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samedi 25 décembre 2021

Cette chanson-là - Sarah Dessen

Cette chanson-là, Sarah Dessen

 Editeur : Pocket Jeunesse (PKJ)

Nombre de pages : 395

Résumé : Julie a toujours su quand prononcer LE discours à un garçon pour le quitter: juste après l'émotion des premiers jours et avant que l'implication soit trop forte. Alors pourquoi ne parvient-elle pas à appliquer ses grands principes au beau Damien ? Il est brouillon, impulsif et, pire que tout, musicien comme le père de Julie. Ce père qu'elle n'a jamais connu et qui lui a écrit une chanson célèbre avant de disparaître: "This Lullaby" qu'elle écoute quand elle a le cœur serré. Julie serait-elle en train de découvrir ce dont parlent toutes les chansons d'amour ?

 

- Un petit extrait -

« - Tenir les gens à distance et se priver d'amour ça ne rend pas fort. Au contraire. Parce que c'est de la peur.

- Peur de quoi?

- De prendre un risque. Le risque que des choses arrivent, le risque de se laisser emporter ... Mais le risque c'est la vie. Refuser d'essayer, par peur, c'est du gaspillage. D'accord j'ai fait des erreurs, beaucoup même, mais je n'ai pas de regrets. Parce qu'au moins, je ne suis pas restée sur le bord de la route à me demander ce que vivre veut dire. »

- Mon avis sur le livre -

 On a tous, je pense, un livre ou un auteur qui nous accompagne lors des moments les plus difficiles de notre vie, vers lequel nous nous tournons lorsque nous avons besoin de reprendre pied, de retrouver une certaine forme de stabilité et de sérénité. Les livres ont cela de rassurant : même lorsque les bouleversements les plus effrayants surgissent, même lorsque tout semble s’effondrer, ils sont toujours là, fidèles au poste et à eux-mêmes. C’est ainsi que cet été, alors que je m’apprêtais à vivre une étape importante mais affreusement effrayante dans ma vie de jeune adulte – chercher, trouver, choisir et acheter ma première voiture, rien que cela –, je me suis instinctivement tournée vers celle qui, depuis le décès de mon père biologique, m’accompagne à chaque grande étape de mon existence : Sarah Dessen. Ce sont vers ses romans que je me tourne généralement quand j’ai le sentiment d’être submergée par l’angoisse, lorsque la peur d’avancer me terrasse, que j’ai besoin d’un délicat petit coup de pied au derrière pour lutter contre cette réaction instinctive de repli et de blocage. Car la grande force des récits de Sarah Dessen, c’est qu’ils combinent une certaine forme de douceur, de légèreté, et une petite leçon de vie, discrète mais toujours très juste. D’un côté, ça apaise, de l’autre, ça nous incite à aller de l’avant, et ça, c’est génial !

Malgré les échecs cuisants des quatre premières tentatives, Julie se retrouve une fois de plus à planifier dans les moindres détails le cinquième mariage de sa mère. Le programme est bien rodé : Julie sait désormais parfaitement quand et comment il faut réserver la salle de réception, relancer le traiteur, vérifier si le chauffeur sait où il doit venir chercher les deux « heureux mariés pour le meilleur comme pour le pire jusqu’à ce que la mort les sépare » pour les emmener à l’hôtel … Elle sait également quand et comment cet énième mariage finira en divorce, selon un théorème qu’elle a eu maintes fois l’occasion de vérifier et d’affiner. Théorème qu’elle applique également, dans une version légèrement adaptée, pour savoir quand et comment elle doit rompre avec son petit copain temporaire du moment : au bout de six semaines et deux jours très précisément, juste avant que le petit copain en question se sente suffisamment en confiance pour commencer à empiéter dangereusement sur son espace vital et que ses défauts (potentiellement touchants jusque-là) deviennent absolument rédhibitoires. Et surtout, juste avant que toute forme d’attachement ne se manifeste. Mais voilà que Damien débarque dans sa vie, sans même lui demander son avis, et qui mène tant et si bien la danse qu’elle n’arrive jamais à lui sortir son célèbre Discours de rupture … mais le veut-elle vraiment ?

Une fois encore, Sarah Dessen a frappé fort, très fort : elle est parvenue à me faire apprécier une fille avec qui je n'ai absolument rien en commun, qui est même pour ainsi dire tout mon contraire. Alors que je suis terrifiée à la simple idée de prendre la moindre petite décision, Julie endosse toutes les responsabilités pour planifier le cinquième mariage de sa mère. Alors que je n'ai jamais eu un seul petit copain, Julie les collectionne et les jette selon un schéma bien défini ne laissant pas la moindre place aux sentiments. Alors que je reste cloitrée chez moi à boire des tisanes bien sages, Julie sort tous les soirs s’enivrer avec ses quatre amies … Non, vraiment Julie et moi n’étions clairement pas faites pour nous entendre et j’ai l’espace d’un instant eu peur de ne pas réussir à apprécier totalement son histoire. Et pourtant … il ne m’a pas fallu bien longtemps pour trouver Julie bien plus touchante et attachante que ne peut laisser paraitre son comportement de « sale garce aigrie », pour reprendre les propos de son grand frère lui-même. On devine rapidement, bien qu’assez confusément, que derrière ce cynisme et cette façon pour le moins surprenante de gérer ses relations amoureuses, se cachent en réalité de lourdes blessures au cœur et à l’âme. Julie est loin d’être aussi insensible et impitoyable qu’elle ne veut le laisser paraitre : c’est un masque, une armure, une carapace, qu’elle endosse pour se protéger …

Et on peut la comprendre, finalement : comment voulez-vous croire à l’Amour quand votre seul modèle, c’est votre mère, qui multiplie les mariages et enchaine les divorces ? comment voulez-vous croire à l’Amour quand votre père, que vous n’avez même jamais connu, vous a laissé pour seul héritage une chanson annonçant qu’il va vous abandonner ? Confrontée bien trop tôt à ces désillusions, Julie a perdu toute foi en l’Amour : mieux vaut pour elle mettre fin à toute relation avant qu’elle ne devienne trop sérieuse, de peur de s’attacher et de souffrir si c’est l’autre qui finit par la laisser tomber. Cela peut paraitre cruel de sa part, de vouloir être celle qui fait souffrir plutôt que celle qui souffre, mais c’est finalement très humain de vouloir ainsi se préserver. Elle prend les devants non pas par pure méchanceté, comme on pourrait l’imaginer au premier abord, mais bien par peur. Par peur de s’engager et de se tromper. De laisser quelqu’un exercer une sorte de pouvoir sur elle : Julie a un besoin maladif de contrôle, elle qui a trop souvent vu son monde voler en mille éclats à chaque nouveau changement de beau-père. Et surtout, Julie a besoin de liberté, elle qui n’a jamais eu d’autre choix que d’endosser toutes les responsabilités à la maison, portant sur ses seules épaules le bon fonctionnement du foyer. Julie est loin d’être parfaite, et j’ai plus d’une fois eu envie de la baffer, mais elle est bien plus à plaindre qu’à blâmer, finalement : elle est devenue ce que la vie a fait d’elle, tout simplement.

Et voilà que la vie lui offre une chance de changer son regard sur l’amour, sur la vie en général : lorsque Damien débarque, avec son sans-gêne et sa maladresse, avec son humour et sa candeur, on devine immédiatement que ça va faire des étincelles entre eux. Alors qu’elle a toujours mené la danse, Julie ne contrôle cette fois-ci absolument rien : Damien ne lui laisse jamais la moindre possibilité de reprendre l’avantage, il l’entraine dans son monde un tantinet déjanté, totalement désordonné, parfaitement décomplexé. Elle ne peut rien planifier, avec lui qui oublie constamment de payer les factures d’électricité, mettant tous ses collocs et collègues dans l’embarras mais continuant à faire genre que tout va très bien. Damien est agaçant par moment, on ne va pas se mentir, mais on sent que Julie a besoin de quelqu’un comme lui. Peut-être pas pour toute la vie, car Damien n’est tout de même pas le prince charmant des contes de fées, mais pour plus de six semaines, assurément. Car Damien n’hésite pas à dire tout ce que Julie s’efforce d’enfouir bien profond, il ne prend pas de pincettes mais sait toutefois être délicat. En bousculant tous ses plans, en chamboulant totalement sa petite vie réglée comme sur des roulettes, Damien va prouver à Julie que, parfois, il faut savoir prendre des risques. Et qu’être forte, ce n’est pas se défiler systématiquement, mais bien plutôt affronter ce qui fait peur …

En bref, vous l’aurez bien compris, on est dans du Sarah Dessen dans toute sa splendeur : c’est à la fois très mignon, à la limite de la niaiserie parfois, et très profond, pour ne pas dire proche du développement personnel. C’est vraiment quelque chose que j’aime beaucoup dans ses romans, cette sorte de dualité : on peut se contenter de lire ce roman comme une romance pour adolescentes, mais on peut aussi y voir une délicate leçon de vie. En toute simplicité, Sarah Dessen nous invite à cheminer envers une jeune fille à l’orée de sa vie, qui rêve de liberté mais n’a pas encore su se délivrer de ses peurs et de ses peines. Elle nous invite par la même occasion à se demander quelles sont nos propres peurs, nos propres blocages : devant quoi nous défilons-nous, qu’esquivons-nous sous le couvert de la sacro-sainte raison, en refusant de voir ce qui se cache derrière ? Comme Julie, nous avons sans doute bien des opinions préconçues dont nous ne parvenons pas à nous débarrasser car elles nous donnent un sentiment illusoire de sécurité, de sûreté, de protection et de maitrise … Mais ne sommes-nous pas en réalité esclaves de ces peurs qui prennent l’apparence d’une sage résolution ? Tandis que s’égrènent les dernières notes de Cette chanson-là, nous voici invité, à l’image de Julie, à prendre notre envol après s’être débarrassée de tout ce qui nous cloue encore au sol. Sans doute pas le meilleur de l’autrice, mais indiscutablement un très beau roman à lire et relire !

samedi 23 mai 2020

Quelqu'un comme toi - Sarah Dessen


Quelqu’un comme toi, Sarah Dessen

Editeur : Pocket Jeunesse (PKJ)
Nombre de pages : 326

Résumé : Scarlett et Halley sont amies pour la vie. Du haut de leurs seize ans, l'avenir est plein de promesses. Mais, cet été-là, Michael, le premier grand amour de Scarlett, se tue dans un accident de moto. La jeune fille découvre peu après qu'elle est enceinte de lui. Cette fois, c'est Halley la timide qui va devoir soutenir Scarlett l'intrépide. Sauf que Halley tombe amoureuse à son tour, et tout se complique...





- Un petit extrait -

« Dans la vie, il y a des gens, des réalités et des évidences sur lesquels on s'appuie, parce qu'ils sont sûrs à deux cents pour cent. Mais, quand ils dégringolent de leur piédestal et vous laissent tomber, c'est le monde entier qui se casse la gueule, et notre confiance avec. »

- Mon avis sur le livre -

Ceux et celles qui me connaissent le savent : j’ai tendance à tout faire à l’envers. Ainsi, j’ai rédigé mon dernier devoir maison dans le désordre le plus total : j’ai commencé par la troisième partie, puis la deuxième, puis la première, puis la conclusion, et j’ai terminé avec l’introduction ! Dans la lecture, c’est exactement pareil : je ne lis jamais les chroniques d’un livre avant d’avoir lu celui-ci, mais seulement après. Les chroniques ne me servent pas du tout à me décider à acheter ou lire tel ou tel roman, mais uniquement à confronter mon opinion avec celles des autres blogueurs et blogueuses. C’est un peu bizarre, j’en ai bien conscience, mais je déteste savoir ce que pensent les autres tant que je ne me suis pas fait mon propre avis. Ensuite, seulement, j’aime découvrir les différents points de vue sur la question. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’avec Quelqu’un comme toi, comme pour les livres de Sarah Dessen en général, il semblerait que soit ça passe, soit ça casse. Vous vous en doutez surement, mais je suis dans la catégorie « ça passe », et plutôt deux fois qu’une !

Depuis toujours, il y a Halley et Scarlett, Scarlett et Halley : inséparables, indissociables, elles sont les meilleures amies du monde. Halley la timide, Scarlett l’intrépide : main dans la main, elles sont prêtes à affronter toutes les embuches qui se dresseront sur leur chemin. Du moins, c’est ce qu’elles pensaient. Car quand Michael, le petit ami de Scarlett, meurt dans un accident de moto, et que la jeune fille découvre qu’elle est enceinte de lui, Halley ne se sent pas à la hauteur : comment parviendra-t-elle à soutenir son amie, alors que c’est elle qui avait toujours besoin de son aide, de ses conseils, de son réconfort ? Sa tâche se complique d’autant plus que ses propres relations avec sa mère se détériorent progressivement, et que son esprit et son cœur sont de plus en plus absorbés par Tristan, le meilleur ami de Michael, qui ne cesse de lui tourner autour depuis la rentrée ….

L’on reproche parfois à Sarah Dessen ses intrigues trop « simplistes » … mais personnellement, c’est tout ce que j’aime chez elle, cette simplicité. On ne va pas se mentir : il ne se passe rien d’extraordinaire palpitant dans ce roman, pas de rebondissements rocambolesques, pas de suspense abracadabresque … Juste la vie. La vie dans toute sa banalité et sa singularité. Car Halley est à la fois une adolescente parfaitement comme une autre, avec son petit boulot d’été, ses petits tracas familiaux, ses soirées avec sa meilleure amie et les premiers émois de son cœur … Et une jeune fille pas comme les autres, car elle se retrouve du jour au lendemain « soutien émotionnel » de sa meilleure amie enceinte jusqu’aux dents d’un jeune homme décédé il y a peu. Mais contrairement à certains auteurs qui abordent la question de la grossesse à l’adolescence avec grands fracas et du pathos à n’en plus finir, Sarah Dessen reste admirablement discrète et délicatesse à ce propos. Oui, Scarlett est enceinte alors qu’elle n’a que seize ans, mais non, ce n’est pas l’élément central et important de cette histoire ….

Car le plus essentiel, finalement, c’est le cheminement d’Halley, qui en l’espace de quelques mois, grandit, murit, apprend à connaitre qui elle est et qui elle veut devenir. Apprend à tracer son propre chemin, à évoluer contre vents et marées ... Rien de plus, rien de moins. Ce roman, c’est celui des choix, petits et grands, insignifiants ou importants, qui font de nous ce que nous sommes, qui dictent ce que nous serons. Halley, cette jeune fille réservée, effacée, qui n’a jamais dit un mot plus haut que l’autre, qui a toujours fait ce qu’on attendait d’elle, qui s’est toujours reposée sur les décisions des autres, se dévoile à elle-même. Tandis que son cœur bat de plus en plus fort pour Tristan, Halley a le sentiment d’exister enfin : elle est quelqu’un. Pas uniquement l’ombre de sa meilleure amie ou de sa mère, mais elle, purement et totalement elle. Et même si, tout comme Scarlett, on brule d’envie de lui dire de se méfier de ce jeune homme bien trop différent d’elle, même si, comme sa mère, on aimerait la protéger de ce drame qui se profile à l’horizon, on sait, on sent, qu’elle doit vivre cette expérience jusqu’au bout pour en tirer quelque chose. Quelque chose qui la fera peut-être souffrir, mais qui la fera surtout grandir. 

Ce qui est merveilleux avec ce roman, comme avec tous ceux de Sarah Dessen par ailleurs, c’est qu’il n’est nullement moralisateur : il n’y a absolument aucun jugement de valeur. Jamais. C’est justement là tout le message de ce roman, qui nous exhorte à ne jamais laisser quiconque vous juger, et surtout à ne jamais ne laisser influencer par les jugements des autres. Votre vie vous appartient, à vous et à personne d’autre. Il nous rappelle que, parfois, « il faut se battre contre vents et marées pour faire valoir qu’on est en accord avec soi-même. Avec sa conscience. Pur. Intègre. » Qu’il ne faut jamais laisser quelqu’un vous guider votre ligne de conduite, vous obliger à devenir quelqu’un que vous n’êtes pas. C’est difficile, Halley s’en rend compte : elle ne veut décevoir personne, et surtout pas ceux qu’elle aime et qui l’aiment … Mais Sarah Dessen nous murmurent ici « des mots qui expliquent, consolent et donnent du courage, dans la langue des comètes et des femmes que nous ne sommes pas encore mais que nous devenons toutes ».

En bref, vous l’aurez bien compris, ce fut vraiment une très belle lecture. Je dois reconnaitre qu’après avoir lu plusieurs ouvrages haletants de fantasy, j’ai eu du mal à me réhabituer à la lenteur de ce récit, qui nous rappelle finalement que la vie n’est pas une course, et qu’il faut parfois prendre le temps pour savoir qui l’on est et où on va. J’ai retrouvé avec plaisir cette douceur qui caractérise la plume et les récits de Sarah Dessen, cette douceur qui apaise les cœurs et les âmes : j’ai tourné la dernière page avec le sentiment d’être à nouveau en paix avec moi-même, revigorée pour l’avenir, soulagée des maux et des doutes qui m’assaillaient auparavant. Oui, vraiment, ses histoires guérissent tout en nous faisant passer de très bons moments en compagnie de personnages tout simplement attachants, tout en nous faisant rêver d’une magnifique amitié comme on n’en trouve que dans les livres, tout en nous faisant trembler tandis qu’un premier amour éclot sous nos yeux. J’ai bien conscience que l’histoire est peut-être trop simple, banale, presque clichée, pour plaire à tout le monde, mais moi, vraiment, ça me réussit !

vendredi 7 octobre 2016

Te revoir un jour - Sarah Dessen



Te revoir un jour, Sarah Dessen

Editeur : Pocket Jeunesse (PKJ)
Nombre de pages : 479

Résumé : Après le divorce de ses parents, McLean a suivi son père et n'a plus de contact avec sa mère. Ensemble, ils n'en finissent pas de déménager : quatre villes différentes en deux ans. Chaque nouvel endroit lui donne l'opportunité de se créer une nouvelle personnalité. Mais aujourd'hui, pour la première fois, McLean a envie de rester où elle est, pour découvrir qui elle est. David, le garçon d'à-côté, pourra sûrement l'aider ...






- Un petit extrait -

«  "Chez soi", ce n’est pas une maison, ou une ville, sur un plan. Chez soi, c’est là où se trouvent ceux que nous aimons, là où on est tous réunis. Ce n’est pas un lieu, mais un moment, puis d’autres, qui, comme des briques, échafaudent un refuge solide que vous emportez partout avec vous, pendant toute votre vie. »

- Mon avis sur le livre -

Je ne sais pas vous, mais moi, quand je suis malade et que j’ai besoin de songer à autre chose que ces courbatures et ce nez tout irrité à force de me moucher, je me tourne toujours vers les mêmes livres-doudous. J’ai personnellement élus les romans de Sarah Dessen au rang de « livres à lire et relire sans modération quand ça va pas », et comme je suis actuellement enrhumée, je n’ai pas hésité bien longtemps avant de sortir celui-ci des étagères. C’est typiquement le genre de bouquins qui se lit en compagnie d’une bonne tisane, d’une couette bien douillette et d’un chat en pleine séance de ronrons sur les genoux. Bon, pour être parfaitement honnête, pour le chat, c’est raté : mes deux minettes ne sont pas très portées sur la lecture et préfèrent transporter (très bruyamment, en les faisait glisser sur le sol) leurs gamelles de la cuisine jusqu’au canapé pour me faire comprendre qu’elles sont  vides … Mais vous aurez compris le principe : Te revoir un jour fait partie de ces romans qui font le bonheur de ceux qui aiment associer lecture et détente.

Nous faisons donc la connaissance de McLean. Ou Lizbet, ou Eliza, ou peut-être Beth. On ne sait pas trop, et elle non plus : à force de changer d’identité à chaque déménagement, on finit par en oublier qui on est vraiment, au fond de son âme. D’autant plus quand on tente de faire table rase sur le passé et qu’on sait pertinemment bien qu’on ne va pas s’éterniser dans notre nouvel environnement. Mais très rapidement, le célèbre adage « Chassez le naturel, il revient au galop » prend tout son sens dans la vie de McLean qui, pour la première fois en l’espace de deux ans de pérégrinations, s’est retrouvée incapable de se cacher derrière un nouveau rôle. Soudainement obligée d’être de nouveau elle-même, elle va progressivement renouer avec son passé, sa famille et son identité. Et quelque chose pousse à croire que David, son nouveau voisin, n’est pas totalement étranger à ce soudain revirement de situation …

Une fois de plus, Sarah Dessen nous offre un roman aussi profond que léger, une histoire qui fait sourire et réfléchir. Par l’intermédiaire d’une narration aussi fluide que vivante, elle nous invite à s’immiscer dans les pensées d’une adolescente en souffrance suite au divorce de ses parents, d’une jeune fille en conflit permanent avec sa mère depuis qu’elle a décidé de suivre son père dans ses nombreuses tribulations professionnelles. Il ne faut pas bien longtemps pour comprendre les grandes étapes de la vie de McLean, moins longtemps encore pour distinguer son mal-être et s’attacher à elle. L’éclatement de sa famille a également sonné la rupture de son identité : à chaque nouveau déménagement, son père voguant de restaurants en faillite en restaurants en faillite pour tenter de les remettre sur les rails, McLean change d’identité pour ne plus avoir à porter le fardeau de son passé, mais aussi pour ne pas s’attacher trop profondément à ceux qu’elle rencontre et qu’elle va quitter quelques mois plus tard. Au bout de quelques chapitres, on comprend cependant que cela ne peut plus continuer ainsi et que nous allons assister au grand chamboulement qui va l’aider à renouer avec sa véritable identité.

Autour de McLean gravitent un certain nombre de personnages secondaires, qui ont cependant le mérite d’être bien plus profonds que de simples figurants destinés à servir l’intrigue. Ce que je veux dire par là ? C’est que tous les personnages, tous, sans exception, sont terriblement bien construits et qu’on pourrait parfaitement bien imaginer un roman consacré à chacun d’entre eux. Je pense par exemple à Deb, personnage qui m’a particulièrement touchée car elle a une histoire en dehors de celle que nous raconte ce roman. Je serai terriblement ravie si Sarah Dessen se décidait à nous en apprendre plus sur ce personnage, sur son passé ou son futur, dans un autre roman. Et je pourrais dire la même chose pour absolument tous les personnages dits secondaires, David en premier lieu : on sent que l’auteur a veillé à ce qu’ils ne soient pas uniquement des individus croisant la route de McLean, mais qu’ils soient au contraire de véritables personnages à part entière. Des personnages qui ont une vie avant et après l’instant I de l’intrigue. J’ai ainsi eu le plaisir de retrouver Jason, déjà présent dans Pour toujours jusqu’à demain et dans En route pour l’avenir, qui a bien évolué depuis ces deux romans mais qui fait allusion à ce passé que seuls les lecteurs de la bibliographie complète de Sarah Dessen peuvent comprendre. Même remarque pour Heidi, personnage secondaire d’En route pour l’avenir, que nous retrouvons ici des années plus tard, dans un autre contexte, un autre cadre, et qui a également changé depuis l’autre roman.

Une fois encore, Sarah Dessen a misé sur la simplicité pour son intrigue. Contrairement à certains auteurs qui s’obstinent à vouloir insérer des mystères et des complots dans leur histoire pour la pimenter, Sarah Dessen se contente de nous raconter les conflits intérieurs d’une adolescente en plein bouleversement émotionnel. Et c’est tout. Alors bien sûr, afin de servir cette évolution psychologique, l’auteur a choisi d’insérer quelques éléments annexes : le devenir du restaurant que son père tente de remettre sur pieds, la construction de la maquette en prévision du centenaire de la ville, le voyage estival des nouveaux amis de McLean … Ce sont des événements du quotidien, qui n’ont rien d’extraordinaire mais qui servent admirablement le récit par leur simplicité même. Il est vrai qu’il ne se passe « pas grand-chose » dans ce récit : pas de suspense insoutenable, pas d’actions spectaculaires, non, juste la représentation fidèle de cette étape dans la vie de McLean. Même la romance présente dans ce récit est d’une simplicité merveilleuse : pas de cliché, pas de surcharge, non, juste deux jeunes gens qui apprennent progressivement à se connaitre et à s’aimer. Bref, vous l’aurez compris, j’aime cette simplicité.

Et plus généralement, j’ai aimé ce livre, tout simplement. Ce n’est bien évidemment pas le chef-d’œuvre du siècle, mais c’est vraiment un roman très sympathique à lire et relire. On s’attache très facilement aux personnages, on accroche très rapidement à la narration simple et épurée, on prend plaisir à suivre l’évolution de McLean. Un roman tout en douceur et en finesse qui invite le lecteur à prendre conscience de la déchirure que représente un divorce, pas uniquement pour le couple en question mais aussi pour les enfants, qui sont parfois amenés à choisir l’un ou l’autre de leur parent et en ressentir une certaine culpabilité. Une histoire d’amour et d’amitié, de tolérance et de pardon, qui ravira tous les lecteurs, jeunes ou moins jeunes, ceux qui cherchent à se détendre comme ceux qui souhaitent réfléchir. Une narration fluide qui porte admirablement ce récit, sans lourdeur ou longueur. Bref, un très beau roman !

Ce livre a été lu dans le cadre du Challenge de l’été 2016
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Ce livre a été lu dans le cadre de la Coupe des 4 maisons
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