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samedi 29 mai 2021

Chamane - Katherine Quénot

Chamane, Katherine Quénot

 Editeur : Auzou

Nombre de pages : 231

Résumé : Les cauchemars qui hantent les nuits d'Isidora tissent une toile sombre autour de sa vie. Enfant adoptée, elle s'est toujours sentie à part, différente. Seul vestige de son passé : un quipu, système traditionnel de noeuds et de cordelettes, porteur d'un mystérieux message. Pour apprendre la vérité sur ses origines, elle part au Chili, mais ce voyage l'emmène rapidement plus loin que ce qu'elle avait imaginé. Elle y découvre la culture chamane, sa magie, son mystère et l'histoire du peuple Mapuche ... 

 

 Un grand merci aux éditions Auzou pour l’envoi de ce volume.

 

- Un petit extrait -

« Tout le monde peut changer son monde. Mais je dirais que le plus important est le courage, l’intrépidité. Il faut un sacré courage pour sortir de sa routine, pour prendre des décisions qui ont l’air folles … Mais certains ont plus de facilités, je en sais pas pourquoi. Depuis tout petit, ils sont en connexion avec des énergies mystérieuses … »

- Mon avis sur le livre -

 Lorsque j’étais petite, j’avais l’ambition de tout savoir, tout comprendre, tout connaitre, tout apprendre. Curieuse de tout, avide de connaissances et jamais rassasiée, je dévorais compulsivement tous les ouvrages documentaires et encyclopédiques qui me tombaient sous la main, sur tous les domaines possibles et inimaginables. Et si, parfois, je me « contentais » de quelques livres, pour d’autres sujets qui me passionnaient plus, je me ruais à la bibliothèque pour emprunter tous les ouvrages évoquant de prêt ou de loin ces sujets. Il me semble même que pour certains domaines, j’avais un petit cahier dédié sur lequel je recopiais avec application tout ce qui me semblait intéressant à retenir … Parmi ces sujets, la culture amérindienne : une de mes maitresses nous avait appris un chant traditionnel iroquois, et cela avait suffi pour faire naitre en moi cette envie irrésistible d’en apprendre plus sur cette culture. De là, de fil en aiguille, je me suis intéressée plus généralement aux cultures chamaniques. Et même si, aujourd’hui, je ne suis plus aussi passionnée par le sujet, je n’ai tout de même pas hésité bien longtemps avant de demander ce roman aux éditions Auzou !

D’aussi loin qu’elle se souvienne, les nuits d’Isidora ont toujours été peuplées de cauchemars terrifiants, d’êtres difformes et d’ombres malveillantes qui hantent son sommeil et s’immiscent dans ses pensées de tous les jours. Et son quotidien n’est guère plus reluisant : la jeune fille ne se sent à sa place nulle part, ni au sein de sa famille adoptive où elle ne se sent pas vraiment la bienvenue, ni au lycée. Lorsqu’elle est exclue de l’établissement pour s’être battue avec quatre autres élèves qui ont abusé de sa confiance, de sa naïveté et de sa soif d’amour et d’amitié, l’adolescente est expédiée manu militari chez la sœur de son père, au Chili. Le pays où elle est née et qui l’attire comme un aimant depuis qu’elle sait qu’elle a été adoptée. Isadora a trois semaines devant elle pour renouer avec ses racines, mais surtout pour percer le mystère qui entoure sa naissance, son abandon, sa famille biologique. Elle a besoin de savoir qui elle est, et pour cela, elle doit retrouver la trace de cette femme qui, parait-il, l’a déposée sur le parvis d’une église alors qu’elle n’avait que quelques mois. Mais Isadora est bien loin de se douter de ce qui l’attend réellement au fil de sa quête … Car les légendes mapuches sont peut-être bien plus réelles que ce que voulait lui faire croire son grand-père.

C’est un roman qui commence comme beaucoup d’autres : nous y rencontrons Isadora, une adolescente mal dans sa peau, mal dans son âme, mal dans son cœur, mal dans sa vie. Comme beaucoup d’enfants adoptés qui ignorent tout de leurs origines, Isadora peine à trouver sa place dans ce monde. Elle a besoin de savoir, de comprendre : qui étaient ses parents biologiques, et pourquoi l’ont-ils abandonnée sur le parvis d’une église ? Les choses sont d’autant plus difficiles pour elle que ses parents adoptifs refusent catégoriquement qu’elle s’intéresse à sa culture natale : ils lui ont même interdit de prendre l’espagnol comme première langue vivante ! Progressivement, c’est donc une sorte de révolte sous-jacente qui est venue combler le trou béant laissé par ces questions sans réponses. Ajoutez à cela ces cauchemars incessants qui reviennent nuit après nuit la hanter, et vous devinez que va arriver un moment où la cocotte-minute expose … Et effectivement, lorsque le vase est plein, il suffit d’une petite goutte pour déclencher une inondation, et toutes ces émotions refoulées surgissent dans un déchainement de colère. Et voilà l’élément déclencheur dont avait besoin l’autrice pour envoyer la jeune fille loin de chez elle : c’est un peu surréaliste (quel parent va envoyer sa fille, qui vient de se faire exclure du lycée pour avoir tabassé d’autres élèves, en vacances dans le pays de ses rêves ?) mais c’est efficace …

Parce qu’on se rend rapidement compte que le plus important, finalement, ce n’est pas tant le mal-être d’Isadora : bien sûr, il y a toujours en arrière fond cette quête identitaire, ce besoin viscéral pour la jeune fille de savoir d’où elle vient pour pouvoir trouver sa place dans ce monde hostile, mais ce n’est finalement que le fil rouge autour duquel se tisse une autre intrigue. Une intrigue où les légendes mapuches prennent soudainement vie, où les cauchemars qui hantent Isadora s’immiscent progressivement dans la réalité. En fouillant dans son passé, Isadora va déterrer des forces qui la dépassent … Avec ce roman, nous plongeons la tête la première dans la culture de ce peuple méconnu qui a bien failli disparaitre, mais qui s’est accroché coute que coute à ses croyances et à ses coutumes ancestrales. Pour parvenir au bout de sa quête, Isadora doit renouer avec cette culture, avec cette magie qui coule dans ses veines … C’est à partir de ce moment-là que le récit prend un autre tournant, qui flirte allégrement avec le fantastique : alors que la jeune fille ne faisait que chercher des réponses à ses questions, elle se retrouve à combattre ces esprits maléfiques qui la traquent depuis toujours dans son sommeil, elle se libère des entraves qui pesaient sur son esprit depuis sa naissance.

A vrai dire, c’est un roman dont je ne sais pas trop quoi dire et quoi penser, sans doute parce qu’il est quelque peu indéfinissable : nous ne sommes pas totalement dans du réalisme contemporain, comme pourrait le faire penser la quête initiale d’Isadora, mais nous ne sommes pas non plus totalement dans du fantastique. Le roman est à l’orée de deux genres, un peu comme les chamanes ont un pied entre deux mondes … Face aux épreuves et embûches qui se dressent sur la route d’Isadora, nous ne savons jamais si ce n’est que du pure symbolisme ou non, nous ne savons jamais si nous devons trembler comme quand un chevalier de fantasy se retrouve face à un dragon ou non … et c’est un peu déconcertant pour le lecteur, même si cela prouve que l’autrice a remarquablement bien fait son travail ! Personnellement, j’avoue que j’aurai préféré que l’accent soit véritablement et clairement mis sur le cheminement intérieur d’Isadora, car même si j’aime beaucoup le fantastique et la magie, je suis quelque peu restée sur ma faim : alors que ce besoin de connaitre ses origines semblait tirailler profondément Isadora, j’ai le sentiment que cet aspect de l’histoire est vraiment passée au second plan, et d’ailleurs, les révélations sur ce mystère tiennent en moins de deux pages au dernier chapitre, et la jeune fille les assimile instantanément … J’ai trouvé ça dommage.

En bref, vous l’aurez bien compris, même si j’ai globalement apprécié ma lecture, je ne l’ai pas trouvé aussi puissante et émouvante que je l’espérais, sans doute parce que ce qui apparaissait comme l’enjeu majeur de cette épopée au Chili a très vite été éclipsée par l’irruption dans la réalité des légendes mapuches. Et même si cela confère une ambiance vraiment très particulière au récit, à la fois très onirique et très pesant, cela nous empêche également de nous attacher véritablement à cette jeune fille en grande souffrance qui n’est finalement plus qu’un prétexte pour nous faire découvrir cette peuplade et ses croyances … Cela reste toutefois un roman envoutant qui a le grand mérite d’emmener le lecteur là où la littérature jeunesse s’aventure très (et trop) rarement : en Amérique du Sud. Quel voyage : on a vraiment le sentiment de sentir la présence de la Cordillère des Andes, vraiment le sentiment de sentir la chaleur du soleil ! Car Katherine Quénot a une très belle plume, elle sait nous embarquer en quelques mots : la narration de ce roman est très vivante, simple mais efficace. En clair, c’est un roman que je conseille seulement à ceux qui n’ont pas peur des récits atypiques et inclassables, et qui aiment quand leurs repères sont totalement brouillés !

samedi 10 avril 2021

Ma place au soleil - Gabriele Clima

Ma place au soleil, Gabriele Clima

 Editeur : Auzou

Nombre de pages : 222

Résumé : Dario a seize ans et le monde entier l’indiffère. Après un énième dérapage au lycée, il est assigné à un service d’assistance auprès d’un élève handicapé. Il rencontre Andy, immobilisé dans un fauteuil et incapable de communiquer. Mais ce que Dario voit d’abord comme une malédiction prend rapidement une tournure inattendue. Sur un coup de tête, il décide de partir, quitter le lycée, la ville, et il emmène Andy avec lui, sans trop savoir pourquoi. Commence alors un voyage sur les routes d’Italie, à la recherche des racines de Dario et d’un bain de soleil pour Andy.

 Un grand merci aux éditions Auzou pour l’envoi de ce volume.

 

- Un petit extrait -

« Andy qui riait et qui n’avait pas la moindre idée de comment était le monde en vrai, dehors, le monde dans lequel les autres étaient obligés de vivre tous les jours. Il n’était pas beau, ce monde-là, c’était de la boue, c’était un fleuve de boue qui t’entraînait et tu ne pouvais rien y faire. Et tandis que la boue coulait, impossible à arrêter, le monde-Andy tournait sur son axe, à peine au-dessus, comme un soleil avec des planètes autour. »

- Mon avis sur le livre -

 J’ai récemment eu un débat pour le moins passionné avec d’autres chroniqueurs, qui ne voyaient absolument aucun mal à demander cinq ou six ouvrages en services presse en même temps à un même éditeur, alors que je veille pour ma part à ne jamais abuser de la générosité de ces maisons d’édition et me contrains donc à ne faire qu’un seul et unique choix parmi les nombreuses sorties que ces dernières me proposent … Je pars en effet du principe qu’étant une petite blogueuse à la visibilité plutôt moyenne, je ne peux pas leur « apporter » beaucoup du point de vue « retour sur investissement » (car envoyer des services presse aux blogueurs représentent un coût), et que je dois donc demander à la hauteur de ce que je peux leur offrir … C’est parfois, et même souvent, très difficile de ne choisir qu’un seul et unique titre et d’en laisser d’autres de côté, mais cela me permet d’être en paix avec moi-même. Et de savourer encore plus l’élu du trimestre, celui qui a surpassé tous les autres au moment de la sélection cruciale !

Le voici, une fois de plus, convoqué dans le bureau du directeur : cette fois-ci, c’est pour une ridicule affaire de poignée cassée que Dario se retrouve face à la perruque du chef d’établissement. Mais contrairement aux nombreuses autres fois où le jeune homme s’est assis sur cette même chaise à attendre patiemment que l’entrevu se termine, ce n’est pas un simple sermon qui l’attend. Non. Sa professeure principale et le directeur l’ont inscrit au service d’assistance volontaire. Volontaire. La bonne blague. Le voici donc contraint de passer plusieurs heures par semaine à aider Andrea, alias Andy, « un semi-débile en fauteuil roulant ». Bon gré mal gré, Dario suit les instructions de l’assistante spécialisée du jeune handicapé : il pousse le fauteuil, noue le bavoir, hisse le fauteuil dans les escaliers, essuie la bave. Et puis voilà qu’un jour, agacé par ces rituels ridicules, pris d’une impulsion incontrôlable, Dario embarque Andy avec lui sur les routes italiennes. Sur les traces du père de Dario et sous les rayons du soleil qu’aime tant Andy …

La quatrième de couverture me promettait « un road trip captivant sur les routes d’Italie mené par un duo improbable » … Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le roman tient effectivement cette promesse. Ce roman, c’est une histoire d’amitié atypique sur laquelle nul ne pouvait miser : qui pouvait s’attendre à ce que Dario, le fauteur de troubles qui ne respecte rien ni personne, allait se prendre d’affection pour Andy, jeune garçon enfermé dans son corps infirme ? Tout semblait les opposer … Mais en réalité, ils se ressemblent tellement. Car tous deux sont dans la révolte. Il y a d’abord celle de Dario, qui vit seul avec sa mère depuis que son père les a abandonnés, qui en veut en monde entier et l'exprime par la violence et l'indifférence. Et il y a celle bien plus discrète d’Andy, coincé dans son fauteuil roulant, incapable de communiquer, de protester, d’exiger. L’un et l’autre sont enfermés dans la vision que les autres ont d’eux : tout le monde ne voit en Dario qu’un criminel en devenir et en Andy une petite chose fragile et docile. Et c’est bien pour cela que chacun voit l’autre tel qu’il est réellement : parce qu’ils savent ce que c’est que d’être prisonnier d’une petite étiquette.

Pourtant, au début, ce n’était pas gagné. Par principe, Dario ne pouvait que se rebeller contre ce service d’assistance involontaire. Comme une bête rétive, il traine des quatre fers et rechigne. Comme un fauve entravé, il montre des dents, il attaque. Mais progressivement, sa colère change de cause : ce n’est plus seulement parce qu’on l’oblige, lui, à faire quelque chose qu’il ne veut pas faire, mais aussi et surtout parce qu’on oblige Andy à subir des choses qu’il ne veut pas faire. A travers le regard indiscipliné de Dario, qui se contrefiche des convenances comme de sa première heure de colle, l’auteur aborde une terrible et cruelle réalité : sous couvert de « bienveillance », sous couvert du « bien-être » des personnes lourdement handicapées, on oublie qu’elles sont avant tout des personnes, justement. Avec des envies et pas seulement des besoins. Une scène m’a particulièrement touchée dans ce roman : ce moment où Andy exprime à Dario (et non pas à Elisa, son assistante attitrée, faussement dévouée mais particulièrement aveuglée) sa volonté de sentir le soleil. Le sentir pour de vrai, et non pas le voir à travers une vitre. Ce souhait viscéral de vivre « la vraie vie » et non pas de l’observer de loin comme s’il n’était qu’un vase de cristal posé dans un coin …

Et c’est ce qui décide Dario. Sur un coup de tête, sans réellement réfléchir aux conséquences de ses actes, il est vrai, il empoigne les poignées du fauteuil roulant et s’engouffre avec son nouvel ami dans un train. Les voici sur les routes italiennes, sur les traces du père de Dario, ce père dont l’absence inexpliquée et inexplicable lui pèse tant et si bien que parfois il ne peut plus se lever de son lit, il ne peut plus bouger, il ne peut plus respirer. Dans une détresse invisible que nul ne détecte jamais, dans un appel à l’aide qui ne reçoit jamais de réponse. Les voici sur les routes italiennes, sous le soleil, ce soleil qui danse dans les yeux et les cheveux d’Andy, dans le sourire d’Andy, dans les mots d’Andy, dans les gestes d’Andy. Dans une joie si profonde et nouvelle qu’Andy se déploie comme une fleur. Les voici sur les routes italiennes, liés par une amitié d’autant plus profonde qu’elle est simple : quelques regards échangés suffisent pour qu’ils se comprennent, car ils sont sur la même longueur d’ondes. C’est tout bonnement émouvant. On pourrait reprocher à Dario d’être irresponsable, lui qui a en quelque sorte kidnappé un gamin sans défense, mais il prend tellement soin d’Andy, il prend tellement sa défense aussi, qu’on ne peut finalement pas lui en vouloir. Et d’ailleurs, la scène avec le père d’Andy, à la fin, est tout bonnement incroyable sur ce point …

En bref, vous l’aurez bien compris, c’est un récit particulièrement poignant que nous offre l’auteur. Un vrai roman étincelle : éphémère mais lumineux. Qui met du baume au cœur, mais qui laisse aussi un vide à l’âme. Car il se termine aussi vite qu’il a commencé. Car il faut les quitter aussitôt après les avoir rencontrés. C’est peut-être là le seul « défaut » que je puisse réellement trouver à ce roman, le seul « point noir » à cause duquel ce n’est pas un coup de cœur : il est si court ! Cette épopée est probablement l’expérience la plus importante de toute leur existence : c’est comme si le train-train de la vie quotidienne s’était mis en pause pour leur permettre de réorienter les rails à leur convenance. Une telle quête identitaire, existentielle même, aurait mérité d’être un peu moins précipitée … Malgré tout, c’est un roman d’une puissance rare, d’une beauté inouïe. C’est vraiment une histoire qui m’a énormément touchée et émue, par la douceur qu’elle véhicule derrière les accès de colère de Dario, par la force qu’elle transmet derrière l’apparente fragilité d’Andy. Par cette amitié d’autant plus profonde qu’elle est emplie de simplicité …

mercredi 24 février 2021

L'infinuit, tome 1 - Ross MacKenzie

L’infinuit, tome 1, Ross MacKenzie

 Editeur : Auzou

Nombre de pages : 380

Résumé : Au royaume d'Argent, c'est la redoutable Mme Hester qui règne, accompagnée de ses mages blancs et du terrifiant Jack Dombre. Elle est à la recherche du Dernier Sort, qui lui permettra de contrôler la malédiction de l'Infinuit et de vaincre les derniers sorciers libres... Larabelle, orpheline, vit dans les quartiers pauvres et vend des objets trouvés dans les égouts pour survivre. Lorsque de mystérieux événements se multiplient autour d'elle, la jeune fille est loin d'imaginer qu'elle est peut-être la seule à pouvoir contrecarrer les plans de Mme Hester.

 Un grand merci aux éditions Auzou pour l’envoi de ce volume.

 

- Un petit extrait -

« Les livres sont des objets magiques, lui dit Bernie. Pas besoin de baguette ou de chaudron. C’est une magie différente, bien sûr. Elle est contenue dans les pages, les mots. Une bonne histoire se fraye un chemin à l’intérieur de toi, elle fait partie de toi et te change en profondeur.  »

- Mon avis sur le livre -

 Les adultes, qui semblent souvent oublier qu’ils ont été des enfants avant d’être « des grands », ont également oublié la véritable raison pour laquelle les enfants aiment tant les contes : c’est que ces derniers ont en eux une certaine noirceur qui fait naitre de délicieux frissons, entre effroi et exaltation. Les enfants aiment jouer à se faire peur : c’est pour cela qu’ils aiment tant s’aventurer dans les sous-bois les plus sombres, c’est pour cela qu’ils s’amusent tant à approcher les demeures inhabitées et probablement hantées. Et c’est pour cela qu’ils aiment les histoires qui font peur – pas trop, mais juste assez pour retrouver ce petit frisson qui annonce une véritable Aventure avec un grand A. Heureusement pour eux, les auteurs sont des adultes qui ont gardé en eux une petite part d’enfant : ils n’ont donc pas oublié cet amour enfantin pour les aventures un tantinet effrayantes, et s’efforcent subtilement de leur en offrir … sans inquiéter les parents qui ont quant à eux oublié à quel point c’est amusant d’avoir un petit peu peur en suivant les aventures d’un héros de papier !

Comme tant d’autres enfants et adolescents du bidonville, Larabelle Goupil, treize ans et orpheline, doit passer ses journées à glaner dans les égouts pour gagner sa pitance : les bons jours, elle trouve suffisamment de pièces de monnaie ou de petits objets à revendre pour se payer un repas chaud. Un jour, elle met la main sur une drôle de boite, à l’intérieur de laquelle se cache un magnifique petit oiseau mécanique qui s’anime en sa présence. La jeune fille n’a aucun moyen de le deviner, mais elle vient de trouver le sort le plus puissant du monde, celui que la terrifiante et cruelle Mme Hester recherche avidement, car il lui permettra de contrôler la malédiction de l’Infinuit qu’elle s’apprête à jeter sur le royaume pour se débarrasser une bonne fois pour toute des derniers sorciers libres qui menacent sa toute-puissance. Traquée par l’horrifiant Jack Dombre, djinn au service de Mme Hester, la petite Larabelle va découvrir qu’elle n’est pas tout à fait comme les autres enfants, et qu’elle est peut-être l’unique personne à pouvoir sauver le monde tout entier …

Cela faisait bien longtemps qu’un livre ne m’avait pas fait cet effet : le sentiment de renouer avec la petite fille que j’étais, cette petite fille qui cachait un roman et une lampe de poche sous son oreiller pour pouvoir continuer sa lecture en pleine nuit, car c’est délicieusement plus angoissant de lire une histoire un tantinet effrayante quand tout le monde est endormi, quand le vent souffle et que la lune scintille. Car dans ce roman, j’ai retrouvé tout ce qui me faisait vibrer lorsque j’étais enfant, tout ce qui me faisait rêver et frissonner à la fois. Tout commence avec « un homme taillé dans l’étoffe même de la nuit » : ces premiers mots ont suffi à faire s’emballer mon petit cœur, à me donner la chair de poule car je sentais que ce livre allait me faire (re)vivre une aventure comme je n’en avais plus vécu depuis bien des années. Car en quelques phrase sà peine, le tour est joué : le lecteur est totalement, complétement, absolument happé par cette histoire à la fois haute en couleurs et particulièrement sombre. Et c’est justement dans ce paradoxe que se cache toute la richesse, toute la profondeur de ce récit qui ravira les petits comme les grands ! Il ne faut en effet pas se laisser tromper par la classification jeunesse de ce roman : il y a clairement de quoi intéresser les adultes dedans !

Car ce roman, c’est bien plus qu’une histoire aux allures de conte de fées, aux airs de récits d’aventure, c’est aussi une quête initiatique qui conduit la jeune Lara à se questionner : qu’est-ce que l’âme humaine ? Qu’est-ce qui  nous différencie de notre voisin, qu’est-ce qui nous rend pleinement unique, qu’est-ce qui nous anime, qu’est-ce qui nous rend pleinement vivant ? Qu’est-ce qui nous rend libre de faire nos propres choix, de suivre notre propre voix ? La jeune orpheline va ainsi apprendre à penser par elle-même, à ne plus croire aveuglément à tout ce qu’on lui a toujours dit, à ne plus prendre comme argent comptant tout ce qu’on veut lui faire croire. Elle va prendre conscience de la complexité de la vie, de sa beauté et de sa fragilité aussi. C’est un roman qui évoque aussi la peur de la différence, le réflexe qu’a l’être humain de mettre à l’écart ceux qui ne sont pas comme lui, cette banalisation de l’exclusion, de la discrimination et de la haine. De bien tristes réalités que ce récit illustre sans en avoir l’air, à travers la « traditionnelle » chasse aux sorcières. « Ca arrange le royaume qu’on ait peur les uns des autres. Quand les gens ont peur, c’est facile de les contrôler » … réflexion fort sage de la petite Lara que le lecteur va méditer sans même s’en rendre compte.

Car le lecteur est avant tout happé par l’histoire ! Elle peut paraitre un peu simpliste au premier abord, elle peut paraitre un peu manichéenne au premier abord, mais elle n’en reste pas moins admirablement palpitante et captivante. On se prend vite d’affection pour la petite Lara, cette gamine qui a fui l’orphelinat et qui a pris sous son aile un autre petit gamin des rues, qui se retrouve bien malgré elle entrainée dans une formidable épopée pour sauver le royaume tout entier ! Alors bien sûr, on pourrait lever les yeux au ciel en se disant « et voilà, encore une orpheline crasseuse qui découvre qu’elle est l’élue destinée à tous les sauver », mais on est juste tellement charmé par les (més)aventures de notre petite héroïne qu’on n’y pense même pas une seule seconde ! Il faut dire que le lecteur n’a pas le temps de s’ennuyer : il n’y a aucun temps mort, aucune longueur, aucune description ou explication inutile. On a vraiment le sentiment de vivre cette incroyable aventure avec Lara, on a le cœur qui s’emballe, on a les yeux qui pétillent … On tremble quand l’Infinuit recouvre le royaume en chassant toute lumière et toute joie, on exulte quand Lara réalise son tout premier sort, on pleure quand elle s’apprête à tout risquer pour le bien de tous …

En bref, vous l’aurez bien compris, je suis totalement conquise par ce premier tome qui nous invite à faire la connaissance d’une jeune héroïne vraiment attachante, qui nous invite à découvrir un univers haut en couleur qu’on a envie d’explorer de fond en comble, qui nous invite à vivre une aventure extraordinaire comme celles qui hantaient nos rêves d’enfants. C’est une histoire qui ravive en nous cette âme et ce cœur d’enfant, une histoire de magie et d’amitié, une histoire où la lumière est toujours plus forte que les ténèbres … mais où les ténèbres sont suffisamment présentes pour nous faire frissonner juste ce qu’il faut pour renouer avec cet émerveillement enfantin pour les contes de fée. J’espère vraiment pouvoir retrouver Lara assez vite, car même si ce tome nous offre une conclusion plus que satisfaisante à l’intrigue, on sent bien qu’il y a encore tellement de choses à vivre avec elle, tellement de choses à découvrir ! Vraiment, si je n’avais qu’un seule conseil à vous donner, c’est de ne pas hésiter une seule seconde : pour vous ou pour les enfants de votre entourage, ce roman a vraiment tout pour plaire ! Et, point non négligeable, la couverture est vraiment absolument sublime, elle brille de mille feux et reflète toute la richesse du récit !

mercredi 4 novembre 2020

The Truth - Savannah Brown

The Truth, Savannah Brown

 Editeur : Auzou

Nombre de pages : 270

Résumé : Sydney est persuadée que la mort de son père n'était pas un accident. Seul psy de la ville, il connaissait les secrets de tous ses habitants... Qui, parmi ses patients, aurait eu intérêt à vouloir sa mort ? D'où proviennent les mystérieux textos que Sydney reçoit après son décès ? Et pourquoi June, la fille la plus populaire du lycée, assiste-t-elle à l'enterrement ? Alors qu'elle est de plus en plus attirée par June, Sydney nourrit l'espoir d'une vie plus belle. Malheureusement, les secrets ne restent jamais longtemps dans l'ombre... Veut-elle vraiment savoir la vérité ?

 Un grand merci aux éditions Auzou pour l’envoi de ce volume.

 

- Un petit extrait -

« Si on pouvait observer ma vie avec un grand-angle, on verrait de petits moments de joies, suivis de longs moments de vide, que rien ne pouvait relier. Comme si, le reste du temps, je n’étais pas vraiment en vie. La vérité c’est que je ne l’étais pas ; être heureuse sans la moindre explication m’était impossible.  »

- Mon avis sur le livre -

 Très naïvement, j’espérais avoir un peu plus de temps et d’énergie pour lire après le déménagement qu’avant … Autant vous dire que cet espoir s’est très vite délité : déballer des cartons s’avère autrement plus chronophage et éprouvant que les préparer. Et cela d’autant plus qu’ils semblent se multiplier durant la nuit, ces petits fourbes ! Du coup, après avoir passé toute la journée à ranger tant bien que mal toutes nos petites affaires, je m’écroule dans mon lit sans avoir la force d’attraper un livre, et surtout sans avoir l’esprit suffisamment clair pour lire plus de deux pages d’affilée … Tout cela pour vous dire que ce roman, qui m’intriguait pourtant au plus haut point, n’a clairement pas eu de chance, puisqu’il n’est pas arrivé au meilleur moment pour que je puisse vraiment en profiter. Je lisais un chapitre par-ci, un autre par-là, je m’arrêtais parfois au milieu d’un paragraphe pour sombrer dans le sommeil, et quand je reprenais quelques jours plus tard, je ne me souvenais même plus de ce que j’avais lu … Ce fut tout de même une bonne lecture, mais je l’aurais sans doute plus appréciée encore dans de meilleures circonstances.

Sydney vient de perdre son père dans ce que tout le monde considère être un banal accident de voiture. Mais la jeune fille en est intimement convaincue : il y a quelque chose de louche là-dessous, son père ne peut pas avoir bêtement perdu le contrôle de son véhicule. Il faut dire que Benjamin Whitaker était le seul et unique psychiatre de la petite ville de Pleasant Hills : une position parfaite pour connaitre tous les petits et grands secrets des habitants de la communauté … Mais comment trouver le coupable, comment déterminer lequel de ses patients avait tant de choses à cacher, alors que ni sa mère, ni la police, ne veut bien prendre au sérieux ses soupçons ? Pourquoi ne veulent-ils pas admettre que quelque chose ne tourne pas rond dans le scénario officiel ? Sydney est bien décidée à comprendre ce qui a bien pu arriver à son père, qui lui manque chaque jour un peu plus … Mais de nouveaux mystères s’ajoutent à cette mort inexplicable, inconcevable : pourquoi diable June, la fille la plus populaire et la plus solaire du lycée, est-elle venue à l’enterrement ? pourquoi diable lui propose-t-elle de l’emmener chaque jour en voiture alors qu’elles ne s’étaient jamais parlé jusqu’à présent ? Et surtout, qui est donc ce mystérieux anonyme qui lui envoie des SMS toujours plus haineux ?

Impossible de le nier, cette histoire avait un sacré potentiel : une jeune fille qui peine à faire son deuil, qui refuse d’admettre que son père, ce héros, puisse mourir dans un absurde accident de voiture, qui reçoit régulièrement des textos lui affirmant que son père « méritait ce qui lui est arrivé » … Il y avait de quoi offrir au lecteur quelque chose d’à la fois incroyablement angoissant et admirablement poignant, entre thriller psychologique et quête initiatique. Et cela d’autant plus que le récit prend place au cœur d’une communauté où tout le monde connait tout le monde, et surtout où tout le monde connait – ou croit connaitre – les secrets de tout le monde. Il y a cette ambiance un peu feutrée de ces petites villes américaines où rien ne se passe jamais, et où, quand quelque chose se passe, on fait comme si rien ne s’était passé. Jusqu’à présent, cela n’avait jamais choqué Sydney ... Mais voilà, son père est mort, son père est mort et le monde continue à tourner comme s'il était encore vivant, son père est mort et l’apocalypse n’a pas débuté. Cela lui semble inadmissible, inconcevable, aussi inconcevable que d’imaginer que son père soit mort « comme tout le monde », d’un stupide accident … Le chaos s’est immiscé dans tout son être, et elle ne supporte pas que le calme continue de régner sur la ville.

J’espérais, j’ai vraiment essayé, de m’attacher à Sydney. Après tout, nous avons un sacré point commun, elle et moi : nous avons toutes deux perdu notre père biologique. Je pensais donc que j’allais facilement pouvoir m’identifier à elle, compatir à sa douleur … mais que nenni. Rien n’y faisait : la souffrance de Sydney m’a laissé de marbre. Pour la simple et bonne raison qu’elle était tantôt trop exacerbée, comme dans un très mauvais téléfilm du dimanche après-midi, tantôt trop minime, comme si elle avait fait son deuil en quelques secondes. Ces montagnes-russes m’ont vite lassée, je l’admets, et je n’ai donc pas été convaincue par cette facette de l’intrigue. Ce qui ne m’a pas empêché, au contraire, d’être plutôt captivée par le côté thriller psychologique. Car on comprend rapidement que derrière le déni de Sydney, il y a peut-être une part de vérité, que tout ne tourne pas rond dans cette petite ville. Pourquoi June, cette idole des lycéens, est-elle passé en coup de vent à l’enterrement, pourquoi a-t-elle mis des fleurs sur la tombe, pourquoi se rapproche-t-elle de Sydney alors qu’elle ne lui avait jamais accordé un seul regard ? Et qui envoie à Sydney ces mystérieux SMS ? Existe-t-il un lien entre tous ces événements improbables ?

Page après page, chapitre après chapitre, la tension monte. Subtilement, mais indéniablement. Et cela d’autant plus que le lecteur, extérieur à toute cette histoire, ne peut s’empêcher de remarquer certains détails que Sydney ne soupçonne même pas. Car derrière cette double histoire de deuil et de mystère, ou plutôt devant cette double histoire, il y a aussi … une histoire d’amour. Je l’avoue, j’ai levé les yeux au ciel. C’était trop prévisible, trop cliché même, comme si pour se remettre de la perte d’un proche il fallait obligatoirement tomber amoureux, comme si c’était une étape essentielle. Je ne vais pas vous mentir, j’ai trouvé certains passages très beaux et émouvants, et je ne pouvais m’empêcher de trouver ça mignon par moment, mais la plupart du temps, j’ai surtout trouvé ça un peu trop convenu : j’aurai préféré une belle histoire d’amitié, ça aurait été un peu plus original et donc plus marquant ! De même, si j’ai trouvé le grand final, avec la révélation ultime de toute cette sombre affaire, incroyablement haletante (c’est probablement le seul passage que j’ai lu d’une traite malgré l’épuisement), cela me laisse tout de même un petit arrière-gout de déjà-vu, on va dire. Pas de grande surprise, c’était presque évident, et c’est un peu dommage.

En bref, vous l’aurez bien compris, ce fut une bonne lecture, tantôt palpitante tantôt émouvante, mais pas un coup de cœur : il m’a manqué un petit quelque chose pour que ce roman se démarque des autres du même genre. Il y avait pourtant du potentiel, et j’attendais beaucoup de cet ouvrage qui me semblait combiner action et émotion, mais au final, je n’ai pas vraiment réussi à m’immerger pleinement dans l’intrigue, et Sydney n’a pas réussi à attirer vraiment ma sympathie malgré sa peine. C’est d’autant plus dommage que certains passages étaient vraiment éblouissants, tantôt débordant d’émotion au point que j’en avais les larmes aux yeux, tantôt bouillonnant de tension au point que mon cœur s’emballait : tout était là pour me captiver, mais il m’a manqué cette petite flamme, cette petite étincelle qui change tout. C’est comme s’il y avait toujours une vitre entre l’histoire et moi, une vitre qui m’empêchait de la vivre et m’obligeait donc à me contenter de l’observer de loin, et c’est sans doute là tout le problème. Un thriller psychologique, faut que ça prenne aux tripes. Une histoire de reconstruction, faut que ça prenne aux tripes. Et là, la plupart du temps, l’histoire restait de simples mots sur le papier sans se transformer en déferlante d’émotions. Un bon roman, oui, mille fois oui, mais pas LE roman de l’année …