samedi 10 juillet 2021

Le bruissement du papier et des désirs - Sarah McCoy

Le bruissement du papier et des désirs, Sarah McCoy

 Editeur : Pocket

Nombre de pages : 404

Résumé : Île du Prince-Édouard, au large du Canada, 1837. L’enfance de Marilla Cuthbert s’écoule, heureuse et paisible, dans le cadre enchanteur de la campagne, avec ses parents et son frère aîné, Matthew. À la mort brutale de sa mère adorée, Marilla se jure de veiller toujours sur son père et son frère. Mais aussi sur tous ces orphelins, ces fugitifs noirs-américains qui, traqués par les chasseurs d’esclaves, débarquent sur leurs côtes. Fidèle à ses principes, cette jeune femme éprise de liberté jettera toutes ses forces dans la bataille – au prix de ses désirs, au péril de sa vie…

 

- Un petit extrait -

« Marilla n’avait pas voulu le contredire, mais juste être précise. Elle n’avait jamais été très à l’aise avec les mondanités. Comment allez-vous ? Bien et vous ? Le temps est magnifique. En effet, Dieu donne le soleil et Dieu le reprend. Comment se porte votre mère ? Très bien, et la vôtre ? Bien, merci de poser la question. Etc. Deux personnes pouvaient converser ainsi pendant des heures pour finalement ne rien dire du tout. Certains estimaient peut-être qu’il s’agissait d’un tête-à-tête intime, mais pour Marilla, cela ne représentait qu’effort vain et ennui profond. Elle aurait largement préféré que les gens se taisent s’ils n’avaient rien d’intéressant à dire.  »

- Mon avis sur le livre -

 Depuis sa sortie française, j’ai vu passer ce titre sur tous les rayonnages de librairie ou d’espaces culturels, sans jamais m’y attarder : je ne lis pas souvent d’historique et préférait amplement rejoindre l’espace SFFF ! Puis, j’ai appris par deux amies qu’il s’agissait en réalité d’un roman relatant l’adolescence de Marilla Cuthbert (c’est-à-dire, pour ceux qui n’ont pas encore lu Anne de Green Gables, la mère adoptive de la petite Anne Shirley que j’aime tellement fort) … ou du moins la vision de Sarah McCoy de l’adolescence de Marilla Cuthbert. Et c’est justement ceci qui a fait se déchainer en moi deux émotions totalement contradictoires : d’un côté, j’étais immensément heureuse et curieuse de découvrir le passé des Pignons Verts, de retrouver Marilla et Matthew … et de l’autre, j’étais profondément inquiète et quelque peu indignée face à cette appropriation de l’univers et des personnages par une autrice qui n’est pas Lucy Maud Montgomery. Malgré tout, je me suis littéralement jetée dessus lorsque je l’ai trouvé au supermarché (dans un dérapage pas complétement contrôlé, mais qu’importe : j’étais peut-être affalée au sol, mais l’unique exemplaire était à moi) … et je ne l’ai pas regretté.

Tandis que sa mère, enceinte jusqu’aux yeux, se réjouit de l’arrivée imminente de sa sœur, Marilla, treize ans, s’inquiète en silence de ce grand bouleversement : d’aussi loin qu’elle se souvienne, jamais les Cuthbert n’avaient reçu d’invités pendant plusieurs mois … jamais les Cuthbert n’avaient reçu d’invités tout court. D’abord agacée par les idées qu’elle juge farfelues de sa tante, qui vient briser le quotidien austère et pragmatique de la maisonnée, Marilla doit cependant reconnaitre que tante Izzy apporte de la vie aux Pignons Verts, lui donnant envie de se faire des amis, et peut-être même de rêver au grand amour … Jusqu’au jour, terrible, où Clara Cuthbert meurt en couches, faisant promettre à Marilla de toujours veiller sur son père et son frère. Pour ne pas se laisser submerger par le chagrin, la jeune femme se jette à corps perdu dans la tenue de la maison : les tâches quotidiennes, utiles et répétitives, occupent toutes ses pensées et l’empêche de songer à tout ce qu’elle a laissé derrière elle pour tenir sa promesse. A tous ces rêves déchus qui ne cessent d’enserrer son cœur de regrets …

Il n’aura fallu que quelques pages à mes craintes pour s’envoler : Sarah McCoy n’a pas dénaturé l’esprit des Pignons Verts, bien au contraire, elle l’a sublimé. On ressent vraiment l’amour que l’autrice éprouve pour l’œuvre originale, on ressent bien que cette envie d’inventer l’adolescence de Marilla n’est pas dictée par des considérations commerciales mais bien par le besoin viscéral de répondre à la question innocente de la petite Anne : « Oh, Marilla, que s’est-il passé ? ». Cette question, les lecteurs d’Anne de Green Gables se la sont également posé : qu’est-ce qui a poussé Marilla à tourner le dos à ce qui semblait être le grand amour, qu’est-ce qui a fait d’elle cette femme austère qui réprime la moindre rêverie ou la moindre futilité comme les pires péchés du monde ? Pourquoi avoir étouffé cette douceur, cet humour, que nous distinguons malgré tout dans ces petits gestes d’affection, ces petits sourires réprimés ? Bien sûr, il ne faut pas perdre de vue que Sarah McCoy nous offre sa vision des choses, que Lucy Maud Montgomery aurait peut-être, et même sans doute, expliquer les choses différemment, mais ce que nous raconte Sarah McCoy sonne tellement juste, correspond tellement à la personnalité de Marilla adulte, que nous pouvons sans soucis tenir ce récit comme « vraisemblable » …

J’aimais déjà énormément Marilla adulte, mais je me sens encore plus proche de la Marilla adolescente, cette jeune fille si profondément attachée aux siens, si profondément attachée aux rituels du quotidien, cette jeune fille qui aimerait que rien ne change jamais, qui aime sa vie telle qu’elle est. C’est une adolescente discrète mais qui n’hésite jamais à défendre ses convictions, une jeune fille sensible mais qui ne se laisse jamais abattre, une jeune femme entièrement dévouée à ceux qui lui sont chers et qui fait toujours passer les autres avant elle-même. Marilla, c’est un bel exemple de courage et d’abnégation pour notre monde où chacun ne pense qu’à ses petits plaisirs et loisirs égoïstes sans songer un seul instant à ceux qui souffrent, à ceux qui peinent. Marilla, elle, a sacrifié son bonheur personnel pour se consacrer à sa famille, et plus globalement à ceux qui ont besoin d’elle : elle aurait pu laisser son père et son frère ainé se débrouiller seuls et se laisser courtiser par John Blythe, elle aurait pu poursuivre ses rêves, elle aurait également pu fermer les yeux sur la misère de tous ces petits orphelins esclaves … mais elle ne l’a pas fait : fidèle à ses principes, à ses promesses, Marilla « porte le fardeau des souhaits jamais exaucés ».

Mais l’histoire de la jeune Marilla est loin d’être une suite sans fin de tristesses et de désillusions, bien au contraire. Ce roman, c’est aussi la naissance de l’amitié avec Rachel : je m’étais toujours demandé comment deux femmes aux caractères aussi opposés avaient pu devenir aussi proches … Quand on pense que tout a commencé par une aiguille malencontreusement oubliée sur un fauteuil, on se dit que les amitiés les plus solides sont parfois aussi les plus simples ! J’ai par ailleurs beaucoup aimé la jeune Rachel, qui m’a d’une certaine façon fait penser à Anne avec sa manie de parler à tort et à travers, ce qui est assez rigolo quand on songe à leur première rencontre à venir ! D’ailleurs, tout dans ce roman est là pour préparer l’arrivée de la petite Anne aux Pignons Verts, pour reconstituer le paysage dans lequel elle va débarquer dans quelques années. Même la crainte de Matthew à l’encontre des femmes trouve son explication ! D’ailleurs, en parlant de ce brave Matthew, j’ai beaucoup aimé voir l’amour tendre qui unie le frère et la sœur, de voir que Matthew veille autant sur Marilla que Marilla sur lui. C’est doux, c’est émouvant, cette fratrie qui reste soudée tout au long d’une vie …

En bref, vous l’aurez bien compris, mes réticences et inquiétudes initiales ont très vite été balayées, remplacées par une estime et une admiration profondes. Car nous retrouvons dans ce roman tout ce qui fait la saveur unique des récits de Lucy Maud Montgomery, cette ambiance très particulière, entrer la douceur d’un foyer aimant et la rudesse de la vie rurale des années 1840 … Nous retrouvons cette retenue, cette discrétion, qui dit les choses tout en les taisant, car c’est parfois ce qu’on ne dit pas qui a le plus de force … Sarah McCoy rend ici un vibrant hommage à Anne et à sa créatrice, mais aussi un vibrant hommage à ces hommes et ces femmes qui ont risqué leur vie pour sauver celles d’innocents victimes de la cruauté humaine. Elle a vraiment su entremêler très joliment, très savamment, l’histoire et l’Histoire, elle a vraiment su entremêler, très habilement, ce que nous savons du passé des Cuthbert avec ce que nous ignorons. Le tout pour former un récit particulièrement poignant que j’ai tout simplement adoré : c’est une très bonne, une très belle surprise, et je suis vraiment très heureuse d’avoir « pris ce risque », très heureuse de ne pas m’être arrêtée à mes craintes premières pour donner cette chance à ce roman, à cette autrice !

samedi 3 juillet 2021

La guerre des clans, cycle 4, tome 4 : L'empreinte de la lune - Erin Hunter

La Guerre des clans, Erin Hunter

Cycle 4, tome 4 : L’empreinte de la lune

 Editeur : Pocket Jeunesse (PKJ)

Nombre de pages : 345

Résumé : Alors que le Clan du Tonnerre concentre toute son énergie à éviter une bataille mortelle, Pierre, l’Ancien, envoie à OEil de Geai une nouvelle vision : il doit se rendre sans tarder dans les montagnes afin de prêter secours à la tribu de l’Eau Vive. L’avenir de tous les clans dépend de son succès. Le guérisseur part aussitôt avec trois camarades. Mais il ignore qu’au même moment les guerriers sanguinaires d’Étoile du Tigre s’apprêtent à envahir leur territoire…

 

- Un petit extrait -

« Pierre cilla et Œil de Geai frémit à l'idée que les yeux aveugles du vieux matou le voyaient parfaitement.

- Ta voie te conduit dans les montagnes. L'endroit où je suis né, l'endroit où tous s'étaient déjà retrouvés par le passé. Tu dois y aller une fois encore pour boucler la boucle.

- Dans la Tribu de l'Eau Vive ? Ils ont des ennuis ?

Pierre garda le silence. Le bruit d'un caillou roulant derrière lui détourna l'attention d’Œil de Geai et, quand il voulut de nouveau interroger Pierre, celui-ci avait disparu. »

- Mon avis sur le livre -

 L’ouverture du blog, il y a bientôt cinq ans, a changé bien des choses dans mes habitudes littéraires. Tandis qu’auparavant, je dévorais, engloutissais, m’empiffrais, me goinfrais de livres sans jamais m’arrêter, n’attendant même pas cinq minutes avant d’entamer le suivant une fois le précédent terminé, je m’oblige désormais à attendre d’avoir écrit la chronique de ma dernière lecture avant de me plonger dans son successeur. Si j’y ai gagné sur certains points – je me souviens bien mieux de mes lectures, j’ai aussi le sentiment de mieux les avoir compris en profondeur –, j’y ai perdu du point de vue rythme de lecture et spontanéité : le planning de publication me pose bien des soucis, entre les délais de services presse qui se chevauchent parfois, la peur de vous lasser en parlant pendant des semaines d’une même saga … Et c’est ainsi que depuis 2016, j’ai délaissé ma saga préférée, continuant certes à acheter chaque nouveau tome le jour-même de leur sortie, mais ne m’autorisant pas à me lancer dans des marathons pour préparer la lecture de ces petits derniers. Ca faisait donc depuis sa sortie en 2016 que ce tome attendait sur les étagères, quelle tristesse ! Mais quelle joie de le découvrir enfin !

Les tensions entre les Clans semblent plus fortes que jamais, tandis que les guerriers du Clan des Etoiles exhortent leurs Clans respectifs à se dresser seuls face à la menace indéterminée qui approche et que les guerriers de la Forêt Sombre poursuivent sans relâche l’entrainement nocturne de leurs influençables apprentis. Préoccupés, les Trois élus de la prophétie ne savent pas ce qu’ils sont censés faire du pouvoir des étoiles qu’ils détiennent dans leurs pattes : comment peuvent-ils lutter contre un danger qui se tapit dans le secret des rêves ? Et comme si cela n’était pas suffisant, voici que le vieux Pierre ordonne à Œil de Geai de rejoindre les montagnes, de regagner la Tribu de l’Eau Vive, car c’est là-bas que se jouera l’avenir de tous les Clans, c’est là-bas aussi qu’il en apprendra plus sur cette fameuse prophétie qui pèse sur leur destin … Accompagné de trois de ses camarades, le guérisseur aveugle laisse donc derrière lui son Clan, à la merci d’une menace dont ils ignorent tous l’existence, en espérant avoir fait le bon choix, en espérant que ce périple lui apportera les réponses dont il a besoin pour prendre les bonnes décisions et protéger au mieux tout ce qui lui est cher …

Que dire, hormis que chaque tome de ce cycle est encore meilleur que le précédent, et que je ne sais plus, à force, comment l’exprimer ? A chaque fois que l’on pense avoir deviné le tournant que va prendre l’intrigue, les autrices parviennent à nous surprendre un peu plus en lui faisant faire un détour complétement inattendu, mais parfaitement bienvenu. Je me préparais déjà à pleurer toutes les larmes de mon corps car j’étais intimement convaincue que la Forêt Sombre allait lancer l’assaut et que ça allait probablement être déchirant à souhait, mais finalement, c’est un tout autre chemin qu’emprunte l’intrigue … Le passé refait surface, au moment où l’on s’y attend le moins, et contre toutes attentes, il est peut-être la clé qui permettra de sauver l’avenir. Car Œil de Geai va progressivement le comprendre : tout est intimement et profondément lié. J’ai vraiment beaucoup aimé comment le passé, le présent et le futur s’entremêlent dans cet opus, comment les destinées collectives et individuelles se croisent et se nouent pour former un entrelacs délicat et complexes. Fil après fil, le lecteur reconstitue la toile qui unie les Anciens, la Tribu et les Clans, découvre l’origine de cette prophétie à nulle autre pareille, et prend pleinement conscience de l’importance de la quête des Trois : ils portent bien plus sur leurs frêles épaules que ce qu’on pouvait l’imaginer.

Je trouve d’ailleurs que c’est le gros point fort de ce cycle, de ce tome : le paradoxe entre le poids des responsabilités et la fragilité de nos héros. Tous, Œil de Geai comme Pelage de Lion, Aile de Colombe comme Feuille de Lis, sont en proie au doute, au découragement, à la colère aussi. Ils sont prisonniers d’une destinée qu’ils n’ont pas choisie, ils envient l’insouciance et l’innocence de leurs camarades qui n’ont pas à porter sur eux l’avenir de tous les Clans, ils aimeraient pouvoir au moins une fois dans leur vie profiter pleinement de l’instant sans que leurs devoirs ne les rattrapent. Œil de Geai m’a particulièrement touchée dans cet opus : lui qui se montre si acariâtre, si sarcastique, si grincheux, nous dévoile sans le vouloir une facette bien plus douce de sa personnalité. On se rend finalement compte que, dans un autre temps et un autre lieu, ce jeune chat aurait pu être totalement différent, bien plus heureux et épanoui. Mais une fois encore, Œil de Geai ne peut se permettre de penser à lui, il doit une fois encore se sacrifier pour le bien de tous et de toutes, de ceux qui ont vécu et de ceux qui vivront. Quel courage et quelle abnégation, clairement, Œil de Geai devient tout doucement l’un de mes personnages préférés, et son histoire m’émeut tellement …

Et ce que je trouve de plus en plus extraordinaire, c’est vraiment cet équilibre si parfait et pourtant si précaire entre l’action et l’émotion, entre les mystères et les révélations, entre l’ombre et la lumière. Certains passages sont vraiment palpitants, ils font s’emballer le petit cœur du lecteur : tantôt, c’est un aigle qui surgit des cieux, toutes serres dressées, bien décidé à se régaler d’un pauvre petit minou, tantôt, c’est le sol qui s’effondre sous les pattes d’une pauvre petite minette, révélant des tunnels qui renferment bien des dangers … et des secrets. D’autres passages sont tout simplement effrayants, ils font trembler le lecteur complétement happé par l’histoire : comment ne pas frémit d’effroi lors des horribles entrainements nocturnes, que l’on sait avoir des répercussions dans le monde réel ? D’autres passages sont particulièrement bouleversants : pauvre Belle Eglantine, qui ne supporte plus d’être un tel poids mort pour ses camarades, qui ne supporte plus cette inactivité, cette oisiveté imposée par sa paralysie. Et pauvre, pauvre petite Pluie de Pétales, délaissée par sa mère et honteusement jalouse de sa sœur … Ce que j’aime beaucoup, c’est vraiment que chaque lecteur peut se sentir proche de l’un ou l’autre chat, car ce qu’ils vivent est finalement fort similaire à ce que chaque lecteur peut vivre un jour ou l’autre …

En bref, vous l’aurez bien compris, difficile d’en dire plus de peur de trop vous divulgacher l’intrigue, mais c’est vraiment un opus que j’ai adoré, et ce fut même très difficile de reposer le livre chaque soir pour aller se coucher ! Plus ça avance, plus je pense que ce cycle va être capable de concurrencer le premier dans mon cœur, tant il est captivant et poignant : j’aime beaucoup comment il « récapitule » les enjeux de tous les cycles précédents, comment il les noue et les sublime, pour offrir au lecteur une aventure incroyablement palpitante ! J’aime aussi comment les autrices parviennent à disséminer par-ci par-là des petits indices, des révélations aussi subtiles que tonitruantes : ça n’a l’air de rien, mais on sent que ce n’est que les prémices de quelque chose d’encore plus grand, et ça donne vraiment envie de voir comment ces petites gouttelettes vont se mêler au fleuve de l’intrigue ! Et même si on sent que le tsunami est proche, et qu’il va faire pas mal de victimes, même si on sent que plus rien ne sera jamais comme avant, on a vraiment hâte de découvrir la suite de l’histoire ! A mes yeux, c’est un cycle qui malheureusement ne plaira pas à tout le monde, car les autrices osent aller plus loin que ce qu’elles ont fait jusqu’alors, mais pour ceux qui sont prêts à les suivre au bout du monde, c’est un condensé de bonheur à l’état pur !

jeudi 1 juillet 2021

Le bilan du mois de juin 2021

- Bilan du mois de juin 2021 -

 

Un mois un petit peu compliqué, la faute aux partiels qui approchaient à grand pas, avec tout le stress qui va avec … Je n’ai pas vraiment pu lire autant et de façon aussi sereine que je le souhaitais, mais une chose est sûre : ma pile à lire est véritablement en train de faire un régime d’été, vu que je n’achète rien et que je ne demande plus de nouveaux services presse pendant quelques temps ! Je suis bientôt à jour sur les services presse en attente, justement, quel soulagement !

 

- Les livres lus -

 Durant le mois de juin, j’ai lu 8 livres :

- Krog Macherok et le venin des Hautes Terres (Guilhem Méric)
- Rêves, tome 1 : Le Coeur des flammes (Cédric Roux et Robin Marcoux)

- Rêves, tome 2 : L'Eveil de l'Onde (Cédric Roux et Robin Marcoux)

- La guerre des clans, cycle 5, tome 2 : Coup de tonnerre (Erin Hunter)

- Une place à prendre (J.K. Rowling)

- Legend, tome 1 (Marie Lu)

- Legend, tome 2 : Prodigy (Marie Lu)

- Legend, tome 3 : Champion (Marie Lu)

Soit :

- 6 lectures personnelles
- 2 services de presse

- 8 romans (dont 2 tomes uniques, 2 premiers tomes, 4 suites de sagas)

 Pour un total de 3173 pages !

 

- Sur le blog -

 Durant le mois de juin :

 4 chroniques ont été postées sur le blog :

- Les enfants du chaos (Ellie Gapr)
- Krog Macherok et le venin des Hautes Terres (Guilhem Méric)

- Rêves, tome 2 : L'Eveil de l'Onde (Cédric Roux et Robin Marcoux)

- Le trône de fer, tome 2 : Le donjon rouge (George R.R. Martin)

 J’ai également posté le bilan du mois de mai.

 Vous avez été 100 à visiter le blog et vous avez lu 375 pages.

 

- La pile à lire pour juillet -

 En juillet, je compte lire :

- La guerre des clans, cycle 5, tome 3 : La première bataille (Erin Hunter)
- Les Portes du secret, tome 1 : Le Poison écarlate (Maria V. Snyder) - relecture

- Les Portes du secret, tome 2 : Le Souffle d'émeraude (Maria V. Snyder) - relecture

- Les Portes du secret, tome 3 : Les Secrets d'opale (Maria V. Snyder) - relecture

- Les Chroniques occultes, tome 1 : L'appel d'Am-Heh (Guy-Roger Duvert)

- La guerre des clans, cycle 5, tome 4 : L'étoile flamboyante (Erin Hunter)

- La servante écarlate (Margaret Atwood)

- Divergences 001 (Collectif)

- Room (Emma Donoghue)

- La guerre des clans, cycle 5, tome 5 : Une forêt divisée (Erin Hunter)

samedi 26 juin 2021

Le trône de fer, tome 2 : Le donjon rouge - George R.R. Martin

Le trône de fer2, George R.R. Martin

Le Donjon rouge

 Editeur : J’ai lu

Nombre de pages : 541

Résumé : Jouet de perfides intrigues nouées dans l'ombre autant que de grands seigneurs qui n'attendent qu'une occasion pour se rebeller, Eddard Stark, main du roi, tente d'y faire régner l'ordre et la justice au nom de son souverain... Mais ses efforts semblent vains. Car comment protéger le roi Robert Baratheon des complots alors que celui-ci n'aspire qu'à braver le danger ? Comment imposer la paix à des barons qui ne rêvent que de batailles et de pouvoir ? Et de plus, comment résister à cet engrenage infernal alors qu'au-delà des mers, une armée s'assemble pour fondre sur le royaume ?

 

- Un petit extrait -

« La plupart d’entre nous ne possédons pas tant de force d’âme. Que pèse l’honneur, contre l’amour d’une femme ? Que pèse le devoir, contre un nouveau-né qu’on étreint…, ou contre le souvenir d’un frère qui sourit ? Du vent, des mots. Des mots, du vent. Nous ne sommes que des créatures humaines, et les dieux nous ont créés en vue de l’amour. C’est là notre auguste gloire, là notre auguste tragédie. »

- Mon avis sur le livre -

 Prudence est mère de sureté, assenait mon arrière-grand-mère. Suivant ses conseils avisés, j’attends généralement d’avoir lu et apprécié le premier tome d’une saga avant d’acheter les tomes suivants : inutile de dépenser de l’argent pour des livres que je ne lirais jamais, ou alors à contrecœur ! Il m’arrive cependant, de temps à autre, de piétiner allégrement cette prudence savamment entretenue, et de tenter un coup de poker … C’est ce qui s’est passé pour Le trône de fer : alors même que je n’avais aucune certitude que le premier opus allait me plaire, j’ai tout de même acheté le coffret contenant les trois premiers tomes. Je dois avouer qu’à la fin du premier, je le regrettais quelque peu : ça n’avait pas été une mauvaise lecture, loin de là, mais ça ne m’avait pas non plus transcendée autant que je l’espérais vu la popularité de la saga et de la série … Toutefois, possédant donc le deuxième tome, j’ai décidé de donner sa chance à ce dernier, et j’ai drôlement bien fait, car il est clairement meilleur que le premier !

Cela faisait bien longtemps que le Royaume des Sept Couronnes n’avait pas connu pareils troubles ! De partout, la discorde sème ses graines : jeux de pouvoir, soifs de vengeance et rêves de gloire germent dans les cœurs et les esprits des puissants de ce monde. Ici, c’est Catelyn Stark qui détient le rejeton Lannister, ce dernier étant menacé par la folie furieuse du petit sire des Eyrié. Là, c’est Eddard Stark qui se débat avec son foutu titre de Main du Roi, obligé de gouverner à la place de ce dernier qui s’en va chasser le sanglier alors que sa propre femme lui fait des enfants dans le dos – plus ou moins littéralement – et que le mystère qui entoure l’assassinat de son prédécesseur s’apprête à être levé. Ailleurs, c’est le jeune Robb Stark qui, du haut de ses quinze ans, veille farouchement sur le domaine et l’honneur familial et de voit contraint de prendre de lourdes décisions pour son jeune âge. Encore plus loin, c’est Jon Snow qui se trouve à la croisée des chemins : l’heure de prononcer ses vœux approche, mais le jeune bâtard se débat encore avec sa conscience pour savoir ce qu’il doit faire …

Tandis que le premier tome restait très introductif, présentant progressivement au lecteur quelque peu perdu la foule immense de protagonistes qui font et sont l’histoire (et l’Histoire), ce deuxième opus rentre enfin dans le vif du sujet : la guerre. Terminés, les ronds de jambe à la Cour. Achevés, les luttes à l’épée de bois. Envolés, les tournois festifs. Tout n’est désormais plus que trahisons et machinations, tandis que chacun œuvre dans l’ombre pour assouvir ses sombres desseins et dissimuler ses obscurs secrets. Car autour du trône, rien n’est jamais ce qu’il semble être : on ne peut se fier à personne, même et surtout pas à soi-même. Car que valent vos belles valeurs, que vaut votre bel honneur, quand la survie de ceux qui vous sont chers est en jeu ? quand on vous promet miséricorde pour mieux vous poignarder dans le dos une fois que vous vous serez parjuré ? comment faire le bon choix lorsque votre cœur est tiraillé entre deux voies opposées ? existe-t-il seulement une bonne décision à prendre, ou n’est-ce qu’une illusion pour soulager notre conscience ? Chapitre après chapitre, nous voyons nos protagonistes se débattre avec ces divers questionnements, avec leurs doutes, leurs espoirs, leurs peines. On en plaint certains, et d’autres moins, mais une chose est sûre : on tourne chaque page avec une appréhension et une fascination croissantes.

Car disons-le clairement : d’un côté, on ne peut qu’être effrayé par cette escalade de violence et on la déplore, mais de l’autre, on sent bien que la guerre est inévitable, qu’il faut qu’elle éclate comme l’orage qui couve pendant des semaines de canicules avant de déverser son tonnerre fracassant sur le monde. Le Royaume est gangréné par les ressentiments et les ambitions, par l’amertume et la convoitise. Il y a les derniers Targaryens, exilés au loin, bien décidés à reprendre le trône qui leur revient de droit. Il y a la reine et ses inavouables secrets qui ne rêvent que de voir la couronne sur la tête de son rejeton. Il y a les Stark qui se débattent entre leur honneur et leurs impulsions belliqueuses. Il n’y a, finalement, ni gentils ni méchants : il n’y a que des hommes et des femmes convaincus que leur voie est meilleure que celle du voisin, il n’y a que des hommes et des femmes qui font tout ce qu’ils peuvent pour survivre et/ou assouvir leurs pulsions et passions. C’est une histoire qui ne montre clairement pas le meilleur de l’être humain, qui montre bien plus le côté sombre qui se cache au cœur de chacun : dans un monde impitoyable où le fort survit et le faible meurt, où les rivalités entre les maisons dictent les agissements de chacun depuis des générations, où les alliances se font et se défont selon ce que chacun peut en retirer personnellement, il faut se battre pour rester en vie. Il faut vaincre, à n’importe quel prix.

Quand on y réfléchit, cela peut sembler assez horrible d’apprécier ce genre de récit. Mais je pense vraiment que si on se laisse tellement happer par cette histoire, c’est avant tout parce qu’elle est remarquablement bien menée et racontée. Alors bien sûr, la fluidité de la traduction laisse toujours à désirer, mais cela n’empêche désormais plus de savourer pleinement ce remarquable roman-choral, où les destinées individuelles s’entremêlent pour former une immense trame. Si cela peut perturber au début, il y a vraiment quelque chose de fascinant à suivre cette grande Histoire en suivant les petites histoires de chacun, du plus puissant au plus humble. On apprécie tout autant suivre Catelyn ou Robb que Bran et Arya, quand bien même ces deux derniers ne jouent pas un rôle actif dans cette intrigue et ne sont finalement que des victimes collatérales de ces cruels jeux de pouvoir et de vengeance. On se sent quelque peu privilégié d’avoir une vue aussi globale de toute cette affaire, alors que chacun des protagonistes n’en connait qu’une infime partie. Et le plus incroyable finalement, c’est que subtilement mais joliment, on sent que la narration s’adapte intimement au personnage dont nous suivons le moins de vue : c’est très discret, justement car c’est bien fait !

En bref, vous l’aurez bien compris, je suis vraiment heureuse d’avoir laissé sa chance à cette saga alors que le premier opus ne m’avait pas pleinement convaincue … En effet, ce deuxième tome a su rattraper le coup : c’était vraiment super palpitant ! On se laisse vraiment porter et transporter par cette histoire aussi sombre que puissante : on se laisse prendre au jeu, finalement, et on meurt d’envie de savoir comment toute cette sombre histoire va bien pouvoir se terminer. On commence vraiment à comprendre qu’il ne faut s’attacher à personne, que l’auteur n’hésitera jamais à tuer allégrement des personnages jusqu’alors principaux, qu’il n’épargnera personne et surtout pas son lectorat. Et c’est justement parce qu’on subit les mêmes pertes que les personnages qu’on se sent étrangement si proches d’eux, alors que nous n’avons absolument rien en commun avec eux. Mais le plus dingue, c’est que même si on sent que ce n’est que le début, que le pire reste encore à venir, on ne peut tout de même pas s’empêcher d’avoir envie de découvrir cette suite. Parce qu’une fois qu’on s’est laissé happé par Le trône de fer, rien à faire, on ne peut plus faire marche arrière …