mercredi 17 novembre 2021

Anne de Redmond - Lucy Maud Montgomery

Anne de Redmond, Lucy Maud Montgomery

 Editeur : Monsieur Toussaint Louverture

Nombre de pages : 335

Résumé : Anne Shirley, qui a désormais 18 ans, poursuit ses rêves d’études supérieures et d’envolées créatives. Et c’est en compagnie de Gilbert Blythe, Charlie Sloane et Priscilla Grant qu’elle découvre Redmond, l’Université de Kingsport en Nouvelle-Écosse. Au programme : cours, écriture, nouvelles rencontres et surtout, toutes sortes de mésaventures ô combien romantiques. Sans oublier les retours à Green Gables pour se ressourcer, entretenir les vieilles amitiés, garder sur le droit chemin un turbulent petit garçon… et recevoir sa première demande en mariage !

 

- Un petit extrait -

« Quand elle arriverait à la fin de son existence, elle ne voulait pas faire face à la suivante, tremblant de terreur à l’idée de quelque chose de totalement différent, quelque chose à quoi ses idéaux, ses pensées et ses aspirations ne l’auraient pas préparée. On ne devait pas vivre pour les petites choses de la vie, bien que douces et merveilleuses en tant que telles ; il fallait aspirer et s’attacher à plus grands ; la vie au paradis devait commencer sur Terre. »

- Mon avis sur le livre -

 D’aussi loin que je me souvienne, depuis ma plus tendre enfance, mon esprit et mon cœur rêvent de l’Amitié avec un grand A, cette amitié qui dure toute une vie … mais au fil des désillusions, toujours plus nombreuses et douloureuses au fur et à mesure que les années passaient, j’ai dû me rendre à l’évidence, me résoudre à accepter cet état de fait : cela ne servait à rien de m’obstiner encore et encore, je n’avais pas le droit à cette grande Amitié tant espérée et devait me résigner à la solitude. Cette dernière est toujours plus facile à supporter que la souffrance d’être rejetée, abandonnée, critiquée par ceux-là mêmes que je considérais comme de véritables amis ou l’humiliation de découvrir que ce n’est que par pitié ou pour obéir à leurs parents que certains m’ont « généreusement » acceptée à leurs côtés … Mais au fond de moi subsiste envers et contre tout cette conception si « romanesque » de l’Amitié, qui m’apparait plus désirable encore que l’arrivée du Prince Charmant : je donnerai n’importe quoi pour qu’Anne, ma plus fidèle et plus agréable amie de papier, sorte soudainement des livres dans lesquels elle est enfermée pour panser ces bleus à l’âme et au cœur, pour me prouver que j’ai raison de continuer, encore, à rêver de l’Amitié …

Les rêves d’Anne, quant à eux, sont sur le point de se réaliser enfin : il est temps pour elle d’entrer à Redmond, en Nouvelle Ecosse, pour reprendre ses études universitaires interrompues quelques temps auparavant ! Si la jeune femme est follement enthousiaste à l’idée de faire de nouvelles rencontres, d’apprendre de nouvelles choses et de vivre de nouvelles expériences, elle doit bien avouer être terriblement triste et angoissée à l’idée de quitter la douceur de Green Gables, la beauté d’Avonlea et l’Ile du Prince Edouard … et encore plus à l’idée de quitter sa chère Marilla, l’intenable Davy, la sage Dora, sa fidèle Diana et même la brave Madame Lynde ! Qu’il est difficile pour l’ancienne orpheline de quitter tout ce et tous ceux qui ont rempli son cœur de joie et d’amour depuis qu’elle a posé le pied sur l’Ile ! Heureusement pour Anne, elle ne sera pas toute seule à Kingsport : il y aura Priscilla Grant, qui logera dans la même pension qu’elle, Charlie Sloane … sans oublier Gilbert Blythe, dont la seule évocation suffit désormais à la faire rougir. Les années à venir s’annoncent radieuses, riches en rebondissements et en bouleversements : même l’optimisme débordant d’Anne ne suffit pas à lui faire oublier que rien ne sera désormais plus jamais comme avant …

Le moins que l’on puisse dire, c’est que retrouver Anne, c’est toujours synonyme de réjouissantes et merveilleuses retrouvailles, et retourner à Avonlea, c’est toujours comme revenir chez soi après un éprouvant et épuisant voyage … C’est difficile à expliquer, mais c’est vraiment ce que je ressens à chaque fois que je m’apprête à ouvrir un des tomes de la saga : une joie et un apaisement immenses à la simple idée de revenir à la maison et de retrouver une amie très chère. D’un seul revers de page, tous les petits et les gros tracas sont oubliés, chassés, et ils restent bien sagement dans le placard durant tout le temps que je suis plongée dans cette petite bulle de douceur que nous offre l’autrice. Je me doute que c’est quelque chose qui risque de rebuter bien des lecteurs contemporains, car de nos jours, tout ce qui est « bourré de bons sentiments » ou qui ressemble un peu trop à « un long fleuve tranquille » est perçu comme « niais et inintéressant » … C’est qu’on aime le croustillant, le sensationnel, l’extraordinaire, aujourd’hui ! Alors que dans les aventures d’Anne, vous ne trouvez que le romanesque des petites choses du quotidien, le rocambolesque de la vie de tous les jours. Avec elle, la simplicité et la banalité de l’existence acquièrent une saveur nouvelle : avec elle, on se dit que finalement, la plus grande et la plus belle aventure qu’on devrait avoir envie de vivre à fond, c’est bien la vie, notre vie !

C’est en effet la grande force d’Anne : cette résilience (terme ô combien à la mode), cette capacité à rebondir et à ne jamais se laisser abattre par les événements, à toujours voir le bon côté des choses. C’est quelque chose que j’admire énormément chez elle : elle ne se laisse jamais dominer bien longtemps par l’angoisse ou le désarroi, elle ne se laisse jamais décourager bien longtemps par un échec ou un obstacle. Car, en dépit de toute la légèreté qui se dégage du récit, il y a tout de même des moments plus tristes, plus sombres, des instants où la bonne humeur légendaire d’Anne vacille … Bien que toujours aussi lumineuse, Anne perd quelque peu de son insouciance au fur et à mesure que la vie la confronte à des pertes, à des doutes, à des regrets. Anne entre dans l’âge adulte, avec tout ce que cela représente de nostalgie et d’inquiétudes, tout ce que cela implique de décisions et de tourments. Il faut dire qu’Anne, malgré toute sa curiosité et son attrait pour la découverte, n’en reste pas moins une petite âme sensible que les bouleversements chagrinent, que l’inconnu effraye … C’est ce qui me la rend si attachante : nous nous ressemblons. Anne peine à tourner la page, à accepter de perdre la douce sécurité de la routine et de la stabilité, à prendre le risque de la nouveauté. Mais dans le même temps, Anne a envie de croquer la vie à pleines dents avec tout ce qu’elle a à offrir !

Car ce tome, c’est vraiment celui où notre petite Anne s’épanouit comme une fleur au soleil : plus jolie et rayonnante que jamais, elle attire les regards et les cœurs sans même s’en rendre compte. Elle a la vie devant elle, et malgré ces « crises de nostalgie aigue » qui l’agitent par moment, Anne n’en reste pas moins la grande rêveuse que nous connaissons : alors que ses amies les plus proches se fiancent voire se marient, elle attend encore et toujours le Prince Charment de ses songes … Et alors même que, généralement, tout ce qui ressemble de près ou de loin à des amourettes me hérisse le poil, j’ai été la première surprise à apprécier les pérégrinations sentimentales de notre jeune Anne, qui ne sait absolument pas quels sont les désirs de son cœur … oui qui refuse de les admettre, parce qu’elle reste cette jeune femme un peu trop têtue et bornée qui a su conquérir nos cœurs de lecteurs ! Certains passages sont tout simplement à mourir de rire, tant les situations sont cocasses ou ubuesques, et d’autres moments sont bien plus émouvants, car on sent que quelque chose de crucial est en jeu. Plus d’une fois, on a envie de secouer Anne pour lui remettre les idées en place, parce qu’on s’inquiète de son avenir comme si c’était notre meilleure amie ou notre petite sœur ! Et Anne ne serait pas Anne si elle ne nous faisait pas des frayeurs jusqu’à la toute dernière seconde !

En bref, je pense que je vais m’arrêter là, car vous l’aurez bien compris : je suis toujours sous le charme d’Anne ! Tant et si bien que durant toute ma lecture, j’ai été tiraillée entre cette impossibilité de m’arrêter de lire, tant j’étais heureuse d’être avec Anne, et cet effroi grandissant de voir s’approcher la fin, et avec elle le moment où il me faudrait quitter Anne jusqu’à la sortie du tome suivant ! Car finalement, je n’ai jamais eu le sentiment de « lire un roman », mais toujours de « cheminer avec Anne » : il y a vraiment cette complicité qui se noue entre elle et le lecteur, qui nous donne cette impression viscérale qu’elle fait pleinement partie de notre vie … Et elle la rend tellement, tellement plus jolie ! Quoi qu’il m’arrive, il me suffit de lire quelques pages d’Anne pour me sentir soudainement plus légère, plus joyeuse, moins anxieuse, moins triste … Anne, c’est un rayon de soleil qui réchauffe le cœur et l’âme, un petit feu follet qui ravive en nous la quiétude des beaux songes d’enfants. Avec sa joie irrésistible de vivre, avec sa gentillesse à toute épreuve, Anne tisse tout autour de nous un véritable petit cocon qui nous protège de tous les assauts du monde extérieur. C’est vraiment incroyable, à quel point il suffit de quelques phrases pour retrouver le sourire, la paix intérieure. Alors un seul conseil : lisez, tout simplement !

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