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samedi 17 septembre 2022

Dark Plagueis - James Luceno

Dark Plagueis, James Luceno

 Editeur : Pocket

Nombre de pages : 574

Résumé : Dark Plagueis est l'un des Seigneurs Sith les plus brillants qui aient jamais existé : nul n'égale son talent à commander l'ultime pouvoir sur la vie et la mort. Dark Sidious, son Apprenti, étudie secrètement la voie des Sith tout en poursuivant publiquement son ascension au sein du gouvernement. Plagueis et Sidious visent la domination galactique et l'éradication de l'Ordre Jedi. Mais peuvent-ils défier l'impitoyable tradition Sith ? Le désir de règne absolu de l'un et le rêve d'éternité de l'autre contiennent-ils le germe de leur destruction ?

 

 

 

- Un petit extrait -

« Cent ans plus tôt, le Maître Twi’lek de Tenebrous avait ouvert une petite entaille dans le tissu de la Force, permettant au Côté Obscur d’être senti par l’Ordre Jedi pour la première fois depuis plus de huit siècles. Cela avait été le commencement de la Revanche des Sith. Maintenant, l’heure était venue d’élargir cette entaille pour qu’elle devienne un trou béant, une plaie ouverte dans laquelle la République et l’Ordre Jedi seraient attirés, à leurs risques et périls. »

- Mon avis sur le livre -

 «  Est-ce que tu connais l’histoire tragique de Dark Plagueis le Sage ? », demande innocemment le Chancelier Suprême Palpatine au jeune Anakin Skywalker. Non, bien évidemment. Normal, le rassure-t-il aussitôt : « Ce n’est pas le genre d’histoires que racontent les Jedi. C’est une légende Sith ». Et voici que le « vénérable » politicien se métamorphose l’espace d’un instant en conteur, relatant la quête d’immortalité de ce grand Seigneur Noir des Sith qui ne craignait rien de plus que de perdre son pouvoir mais qui, en dépit de toute sa sagesse et puissance, ne put empêcher son propre Apprenti de le tuer durant son sommeil. « Quelle ironie », n’est-ce pas ? Pourtant, la chose est loin d’être surprenante si l’on prend en compte l’ambition avide des Sith : chez eux, point d’attachement, point de sentimentalisme. A partir de l’instant où un allié devient une menace, ou risque seulement de le devenir, le Sith l’élimine sans hésitation ni remord. Chez eux, la relation Maitre-Apprenti n’a qu’un sens purement utilitaire : à partir du moment où le Maitre n’a plus rien à apporter à l’Apprenti, à partir du moment où l’Apprenti en sait autant voire plus que le Maitre, alors le Maitre n’est plus qu’une gêne, un obstacle sur la voie de la toute-puissance. Et puisque le Maitre a enseigné à son Apprenti que les obstacles devaient être réduits à néant, l’Apprenti ne fait qu’appliquer les leçons de son Maitre en réduisant celui-ci à néant … Comme le Maitre l’avait fait avec son propre Maitre avant lui.

Car l’ascension de Dark Plagueis débuta également par le meurtre de son Maitre, qui  dans son agonie lui délivra un ultime conseil : « Etre puissant dans la Force est une chose. Mais se croire tout-puissant, c’est inviter la catastrophe » ... Conseil que visiblement, tout sage qu’il était, Dark Plagueis ne suivit pas. Tout absorbé par ses recherches effrénées pour comprendre les secrets de la mort et ses expériences macabres pour vaincre cette dernière, le Seigneur Sith laissa toute latitude à son Apprenti pour organiser les machinations économiques, politiques et sociétales qui feront sombrer la République Galactique dans le chaos, pour mieux la faire tomber entre leurs mains … Si la Règle des Deux de Bane avait eu son intérêt et utilité pour le renouveau des Sith, l’heure est selon Plagueis venue de la dépasser, de l’abolir : son Apprenti ne doit pas perdre son temps à convoiter le pouvoir et chercher comment le lui arracher, mais bien plutôt consacrer toute son énergie et son intelligence à œuvrer avec lui à l’avènement du Grand Plan Sith. Intimement persuadé qu’il contrôle parfaitement la situation, Dark Plagueis ne se doute pas une seule seconde que Dark Sidious ne partage pas les mêmes visions de l’avenir que lui, et que s’il semble suivre scrupuleusement ses enseignements et recommandations, il poursuit dans l’ombre ses propres objectifs. Et tout puissant qu’il soit, Dark Plagueis ne peut prétendre à l’omniscience ou à l’omnipotence : « Souvenez-vous que l’imprévu peut se produire », encore une leçon qu’il n’a pas mis en application. Et lorsqu’il le regrettera, il sera déjà trop tard …

Presqu’unanimement présenté comme l’un, voire LE, meilleur roman de tout l’univers Légendes, ce récit m’a personnellement plongé dans un océan de perplexité. Je ne peux pas nier qu’il n’est pas mauvais … mais je suis loin de le trouver excellent non plus. Je l’ai trouvé plutôt quelconque, en étant généreuse. J’ai d’une certaine façon le sentiment de m’être fait avoir sur la marchandise : le titre me donnait l’impression que l’histoire allait tourner autour de Dark Plagueis, « le Sage », autour de ses recherches pour vaincre la mort et acquérir l’immortalité, et éventuellement autour de sa relation avec son Apprenti, celui-là même qui finira par le tuer … Mais en réalité, c’est bien plutôt l’ascension politique de Palpatine qui occupe tout l’espace ! Même son apprentissage Sith en tant que Dark Sidious est systématiquement éclipsé, bien caché derrière des ellipses temporelles anarchiques et toute une ribambelle de machinations destinées à déstabilisé l’équilibre de la République et donc du Sénat pour hisser le petit nobliau orphelin de Naboo au rang de Chancelier Suprême. Si vous voulez mon avis, ce roman aurait dû plutôt se titrer « le Chancelier Suprême Palpatine », le lecteur saurait au moins à quoi s’attendre, plutôt que d’espérer en apprendre plus sur cette « légende Sith » évoquée à demi-mots dans le film. Les faux espoirs, les espoirs déchus et déçus, il n’y a rien de pire pour un lecteur ! Et difficile, ensuite, d’apprécier l’histoire une fois qu’on a compris qu’on n’y trouverait pas ce qu’on venait y chercher ….

Pourtant, ceux qui me connaissent le savent, je suis généralement friande de tout ce qui est machinations, complots, manigances et conspirations, surtout si elles se jouent sur le plan économique et politique. J’aurai pu, donc, apprécier tout de même ce roman en dépit de ma déception initiale. Mais non : ces machinations, complots, manigances et conspirations étaient tellement confuses qu’elles m’ont laissé de marbre. Nos deux Dark emplissaient leurs conversations d’allusions à tous ces petits trafics, mais au final, impossible de saisir ne serait-ce qu’un petit peu quelle était leur stratégie globale. On devinait que l’idée était de semer chaos et mécontentement un peu partout dans la galaxie, histoire de mieux diviser le Sénat pour ensuite mieux y régner, on devinait qu’il fallait déstabiliser les plus hautes instances et progressivement miner la confiance des gens envers les Jedis … mais pour le reste, impossible de comprendre exactement en quoi leurs actions contribuaient à servir cet objectif. On aurait dit deux gamins qui jouent aux stratèges militaires en sortant des tas de grands mots, comme s’il suffisait d’agiter un bâton par-ci par-là pour dévier le cours d’une rivière, de l’histoire. Tout s’éparpille dans tous les sens, ça ne veut au final plus dire grand-chose, et c’est bien dommage, car ç’aurait été fort intéressant de comprendre comment on en est arrivé au contexte socio-politique quelque peu anarchique dans lequel prend place la prélogie. D’ailleurs, les seuls passages que j’ai véritablement apprécié, ce sont ceux qui relient ce récit désordonné aux films : comment la si jeune Padmé est devenue reine de Naboo, le basculement du Comte Dooku, mais aussi la première rencontre avec le petit Anakin. Voir ces événements avec un autre point de vue était plutôt sympathique.

En bref, je pense que je peux m’arrêter ici, car vous l’aurez bien compris : je suis très loin de partager l’enthousiasme collectif qui entoure ce roman. J’ai trouvé que le récit avait cette très fâcheuse tendance à tourner en rond, à s’éterniser inlassablement, le tout pour n’apporter finalement que peu de choses : on n’en sait pas vraiment plus sur les recherches et trouvailles de Dark Plagueis (qui auraient pourtant pu, je pense, apporter un éclairage intéressant sur certains points encore obscurs de l’univers), et l’ascension politique de Palpatine ressemble finalement à celle de n’importe quel génie opportuniste capable d’œuvrer sur différents plans. Qu’il soit adepte du Côté Obscur ne joue absolument pas dans son parcours … Quant au reste, difficile de véritablement cerner les implications de leurs actions, ça part vraiment dans tous les sens, c’est bourré de longueurs et de considérations pseudo-philosophiques parfaitement inintelligibles. C’est peut-être cette impression de confusion qui tend beaucoup à louer la « complexité » du récit, mais être complexe pour être complexe, en perdant le lecteur dans des entremêlas qui ne ressemblent plus à rien, ça n’est pas gage de qualité selon moi. Ça marche peut-être sur les lecteurs les moins exigeants, les plus facilement influençables, mais pour un lecteur qui apprécie de saisir les choses pleinement pour savourer la grandeur d’une machination … c’est juste un agglomérat d’agacement. Dommage, car il y avait des tas de choses à creuser dans cette époque de la chronologie, avec ces personnages, je pense !

samedi 16 juillet 2022

Dark Bane, tome 3 : La dynastie du mal - Drew Karpyshyn

Dark Bane3, Drew Karpyshyn

La Dynastie du Mal

 Editeur : Pocket

Nombre de pages : 284
Résumé : Vingt ans se sont écoulés depuis que Dark Bane s'est imposé comme le dernier Seigneur Noir des Sith. Désormais ne subsistent plus que lui, pour incarner le pouvoir, et son apprentie, pour le convoiter. À l'issue d'un ultime duel, Zannah doit le tuer et prendre sa place, mais elle tarde à relever le défi. Bane, qui refuse de voir son rêve se briser à cause de la faiblesse de son apprentie, s'est juré de trouver l'holocron de Dark Andeddu qui renferme le secret de l'immortalité. Afin de mener ses plans à bien, il éloigne Zannah. Seulement, elle n'est pas dupe. Il est temps pour elle de passer à l'action...

 

- Un petit extrait -

« Les gens acceptaient toujours plus aisément un mensonge quand celui-ci correspondait à leur souhait et leur espoir. »

- Mon avis sur le livre -

 D’ordinaire, je traine des pieds au moment d’entamer le dernier tome d’une saga : je déteste fort viscéralement devoir dire au revoir aux personnages, et je souhaite retarder autant que possible ces adieux. Mais cette fois-ci, c’était tout le contraire : j’avais follement envie d’arriver à la fin de cette trilogie, car tout ce qui m’importait, c’était de savoir comment tout cela allait bien pouvoir se terminer ! Plus que la destinée des personnages, c’est bel et bien l’avenir de cette fameuse « Règle des Deux » qui est au cœur de l’intrigue de ce troisième opus et des préoccupations du lecteur : est-elle véritablement capable d’insuffler un nouveau souffle à l’ordre Sith, au bord de l’extinction car un seul individu a eu une « révélation » à la limite du mystique ? Un Maitre. Un Apprenti. Le premier pour incarner le pouvoir. Le second pour le convoiter. Ce cycle supposé se répéter continuellement doit garantir que chaque nouveau Maitre sera plus puissant que son prédécesseur, jusqu’au jour où le Côté Obscur sera suffisamment fort pour vaincre une fois pour toutes les Jedi. Et les Sith régneront alors sans concession sur toute la galaxie. Dans la théorie, c’est ambitieux, mais pas complétement absurde – en tâchant de réfléchir comme un Sith, bien évidemment …

Mais dans la pratique, qu’en est-il ? Dans la pratique, les choses semblent bien moins reluisantes … Cela fait déjà vingt ans que Dark Bane, nouveau et unique Seigneur Noir des Sith, a recueilli et pris comme apprentie la jeune Zannah, orpheline à l’instinct de survie farouche et au potentiel plus que prometteur. Vingt ans qu’il la guide sur la voie du Côté Obscur, vingt ans qu’elle assimile ses enseignements avec une aisance inouïe et une avidité insatiable. Mais vingt ans qu’elle semble se satisfaire de son statut d’Apprentie. A-t-elle véritablement l’ambition dévorante indispensable pour être digne de lui succéder, le moment venu ? Compte-t-elle seulement un jour le défier pour prendre sa place, comme le veut la Règle des Deux ? A-t-il commis une erreur en la choisissant ? En s’efforçant de faire renaitre l’Ordre Sith de ses cendres, l’a-t-il en réalité condamné à l’extinction ? Tout en cherchant le moyen de remédier à la dégénérescence de son corps, usé par les années et affaibli par l’utilisation intensive du Côté Obscur, Dark Bane se demande s’il n’est pas temps pour lui de se trouver un nouvel apprenti, plus digne de lui … De son côté, Zannah le sent : il est grand temps pour elle de réclamer son dû en tant que Dame Noire des Siths. Elle voit bien que son Maitre décline, qu’il s’affaiblit un peu plus chaque jour, même s’il s’efforce de lui dissimuler … Mais il l’a bien formé : elle ne peut pas écarter totalement le risque que tout ceci ne soit qu’une ruse, pour voir si elle se jettera sans discernement ni patience dans la gueule du loup, qu’une nouvelle épreuve pour voir si elle est digne ou non de prendre sa place. Si elle veut le vaincre, elle doit prendre l’initiative, et non pas le laisser tirer les ficelles ...

Sur bien des points, les récits de l’univers Star Wars se rapprochent bien plus de la fantasy que de la pure science-fiction. Et je ne parle pas ici de la Force, même si nul ne peut nier que c’est de la magie qui se défend de l’être. Non, je parle bien plus de cette idée de transmission, de ce lien entre un mentor et un jeune élève. Toute l’intrigue de ce troisième tome est profondément nouée autour de cette relation de Maitre à Apprenti, de celui qui enseigne, qui donne, à celui qui apprend, qui reçoit … et qui est appelé, à son tour, à enseigner, à donner. Un cycle immuable de transmission et de réception, pour que les savoirs ne se perdent jamais, génération après génération. Mais dans le cas présent, ce lien est comme perverti par la nature même de cet enseignement : les voies du Côté Obscur affirment que l’Apprenti ne doit pas seulement succéder à son Maitre, mais le défier, le vaincre, le supplanter, le surpasser. Loin d’être indestructible comme c’est le cas en fantasy, ce lien est au contraire voué à la destruction : dans l’idéologie Sith, il n’est pas question de respect (du moins pas dans le sens le plus noble du terme) ou d’attachement, le Maitre n’est finalement qu’un moyen pour l’Apprenti de faire fructifier son potentiel. Et le jour où le Maitre n’a plus rien à lui apprendre, à lui apporter, alors l’heure sera venue de s’en débarrasser comme on jette un vieil outil à la déchetterie. Sans remords ni regrets. On ne va pas se mentir, l’amoureuse de fantasy que je suis a bien du mal avec cette vision des choses … mais le grand génie de l’auteur, c’est justement de nous faire nous intéresser malgré tout à cette relation Maitre/Apprentie si « malsaine ».

Car il y a quelque chose de fascinant dans cette « obsolescence programmée » de ce lien de mentorat et d’apprentissage. Bane et Zannah le savent tous les deux : ils ne seront pas éternellement le Maitre et l’Apprenti l’un de l’autre. Un jour viendra, inévitablement, où ils ne pourront plus se satisfaire de ce statu quo, plus fragile qu’il n’en a l’air. Ils attendent et espèrent tout deux cette confrontation fatidique, autant qu’ils la redoutent. L’un comme l’autre savent pertinemment que l’autre a soigneusement caché certaines aptitudes, certains atouts, en prévision de ce face à face décisif. Et l’un comme l’autre a très envie de prouver à l’autre qu’il a savamment su lui cacher l’étendue de ses pouvoirs, de ses savoirs. Mais aucun des deux n’est suffisamment sûr de lui pour ne pas craindre l’issue de ce combat. Alors, l’un comme l’autre essaye de mener l’autre par le bout du nez, tente de ne pas se laisser mener par le bout du nez. Jeu du chat et de la souris, où chacun est tour à tour, et même simultanément parfois, chat et souris. Proie et prédateur. Chacun persuadé d’avoir pris l’avantage, d’avoir une longueur d’avance, pour ensuite découvrir qu’il a au contraire un train de retard. Ruse et patience : qu’ils le veuillent ou non, Bane et Zannah se ressemblent énormément. Comme un Maitre et son Apprentie, quand bien même ils sont voués à tenter de s’entretuer. Et le vainqueur oubliera le vaincu, comme on oublie une fourmi écrasée sous son talon : chez les Siths, le faible ne mérite aucun honneur, aucune pensée … Mais ils sont les deux facettes d’une même pièce, inséparables quoi qu’ils en pensent, car Bane a façonné Zannah autant que Zannah a façonné Bane. Quoi qu’il arrive, ces deux décennies laisseront des traces indélébiles chez le survivant.

Cette confrontation à venir, elle est évoquée dès la deuxième ou troisième page du prologue … Mais elle tarde à arriver. Elle se profile à l’horizon, c’est indéniable, mais elle est sans cesse retardée par mille et une circonvolutions, par plusieurs sous-intrigues parallèles qui viennent s’entremêler à cette Intrigue Principale. Complexifier, c’est bien. Laisser mariner le lecteur, c’est bien aussi. Mais point trop n’en faut : un peu de frustration donne envie de dévorer chapitre après chapitre, trop de frustration donne simplement envie de jeter le livre au feu. A vouloir bien faire, l’auteur en a trop fait (comme beaucoup d’autres, c’est un mal très répandu chez les auteurs) : au bout d’un moment, le lecteur en a tout simplement assez que le récit tourne ainsi en rond, fasse du surplace. Pas la peine de nous rabâcher trois, six, dix fois que Bane et Zannah sont tous les deux tiraillés par l’incertitude, le doute, par l’envie d’en finir et la crainte d’avoir été trop impatient. On a bien compris que l’un comme l’autre est convaincu que l’autre ne « joue pas le jeu », inutile de le répéter si souvent … Ne nous mentons pas, ce troisième opus souffre de quelques longueurs, et certains personnages sont vraiment à claquer par moment (Serra la première, Set le second). Et quand bien même cela n’empêche nullement la tension dramatique de monter crescendo, pour exploser avec fracas lorsqu’arrive le moment tant attendu … on ne peut pas nier que ça casse un peu le plaisir de la lecture, l’excitation à l’approche du climax. Comme un soufflé au fromage, l’attente du lecteur finit par retomber, et c’est un peu dommage !

En bref, vous l’aurez bien compris, c’est une fin de trilogie qui se veut grandiloquente, et on ne peut pas nier que la fin est grandiose, mais qui souffre tout de même d’une certaine langueur, l’auteur faisant beaucoup trop trainer les choses en longueur ! Pour un peu, la première réflexion du lecteur une fois la dernière page tournée serait « tout ça pour ça ? » … Alors certes, il y a quelques moments de grande tension, des retournements de situation imprévisibles, des instants de doute et d’incertitude, mais cela ne suffit pas à contrebalancer tous les moments de latence où on a le sentiment que rien ne se passe, que l’auteur est en train de se moquer de nous. Et d’ailleurs, c’est indéniable, Drew Karpashyn est doué : il sait frustrer son lecteur comme peu d’auteurs savent le faire ! Heureusement que la fin est à la hauteur de nos attentes, car il a fallu beaucoup de patience et de self-control pour en arriver là, tandis que l’on se perd dans les méandres de la vengeance de la petite princesse, dans les atermoiements de Lucia qui ne sait plus envers qui être fidèle … Avec cette fin, on retombe enfin sur nos pieds, on en revient à l’essentiel, à ce qui devait être l’unique enjeu de cet opus final : l’avenir de l’Ordre Sith. Le reste n’est que broutilles, que des miettes pour nous faire patienter : ce qu’on attendait, c’était ce face à face, dont l’issue déterminera bien plus que la vie et la mort de l’un ou de l’autre. Et cette confrontation, on la savoure d’autant plus qu’on l’a attendu ! Et la cerise sur le gâteau, c’est que c’est magnifiquement bien écrit : c’est subtil, c’est élégant, presque noble, une plume digne des grandes épopées de la fantasy !

mercredi 27 avril 2022

Dark Bane, tome 1 : La Voie de la destruction - Drew Karpyshyn

Dark Bane1, Drew Karpyshyn

La Voie de la destruction

 Editeur : Pocket

Nombre de pages : 395
Résumé : Pour échapper à un sinistre destin dans les mines d’Apatros, Dessel, un mineur à la constitution exceptionnelle, décide de rejoindre les rangs de l’armée Sith. Sa vivacité d’esprit, sa remarquable maîtrise de la Force et ses faits d’armes brillants attirent sur lui l’attention des Maîtres du Côté Obscur qui l’envoient sur Korriban, berceau des Sith. Il y poursuit son enseignement et embrasse alors sa nouvelle identité : Bane, apprenti hors pair et esprit dissident, dont le seul but est de créer une nouvelle ère de pouvoir absolu. Et pour servir ses sombres desseins, il n’hésitera pas à sacrifier sa propre confrérie, afin de mieux la faire renaître de ses cendres…

 

- Un petit extrait -

« Il était le seul Seigneur Noir des Sith, le dernier de son espèce. La charge de reconstruire l'ordre lui incombait maintenant. Mais cette fois-ci, il ferait comme il l'entendait. Au lieu d'une multitude, il n'y aurait que deux Sith : un Maître et son apprenti. Le premier pour incarner le pouvoir, le second pour le convoiter. »

- Mon avis sur le livre -

 Peu après Noël, tandis que je me promenais dans mon paisible petit village, une scène m’a longuement fait réfléchir : deux enfants, sabres laser flambants neufs fièrement dressés, étaient en plein conciliabule pour décider en avance de l’issue du combat à venir … A vrai dire, ils n’ont pas eu à débattre bien longtemps : le petit Sith en herbe a déclaré « je suis le méchant, je suis plus fort, je gagne », et le petit Jedi a vivement approuvé « ouais, les gentils ils gagnent jamais », avant de protester « mais la prochaine fois c’est moi le méchant ! ». Les gentils ne gagnent jamais, les méchants sont les plus forts. Quelle drôle de philosophie pour des enfants de sept ans ! Lorsque j’avais leur âge et que les autres enfants et moi jouions à Star Wars au terrain de jeu (avec des branches en guise de sabres laser), tout le monde voulait être un brave et noble Jedi, et non un vicieux et sanguinaire Sith : certains rentraient même chez eux en boudant si le tirage au sort les avait désigné comme méchants ! Les choses ont décidément bien changé, en l’espace de quinze ans : visiblement, désormais, les enfants sont bien plus fascinés par le Côté Obscur que par le Côté Lumineux ! Mais en observant les romans de l’Univers Etendu … je pense qu’on peut dire que ce n’est pas seulement les enfants : on suit bien plus de « héros » Siths que de Jedi ! Et je me demande bien ce qu’il faut en conclure sur notre monde …

Comme son ivrogne de père avant lui, Dessel trime du matin au soir au cœur des mines, à extraire à coup de marteau-piqueur le si précieux mais si résistant cortosis. Comme son ivrogne de père avant lui, Dessel trime nuit et jour pour tenter de rembourser sa dette à la Compagnie Minière. Mais contrairement à son ivrogne de père, Dessel compte bien quitter cette planète désolée un jour ou l’autre : il le sent au plus profond de son être, son destin n’est pas de pourrir ici. Prenant son mal en patience, Dessel attend le jour où prendra fin cette existence de misère et de servitude : son étrange instinct ne lui a jamais fait défaut. Mais voici qu’un jour, Dessel est contraint de fuir précipitamment Apatros : pour éviter que la justice de la République ne lui mette le grappin dessus pour avoir assassiné l’un de leurs officiers (peu importe que cela soit de la légitime défense), le mineur rejoint les rangs de l’armée Sith. Devenu sergent de la Marche Obscure, troupe d’élite de la Confrérie des Ténèbres, Dessel est cette fois-ci bien loin d’anticiper le nouveau tournant que va prendre son existence : lorsqu’il est mis aux arrêts pour insubordination (peu importe que sa mutinerie ait évité un échec cuisant à la Marche Obscure), l’ancien mineur ne voit pas d’autre issue que la mort … Mais à sa plus grande surprise, le voici envoyé à l’Académie Sith de Korriban, pour faire partie de l’élite de la Confrérie des Ténèbres : un Seigneur Sith. L’ascension de Dark Bane a commencé …

Qui dit « Star Wars » dit généralement « action » : on s’imagine aussitôt des batailles spatiales trépidantes, des combats acharnés au sabre laser, quelques explosions spectaculaires pour faire bonne mesure … Si c’est là tout ce que vous venez chercher dans un roman estampillé « Star Wars », je crains que celui-ci ne vous apporte pas entière satisfaction : l’auteur nous offre ici un récit qui se rapproche bien plus du roman initiatique qu’autre chose, même s’il nous accorde quelques scènes de bagarre pour ne pas trop nous dépayser. La sempiternelle lutte entre le Côté Lumineux et le Côté Obscur n’occupe ici qu’une place secondaire, à l’arrière-plan : le véritable enjeu est tout ailleurs, bien moins ostensible, bien moins visible. Tandis que cette guerre s’éternise et s’enlise, tandis que d’un côté comme de l’autre les forces se rassemblent et misent sur la même stratégie, celle de la force du nombre, pour prendre l’ascendant sur son adversaire, le jeune Dessel, devenu Bane, entame son apprentissage. Il traine derrière lui les souvenirs âpres d’une enfance abusée, d’une vie toute entière de rude labeur, de misère, d’avilissement, de servitude. Il aurait pu, comme tant d’autres, comme son propre père, se laisser briser par cette existence morne et monotone, pénible et humiliante. Sombrer dans l’alcool, dans la frénésie des jeux et le cercle vicieux des dettes qui n’en finissent pas de grossir jusqu’à perdre tout espoir de pouvoir les rembourser un jour. Jusqu’à perdre tout espoir tout court.

Mais Dessel a toujours su qu’il n’était pas comme tous les autres : il ne finira pas comme eux, asphyxié par la poussière des mines et les dettes écrasantes. Il en est intimement convaincu : il est promis à un brillant avenir, il accomplira de grandes choses. Il ne sera pas un mineur anonyme parmi des milliers d’autres : on se souviendra de lui. Ce refus de se lamenter sur son propre sort, cette détermination à améliorer sa condition ne peuvent que forcer l’admiration … Mais il y a chez Dessel une noirceur qui ne trompe pas, une violence contenue qui ne fait aucun doute : c’est bien par le Côté Obscur qu’il se laissera attirer. Sa force de caractère s’accompagne d’un mépris dédaigneux pour ceux qui sont plus faibles que lui : selon lui, qui a su gardé la tête haute en dépit de toutes les humiliations, ceux qui se laissent broyer par l’accablement et la lassitude ne méritent aucun respect. Le fort survit, le faible périt. Autant dire qu’il avait déjà tout compris avant même d’intégrer l’Académie Sith … Il ne mettra d’ailleurs pas bien longtemps à saisir que les « Seigneurs Sith » se sont eux aussi égarés, qu’ils ont piétinés les préceptes du Côté Obscur, englués dans leur obstination à anéantir l’Ordre Jedi. Loin de se laisser berner à son tour par les beaux discours et les enseignements vides de sens de ces Maitres aveuglés et fourvoyés, Bane réalise qu’il est de son devoir d’expurger le Côté Obscur de cette gangrène, de le ramener à sa grandeur passée. Lui, Dark Bane, sera le premier d’une nouvelle génération de Sith, puissants, craints, invincibles.

Mais avant d’en arriver là, notre anti-héros doit embrasser tout entier le Côté Obscur. Il doit se débarrasser des derniers reliquats de doute ou de culpabilité, mais aussi les ultimes traces d’attachement ou de loyauté. Il doit se libérer des dernières entraves qui l’empêchent de devenir un véritable disciple du Côté Obscur. Et cela ne se fait pas sans heurt, sans douleur : si Bane s’apprête à devenir l’un des Siths les plus implacables, sournois et ambitieux de toute l’histoire du Côté Obscur, il n’en reste pas moins avant tout un jeune homme avec ses peurs et ses faiblesses. Bane ne se transforme pas du jour au lendemain en Parfait Grand Méchant : cela se fait doucement mais sûrement. Et c’est très précisément cela que j’ai trouvé si intéressant dans ce roman : j’ai beau désapprouver les choix de Bane, je peux les comprendre, car ils ne tombent pas de nulle part. Ils s’insèrent dans un cheminement psychologique très juste et suffisamment lent pour être profond. De Dessel à Bane, de Bane à Dark Bane, la transition se fait très subtilement : aussi surprenant que cela puisse paraitre au vue du contexte, j’ai eu en tête cette image fort poétique de la chrysalide qui se fait papillon, imperceptiblement. On ne peut discerner le moment où s’opère la transformation, même en observant attentivement : on ne peut que la constater le moment venu, lorsqu’il est déjà trop tard pour comprendre comment on en est arrivé là. Je dois vraiment avouer être très agréablement surprise, car je ne m’attendais pas à une telle finesse dans un roman « Star Wars » !

En bref, vous l’aurez bien compris, cette trilogie commence très fort, et même si j’étais plutôt « blasée » à l’idée de suivre encore une fois un disciple du Côté Obscur, je dois vraiment reconnaitre avoir été bluffée par ce premier tome. Je trouve ça fascinant de voir (re)naitre l’Ordre Sith tel qu’on peut le connaitre dans les films, d’apprendre comment est (ré)apparue cette fameuse « Règle des Deux » (que nous allons visiblement explorer plus encore dans le second opus, si j’en crois le titre). On sort vraiment du schéma horriblement manichéen du Bien contre le Mal, des Ténèbres contre la Lumière, on sent qu’il y a une véritable tension à la limite de la dépendance entre les deux : l’un ne peut en réalité pas exister sans l’autre, et en s’efforçant de s’éliminer mutuellement, ils risquent bien, effectivement, de disparaitre l’un et l’autre. Loin de sombrer dans la facilité en nous présentant un Méchant Pur et Dur, l’auteur nous invite à faire la connaissance d’un jeune homme tourmenté, tiraillé entre l’ambition et la certitude d’être amené à faire de grandes choses, et la crainte de son propre pouvoir et de ses propres actions. Certains trouveront assurément cet opus ennuyeux, car l’auteur nous propose effectivement quelque chose de relativement « calme » et donc d’irrémédiablement « lent », mas pour ma part, je l’ai trouvé particulièrement passionnant. Et pour ne rien gâcher, l’auteur a une très belle plume : on est dans un style vraiment soigné, délicat, presque noble, qui ajoute encore plus de profondeur au récit, et c’est fort bienvenu !