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samedi 14 décembre 2019

Max+Becca - Shannon Lee Alexander


Max+Becca, Shannon Lee Alexander

Editeur : Pocket Jeunesse (PKJ)
Nombre de pages : 380
Résumé : Becca a toujours vécu dans sa bulle, entre ses livres et ses royaumes imaginaires. Sans son amie Charlotte, elle est plus solitaire que jamais. Jusqu’au jour où, en plein cours, elle trébuche sur Max… Il la remarque et comprend son désarroi. Il l’incite alors à faire du théâtre. À la surprise générale, Becca décroche le rôle principal. Mais n’est-ce pas trop tôt, pour jouer Juliette sous les yeux de celui qui a tout d’un Roméo ?

A savoir : ce roman fait suite à Charlie+Charlotte, cette chronique contient donc des spoilers du premier opus !

- Un petit extrait -

« – Est-ce que ça devient plus facile … ?
– Oui.
– Attends, je n’ai pas fini.
– Pas besoin. Oui, ça devient plus facile, jouer un rôle devient comme une seconde nature. Voire ta première nature.
Elle gratte son vernis.
– Tu es moins déçue.
– Mais tu ne te perds jamais ?
Darby tourne la tête pour bien me regarder dans les yeux.
– Si. »

- Mon avis sur le livre -

Ne vous êtes-vous jamais demandé ce qu’il arrivait aux personnages de romans une fois la dernière page tournée ? N’avez-vous jamais voulu savoir ce qu’ils deviennent une fois la lecture achevée ? Personnellement, c’est une question que je me pose très régulièrement, après avoir rangé le livre sur son étagère : à quoi ressemble l’Après ? Quand j’ai quitté Charlie et Becca, à la fin de Charlie+Charlotte, je me suis demandé comment ils allaient parvenir à surmonter cette terrible épreuve, comment Charlie allait faire le deuil de son premier amour, et Becca de sa première amitié. S’en remettront-ils un jour ? Cela me brisait le cœur de les quitter dans un tel désarroi, mais je n’avais pas le choix : l’histoire s’arrêtait là, l’autrice toute-puissante avait choisi de cesser là son récit. Charlie et Becca semblaient condamnés à vivre éternellement avec cette douleur … jusqu’au jour où sortit Max+Becca. Je n’osais pas en croire mes yeux : était-ce bien ce que je pensais, ce que j’espérais ? L’autrice avait-elle réellement écrit cet Après qui me tourmentait tant ? La réponse est oui. Et je ne l’en remercierai jamais assez …

Charlotte est morte. Charlotte est morte et une partie de Becca est morte en même temps. Incapable de faire face à ce vide immense qui enfle en elle, la jeune fille se réfugie plus que jamais dans les livres, plus solitaire qu’elle ne l’a jamais été tandis que le souvenir de la seule et meilleure amie la hante nuit et jour … Jusqu’au jour où Max, le seul à ne pas la fuir comme si être « l’amie de la fille morte » était une maladie contagieuse, se fraye un chemin à travers le brouillard de tristesse qui l’entoure. Sans qu’elle ne comprenne bien comment, il la convainc de faire partie de l’équipe technique du groupe de théâtre du lycée … Mais voilà que Becca se retrouve propulsée sur le devant de la scène, elle qui n’avait jamais fait de théâtre auparavant … Mais est-ce bien raisonnable, de devenir Juliette, quand on n’est pas sûre d’avoir le courage de s’éprendre d’un Roméo ?

Si le premier opus nous invitait à suivre le très cartésien Charlie, pour qui l’amour était une réalité bien trop abstraite, ce second tome nous invite à faire plus profondément connaissance de sa petite sœur, la très sensible Becca. Becca la solitaire qui vient de perdre celle qui fut sa première et dernière amie, et qui n’a pour seul refuge et réconfort que les livres qu’elle dévore avidement, compulsivement. « Dans les livres, quand un personnage meurt, c’est triste, mais je m’en remets parce que je n’ai qu’à revenir quelques pages en arrière et ils sont à nouveau en vie. Le monde est moins dangereux dans les romans. » Vous n’imaginez même pas à quel point je me suis sentie proche de Becca, à quel point j’ai eu l’impression de me regarder dans un miroir. Bien sûr, je n’ai pas perdue d’amie à cause d’un cancer – encore faudrait-il avoir eu une amie à perdre. Mais Becca et moi avons des milliards de points communs, et je n’ai eu aucune difficulté à la comprendre. Parce que je suis comme elle. Comme elle, je préfère m’enfermer dans mes mondes imaginaires que d’affronter le monde et ses dangers. Parce que « les gens, les vrais, c'est compliqué, bien plus que dans les histoires. Il est impossible de les connaître entièrement. »

Mais voilà que Max surgit sur sa route, aussi soudainement que l’avait fait Charlotte avant lui. Sans qu’elle ne dise rien, il comprend son désarroi, il comprend ses peurs, il comprend sa douleur. Et sans qu’elle ne lui ait rien demandé, voire même bien malgré elle, il va lui offrir son soutien inconditionné, son amitié et peut-être même plus encore, si seulement elle accepte de prendre le risque de s’attacher à lui. Car voilà bien tout le problème de Becca : elle est terrorisée à l’idée de perdre quelqu’un à nouveau, alors elle s’interdit de s’attacher à qui que ce soit. De plus, elle a le sentiment de trahir Charlotte en laissant Max entrer dans son cœur, dans sa vie … Cette histoire, ce n’est pas seulement – voire pas réellement – une histoire d’amour, c’est bien plus l’histoire d’une reconstruction : Becca réapprend à marcher sans Charlotte à ses côtés, elle réapprend à respirer sans Charlotte à ses côtés … elle réapprend à vivre sans Charlotte à ses côtés. Elle découvre qu’avancer, ce n’est pas oublier. Qu’elle a le droit d’aller de l’avant, qu’elle a le droit de tenter de nouvelles expériences, qu’elle a le droit à l’échec, aussi …

Et voilà le deuxième élément qui accentue encore la ressemblance entre Becca et moi : le théâtre. Au départ, Becca est plus que réticente à l’idée de s’engager dans cette activité : elle qui est la timidité et la discrétion incarnées, comment voulez-vous qu’elle monte sur scène ? Elle qui a pour seule ambition de se faire plus petite encore qu’une sourire pour ne pas qu’on la remarque, comment voulez-vous qu’elle se montre en spectacle ? Mais Becca va progressivement découvrir LE secret : quand on est sur scène, ce n’est pas nous que les spectateurs voient. Mais uniquement le personnage qu’on veut bien leur montrer. Le comédien est parfaitement, rigoureusement, absolument invisible : il porte un masque qui le protège du regard des autres. Tout cela, Becca va le comprendre grâce à Darby, la « petite peste du club théâtre », qui s’avère en réalité bien plus profonde, sensible et gentille qu’on ne peut le penser. Car Darby est en représentation permanente : elle joue continuellement le rôle de la Reine, arrogante et sûre d’elle, pour mieux se protéger. Pour elle « le monde est un théâtre » … Mais Becca va rapidement comprendre à quel point c’est épuisant de ne jamais être soi-même, quand bien même cela nous permet d’être préservés du regard d’autrui. J’aimerai avoir le même courage de Becca et mettre fin à la pièce dans laquelle je me suis enfermée … mais il semblerait que Becca soit bien plus forte que moi.

En bref, vous l’aurez bien compris, avec ce second opus, Shannon Lee Alexander fait aussi bien qu’avec le premier, et peut-être même encore mieux ! Une fois encore, elle nous conte une histoire aussi belle que terrible, une histoire pleine de douceur et de douleur entremêlée. On rit, on pleure, parfois même les deux à la fois. Quelle joie de retrouver Charlie (même s’il n’est plus aussi présent que dans le premier opus) et Becca ! Quelle joie également de les voir, petit à petit, avancer vers la guérison ! Max+Becca, c’est un livre qui fait mal aux zygomatiques mais qui fait du bien au cœur et à l’âme. Alors si vous aussi vous avez eu le cœur brisé par la terrible histoire de Charlie+Charlotte, si vous aussi vous avez envie de faire encore un bout de chemin en compagnie de Becca et de son frère, n’hésitez vraiment pas à vous plonger dans ce nouvel opus incroyablement émouvant ! Et si vous n’avez pas encore lu le premier tome … et bien je vous invite à le faire très vite pour pouvoir ensuite lire ce dernier (pour vous réconforter après le précédent) !

vendredi 2 décembre 2016

Charlie+Charlotte - Shannon Lee Alexander



Charlie+Charlotte, Shannon Lee Alexander

Editeur : Pocket Jeunesse (PKJ)
Nombre de pages : 416

Résumé : Charlie n'a aucun doute sur son avenir, il est persuadé qu'un jour il résoudra les grands mystères de l'Univers. Mais lorsqu'il effleure le tatouage de Charlotte, ses certitudes s'envolent : l'amour est entré dans l'équation. Il est prêt à tout pour elle, quitte à mettre en péril sa carrière académique. Sans comprendre, il accepte toutes ses requêtes, même s'il sent bien qu'elle cache un terrible secret ...


Un grand merci à lecteurs.com pour l’envoi de ce roman dans le cadre de l’opération ExploBook.

- Un petit extrait -

« Les débuts, c’est toujours difficile. Ca fait quarante-sept minutes que je contemple cette page blanche. Les possibilités sont infinies. Lorsque j’aurai commencé, elles se réduiront. D’un point de vue scientifique, les débuts, ça n’existe pas. Le monde est fait d’énergie que ne se crée et ne disparait pas. Tout ce qu’elle est se trouvait là avant moi. Tout ce qu’elle était restera. Son existence touche mon passé et mon futur en un point : l’infini. La vie n’est pas faite comme ça. C’est plutôt un cercle. On peut commencer l’histoire n’importe où, elle reviendra à son point de départ. En d’autres termes, peu importe où je commence. Ça ne changera pas la fin. »

- Mon avis sur le livre -

Quand on m’a proposé de recevoir ce livre dans le cadre de l’ExploBook, pour remplacer celui qui s’était perdu dans les méandres de la Poste, je n’ai pas hésité bien longtemps avant d’accepter : le résumé me promettait une histoire profonde et émouvante, une romance poignante et bouleversante. Typiquement le genre de récit dont je ne fais habituellement qu’une seule bouchée et que je dévore en moins d’une journée. Et pourtant, il m’a fallu presque une semaine pour le terminer. Non pas qu’il soit mauvais, bien au contraire. Mais plus le temps passait, plus je m’attachais aux personnages, plus l’échéance se précisait, et plus j’avais peur de continuer : je pressentais qu’une boite de mouchoirs entière ne suffirait pas à étancher mon désespoir lorsque le grand bouleversement surviendrait. Je savourais pleinement le calme avant la tempête, et quand celle-ci s’est déchainée, je n’étais toujours pas prête …

Charlie a beau être un petit génie en sciences, futur major de promo et en passe d’être accepté dans l’une des plus grandes écoles du pays, en ce qui concerne les relations sociales, c’est clairement un néophyte. Malgré l’aide attentionnée de Greta et James, ses deux meilleurs amis autoproclamés « parents adoptifs et mineurs », toutes ses tentatives d’approche envers un sujet féminin se sont soldées de la même manière : une claque ou deux et un échec cuisant. Aussi, quand il rencontre Charlotte, meilleure amie de sa cadette et sœur de sa nouvelle professeure de littérature, il est bien loin de se douter que la fatalité va changer de visage …

Au départ, on ne sait pas trop où l’auteur cherche à nous emmener. Elle introduit un héros assez atypique, un jeune homme littéralement passionné par les sciences qui se détend en résolvant des équations à je-ne-sais-combien-de degrés et qui est plus à l’aise avec un protocole de chimie qu’avec ses congénères humains. On comprend très rapidement que l’histoire va tourner autour de l’Amour avec un grand A, Charlie nous racontant avec un certain humour tous ces échecs en la matière. Cependant, rien dans la première moitié du roman ne nous prépare à ce qui va réellement arriver, et quand on se retrouve devant cette révélation, il est trop tard pour faire demi-tour : pas moyen de se dire « ce n’est pas ce que j’attendais de ce livre alors j’abandonne ». Un vrai coup de maitre ! Il y a bien des indices parsemés ci et là, mais ces présages, on ne les comprend qu’une fois que Charlie découvre le secret de Charlotte. Cela faisait bien longtemps qu’un auteur n’avait pas réussi à me surprendre de cette manière, et rien que pour cela, ce bouquin est une vraie perle. 

Sur la quatrième de couverture, ce récit est comparé à Nos étoiles contraires. Bien que ce rapprochement ait un sens, je ne suis d’accord qu’en partie : si on tient vraiment à citer Green, je pense qu’il aurait été plus judicieux de faire allusion à Qui es-tu Alaska ?. Pourquoi ? Parce que nous retrouvons le même schéma au niveau des personnages : un jeune homme maladroit pas très doué dans les relations humaines qui tombe littéralement sous le charme d’une jeune femme aussi exubérante que mystérieuse. Mais finalement, ce sont bien là les seules vraies ressemblances, car Charlie+Charlotte ne ressemble ni à Nos étoiles contraires, ni à Qui es-tu Alaska ?. Ce roman a une profondeur, une richesse qui lui est propre et qui le rend fondamentalement unique. Je suis d’ailleurs bien en peine (et c’est bien la première fois depuis que j’ai ouvert ce blog) de vous détailler tous les enseignements et tous les messages dont est porteur ce petit pavé. Pourquoi ? Et bien parce que je pense que chaque lecteur, selon sa personnalité et selon son passé, y trouvera une ou des pistes de réflexion différentes. Nous avons ici un roman d’apprentissage à deux niveaux : celui de Charlie et celui du lecteur. Charlie fait son petit bonhomme de chemin, et le lecteur, sans s’en rendre vraiment compte, intériorise également énormément de choses en suivant le cheminement de Charlie. Et c’est vraiment, vraiment enrichissant.

Un peu plus haut, je disais que Charlie était un personnage atypique. Et c’est vrai si on se place du point de vue de la littérature young-adult. Mais si on élargie notre perspective, on se rend finalement compte que Charlie, tout comme les autres protagonistes, n’est pas si singulier que cela. Charlie pourrait être chacun d’entre nous : il est facile de s’attacher et de s’identifier à lui, qui ne ressemble nullement à un héros stéréotypé de roman mais qui au contraire peut très rapidement nous faire penser à quelqu’un que l’on connait, si ce n’est à nous-même. Les personnages de ce roman sont bien plus que cela : ils sont le portrait fidèle d’une génération. Charlie, Greta, James, Becca et Charlotte ne sont ni plus ni moins que des adolescents comme les autres, ni plus courageux ou plus doués. Et c’est cela qui les rend si attachants : on a tous dans notre entourage un Charlie qui ne sait pas comment s’y prendre avec les autres, une Becca qui s’accroche avec l’énergie du désespoir à la seule amitié qu’elle ait jamais eu, une Greta surprotectrice et maman poule, ainsi peut-être qu’une Charlotte fascinante et mystérieuse qui pourrait nous conduire à tout lâcher pour la rendre heureuse. On peut facilement s’identifier à l’un ou l’autre des personnages, et je pense que c’est grâce – ou à cause, comment savoir ? – de cela que cette histoire est si poignante, si émouvante, si saisissante.

Et à cela s’ajoute une narration exceptionnelle, qui mêle avec brio légèreté et gravité. C’est Charlie lui-même qui nous raconte cette histoire, son histoire, qui nous fait connaitre le regard qu’il porte sur le monde qui l’entoure, qui nous livre ses doutes et ses angoisses quant à son avenir. Charlie se confie, sans savoir que quelqu’un va lire ses confidences, et par conséquent, il ne se censure pas, il ne se restreint pas. L’auteur a su trouver les mots pour exprimer avec justesse et finesse ce qu’il ressent, et ces émotions sont décrites avec tellement de force et de précision qu’il me semble difficile de ne pas les ressentir en même temps que Charlie. L’auteur a véritablement une jolie plume, une plume qui donne vie à ses personnages et à son histoire, une plume qui happe le lecteur de la première à la dernière page. Mais ce livre ne se contente pas de jouer avec nos émotions, ce livre a aussi pour vocation de nous faire rire ou, à défaut, sourire. Pour cela, rien de mieux qu’un peu d’ironie bien cinglante et d’allusions hilarantes à d’autres œuvres littéraires ou cinématographique. Allusion spéciale à celle-ci, qui m’a beaucoup fait rire : « Il parle du nouveau prof de littérature. A Brighton, ils défilent comme les profs de Défense contre les forces du mal à Poudlard. ». Et c’est bien loin d’être la seule !

En bref, une lecture électrochoc que je ne regrette absolument pas. J’ai eu le plaisir de faire la connaissance de personnages aussi atypiques qu’attachants, qui en l’espace de 400 pages m’ont fait réfléchir sur énormément de sujets. J’ai eu la chance d’être le témoin d’une magnifique histoire d’amour aussi intense que maladroite, qui m’a ému aux larmes et qui m’a fait rêver. J’ai également eu la surprise de trouver en ce livre un pont entre la littérature et les sciences, une passerelle entre deux mondes qui me passionnent autant l’un que l’autre mais qui sont bien trop souvent considérés comme antithétiques. Ce livre m’a fait l’effet d’une montagne russe d’émotions : de l’espoir au désespoir, de l’allégresse à la tristesse, du rire aux larmes tout simplement. Cette lecture m’a littéralement bouleversée, déchirée, malmenée, mais c’est vraiment un très beau livre que je ne peux que conseiller sans restriction, à tous ceux qui n’ont pas peur d’avoir le cœur brisé par une belle histoire.

Ce livre a été lu dans le cadre de la Coupe des 4 maisons
(plus d’explications sur cet article)