dimanche 9 juillet 2017

Albédo - Sébastien Fritsch



Albédo, Sébastien Fritsch

Editeur : Fin mars début avril
Nombre de pages : 310

Résumé : L'amitié est ce qui reste quand on a tout perdu. Alors Nil n'hésite pas : dès que Mock le contacte, il accepte de le suivre. Même s'ils ne se sont pas dit un mot depuis quinze ans. Même si c'est pour convoyer une urne funéraire. Et même si la destination n'est autre que cette grande maison où, quelque vingt ans plus tôt, ils étaient une poignée à partager leur jeunesse. Nil sait pourtant qu'on n'efface pas le temps en remontant une vieille route. Alors, est-ce l'amitié ou la nostalgie qui le motive à faire le voyage ? Ou devinerait-il, sans vraiment se l'avouer, que rien n'est vraiment fini tant qu'on ne s'y résigne pas ?

Un grand merci à Sébastien Fritsch pour l’envoi de ce volume (et la petite dédicace) et à la plateforme SimPlement pour avoir rendu ce partenariat possible.

- Un petit extrait -

« Jamais je n'aurais imaginé marcher sur une plage en hiver. Mais Mock est capable de tout. Nous avançons côte à côte sur le sol instable. D'une main, je tiens mon col relevé, tandis que l'autre, blottie dans ma poche, se prépare à prendre le relais. Mock paraît bien moins sensible : même rougis par le froid, ses doigts s'agrippent sans faiblir autour de l'urne qu'il transporte depuis le matin. »

- Mon avis sur le livre -

Cela fait déjà plusieurs jours que je fusille du regard ma page Word vide sans savoir comment commencer cette chronique. Pourquoi tant d’indécision, de tâtonnements, de soupirs et d’hésitation ? Tout simplement parce que ce livre est un OVNI dans ma bibliothèque : vous le savez bien, mes genres de prédilection, c’est le young-adult, la fantasy, la science-fiction. Absolument pas le drame contemporain. Alors pourquoi diable ai-je postulé sur SimPlement pour tenter de recevoir ce livre ? Très honnêtement : aucune idée. La couverture a attiré mon regard, le titre m’a intriguée et le résumé m’a charmée. Sans même réfléchir une seule seconde, j’ai envoyé ma candidature. Et très sincèrement, quand j’ai trouvé le livre dédicacé dans ma boite aux lettres, j’ai eu une bonne minute de panique : mais dans quoi m’étais-je donc embarquée ? Pourquoi diable avais-je donc cédé à cette impulsion en choisissant un livre s’éloignant tellement de ma zone de confort ? Moi qui suis en pleine panne de lecture, j’ai bien cru voir ma dernière heure de lectrice arriver … et pourtant, je suis toujours en vie, et même très heureuse : ce fut une très belle lecture !

Emmanuel pensait avoir définitivement tourné la page et avoir laissé derrière lui son adolescence. Mais voilà que le passé lui retomber soudainement dessus, arborant le visage fermé de Mock : quand un vieil ami, qui a tant fait pour vous, vous demande de lui rendre un service, un seul, comment refuser ? C’est ainsi qu’il se retrouve sur cette plage, en retrait, pendant que Mock répand les cendres de celui qui fut, bien des années auparavant, sans vraiment l’avoir voulu, l’hôte généreux de tout leur petit groupe d’adolescents en quête de liberté. Mais Emmanuel était bien loin de se douter que ces sombres retrouvailles auraient un arrière-gout rance d’adieux silencieux. Car quelques jours après être retourné à son quotidien routinier mais ô combien rassurant, voilà que Maud, la sœur de Mock, dont il était tellement amoureux, le contacte à son tour : Mock a disparu. Commence alors pour Emmanuel une véritable quête de la vérité, qui le conduit à faire face au passé, à découvrir ce qu’il n’avait même pas soupçonné …

Albédo, c’est un roman dans lequel on se plonge progressivement. Dans la plupart des récits, l’auteur fait attention à donner au lecteur suffisamment d’informations pour comprendre aisément le passé des personnages. Pas ici. Ici, les souvenirs se dévoilent petit à petit, telles des pièces de puzzle éparpillées que le lecteur doit de lui-même analyser, trier, organiser pour saisir l’enchevêtrement des événements passés … et leur implication sur le présent. Ici, tout tourne autour de cette dualité passé/présent : comment réagir lorsque le passé refait brusquement surface, alors que l’on pensait avoir définitivement tourné la page ? Les premiers chapitres sont captivants, mais terriblement difficiles à suivre : on ne comprend pas tout, on tâtonne, on fronce des sourcils en se demandant où cela va nous emmener. Et c’est ainsi pendant tout le livre : on fait des suppositions, on essaye de recoller les morceaux, on se fait surprendre, parfois. Bien souvent, j’ai douté de mes idées, avant de constater qu’elles n’étaient peut-être pas complétement absurdes, mais pas tout à fait vraies non plus … J’ai vraiment apprécié le fait de ne pas avoir toutes les cartes en main, même si plus d’une fois je me suis dit « non mais j’en peux plus j’veux comprendre maintenant ». C’est vraiment une des forces de ce livre : le lecteur n’est pas passif, il a vraiment un rôle à jouer, un rôle qui progressivement semble indispensable à l’intrigue : pour pouvoir en saisir toutes les subtilités, le lecteur doit réfléchir, doit faire l’effort de reconstituer un passé tout en clair-obscur.

Mais Albédo, c’est aussi et surtout une formidable histoire d’amitié : entre Emmanuel et Mock, entre Emmanuel et Maud, il y a une amitié véritable, une amitié qui résiste même au temps et à l’absence, et une amitié si forte, si profonde, et bah clairement, ça m’a donné les larmes aux yeux pendant une grande partie du livre. A travers une narration à la première personne aussi fluide que poétique, bien que parfois un peu déconcertante, on ressent une myriade d’émotions qui viennent résonner au plus profond de notre cœur : que l’on ait la chance ou non d’avoir des amis aussi fidèles, on ne peut que se laisser emporter par cette histoire d’amitié. Il faut dire que les personnages sont terriblement attachants : Emmanuel, un peu paumé, terriblement maladroit dans les relations sociales, porte pourtant l’intrigue avec une force insoupçonnée de tous y compris de lui-même. A côté, on a Maud, aussi fragile que forte, une jeune femme qui restera toujours la petite sœur de Mock, celle que Mock protège. Et Mock, d’ailleurs … Mock, c’est le mystère incarné, c’est celui que nul ne peut comprendre, l’électron libre et solitaire qui met véritablement en mouvement cette intrigue. A côté de ce trio, il y a Lison, la collègue d’Emmanuel, attentive mais impulsive, qui va soutenir Emmanuel en même temps qu’elle va le booster. J’aime beaucoup Lison, je l’admets volontiers, d’autant plus qu’au final, elle débarque un peu comme un cheveu sur la soupe, elle s’incruste là-dedans sans gêne, et je trouve ça particulièrement décalé par rapport à la tonalité si dramatique du reste du récit que je ne peux qu’approuver !

En bref, Albédo est un roman qui a su me surprendre, mais surtout, qui a su me faire dépasser mes premières appréhensions en me proposant un véritable condensé d’émotion et de mystère. Des personnages attachants liés les uns aux autres par des liens forts et complexes, un passé dont chacun détient un morceau de vérité et qu’il va désormais falloir reconstituer pour comprendre les agissements d’un d’entre eux avant qu’il ne soit trop tard, mais aussi une véritable réflexion sur la vie, l’amour, l’amitié … A travers ces quelques centaines de pages, l’auteur nous offre tout simplement d’accompagner le narrateur au cours d’une étape de son existence, d’une de ces étapes qui constituent à la fois un retour vers le passé et une passerelle vers l’avenir. Car tout est intimement lié dans une vie, et c’est ce que ce récit met en évidence : comment avancer lorsqu’on a oublié d’où on venait ? Aussi, pour ce roman empli de douceur et de poésie, je remercie vivement Sébastien Fritsch !

Ce livre a été lu dans le cadre du Challenge de l’été 2017
(plus d’explications sur cet article)

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