et surtout car ce que je trouvais le plus beau, dans cette saga, c’était vraiment leur groupe d’amis : ça vient tout briser, et c’est vraiment dommage.

Et ça l’est d’autant plus que sinon, ce tome est vraiment celui où commencent « les choses sérieuses ». Dans ce tome, on commence vraiment à saisir toute la complexité de l’histoire : dans ce tome, complots et machinations diverses et variées s’entremêlent, formant un enchevêtrement qui semble inextricable, dans ce tome, révélations et rebondissements s’enchainent, s’accumulent, se multiplient, c’est grandiose et éblouissant. A chaque fois qu’on a le sentiment d’avoir saisi une partie du mystère, à chaque fois qu’on a l’impression d’avoir compris le fin mot de l’histoire, un nouveau coup de théâtre vient tout bouleverser : rien n’est jamais aussi simple qu’on ne l’imagine au premier abord, et c’est absolument passionnant de tenter de démêler les nœuds des différentes intrigues. Je sais que bien des lecteurs sont quelques peu déçus d’apprendre que la puissance de Tara est la résultante de centaines d’années de manipulations génétiques, mais pour ma part, je trouve cela bien plus intéressant que si c’était naturel : ça atténue un petit peu son côté « Mary-Sue » que les mêmes lecteurs déplorent, pour ajouter un surplus de tension à l’ensemble. Car non seulement on ne sait pas vraiment qui est derrière ce programme d’augmentation du potentiel génétique (et on ne sait donc pas ce que ce « qui » recherche vraiment, car on connait désormais assez bien Sophie pour savoir que non, ce n’est clairement pas pour « le bien commun »), mais en plus, cette magie trop puissante risque de tuer Tara et tous ceux qui se trouveront sur la même planète qu’elle lorsqu’elle explosera …

Autant vous dire qu’on dévore chapitre après chapitre pour savoir comment tout ceci va se terminer ! Car tome après tome, les « happy end » se font nettement plus nuancées : oui, bien sûr, Tara et ses compagnons arrivent généralement à s’en sortir, à contrecarrer les plans du grand méchant et à sauver tout le monde in extremis, mais le prix à payer est généralement bien plus élevé à chaque fois. Désormais, on ne peut plus s’accrocher coute que coute à la certitude que « tout sera bien qui finira bien » : on sait que pour gagner, nos héros devront renoncer un peu plus encore à leur innocence, à leur insouciance, à leur enfance. On sait qu’ils ne sortiront pas indemnes de cette épreuve, de cette confrontation : il y aura forcément des blessures, des fêlures, non seulement au corps mais aussi et surtout au cœur et à l’âme. Petit à petit, l’ambiance très colorée laisse place à une ambiance un peu plus sombre … et ça n’est pas pour me déplaire, car ça ajoute encore à la tension dramatique, ce côté bien moins « enfantin », moins fantasque. Mais dans le même temps, j’apprécie énormément l’humour toujours plus grandissant de Sophie : c’est pareil, on quitte un humour fait de jeux de mots et de blagues pour s’orienter vers un humour plus ironique, plus sarcastique, plus subtil mais autrement plus décapant. Certaines scènes sont absolument cocasses, certains dialogues sont à mourir de rire, et ça apporte une fraicheur bienvenue dans l’ensemble plutôt morose de cette course contre la montre infernale …

En bref, vous l’aurez bien compris, presque quinze ans après ma découverte de la saga, mon verdict reste toujours le même : je suis conquise, purement et simplement ! Je sais que Tara Duncan n’est pas exempte de défauts, qu’il y a certains clichés et stéréotypes qui peuvent rebuter certains lecteurs un peu trop sérieux pour leur propre bien … mais pour ma part, la magie opère encore et toujours ! C’est justement ce que j’aime tant, le fait que Sophie ne laisse rien ni personne brider son imagination, qu’elle nargue allégrement ceux qui voudraient la contraindre à rentrer dans le moule de la bien-pensance du moment : on sent que ce qu’elle cherchait en écrivant cette saga, c’était de faire rire et rêver ses lecteurs tout en s’amusant elle-même … Et c’est justement parce qu’elle n’hésite jamais à aller à contre-courant des normes que cette saga est absolument unique, et donc absolument géniale ! J’ai coutume d’appeler Tara Duncan « mon antidépresseur littéraire le plus efficace », et je pense d’ailleurs que l’une des raisons pour lesquelles je me suis progressivement enfoncée dans la déprime ces dernières années, c’est parce que je n’avais plus ma petite dose annuelle de fou-rires et d’évasion. Ça peut paraitre étrange, mais quand je retourne sur AutreMonde, j’ai immédiatement le sentiment d’être plus légère, plus souriante : ça me fait du bien, et ça peut aussi vous faire du bien, il suffit de retrouver son âme d’enfant, bien enfouie sous notre carapace d’adulte sérieux et responsable, et vous verrez, ça marche à tous les coups !

mercredi 26 janvier 2022

The Old Republic, tome 4 : Annihilation - Drew Karpyshyn

The Old Republic4, Drew Karpyshyn

Annihilation

 Editeur : Pocket

Nombre de pages : 413

Résumé : L'Empire Sith est en pleine mutation. L'Empereur est porté disparu, et la tentative d'un ambitieux Seigneur Sith de le remplacer s'est soldée par un échec. Dark Karrid, l'ancien Jedi passé du Côté Obscur, poursuit son inlassable conquête de la Galaxie, aux commandes du redoutable vaisseau impérial Haute Lance. Sa détermination sans faille doit faire face à celle de Theron Shan qui a encore des comptes à régler avec l'Empire. Il ne manie pas la Force, bien qu'il soit le fils d'une célèbre Jedi. Agent secret de la République, c'est la personne idéale pour mettre fin au règne de la Haute Lance.

 

- Un petit extrait -

« - Et si je démissionnais ?

- Vous ne le ferez pas, lâcha Marcus. La République vous tient trop à cœur pour que vous abandonniez sa cause.

- Je pourrais m'engager dans les forces militaires, menaça Theron.

- Pour être obligé de saluer vos supérieurs ? Obéir aux ordres ? Beugler "Monsieur, oui monsieur !" vingt fois par jour ? Bien sûr... »

- Mon avis sur le livre -

 S’il y a bien un paradoxe qui me laisse particulièrement perplexe dans notre société, c’est bien le fait que, d’un côté, nous martelons à nos jeunes ouailles influençables que seules les matières scientifiques sont dignes d’intérêt – « tu aimeras les sciences, mon gamin, et ne t’avise surtout pas d’apprécier l’histoire ! » –, mais que, de l’autre côté, nous continuions à décourager ces mêmes jeunes ouailles influençables de lire de la science-fiction – « ah non, si tu veux lire, tournes toi vers de la vraie littérature, au moins, lis-moi donc le dernier Goncourt ! » … J’ai le souvenir très vivace d’une professeure de français, qui semblait particulièrement ravie de me voir si régulièrement aller au CDI pour emprunter des livres, se mettre à grimacer (pour ne pas dire cracher de dégout) en se rendant compte que je lisais principalement de la fantasy ou de la science-fiction : j’étais passée de la case « élève prometteuse » à celle « élève irrécupérable » … Et elle n’est malheureusement pas la seule à avoir ce genre de réactions : je ne compte plus le nombre de bibliothécaires, de libraires, ou même de thérapeutes (si si) qui ont essayé de me convaincre qu’il était grand temps de laisser cette « lubie » de côté et de me tourner enfin vers des ouvrages plus « respectables ». Manque de pot pour eux, je ne suis pas une jeune ouaille influençable : je lis ce qui me plait, sans me préoccuper le moins du monde de ce que les pensent de moi. Alors oui, je suis une étudiante en théologie (« la classe », parait-il) qui lit du Star Wars (« la honte », semblerait-il) …

Theron a beau être le fils caché du Grand Maitre de l’Ordre Jedi, il a beau avoir été élevé en secret par un autre Maitre qui lui a enseigné tout ce que les jeunes Padawans apprennent à l’Académie, il a bien fallu se rendre à l’évidence : il ne présence absolument aucune affinité particulière avec la Force. Pas la moindre petite trace. Qu’à cela ne tienne : s’il ne peut rejoindre l’Ordre, il servira la République d’une autre manière ! En quête d’action, Theron a ainsi rejoint le Service du Renseignement Stratégique : malgré son indiscipline invétéré et ses méthodes pour le moins peu académiques, il n’en reste pas moins un des agents de terrain les plus efficaces. Trop efficace, peut-être : le voici missionné pour une mission des plus suicidaires qui soit … s’infiltrer sur un des croiseurs impériaux les plus meurtriers, contrôlé presque organiquement par une ancienne Apprentie Jedi devenue Seigneur Sith, pour saboter son hyperpropulsion et ses défenses. Accompagné de l’ancien Maitre Jedi de Dark Karrid et d’une contrebandière qu’il considère comme une petite sœur en dépit de son sale caractère, Theron va devoir user d’audace et d’inventivité pour permettre à la République de regagner l’avantage sur l’Empire Sith …

Jusqu’à présent, les auteurs de l’univers étendu Légendes nous avaient habitués à un schéma narratif très uniforme : nous suivions systématiquement deux ou trois (si ce n’est plus) personnages, qui étaient pour la plupart des utilisateurs de la Force, que ce soit du Côté Lumineux ou du Côté Obscur. Cette fois-ci, l’auteur innove : non seulement nous ne suivons véritablement qu’un seul et unique protagoniste, mais en plus celui-ci n’est ni un Jedi ni un Sith. Theron n’est qu’un « simple » humain comme vous et moi, dépourvu du moindre zeste d’affinité avec la Force. Pas de sabre laser pour lui, seulement un bon vieux blaster. Et s’il doit sauter du haut d’un immeuble, il a tout intérêt à avoir un parachute avec lui s’il ne veut pas finir écrabouillé comme une crêpe contre le sol, faute de pouvoir ralentir sa chute grâce à la Force. Pourtant, et c’est là tout le drame de sa vie (même s’il s’efforce de faire croire et de croire que cela ne lui fait ni chaud ni froid), il est le fils (très secret) de Satele Chan, LA Grande Maitre de l’Ordre, élevé en cachette par le Maitre de cette dernière : tout laissait raisonnablement penser qu’il allait suivre les traces de sa génitrice et de son mentor et rejoindre les rangs des Chevaliers Jedis … Mais il a bien fallu se faire une raison : l’Ordre ne voulait pas de lui. Pour servir la République, il allait devoir s’y prendre autrement. Heureusement pour lui, Theron est un homme plein de ressources !

Mais l’auteur va encore plus loin : non seulement Theron est un héros de la République sans être un Jedi, mais en plus le roman est parsemé de critiques à peine voilées quant à l’arrogance, qui frôle parfois le mépris, des Jedis … Car eux ont compris, les autres non. Car eux savent maitriser leurs émotions et leurs désirs propres au profit du pragmatisme et du bien commun, alors que les autres en sont réduits à suivre leurs plus bas instincts égoïstes et irrationnels. Derrière la belle philosophie des Jedis se cache cette sorte d’élitisme dont on parle assez rarement, mais que ce roman met en lumière à plus d’une reprise. Alors bien sûr, un Jedi vous dirait que Theron est aveuglé par  la déception et l’amertume d’avoir été rejeté par l’Ordre, et plus encore d’avoir été abandonné à la naissance par sa mère au profit de ce même Ordre … mais le simple fait de rejeter systématiquement la faute vers l’autre sans jamais se remettre en question abonde dans le sens de la critique de Theron. Mais le plus terrible, dans toute cette affaire, c’est qu’on ne peut même pas en vouloir aux Jedis eux-mêmes : on leur a tellement rabâché tout ceci depuis qu’ils sont Padawans qu’il est parfaitement logique qu’ils en soient profondément persuadés, et qu’ils ne se rendent même pas compte d’à quelle point leur attitude peut être hautaine et blessante …

Mais rassurez-vous, c’est très loin d’être le point saillant du roman : car l’essentiel reste quand même cette Opération fichtrement audacieuse qui pourrait bien à elle-seule permettre à la République de reprendre l’avantage sur l’implacable Empire Sith qui ne cesse de gagner du terrain. Car on s’en doute bien, le plan bien rodé par les bureaucrates de la République ne va pas tarder à être mis en péril par les réalités insoupçonnées du terrain : pour parvenir à leurs fins, Theron, Gnost-Dural et Teff’ith vont plus d’une fois devoir improviser, alors que le danger les entoure de toutes parts. On retrouve cette fois-ci les situations chères aux auteurs de l’univers : des infiltrations à haut risque dans des hauts-lieux de l’Empire, des artefacts essentiels bien protégés derrière des murs trop costauds pour les explosifs prévus, des bagarres dans des lieux malfamés, des patrouilles qui arrivent trois nanosecondes avant que le système de piratage ait pu terminer son œuvre, des roulades et des pirouettes pendant les combats au corps à corps, sans oublier quelques petites batailles spatiales pour parachever le tableau … Mais le plus incroyable, finalement, c’est que ça marche absolument à tous les coups : à chaque fois, c’est la même poussée d’adrénaline, la même tension absolument insoutenable, le même crainte au moment fatidique … et puis le même soulagement et la même liesse lorsque les gentils écrasent les méchants, parce que c’est aussi ça, la « magie » de Star Wars !

En bref, vous l’aurez bien compris, c’est à la fois un roman qui piétine allégrement les codes et qui les respecte à la lettre, et cela nous donne un récit à la fois très innovant (et donc rafraichissant) et très prévisible (et donc rassurant). Si la sempiternelle lutte entre l’Empire et la République, entre les Siths et les Jedis, entre l’Obscurité et la Lumière, reste au cœur de l’intrigue – comment pourrait-il en être autrement dans un roman Star Wars ? –, l’auteur a bien compris qu’un bon roman ne peut pas s’arrêter à ce seul conflit. Il nous offre ainsi des sous-intrigues centrées sur les personnages en eux-mêmes, et pas seulement sur leur place dans l’immense échiquier de la guerre. Theron n’est pas seulement un agent de la République, il est aussi un homme avec son histoire propre, avec des tas de nœuds à démêler dans le fil de sa vie : et c’est aussi cela, que nous raconte ce roman. De façon assez superficielle, certes, car il y aurait sans doute encore plein de choses à explorer sur ses relations avec Satele, avec Jace ou avec Teff’ith (quel bonheur, d’ailleurs, d’avoir une pure histoire d’amitié et aucune bribe de romance entre eux !), mais suffisamment pour que l’histoire ne se contente pas d’être un simple étalage de scènes d’action ! En clair, donc, un roman palpitant, trépidant, avec quelques passages un peu plus profonds … et une bonne dose d’humour, bien évidemment !

samedi 22 janvier 2022

La loi du sanctuaire - Élodie Bouchet

La loi du sanctuaire, Elodie Bouchet

 Editeur : Gulf Stream

Nombre de pages : 420

Résumé : Le Sanctuaire de Sarano est intouchable. En vendant des prophéties aux puissants de tous les horizons, la supérieure Tinavia impose inéluctablement son influence. Alors quand Élyne, une oracle, apprend qu’elle a été manipulée et exploitée pour ses dons, elle n’a d’autres choix que de disparaître. Sous la protection inattendue de dragons, elle fuit jusqu’au campement du lieutenant Darel, qu’elle convainc de la perversité de Tinavia. Problème : le jeune homme dispose de pouvoirs magiques annihilant le potentiel prophétique de l’oracle… Au mépris du danger, les deux jeunes gens enquêtent sur les manigances du Sanctuaire.

 Un grand merci aux éditions Gulf Stream pour l’envoi de ce volume.

 

- Un petit extrait -

« Cela faisait deux jours qu’elle n’avait pas vu le dragon blanc, mais il reviendrait. Il revenait toujours. Un battement d’ailes lui donna raison quelques minutes plus tard. Le minuscule reptile se posa sur le rebord de sa fenêtre et se blottit contre ses doigts avant de s’ouvrir à elle. Son enthousiasme, sa joie tout comme le plaisir des retrouvailles comblaient la solitude d’Elyne.  »

- Mon avis sur le livre -

 D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours rêvé de devenir écrivaine. Au primaire, je passais mes récréations à griffonner sur un cahier de brouillon. Au collège, je noircissais les marges de mes cahiers de bribes d’histoires inachevées. Au lycée, j’ai cessé de voleter d’un projet à un autre pour me concentrer sur une idée plus « palpable » que les autres. A mon entrée à l’université, j’ai commencé la rédaction de Souffler sur les braises. J’ai rejoint un, puis plusieurs forums d’écriture. J’ai laborieusement, mais fièrement, écrit quelques chapitres. Puis j’ai tout abandonné. Non pas que le rêve se soit évanoui, bien au contraire. Il est plus vivace que jamais … Mais il est fini, le temps où j’imaginais qu’une imagination fertile et une « jolie plume » (le plus beau compliment qu’ait pu me faire une professeure, si tant est que ça vaille quelque chose) suffiraient pour être écrivaine. Il faut savoir surfer « sur l’air du temps », peser tous ses mots pour ne froisser personne, mais aussi assurer une présence numérique … tant de choses dont je suis tout simplement incapable. Alors à quoi bon m’acharner ? Je me contente donc désormais de me réjouir pour mes camarades d’écriture qui viennent à bout de leurs premiers jets, de leurs corrections, de leurs recherches d’éditeurs … Je vis par procuration ce bonheur sur lequel j’ai fini par tirer un gros trait. Je me console en me disant qu’au moins, j’ai le temps de lire et chroniquer leurs ouvrages, pour leur donner un coup de pouce !

En dépit du prix exorbitant de ses services, le Sanctuaire ne cesse d’attirer toujours plus de Clients : du commerçant désireux de savoir sur quels marchés envoyer sa marchandise pour optimiser ses profits au petit nobliau souhaitant déterminer quel est le meilleur parti pour son fils ainé en passant par le souverain guerroyant incertain de sa stratégie, tous s’arrachent à prix d’or les prophéties dispensées par les Oracles du Sanctuaire. Tandis que le lieutenant Darel, missionné par son roi, espère du fond du cœur que les augures ne seront pas favorables au projet d’assaut de ce dernier, craignant que ses soldats ne soient envoyés en première ligne, la jeune Initiée Elyne découvre avec effroi que la Supérieure, aidée par ses deux amis les plus chers, lui a très soigneusement caché ses dons divinatoires pour mieux les exploiter. Dévastée par la trahison de ses proches et refusant de devenir le pantin de celle qui lui a menti pendant toutes ses années, Elyne n’a plus qu’une seule idée en tête : quitter aussi vite que possible ce lieu qui est devenu une véritable prison. Dorée peut-être, mais une prison malgré tout. Etant parvenue à quitter la ville, elle trouve refuge dans le campement du lieutenant Darel. Quand il découvre que la jeune fille apeurée est une Initiée, pire, une Oracle du Sanctuaire, celui-ci ne sait que faire : raisonnablement, il devrait l’y ramener immédiatement pour ne pas s’attirer les foudres de la supérieure … mais tout son être le pousse à aider la jeune femme. Sans le savoir, ils sont sur le point de déterrer le plus grand secret du Sanctuaire … et de ses alliés.

Quelques phrases : c’est tout ce qu’il m’aura fallu pour savoir que ce roman allait être un coup de cœur. Difficile de savoir pourquoi, c’était une évidence qui s’imposait à moi, tout simplement. Et cette prédiction s’est avérée parfaitement exacte, tant et si bien que l’expression consacrée « coup de cœur » me semble même bien fade, mais faute de termes plus appropriés, contentons-nous en, et passons aux choses sérieuses : en quoi ce roman est-il une véritable pépite que vous devez vous procurer immédiatement ? Disons-le tout net, nous sommes bien loin de la fantasy traditionnelle, où le héros, un jeune élu aux pouvoirs extraordinaires, se jette tête la première dans une succession de combats souvent sanguinolents pour lutter contre les forces du mal et redonner l’espoir à un continent opprimé depuis des décennies par un tyran effroyable. Si telle est votre définition de la fantasy, ce roman risque de vous perturber un tantinet … mais en bien. Car ce qu’il « perd » en batailles épiques et mortelles, il le gagne irrésistiblement en profondeur. Ce contre quoi se battent Elyne et Darel est à la fois bien moins impressionnant et bien plus dangereux qu’un seigneur des ténèbres : ils se battent contre le mensonge, la tromperie, la duperie, ils se battent contre les secrets, les dissimulations, les sournoiseries. Ils se battent pour que la vérité refasse surface, et par la même occasion la liberté : comment être véritablement libre quand on est enfermé dans un carcan de mensonges ?

Vous le savez comme moi : quand on tire sur un fil qui dépasse un petit peu, c’est le pull tout entier qui se détricote et nous reste entre les mains, en une masse de laine informe et deux fois plus grosse que le pull. Il en est de même avec les mensonges : quand vous mettez le doigt sur le premier écrou branlant d’un l’engrenage, c’est  la machine toute entière qui se révèle à vous et qui menace de s’effondrer, déstabilisée par votre mouvement. C’est l’histoire de l’arbre qui cache la forêt : il ne fait absolument aucun doute que si la supérieure a pris tant de soin à dissimuler à Elyne ses pouvoirs pour exploiter ses prédictions comme elle le désire, c’est parce qu’il y a quelque chose de plus inavouable encore qui se trame dans l’ombre. Elyne n’est que la partie émergée de l’iceberg : le plus gros reste encore à découvrir, et nos jeunes héros sont prêts à braver tous les dangers pour découvrir ce que cache le Sanctuaire, ce que manigance la supérieure … Et une petite voix nous prédit que ce qu’ils vont trouver va chambouler absolument toutes leurs certitudes, pour ne pas dire ébranler l’équilibre du monde tout entier. Et sachez-le : même vos hypothèses les plus folles seront balayées comme un fétu de paille lorsque le voile sera levé ! C’est fichtrement bien trouvé, j’en suis restée éberluée pendant plusieurs minutes avant de réussir à reprendre le fil de ma lecture tant je m’étais attendue à tout … sauf à cela ! Si, comme moi, vous aimez être surpris par un roman, vous allez être servis !

Il me reste encore à évoquer un point, peut-être le plus important : les protagonistes, sans qui même l’intrigue la plus rondement menée resterait aussi plate que l’encéphalogramme d’un caillou. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ici aussi, l’autrice a fait très fort : Elyne et Darel comptent vraiment parmi les personnages les plus attachants qu’il m’ait été donné de rencontrer de toute ma vie de lectrice. Peut-être parce qu’ils me ressemblent, un peu. Tout comme Elyne, quand j’ouvre mon cœur, quand j’accorde ma confiance, quand je donne mon amour ou mon amitié, je le fais sans concession … ce qui, plus d’une fois, m’a brisé le cœur, lorsque je me rendais compte que la réciproque n’était pas vraie. Mais Elyne est bien plus forte et courageuse que moi, pour la simple et bonne raison qu’elle prend le risque de rouvrir à nouveau son cœur à quelqu’un, de s’appuyer à nouveau sur quelqu’un plutôt que de se renfermer sur elle-même pour ne pas risquer d’être trahie et blessée à nouveau … Mais après tout, elle a bien raison, on donnerait le bon Dieu sans concession à Darel ! Il respire l’honnêteté, la loyauté, il est prêt à mettre en danger sa carrière, si ce n’est sa vie, pour les personnes à qui il tient, il fait toujours passer les autres avant lui-même. Il ne cherche pas les honneurs (il a même plutôt tendance à les fuir), mais fait tout simplement ce qui lui semble juste : le monde a besoin d’hommes aussi droits et simples que Darel ! Sinon, mention spéciale à Flocon, cet adorable petit dragon qu’on ne voit pas assez longtemps !

En bref, je pense que vous l’aurez bien compris : ce fut une fabuleuse, une extraordinaire, une merveilleuse lecture ! Et comme c’est souvent le cas avec les fabuleuses, extraordinaires, merveilleuses lectures, les mots me manquent pour en parler : dans ma tête, tout n’est que « wouah », « ooooooh », « hanquec’étaitcool » et autres interjections enthousiastes et désordonnées, et c’est vraiment difficile de discipliner mes pensées et mes propos. Et cela d’autant plus que je refuse toujours d’admettre, d’accepter que ça soit déjà terminé : il manque probablement deux ou trois-cent pages à mon exemplaire, ce n’est pas possible autrement ! C’est vraiment une déchirure de devoir dire au revoir (voire même adieu, vu que c’est un one-shot) à Elyne et Darel, et cela d’autant plus qu’il reste encore bien des questions en suspens, et même si ça laisse à chaque lecteur la possibilité de créer sa propre happy end (ou pas, d’ailleurs, si certains aiment les tragédies), ça reste un tantinet frustrant ! Elodie, si tu me lis, sache que si l’envie te titille de retrouver Elyne, Darel et Flocon dans une suite, je te suivrais jusqu’au bout du monde ! En attendant … je présume que je vais devoir me contenter de le relire, de le relire encore, encore et encore. Et à le faire lire, aussi. Parce qu’une telle lecture, ça se partage ! Alors vous qui me lisez, prenez-en bonne note : ce roman est juste excellent, alors n’hésitez pas un seul instant !