samedi 20 juillet 2019

Ma vie de cavalière, tome 1 : Le cheval de mes rêves - S.J. Vogel


Ma vie de cavalière1, S.J. Vogel
Le cheval de mes rêves

Editeur : Autoédition
Nombre de pages : 289
Résumé : Anna est passionnée par les chevaux depuis son enfance. L'un de ses rêves est d'avoir son propre cheval. Il va se réaliser lorsque ses parents lui annoncent qu'ils vont lui en offrir un! Pour Anna, c'est le plus beau jour de sa vie! La jeune fille va commencer ses recherches et sait exactement comment devra être son nouveau compagnon. Cependant, elle va vite découvrir que le cheval de ses rêves n'est pas celui qu'elle croit.

Un grand merci à S.J. Vogel pour l’envoi de ce volume et à la plateforme SimPlement pour avoir rendu ce partenariat possible.


- Un petit extrait -
« Mon cheval et moi galopons dans des champs de blé. Le paysage est magnifique ! Les couleurs rosées dans le ciel sont sublimes. Nous sommes seuls ! Il file aussi vite que l’éclair. La brise d’été caresse mon visage, je ferme les yeux et lève les bras. Cette sensation de liberté, je ne la ressens que sur le dos d’un cheval. Je me sens si bien avec lui. J’oublie tous mes problèmes, mes responsabilités. Pendant un instant je ne pense à rien. Je me laisse aller au rythme de ses foulées. Sans selle, sans filet, il est libre d’aller où bon lui semble. Je lui fais entièrement confiance ! »
- Mon avis sur le livre -

En tant que grande amoureuse des chevaux et passionnée d’équitation – même si je ne monte plus pour le moment –, il était tout simplement hors de question que je passe à côté de ce roman ! La couverture – magnifique au demeurant – me promettait quelque chose de frais et léger, et le résumé – bien que classique – annonçait une histoire pleine de douceur et de complicité. Le livre idéal pour affronter la canicule ! Je me suis donc tranquillement installée sur le canapé, dans la ligne de mire du ventilateur, avec un chat roulé en boule à côté de moi et un autre affalé à mes pieds …. Et j’ai relevé la tête, quelques heures plus tard, toute surprise : c’était déjà terminé ! Plusieurs raisons expliquent cette brièveté, et j’y reviens très vite …

Anna a dix-huit ans et vient d’obtenir son baccalauréat avec mention. Ravie, elle l’est encore plus lorsque ses parents lui annoncent qu’ils vont lui offrir un cheval … Un cheval ! Cela fait depuis qu’elle est enfant qu’elle rêve d’en avoir un ! Car Anna n’est pas seulement une bonne élève, elle est aussi une bonne cavalière – même si elle doute de ses capacités. Accompagnée de sa meilleure amie et de son oncle, cavalier professionnel, Anna part à la recherche du cheval de ses rêves … Elle sait parfaitement ce qu’elle veut : une jument Quater Horse, entre huit et dix ans, pie noir ou pie alezan, pas trop rapide. Mais tandis qu’elle se rend dans un élevage pour rencontrer et monter deux jeunes juments correspond à ses critères, Anna croise le regard d’un magnifique hongre Appaloosa de quatre ans … Et si c’était lui, le cheval de ses rêves ?

Avec ce premier tome, l’autrice nous offre effectivement une histoire légère, sans prise de tête, qui fait passer un agréable moment de lecture. On prend plaisir à rencontrer Anna, une jeune cavalière à laquelle tous les passionnés d’équitation pourront s’identifier : quand on aime les chevaux, on a rapidement envie d’en avoir un à soi, pour créer un lien unique avec lui, pour progresser ensemble … On partage sa joie lorsque ses parents lui annoncent qu’ils vont lui en offrir un, on partage son excitation tandis qu’elle cherche celui qui va devenir son compagnon équin … et son émerveillement quand elle se retrouve face à celui qui fait battre son cœur ! Car il faut le savoir : entre les humains et les chevaux, il y a parfois de véritables coups de foudre. Les regards se croisent, et quelque chose de presque magique se passe … et alors aucun autre cheval ne trouve grâce aux yeux du cavalier, qui ne pense plus qu’à celui-ci. Et cela même si ce cheval ne correspond absolument pas aux critères qui lui semblaient indispensables jusqu’à présent !

On ne va pas se mentir : c’est une histoire vraiment classique … peut-être même trop classique pour un roman destiné aux jeunes adultes. Alors certes, Anna a dix-huit ans, va passer son permis et entrer à l’université … Mais le reste de l’intrigue évoque bien plus un roman jeunesse : une riche petite peste entourée de son fan-club qui règne sur le centre équestre, l’amourette avec le frère de la meilleure amie, le possible rachat du centre équestre par un homme d’affaire infect évité de justesse … Les réactions d’Anna elle-même font parfois penser à celle d’une jeune adolescente de 12 ans plus qu’à une jeune adulte de 18 ans ! Ajoutez à cela des dénouements aussi rapides que facile et une narration très simple, et vous comprendrez pourquoi je conseille ce roman aux jeunes cavaliers et jeunes cavalières de 8 à 12 ans plus qu’aux adolescents et jeunes adultes ! Je pense que l’autrice a mal ciblé son public, finalement : ce n’est pas grave, mais cela m’a un peu décontenancée car je m’attendais vraiment à lire un roman sur les chevaux … mais pour ma tranche d’âge ! Ici, on est plutôt dans la continuité des Grand galop – ma saga favorite d’enfance !

 En bref, vous l’aurez bien compris, j’ai trouvé cette lecture fort sympathique : elle donne le sourire, remet du baume au cœur … C’est un roman sans prise de tête, qui se lit incroyablement vite quand on est « grand lecteur », une histoire où tout est bien qui finit bien – même si c’est « trop beau pour être vrai », on sait bien que ça ne se dénoue jamais aussi facilement et rapidement dans la vraie vie. C’est un roman parfait pour l’été, quand on a juste envie de trainasser avec un bon livre … ou bien un roman parfait pour l’automne, quand la pluie et le vent nous empêche d’aller trainer aux écuries ! Mais c’est surtout un livre parfait pour les jeunes lecteurs et jeunes lectrices de 8-12 ans passionnés de chevaux et d’équitation : ils s’identifieront facilement à Anna, qui vit sensiblement la même chose qu’eux dans leur centre équestre, et pourront rêver avec elle d’avoir un jour leur propre cheval … Alors si vous avez des enfants cavaliers dans votre entourage, n’hésitez pas à leur offrir ce livre : Anna a beau être plus âgée qu’eux, je suis sûre qu’ils passeront un beau moment au triple galop en sa compagnie !

Ce livre a été lu dans le cadre du Tournoi des 3 Sorciers
(plus d’explications sur cet article)

samedi 13 juillet 2019

Les bébés flingueurs - Sébastien Gayet


Les bébés flingueurs, Sébastien Gayet

Editeur : Ex Aequo
Nombre de pages : 34

Résumé : Zack et Malouka, 10 ans, sont inséparables. Ensemble, ils décident de devenir des justiciers anonymes pour lutter contre l’égoïsme, l'intolérance ou la méchanceté. Sous le nom de code "Les Bébés Flingueurs", armé d’audace, de discrétion, d’ingéniosité et … d’une carabine à fléchettes, le duo intrépide décide de donner une bonne leçon à plusieurs personnes de leur village ! Mais leurs interventions "un peu spéciales" créent pas mal de remous. Une enquête est ouverte. Les deux enfants seront-ils démasqués?


Un grand merci  aux éditions Ex Aequo pour l’envoi de ce volume et à la plateforme SimPlement pour avoir rendu ce partenariat possible.

- Un petit extrait -

« Mais si Zack et Malouka ont décidé de donner une bonne leçon aux trois adolescents, c’est en raison de leur cruelle habitude de s’en prendre aux chats de la ville. Plusieurs fois en rentrant de l’école, les deux amis ont vu la bande jeter des pauvres chats dans l’étang du parc Millefeuilles situé derrière le stade.
— Ze ne zupporte plus de voir zes pauvres bêtes rezortir de l’eau trempées jusqu’aux oz ! se lamente Zack.
Plus grave encore, il y a quinze jours, Jojo et sa bande ont rasé le chat persan de Madame Douceur. Et hier, Monsieur Rudesku a retrouvé sa chatte tigrée peinte en rouge et vert !
— Elle était trop chou en rouge et vert, la chatte de Rudesku, ricane Jojo.
— La prochaine fois, c’est au tour du chat de la mère Chandail de passer à la casserole, renchérit Marvin.
— Et les trois chatons des Duraton, faudra pas les oublier, s’esclaffe Tanguy.
Les trois garnements se sont bien trouvés. Jamais en manque d’idées lorsqu’il s’agit d’être cruels.
— Trop z’est trop ! s’emporte Zack
C’est décidé les deux justiciers vont passer à l’action ! »

- Mon avis sur le livre -

La collection Saute-Mouton, le retour ! Je ne le dirais sans doute jamais assez, mais cette collection mérite vraiment à être plus connue dans le domaine de la littérature jeunesse : librairies spécialisés, bibliothécaires et institutrices, je vous conseille plus que chaleureusement de faire une petite place dans vos étagères pour ces petits romans qui accompagnent les petits lecteurs de leurs « premières lectures » jusqu’à leur entrée au collège, où ils seront fin prêts à découvrir de plus gros ouvrages ! Des thématiques variées (aventure, imaginaire, humour …), mais toujours tournées vers de belles valeurs (solidarité, amitié, respect du vivant, tolérance …). Des histoires parfois très joliment illustrées, et toujours très bien racontées … Bref, je ne peux que recommander cette collection, et ce roman-ci ne fait pas exception, même si pour la première fois, j’ai quelques bémols à apporter …

Jack – dit Zach du fait de son zozotement – et Malouka ont dix ans. Ils sont inséparables et n’ont pas froid aux yeux : bien décidés à lutter contre la méchanceté et l’égoïsme, les deux écoliers décident de faire justice dans le village. Le colonel perceur de ballons perdus ? Les collégiens harceleurs qui martyrisent des chats ? La femme égoïste qui se gare systématiquement sur les places réservées aux personnes handicapées pour ne pas avoir à marcher quelques centaines de mètres ? Le directeur d’une entreprise supra-polluante ? Le maire qui refuse d’accueillir dans son village une famille de réfugiés ? Tout le monde y passe : les « Bébés flingueurs » n’ont peur de rien ! Mais voilà, à force d’être victimes des blagues des deux enfants justiciers anonymes, les villageois commencent à en avoir marre ….

Je vais le dire tout net : j’ai énormément rigolé en lisant ce petit roman ! Nos deux garnements ne manquent pas d’idées pour « punir » les villageois trop égoïstes, trop intolérants, trop cruels : messages enroulés autour de flèches à ventouses qu’ils envoient droit entre les deux yeux, mise en scène audio de rugissements de lion pour faire fuir les noyeurs de félins, bombes à eau … Ils s’attaquent à toutes les incivilités du quotidien : le vieux grognon qui détestent les enfants et n’hésitent pas à crever les ballons qui ont le malheur de tomber dans son jardin, la dame parfaitement valide qui occupe les places pour personnes à mobilité réduite pour ne pas faire quelques pas de plus … Les adultes s’obstinent à apprendre les bonnes manières et la politesse aux enfants, mais force est de constater qu’ils sont les premiers à être incorrects envers les autres, trop centrés sur leur petite personne pour songer aux autres. 

Et bien souvent, les enfants ont envie de les mettre face à cette contradiction. Lorsque nous étions au primaire, mes camarades et moi n’avions pas hésité à réprimander sérieusement le maire qui nous remerciait « de veiller au bien être des habitants en participant à l’opération Haut-Rhin propre » … et qui, en parallèle, venait d’autoriser la construction d’une antenne-relais bien trop proche des premières habitations … Il ne fait absolument aucun doute que les petits lecteurs et les petites lectrices s’identifieront très facilement à Zach et Malouka : tous les enfants sont un jour témoins de ce genre de situation et rêvent de dire leurs quatre vérités à ces adultes totalement incohérents, intolérants, égoïstes et parfois même méchants ! Et c’est là qu’apparait mon petit bémol : j’ai un peu peur que ce livre n’incite certains enfants à suivre l’exemple des deux petits héros … qui vont parfois bien trop loin (ils ont tagués une voiture en pleine nuit !). Certes, à la fin, Zach et Malouka se rendent compte qu’il est temps d’arrêter ces « farces punitives », mais il n’empêche que ce roman valorise un peu trop l’action de ces mini-justiciers …

En bref, vous l’aurez bien compris, si j’ai beaucoup rigolé en lisant ce livre – qui a un côté franchement satisfaisant : les adultes ont parfois drôlement besoin d’être remis à leur place ! –, je suis un peu perplexe quant à l’idée de le proposer à des enfants qui risqueraient de prendre cela au pied de la lettre et de vouloir imiter Zach et Malouka … Je pense donc vraiment que ce n’est pas un petit roman à proposer en lecture autonome : il vaut mieux le faire en « lecture partagée », pour que l’adulte puisse tout de suite calmer les ardeurs des petits lecteurs désireux de devenir un petit justicier ! J’ai beaucoup aimé la plume de Sébastien Gayet, à la fois très simple mais très vivante : c’est vraiment un petit roman fait pour être lu à haute voix, il invite à une lecture théâtralisée ! Un appel à la bienveillance et à la tolérance … pour enfants farceurs !

Ce livre a été lu dans le cadre du Tournoi des 3 Sorciers
(plus d’explications sur cet article)

samedi 6 juillet 2019

Project Viper, tome 2 : Faceless - Ellen Raven Martin


Project Viper2, Ellen Raven Martin
Faceless

Editeur : Autoédition
Nombre de pages : 424
Résumé : Au cœur de la nuit, un hovercraft de fret d’Harmattan Associés se fait abattre. Une mission digne des Black Vipers. Quand Blayne met la main sur un chargement inattendu, le jeu commence. Le maître de celui-ci ? On le nomme Augure et le dit terroriste ; lui se voit comme un modeste joueur d’échecs. Il trouve en Kayla un moyen d’abattre roi et reine. La jeune femme, mue par son amour pour Blayne, sème la discorde au sein de la fraternité. Une occasion rêvée pour les rebelles d’agir. Et s’ils étaient, eux aussi, contrôlés par l’Augure ?

Un grand merci à Ellen Raven Martin pour l’envoi de ce volume (et la petite dédicace) et à la plateforme SimPlement pour avoir rendu ce partenariat possible.

- Un petit extrait -

« — Ne me tourne pas le dos, Brother, fit Blayne d’un ton glacial.
— Je n’ai aucun ordre à recevoir de toi, rétorqua Shadow.
À quelques mètres de là, Aryan Turner s’était figé. Comme il lui fit signe de l’imiter, ainsi qu’à son assistante, Cutlaw leva un sourcil interrogatif. Son regard, à l’instar de tous les autres, se tourna vers l’échange des deux cyborgs.
— Au contraire, Shadow, enchaîna Centurion. Je suis le chef des Vipers. TON chef.
— Il n’y a qu’un seul chef des Vipers, et ce n’est pas toi.
— Redis-le. En face.
Shadow s’arrêta et se retourna, affrontant son frère.
— Il n’y a qu’un seul chef des Vipers, répéta-t-il, Et. Ce n’est pas. Toi.
Blayne le rejoignit à pas lents. Comme si la tension émanait réellement des deux hommes, le ciel gronda. La tempête redoubla d’intensité, fouettant leur visage, détrempant leurs os. Shadow ne bougea pas d’un iota.
— Il n'y a qu'un seul chef des Vipers..., murmura Blayne. Et. Ce n'est pas. Moi.
Le combat de regards continuait : aucun des deux ne flancha. Shadow ne dit mot, il n’en avait pas besoin. Soudain, sans que rien ne prédise son geste, Centurion écrasa sa mâchoire de son poing dans un coup d’une telle force qu’il manqua de la lui déboîter. »

- Mon avis sur le livre -

Vous vous souvenez de ma bonne résolution 2019, « commencer moins de nouvelles sagas » ? C’est plus facile à dire qu’à faire … Je suis tout simplement incapable de résister à l’attrait d’une série prometteuse, et ce même si j’ai déjà beaucoup trop de sagas en cours … Car le problème n’est pas de commencer une nouvelle saga, finalement : le problème, c’est de réussir à les terminer. Dans l’idéal, il faudrait que tous les tomes soient déjà sortis, et pouvoir se les procurer en une seule fois, pour pouvoir se faire un merveilleux marathon … Mais dans la réalité, cela fonctionne rarement comme ça ! Heureusement, pour Project Viper, j’ai eu la chance d’avoir les deux premiers tomes en même temps, histoire de pouvoir les lire d’affilée … un vrai bonheur ! Mais aussi une sacrée frustration : je veux la suite maintenant ! Et cela d’autant plus qu’Ellen Raven Martin, adorable par ailleurs, est vraiment cruelle envers ses lecteurs : la fin est tout simplement atroce ! 

Kayla en est persuadée : Blayne, son fiancé, n’est pas mort dans l’incendie qui a ravagé leur appartement. Pour le retrouver, pour lui présenter son fils, leur fils, pour que ce petit bébé ne grandisse pas sans connaitre son père, la jeune femme est prête à absolument tout. Même à s’allier avec un illustre inconnu masqué, qui se fait appelé l’Augure, dont nul ne connait réellement les motivations. Même à se jeter dans la gueule du loup en s’infiltrant chez Pinxit Industrie. L’arrivée de Kayla sème le trouble au sein des Vipers : Shadow la hait viscéralement, convaincue qu’elle n’est pas digne de confiance et qu’elle représente un danger pour la fraternité, et par conséquent pour leur « Père », Aryan Turner … Centurion, quant à lui, se sent inexplicablement attirée par la jeune femme, et est prêt à lui accorder toute sa confiance. Entre les deux frères, la tension est plus forte que jamais … Parviendront-ils à faire face à la menace que le mystérieux Augure fait peser au-dessus de Pinxit malgré leurs différents ?

Le premier tome était très bon … mais celui-ci est tout simplement excellent ! On entre réellement dans le vif du sujet, dans le cœur de l’action, et c’est tout simplement époustouflant. Les complots se multiplient, s’accumulent, se nouent, s’entremêlent : on ne sait plus du tout qui est aux commandes de toutes ces machinations ... et on ne peut que faire des suppositions sur les motivations réelles de ces mystérieux meneurs. On ne sait plus à qui se fier, et surtout, on ne sait plus du tout qui classer chez les « gentils » et qui classer chez les « méchants » … car personne n’est réellement « gentil » dans cette histoire. Même Kayla, qui semble au premier abord animée de la plus belle des intentions – retrouver son fiancé pour réunir sa petite famille –, accepte finalement pour atteindre cet objectif de sacrifier allégrement pleins d’autres personnes … L’enfer est pavé de bonnes intentions, dit-on. Avec cette saga, la frontière finalement assez artificielle entre le bien et le mal s’efface totalement : on le voit parfaitement ici, c’est rarement au nom de ces grands principes qu’un individu agit … il agit principalement pour satisfaire ses intérêts propres. Mais la fin justifie-t-elle les moyens ? A chacun d’en juger.

Souvenez-vous : dans le premier tome, nous avons assisté à la déshumanisation progressivement de Blayne et Skylar, devenus Centurion et Shadow. Véritables machines de guerre humaines, entièrement dévoués à celui qu’ils nomment Père, les deux Vipers semblent ne plus ressentir la moindre émotion, à part peut-être la volonté farouche d’être le favori d’Aryan Turner. On le sent, la moindre étincelle risque de mettre le feu aux poudres et de transformer leur rivalité en véritable chaos fraternel … Le lien qui unit Centurion et Shadow est pleine d’ambivalence, d’ambigüités, de paradoxes. Ils sont attachés l’un à l’autre, tels deux frères, ils se sentent responsables l’un de l’autre et n’hésiteront pas une seule seconde à tuer quiconque fera du mal à l’autre … mais ils se haïssent, aussi, chacun étant jaloux de la place de l’autre, de l’importance que l’autre a aux yeux de Père. Tels deux loups alpha qui se disputent la dominance de la meute. L’arrivée de Kayla vient rompre le semblant d’équilibre qui régnait encore : les passions se déchainent, les divergences d’opinion s’affirment, et les voici qui se liguent l’un contre l’autre tandis que des bribes d’humanité refont surface. Des failles apparaissent dans leur formatage tandis que les sentiments viennent bouleverser leur rationalité parfaite … et mettre en danger leur fraternité et leur maitre.

Qu’il est difficile de vous expliquer pourquoi j’ai tant aimé ce livre sans trop vous en dévoiler ! C’est un livre bien plus « complet » qu’on ne peut le penser au premier abord : il ne s’agit pas uniquement d’un roman bourré d’actions, de bagarres, de sang … Il ne s’agit pas uniquement d’un roman riche en rebondissements, en mystères, en complots et machinations socio-économico-politico-idéologiques. A travers ces histoires se pose finalement de grandes questions sur la nature humaine, sur le transhumanisme, sur la moralité, sur l’évolution de notre société. C’est discret, mais c’est présent en arrière fond. J’aime vraiment beaucoup …. Et cela d’autant plus que la plume de l’autrice est encore mieux maitrisée que dans le premier opus : c’est vraiment bien écrit, le style est vraiment riche, le rythme est superbement géré. C’est un livre qui se lit sans s’en rendre compte, tant la narration se calque avec brio sur ce qui est raconté : ça coule tout seul. Seules questions scènes d’action m’ont un peu perdue, mais rien de bien grave … 

En bref, vous l’aurez bien compris, si j’avais beaucoup aimé le premier opus, j’ai amplement préféré ce second tome ! Une fois encore, Ellen Raven Martin n’épargne si ses personnages ni ses lecteurs : âmes sensibles s’abstenir, et surtout, ne lisez pas pendant les repas ! Aussi étonnant que cela puisse paraitre quand on connait les personnages, qui n’ont rien de vrais héros honorables, on s’attache énormément à Blayne, Shadow, Kayla … Ils sont, finalement, victimes du hasard : ils sont nés au mauvais endroit au mauvais moment et se retrouvent bien malgré eux au cœur de conflits et complots qui les dépassent et leur volent leur existence. On les plaint … mais un peu seulement, car ne nous voilons pas la face : sans leurs souffrances, physiques et psychologiques, l’histoire serait drôlement moins captivante et palpitante ! Des histoires de rébellions et de machinations, il y en a plein, mais celle-ci se démarque des autres justement parce que la douleur de ces protagonistes est le fil-rouge de l’intrigue … A moins que ce ne soit la douleur du lecteur n’ayant pas le tome suivant sous la main ?!

Ce livre a été lu dans le cadre du Tournoi des 3 Sorciers
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