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lundi 17 avril 2017

Les Recycleurs - Michel Hutt



Les recycleurs, Michel Hutt

Editeur : Yves Michel
Nombre de pages : 302

Résumé : [Tome 2 du Cri du Colibri. Peut se lire indépendamment du premier mais il est fortement recommandé par l’auteur, l’éditeur et moi-même de lire le premier avant.] Quatorze ans après le début de la Grande Crise, Léo parcourt les routes au sein de la Confrérie des Amandiers. Comme toutes les caravanes de Recycleurs, ces artisans nomades tentent de relancer une activité économique à échelle humaine, basée sur les principes fondamentaux de la transition : sobriété heureuse, coopération, communication non-violente, créativité.




- Un petit extrait -

« Léo ouvrit les yeux bien avant l’aube. Sur un arbre du Champ de Mars, un merle s’égosillait à perdre haleine. Le jeune homme écouta, charmé, ce virtuose anonyme. Ignorant tout de l’œuvre d’Olivier Messiaen, il se demanda si un compositeur avait déjà tenté de puiser son inspiration dans cette musique naturelle et intemporelle. Etait-il seulement possible de rendre au moyen d’un instrument – ou d’un orchestre – la palette infinie de sonorités qu’un simple volatile maitrisait à la perfection, sans même avoir mis les pieds dans un conservatoire ? »

- Mon avis sur le livre -

Quand j’ai appris qu’il y allait avoir un deuxième tome au fabuleux (mais trop peu connu malheureusement) Cri du Colibri, j’ai commencé à danser la samba, la salsa et même le tango dans ma chambre, trébuchant toutes les deux secondes contre un sac ou une pile de livres sans-étagère-fixe. J’avais littéralement adoré le premier volume, au point de ne pas réussir à en écrire une chronique digne de ce nom (ceci devrait d’ailleurs être réglé très prochainement : une relecture du Cri du Colibri s’impose et une actualisation de la chronique devrait donc suivre) tellement l’émotion était forte. Je dois bien vous admettre que la rédaction de cet article n’est pas vraiment plus facile : l’auteur pourra vous le confirmer (un petit coucou à Michel s’il passe par là !), mon agitation post-lecture était assez impressionnante. Je vous explique ça en détail un peu plus bas, ne vous inquiétez pas !

Il y a quatorze ans de cela, la Grande Crise déclenchée par un choc boursier considérable a ravagé l’Europe. Pour survivre suite au désengagement de l’Etat et des aides humanitaires et en dépit des pénuries d’énergie, il a fallu s’organiser différemment. Tandis qu’à Mulbach, petit village alsacien niché au pied des Vosges, une véritable communauté basée sur « l’autonomie, la sobriété heureuse, la solidarité et la collégialité » s’est progressivement mise en place, les Confréries de Recycleurs sillonnent les routes afin d’offrir leurs services d’artisans spécialisés à qui accepte d’accueillir leur campement itinérant. Léo est Aspirant dans la Confrérie des Amandiers, mais son attention est actuellement plus attirée par Clara, la fille de la Patriarche, que par son passage imminent au statut de Novice … A Muhlbach, l’harmonie de la petite famille de Léa se voit ébranlée par le retour inattendu d’une vieille connaissance, tandis que le questionnement se fait de plus en plus fort au sein de la collectivité : que se passe-t-il au-delà des limites de la plaine d’Alsace ?

La grande particularité de ce deuxième tome, c’est qu’il se déroule quatorze ans après les événements du premier volume : les ellipses temporelles aussi longues, ça ne court pas les rues, pour la simple et bonne raison que c’est assez délicat à gérer. Il faut apporter suffisamment d’informations pour que le lecteur comprenne les événements qui se sont déroulés entre temps sans pour autant le submerger ou l’embrouiller. Il faut trouver l’équilibre, le juste milieu, le bon dosage … Monsieur Hutt est un alchimiste hors pair ! Les explications qu’il nous donne, autant sur la transformation de la société suite à la Grande Crise que sur les changements dans la vie des personnages, réunissent parfaitement ces deux exigences : pas une seule fois on se dit « Mince, mais comment ils en sont arrivés là, ce n’était pas comme ça à la fin du premier !? », mais on ne se dit pas non plus « Non mais c’est bon, on a compris, pas besoin d’épiloguer là-dessus pendant trois pages ! ». Non, on se laisse porter par ces renseignements bienvenus et bien menés, on les boit comme du petit lait !

 L’autre caractéristique de ce roman, c’est sa double narration : nous suivons alternativement les pérégrinations de Léo, adolescent impliqué dans une caravane de Recycleurs parcourant la France pour offrir services et divertissements, et le quotidien mouvementé des habitants de Muhlbach, qui commencent progressivement à ressentir le besoin de savoir à quoi ressemble le monde. Petit à petit, ces deux intrigues parallèles convergent l’une vers l’autre, se répondent et s’entremêlent pour former un scénario des plus captivants. Parce qu’avant toute chose, ce récit est justement cela : une histoire passionnante, émouvante, parfois dramatique et tragique, mais toujours illuminée par cette formidable lueur d’espoir qui brule à l’intérieur de chacun des personnages. Et quels personnages ! A eux seuls, ils font toute la force et la richesse de ce roman : leur personnalité profondément humaine, leurs qualités et leurs défauts, leurs joies et leurs peines les rapprochent du lecteur, qui peut ainsi très facilement s’identifier à l’un ou à l’autre et vivre ainsi plus intensément le récit. 

Mais ce livre est bien plus qu’une simple fiction destinée à faire rire ou pleurer le lecteur au gré des rebondissements de l’intrigue. Ce livre met en avant, avec beaucoup de finesse, par l’intermédiaire de la Chartre de la Confrérie des Amandiers ou celui du fonctionnement harmonieux du petit village alsacien, un certain nombre de valeurs qui font cruellement défaut à notre société de consommation et d’hyper-numérisation : le partage, la solidarité, l’échange et la confiance mutuelle. A cela s’ajoute également la présentation d’un mode de vie basé sur le respect des ressources naturelles, l’autosuffisante alimentaire, la modération dans la consommation d’énergie, mais également la coopération, la communication et la participation de chacun au bien-être de tous. Avec une lucidité rare, l’auteur expose les bienfaits de cette organisation sociale, mais aussi les difficultés que peut rencontrer la mise en place et le maintien de ce genre d’initiatives. L’équilibre est toujours fragile, et il suffit parfois de bien peu de choses pour que les mauvaises habitudes reprennent le dessus … cela, ce livre le montre aussi, dans une fin aussi grandiose que bouleversante, qui ouvre la porte à une impatience extrême : « A quand la suite ?! ».

En véritable conteur et fabuliste moderne, Michel Hutt nous offre une fois de plus un roman d’une richesse inouïe, aux messages multiples et à la narration éblouissante. Construit autour d’une famille aussi hétéroclite que soudée, ce récit s’ouvre à une ribambelle de personnages tous aussi attachants les uns que les autres, qui témoignent chacun à leur manière de la dynamique qui anime la vie. Ode à la camaraderie et à la fraternité, à l’entraide et à la solidarité, mais aussi à l’amour et à l’amitié, cette histoire est une véritable bouffée d’air frais : si le découragement et les tracas semblent parfois prendre le dessus sur l’optimisme et la joie, tout fini toujours par s’arranger lorsqu’on s’appuie les uns sur les autres. A plusieurs, le monde est définitivement bien plus agréable à habiter !

mercredi 27 juillet 2016

Le cri du colibri - Michel Hutt



Le cri du colibri, Michel Hutt

Editeur : Yves Michel
Nombre de pages : 314

Résumé : Dans un futur proche, à la veille d’une crise généralisée, se croisent un quadra parisien stressé aux prises avec une ado rebelle, un vieux menuisier oublié des siens, une jeune fille des banlieues qui fuit le machisme et la violence, un trader qui perd les pédales, un notaire amateur de rock’n’roll et une jeune maman un peu provocatrice éprise de littérature. Tous ont entendu à un moment ou à un autre le Cri du Colibri, et décident de « faire leur part » avec confiance et lucidité. Ils choisissent de cultiver la bienveillance, la solidarité et l’enthousiasme plutôt que le repli sur soi ou la résignation.



- Un petit extrait -

« Un jour, dans un pays magnifique à la végétation luxuriante où tout le monde vivait bien peinard en se gavant de fruits délicieux, le feu se déclenche et commence à se propager. Bien sûr, tous les animaux se barrent ventre à terre pour fuir le danger et abandonner leur petit paradis à son triste sort. Tout à coup le tatou, qui court en tête du groupe, voit un petit colibri qui se pointe en sens inverse. Il s’arrête et interpelle l’oiseau. "Eh toi, le petit machin à plumes, va pas par là-bas, tu vas te cramer". Le colibri bat des ailes sur place, et il lui dit avec difficulté, parce qu’il a de l’eau dans son bec : "He vais lanher ma goukke g’eau hur le heu, et ahrès h’irai en herher une aukre". »

- Mon avis sur le livre -

Je pense que tout le monde a entendu parler un jour ou l’autre de l’histoire de ce petit colibri qui, désireux de faire sa part pour éteindre l’incendie alors que tous les autres animaux s’enfuient, volait de toutes les forces de ses petites ailes, son petit bec chargé d’un peu d’eau. Je pense, par contre, que beaucoup de personnes ignorent qu’un mouvement est né à partir de cette légende amérindienne : le Mouvement Colibris, qui invite chacun à faire sa part pour construire un monde plus harmonieux et plus serein. Avec Le cri du colibri, Michel Hutt offre une fiction qui présente quelques initiatives inspirées de ce mouvement de Transition.

L’histoire est ciblée sur le parcours de Paul, divorcé en charge de la garde de sa fille, et de cette dernière, Léa, adolescente rebelle à souhait. On s’en doute, entre le père et sa fille, les conflits sont de plus en plus nombreux et de plus en plus virulents. Mais tout va changer lorsqu’ils se rendent en Alsace, au cœur de la merveilleuse vallée de Munster (je reviendrais plus loin sur ce point), pour l’enterrement du grand-père de Paul. Enthousiasmés par ce cadre magnifique qui offre tout un tas de possibilités sur le plan écologique et économique, ils s’installent dans la maison léguée par l’aïeul. Au fil des rencontres et des événements, ce qui n’était au départ qu’un rêve un peu utopique d’une vie différente va s’étendre à tout un village qui, grâce à ce processus de Transition, va réussir à surmonter une crise majeure.

Avant de passer à la chronique argumentée et organisée, je me permets un petit paragraphe « mon cerveau a disjoncté » : ça se passe chez moi ! Mais littéralement : l’intrigue se déroule dans le village voisin, que je vois depuis la fenêtre de ma chambre ! D’ailleurs, comme je suis gentille, je vous laisse une photo de ce coin de la Vallée, prise par mes soins. Dans le fond, vous avez donc Mulbach, où vivent donc Paul et Léo, avec ses deux clochers (en Alsace, il est courant d’avoir une église catholique et une église protestante dans chaque village – et bien sûr, j’habite dans celui où il n’y a ni l’une ni l’autre, haha). C’est beau, n’est-ce pas ? Avec un cadre tel que celui-là, le roman ne pouvait qu’être superbe !


Outre ces considérations purement émotionnelles, j’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman. Les personnages, tout d’abord, sont d’une diversité et d’une profondeur incroyable : ils ont tous leur vécu, leur personnalité et leur vision du monde. Ils sont tous importants pour le récit et sont surtout terriblement attachants. Mais la grande force de ce récit, c’est de mêler la fiction (une crise économique planétaire, des retombées sociales spectaculaires, des histoires de famille et d’amour) avec la réalité, en présentant des initiatives déjà mises en œuvre dans tel ou tel endroit, en faisant le lien avec le Mouvement Colibris et en invitant le lecteur à reconsidérer le bien-fondé de son mode de vie. J’ai trouvé l’articulation entre ces deux versants très fluide, et selon notre humeur du moment, on peut soit s’attarder sur le côté « fiction » soit se concentrer sur la réflexion proposée par ce livre.

Il est assez compliqué, je trouve, d’en dire beaucoup plus sur ce livre, car c’est typiquement le genre de récit qu’il faut vivre, éprouver, et pas seulement survoler. C’est le genre de roman qui conduit le lecteur à se poser des dizaines de centaines de questions, le genre d’histoire qui marque et qui surprend, qui interpelle et qui agrippe l’attention du lecteur. Je vais donc me contenter de redire que c’est vraiment un très beau roman, que je conseille à tous ceux qui se posent des questions sur notre société, notre mode de vie, notre relation à autrui et à la nature, mais aussi à ceux qui aiment les récits d’anticipation qui pointent le doigt sur la fragilité de notre système économique et les conséquences sociales d’une crise majeure. 

Pour conclure brièvement : Le cri du colibri est un roman assez court, à la narration digne d’une fable, qui nous invite à changer notre vision du monde et à repenser notre mode de vie pour retrouver harmonie et sérénité. On me souffle dans l’oreillette qu’un second tome est prévu pour début 2017, et c’est une excellente nouvelle car je suis curieuse de savoir comment la situation va évoluer et pressée de retrouver Léa, Hugo et les autres !


Ce livre a été lu dans le cadre du Challenge de l’été 2016
(plus d’explications sur cet article)