samedi 10 octobre 2020

Chroniques du monde émergé, tome 2 : La mission de Sennar - Licia Troisi



Chroniques du monde émergé2, Licia Troisi
La mission de Sennar

Editeur : Pocket Jeunesse (PKJ)
Nombre de pages : 457
Résumé : Convaincu que le Monde Émergé ne peut plus résister seul aux armées du tyran, Sennar le magicien supplie le Conseil des Mages de le laisser partir à la recherche du Monde Submergé. Là, il pourra obtenir l'aide de ses habitants. Or, ce continent a rompu tout contact avec le Monde Émergé depuis plus d'un siècle. Et Sennar ne dispose pour s'y rendre que d'une ancienne carte à demi effacée par le temps... De son côté Nihal, la jeune guerrière aux cheveux bleus, poursuit son apprentissage de chevalier du dragon. Mais le souvenir de Sennar, qu'elle a blessé au visage lors de leur dernière entrevue, la hante douloureusement...

- Un petit extrait -
« Une fois sur place, Laïo déposa Nihal sur son lit, se frotta les yeux et alla dormir en bâillant à s'en décrocher la mâchoire. La demi-elfe entrouvrit les yeux. Elle distingua sa chambre et le gnome qui la couvrait d'un drap. Tout avait des contours flous, irréels. Et elle avait l'impression qu'il y avait une tempête dans son estomac.
D'un coup, elle se sentit triste comme jamais.
- Ido..., bredouilla-t-elle. Je suis mal...
- Ne t'inquiète pas, jeune fille. Un bon somme, et tu seras comme neuve.
Une larme coula le long de la joue du jeune chevalier du dragon :
- Non, non. Je suis un être méprisable...
- Mais qu'est-ce que tu racontes ?
- Un idéal, une cause... Je n'ai même pas de cause à défendre...
- Oh ! Dieux du ciel ! s'exclama le gnome. Tu as juste pris une bonne cuite ! Dors, Nihal. Tout va bien. Dors. »
- Mon avis sur le livre -

Parmi mes bonnes résolutions littéraires de l’année 2020, il y a « avoir moins de sagas en cours ». Quand j’ai posé cet objectif, l’idée était surtout de ne pas commencer trop de nouvelles sagas (maximum 24) et de poursuivre celles que j’avais déjà commencées (minimum 12) … Et finalement, je me retrouve à fouiller dans les méandres les plus abyssales de ma pile à lire pour trouver des sagas courtes (duologies ou trilogies) que je peux m’enchainer d’une traite ! On va dire que l’objectif est tenu à moitié : mon nombre de sagas en cours n’augmente pas (vu que ces sagas ne font qu’un passage express dans cette catégorie avant de rejoindre rapidement celle des sagas terminées), mais il ne baisse pas non plus ! Mais clairement, quel bonheur de pouvoir lire d’un bout à l’autre toute une saga sans être interrompue par l’arrivée impromptue d’un service presse ou par une consigne éphémère sur un challenge : j’aime les longues sagas, mais il faut reconnaitre que les courtes ont ce grand avantage d’être bien plus pratique pour ceux qui, comme moi, préfère lire tous les tomes à la suite !

Les troupes du Tyran ne cessent de gagner du terrain, et bientôt, les Terres Libres seront contraintes de battre en retraite … Pour mettre fin à cette guerre, Sennar ne voit qu’une solution : demander de l’aide aux habitants du Monde Submergé, qui ont rompu tout contact avec le Monde Emergé depuis plusieurs décennies. L’entreprise est risquée : nul ne sait réellement où se situent ces Terres légendaires … Mais le jeune magicien, nouvellement promu Conseiller, est bien décidé à aller jusqu’au bout de sa mission, quoi qu’il lui en coute. De son côté, après bien des mois et des mois d’éprouvant apprentissage, Nihal est à deux doigts de devenir enfin officiellement un Chevalier du Dragon. Mais la joie de devenir enfin la guerrière accomplie qu’elle a toujours rêvé d’être ne suffit pas à lui faire oublier le vide au cœur qu’elle ressent depuis le départ de Sennar, qu’elle a blessé au visage dans un accès de colère. Et le poison de la vengeance et de la haine ne cesse de gagner du terrain dans son esprit : saura-t-elle trouver la paix avec elle-même avant de conquérir la paix pour le Monde Emergé ?

La plus grande et la plus belle surprise de ce second tome, c’est assurément la « promotion » de Sennar qui passe d’acolyte de l’héroïne à personnage principal ! Quel plaisir de suivre le jeune homme dans sa quête : il est bien plus discret et réservé que Nihal, bien plus humble et réfléchi également, et cela fait du bien, un héros aussi simple … Un héros qui se défend de l’être, d’ailleurs, même si je considère très personnellement qu’il mérite amplement ce titre ! Car croyez-moi, sa mission ne sera pas de tout repos, et j’ai plus d’une fois trembler d’effroi : les embûches qui se dressent sur son chemin sont absolument terrifiantes, et j’ai plus d’une fois eu peur pour lui – même si je me rassurais en me répétant que l’autrice n’allait pas faire soudainement de lui un personnage principal pour le faire mourir quelques dizaines de pages après. Et même arrivé à destination, Sennar doit encore faire face à la méfiance et à la haine d’un peuple qui s’est retiré du Monde Emergé justement pour ne plus avoir affaire à la guerre … Bien que cette escapade au sein du Monde Submergé ne soit pas bien long, je trouve qu’il est toutefois assez intéressant, car même dans un peuple né d’un idéal de paix et de justice, les inégalités, les discriminations et les abus de pouvoir prennent rapidement le dessus … 

Parallèlement à cette quête de paix effectuée par Sennar, les chapitres consacrés à Nihal nous plonge droit dans la réalité crue de la guerre. La guerre dans tout ce qu’elle a de plus horrible : ici, point de descriptions grandiloquentes qui exaltent la beauté des batailles comme c’est trop souvent le cas en fantasy, mais juste la mort et la douleur. Une bataille est tout sauf belle. C’est d’ailleurs cela qu’Ido veut absolument mettre dans le crâne de son élève, qui a encore trop cette tendance à se régaler de chaque combat, à se perdre dans cette extermination mécanique de l’adversaire. J’aime beaucoup voir comment Nihal lutte contre ce démon intérieur qu’est la soif de vengeance et le gout du sang … et j’aime d’autant plus le fait qu’elle ne réussit clairement pas du premier coup à se débarrasser de cette ivresse morbide. J’aime également énormément l’autre facette de sa personnalité, plus sensible. J’aime sa façon de veiller farouchement à Laïo, son seul ami à l’Académie qui a besoin de son soutien pour oser affronter son père et tracer son propre chemin. Elle agit un peu en grande sœur, un peu trop dévouée car incapable de s’empêcher d’agir, mais franchement attentionnée, et je trouve leur relation vraiment émouvante …

C’est donc un délicat équilibre entre action et émotion que nous propose l’autrice avec ce second tome, que j’ai trouvé bien meilleur encore que le premier. Peut-être, tout simplement, parce que nos jeunes héros ont murit : Nihal a beau être toujours aussi impulsive et rongée par la haine, elle est clairement plus mature, elle se pose plus de questions sur le sens de son existence et sur les raisons qui la poussent sur la voie du combat. Elle souffre, et on souffre avec elle, car malgré tous ses défauts, elle reste tellement attachante ! Ce tome, c’est aussi celui de la vérité. La vérité qui blesse, qui détruit tout sur son passage. Celle qu’on aurait peut-être préféré ignorer, même si on avait besoin de la connaitre. Les révélations et découvertes sont nombreuses dans ce tome, et on pressent qu’elles auront une grande importance et incidence sur la suite de l’histoire … En effet, ce tome a beau être passionnant, captivant et palpitant, il n’en reste pas moins qu’il ne fait pas véritablement avancer la lutte contre le règne du Tyran : on a parfois l’impression de piétiner, tout comme l’armée fait du surplace pour maintenir laborieusement sa position sans céder du terrain, mais sans en gagner non plus. C’est un tome axé sur le découragement grandissant, cette impression que ça ne sert à plus rien de lutter contre l’inéluctable … Et on ne sait plus quoi espérer pour la suite et fin.

En bref, vous l’aurez bien compris, ce deuxième opus est indiscutablement plus palpitant que le premier, malgré quelques petites longueurs dans la dernière partie et quelques inévitables facilités scénaristiques qui feront tiquer les lecteurs les plus exigeants. Avec ce livre, j’ai tremblé d’effroi, j’ai écarquillé les yeux d’émerveillement, j’ai soupiré de découragement et enfin, j’ai soufflé de soulagement … Difficile de vous dire avec précision pourquoi cette histoire me captive tant, pourquoi elle me plait tellement, mais une chose est sûre et certaine : cette trilogie est vraiment une petite pépite de la fantasy pour adolescents. Elle est certes bien plus sombre, bien plus dure que d’autres, mais elle est surtout bien plus intéressante, car elle pose de grandes questions. Donner un sens à sa vie, cela ne concerne pas uniquement les guerriers d’heroic fantasy qui doivent savoir au nom de quoi ils se battent : c’est une question qui rejoint les interrogations de tous les jeunes à un moment donné. De même, les thématiques de l’amitié, du pardon, de la paix, de la justice … sont universelles et peuvent facilement trouver un écho dans le quotidien du lecteur. Bref, c’est un deuxième tome très haletant qui se dévore du début à la fin : un régal !

mercredi 7 octobre 2020

Hugo de la nuit - Bertrand Santini


Hugo de la nuit, Bertrand Santini

Editeur : Grasset jeunesse
Nombre de pages : 214

Résumé : « - « L’enfer est vide. Tous les démons sont parmi nous », dit-il dans un souffle.
- Qu’est-ce que ça veut dire ?
- C’est du Shakespeare et cela signifie que les vivants sont plus à craindre que les morts.
Hugo fronça les sourcils d’un air dubitatif.
- Et sur ce constat d’épouvante, conclut Oscar dans un large sourire, je te souhaite de beaux rêves !
D’un clic, il éteignit la lampe de chevet. Hugo entendit ses pas s’éloigner dans le noir. La porte se referma sans bruit. Maintenant, la nuit pouvait commencer… »

- Un petit extrait -
« Le souvenir de son existence lui paraissait déjà si flou, si dérisoire. L'émotion le submergea lorsqu'il pensa à Fanette, Aza, son père, sa mère et tous ces êtres encore prisonniers de la terre. Il aurait voulu redescendre pour leur annoncer que tout allait bien, que la vie n'était pas sérieuse et la mort pas si méchante. Mais il savait que c'était impossible. Il se dit alors que ses parents ne pourraient s'empêcher de pleurer à son enterrement et toute l'énergie qui lui restait se dissipa dans un sourire attendri.  »
- Mon avis sur le livre -

Il est rarissime que j’abandonne une lecture en cours de route : en général, même quand le livre ne me plait pas particulièrement, je m’oblige tout de même à le terminer, à lui laisser sa chance jusqu’au bout. De toute ma vie de lectrice, je n’ai donc dû abandonner purement et simplement que deux ou trois livres. Il m’est cependant arrivé de temps en temps de cesser ma lecture en me disant que je retenterai plus tard, car je sentais que ce n’était pas le bon moment. C’est ce qu’il s’est passé pour Hugo de la nuit : je l’avais déjà commencé il y a quelques années, mais j’avais préféré le laisser de côté en attendant un moment plus opportun, car je n’étais visiblement pas dans le bon état d’esprit pour l’apprécier « à sa juste valeur ». Du moins c’est ce que j’espérais à cette époque. Maintenant que je l’ai enfin lu en entier, je comprends parfaitement mon moi d’il y a quelques années qui n’avait pas été convaincue … mais je comprends aussi pourquoi certains lecteurs l’ont apprécié, même si ce n’est pas mon cas.

Hugo, douze ans et des poussières, vit avec sa mère autrice, son père botaniste et son chien dans un vaste domaine au cœur de la garrigue. Tout se passait bien jusqu’au jour où d’étranges flaques de pétrole se sont mises à remonter à la surface … Si bien des propriétaires se seraient réjouis de cette découverte, les parents d’Hugo en sont plutôt contrariés : fini la tranquillité, ils font désormais face au vandalisme répété de ceux qui cherchent à les faire quitter la région pour se jeter sur cette terre en or noir. L’espoir renait lorsque le père d’Hugo découvrit quelques plants d’une plante supposément éteinte depuis 1902 ! Il allait ainsi pouvoir faire classer le domaine en zone protégée … Mais la procédure s’éternise, et chaque jour, le risque que quelqu’un vienne bruler, arracher ou piétiner cette si précieuse fleur se fait de plus en plus grand. Mais le pire est encore à venir : voici venir une nuit terrifiante, une nuit où les fantômes dansent et où les plus noirs secrets se dévoilent ...

Je dois bien reconnaitre être quelque peu perplexe vis-à-vis de ce livre : objectivement parlant, il n’est pas mauvais, et même plutôt original. Je saisis parfaitement pourquoi il semble si apprécié par les autres lecteurs, mais ça ne l’a pourtant pas fait avec moi. Là où les autres saluent le côté burlesque, baroque, loufoque, fantasque du récit, je critique pour ma part ce même côté burlesque, baroque, loufoque, fantasque. Car trop, c’est trop. Au début, ça confère une ambiance un peu décalée, un peu hors du temps, à l’histoire, et c’était plutôt agréable et rigolo. Mais très rapidement, ça devient tout simplement malaisant et agaçant … Vouloir « dédramatiser » la mort, pourquoi pas (et encore, je m’interroge vraiment : est-ce une bonne chose que de présenter la mort avec tant de légèreté et d’insouciance à des jeunes adolescents qui sont en plein dans l’âge où on est déjà mal dans sa peau et dans sa vie ?), mais à ce point, c’est plutôt malsain, morbide et irrespectueux. « Morte à la suite d’un heureux événement » devient donc l’épitaphe d’une jeune mère morte en couches, qui ne cesse de reprocher à son désormais fantôme de fils sa « maladresse » … Désolée, mais moi, ça ne me fait pas rire du tout.

En ce qui concerne l’histoire à proprement parler … Je dois avouer que ça ne m’a pas plus convaincue : ça part dans tous les sens, comme si l’auteur avait mis pleins de petits bouts de papier « situations » dans un bocal, avait secoué, et avait tiré au sort pour déterminer l’ordre de tous ces bouts de récits. Ça donne quelque chose qui n’a ni queue ni tête. En temps normal, j’apprécie le côté décousu des récits un peu oniriques, mais cette fois-ci, une fois encore, trop c’est trop. Je ne savais plus où donner de la tête, et je ne voyais plus du tout quel était le fil rouge de l’histoire. Encore une fois, c’était complétement déjanté, mais dans le sens négatif du terme : on parle d’une chose à une autre sans en approfondir aucune, juste pour donner l’illusion d’un rythme trépidant et d’une intrigue haletante alors qu’il ne s’y passe finalement rien de bien concret. Les personnages eux-mêmes ne semblent pas savoir ce qu’ils veulent : comment voulez-vous vous attacher à eux ? Aussi incroyable que cela puisse paraitre, c’est la brave Aza, la nourrice et cuisinière attitrée de la famille, qui m’a le plus émue alors qu’on ne la voit qu’à deux reprises ! 

Malgré tous ces points négatifs, ne vous y trompez pas : il y a du bon dans ce roman. Du bon qui n’a simplement pas été exploité jusqu’au bout. Bien que cela m’ait décontenancée au début, car je ne m’y attendais pas du tout, le fait de suivre le jeune Hugo dans sa mort plutôt que dans sa vie m’a semblée originale, audacieuse et prometteuse. Car parler de la mort, c’est parler de la vie, de façon détournée : certains passages entamaient d’ailleurs cette réflexion sur le sens de l’existence, sur la folie de la vie … Mais cela s’arrêtait aussi soudainement que ça avait commencé, et c’est bien dommage. « Le monde est un endroit cruel, injuste et absurde », explique la maman d’Hugo à son petit garçon, tout en rajoutant que « les histoires sont faites pour consoler et donner du courage ». Si nous entrevoyons bien à quel point le monde peut être violent et terrible, on ressent beaucoup moins ce réconfort et cette espérance. L’auteur n’a finalement fait que survoler les choses, et il m’a donc laissée sur ma faim. De la même manière, si j’ai trouvé le « dénouement » pour le moins sympathique (quoi qu’un peu trop « classique », vu et revu), et si j’ai trouvé le twist final franchement excellent (on ne sait vraiment plus ce qui est réel et ce qui ne l’est pas), tout ceci est bien trop rapide : c’est dommage !

En bref, vous l’aurez bien compris, bien que ça ne soit pas une réelle déception (car il y a certains éléments qui m’ont interpellée et même plu), ça ne l’a pas vraiment fait chez moi : ce fut une lecture plutôt quelconque, qui me laisse un petit arrière-gout d’inachevé. L’auteur avait de très bonnes idées, qui auraient pu se transformer en un récit franchement palpitant et intéressant, mais il n’est pas aller au bout de ces idées, et ça ne donne donc qu’un récit un peu plat et fade. Certains apprécieront sans doute le côté totalement grotesque et absurde, mais pour ma part, je n’ai pas réussi à apprécier cet humour macabre. Je regrette également les trop nombreuses grossièretés et obscénités, la violence sanguinolente à outrance (pitié, nous sommes dans un roman jeunesse, pas dans un thriller gore, un peu de retenue) … C’est comme si l’auteur avait mal dosé son public cible : d’un côté, il nous offre un récit bien trop « simpliste » pour plaire aux adultes, de l’autre, il nous sort une histoire bien trop brutale pour convenir aux plus jeunes. Un livre qui n’est donc pas mauvais en soi, mais qui ne correspond pas à tous les lecteurs.

dimanche 4 octobre 2020

Top 5 : Les livres de non-fiction sur l'autisme que je recommande

- Top 5 : Les livres de non-fiction sur l'autisme que je recommande -

 C’est le retour des tops ! Et cela grâce à Mange-Nuages qui a mis en place un petit challenge/jeu que je vous invite à retrouver sur Livraddict ! Un thème par semaine, rien de plus simple, d’autant plus que j’ai décidé de faire ceci sous forme de mini-article pour ne pas me surcharger … Le thème de la semaine n’étant pas encore dévoilé, voici mon thème secours :

 Les livres de non-fiction sur l'autisme que je recommande

 Comme certains le savent déjà, l’autisme est un sujet qui me « passionne » depuis mon plus jeune âge … et surtout, un trouble qui m’est très familier, vu que mon petit frère et moi en sommes atteints. J’ai donc lu pas mal d’ouvrages de non-fiction – témoignages, autobiographies, essais … – sur cette thématique, et je vous parle aujourd’hui de ceux que je vous conseille tout particulièrement !

 Et voici donc mon petit top 5 :

 ▸ L’enfant cheval de Rupert Isaacson

Probablement un des plus beaux témoignages qu’il m’ait été donné de lire.  Ce livre, c’est avant tout la déclaration d’amour inconditionnel d’un père à son fils, d’un père qui est prêt à tout, y compris et surtout piétiner ses certitudes rationnelles, pour aider son petit garçon. Il montre que rien n’est jamais perdu, que l’autisme n’est pas une fatalité, qu’il faut juste oser faire confiance au lieu de baisser les bras …

 ▸ Neurotribus - Autisme : plaidoyer pour la neurodiversité de Steve Silberman

Surement l’un des ouvrages les plus complets que j’ai croisé jusqu’à présent : l’auteur allie avec brio vulgarisation et exactitude pour nous offrir un essai qui se lit comme un roman, et qui retrace toute l’histoire de l’autisme tout en nous en présentant diverses facettes, ainsi que son « influence » dans la culture populaire. Un ouvrage essentiel que je trouve idéal pour « commencer » sa documentation !

 ▸ Penser en images et autres témoignages sur l'autisme  de Temple Grandin

Temple Grandin est une femme que j’admire énormément, à la fois pour son courage que pour sa lucidité : elle a cette capacité inouïe à trouver les mots justes pour évoquer de l’intérieur les particularités de l’autisme. Mais elle ne s’arrête pas à sa seule expérience, elle parle aussi des recherches scientifiques sur la question, elle retranscrit les témoignages d’autres personnes autistes ou de leurs proches, c’est très enrichissant !

 ▸ Je suis à l'est ! de Josef Schovanec

Je sais qu’il est assez controversé ces derniers temps, mais vu que je m’en contrefiche allégrement des opinions de la masse, je vais me contenter de vous dire que si, son témoignage est très intéressant, en particulier car il est plus centré sur « l’autisme en France », la façon dont on nous perçoit et comment on nous traite, non pas avec bienveillance, mais avec la volonté de nous faire entrer dans le moule …

 ▸ Comme d’habitude de Cécile Pivot

J’apprécie énormément ce témoignage car il a l’immense avantage de « rappeler » qu’un enfant autiste deviendra un adolescent autiste qui deviendra un adulte autiste : on parle trop des difficultés des petiots autistes, mais rarement de celles qui se déclarent à l’âge adulte. C’est très touchant de lire l’amour inconditionnel de cette maman qui n’a pas honte d’évoquer aussi les moments de découragements et de ras-le-bol …

 Le bonus : La différence invisible de Julie Dachez et Mademoiselle Caroline

Un témoignage sous forme de bande-dessinée qui constitue à mes yeux une excellente introduction pour ceux et celles qui s’intéressent à l’autisme dit d’Asperger (il semblerait que cette dénomination va désormais disparaitre, je ne comprendrais jamais pourquoi on perd notre temps à toujours changer tout ceci) : un autisme léger, mais d’autant plus handicapant qu’il est invisible, justement. Très juste et très beau !

samedi 3 octobre 2020

La Quête d'Ewilan, tome 1 : D'un monde à l'autre - Pierre Bottero


La quête d’Ewilan1, Pierre Bottero
D’un monde à l’autre

Editeur : Rageot
Nombre de pages : 767 pour l’intégrale
Résumé : La vie de Camille, adolescente surdouée, bascule quand elle pénètre accidentellement dans l’univers de Gwendalavir avec son ami Salim. Là des créatures, les Ts’liches, la reconnaissent sous le nom d’Ewilan et tentent de la tuer. Originaire de ce monde, elle est l’unique héritière d’un don prodigieux, le Dessin, qui peut s’avérer une arme fatale dans la lutte de son peuple pour reconquérir pouvoir, liberté et dignité. Épaulée par le maître d’armes de l’empereur et un vieil érudit, Camille apprend à maîtriser son pouvoir...

- Un petit extrait -
« Salim riait aux éclats, d'un rire extatique. Bjorn amena son coursier contre le chariot et le garçon bondit à l'intérieur.
- Plus tard, je serai chevalier, affirma-t-il à Camille.
- J'espère que nous ne croiserons pas un cosmonaute ou un chasseur de méduses, se contenta-t-elle de répondre en souriant. »
- Mon avis sur le livre -

Je ne suis sans doute pas la seule, du moins je l’espère, mais je suis toujours très nerveuse quand l’une de mes connaissances se plonge dans un livre que je lui ai conseillé. A la fois parce que j’ai peur que la personne ait une déception par ma faute, et parce que je suis toujours malheureuse comme les pierres quand je lis des avis négatifs sur mes livres chouchous. J’ai beau savoir que tous les gouts sont dans la nature, ça me brise toujours le cœur quand on dit du mal de romans que j’ai adoré … Peut-être en partie car je ne peux m’empêcher de me sentir « nulle » de tant apprécier un livre qui semble, si j’en crois les autres, présenter tous les défauts du monde. Il faut dire que je lis principalement de la jeunesse … et que la plus grosse critique faite par ceux qui découvrent ces romans à l’âge adulte est invariablement « c’est trop enfantin », comme si c’était un défaut rédhibitoire, alors que c’est juste l’âge du public cible qui veut cela … Pour ma part, c’est bien simple : quand je me (re)plonge dans un ouvrage jeunesse, je me contente de retrouver mon regard d’enfant, et croyez-moi, ça fait le plus grand bien !

Le petit quotidien bien monotone de Camille Duciel bascule littéralement lorsqu’elle passe dans un autre monde pour éviter le camion qui lui fonçait dessus. Après avoir vu un chevalier faire un vol plané en combattant une mante-religieuse-lézard géante qui s’adresse à Camille en l’appelant « Ewilan », après avoir récupéré une étrange pierre bleue et avoir failli se faire embrocher par la terrifiante créature, la jeune surdouée retourne sans trop savoir comment dans son monde d’origine, l’esprit chargé de milles et une questions … Elle y retourne quelques temps plus tard en compagnie de son meilleur ami Salim pour fuir les araignées géantes qui se sont invitées dans son jardin … Au gré des rencontres et des découvertes, Camille va apprendre l’impensable : elle est originaire de Gwendalavir et elle dispose d’un fabuleux pouvoir qui lui permet de rendre réel ce qu’elle imagine. Un don qui est peut-être la clé pour sauver ce monde …

Incroyable. C’est peut-être l’un des mots qui revient le plus souvent lorsque je tente désespérément de trouver un juste qualificatif pour définir cette trilogie (et les suivantes, d’ailleurs). Car aujourd’hui comme hier, alors même que je connais désormais l’histoire presque par cœur, alors même que j’ai lu des centaines d’autres ouvrages bien plus « aboutis » que celui-ci, je suis totalement émerveillée. Complétement happée, captivée, transportée par cette histoire. Comme si j’avais à nouveau douze ans et que je découvrais cet univers pour la toute première fois : avec des étoiles plein les yeux et des rêves plein la tête. On en oublie tous nos petits soucis et grands tracas, on en oublie presque parfois que ce n’est que de la fiction, car on se laisse juste emporté par cette fantastique épopée et par la découverte de ce nouveau monde qui nous tend les bras : d’une certaine façon, ouvrir ce livre, c’est effectuer un pas sur le côté. C’est passer d’un monde à l’autre le temps de quelques centaines de pages. C’est vivre à notre tour de grandes aventures sans avoir à sortir de chez soi. C’est la magie de la lecture, et Bottero était assurément l’un des plus grands magiciens des mots !

Il est vrai qu’objectivement, on pourrait trouver des tas de « défauts » à ce premier tome. On pourrait reprocher à Camille d’être une héroïne trop stéréotypée, avec ses yeux violets, son intelligence hors-norme et son don surpuissant. On pourrait de la même manière reprocher à Salim d’être le cliché-même du clown de service, à Bjorn d’être la caricature du chevalier vantard, à Duom d’être le classique vieux sage un peu barbant, à Edwin d’être le guerrier charismatique et autoritaire, et à Ellana d’être la mystérieuse jeune femme surgie de nulle part. On pourrait également considérer l’intrigue comme étant trop simpliste, nos héros se débarrassant de tous les obstacles se dressant sur leur passage d’un simple claquement de doigt et parvenant toujours à leurs fins … Mais avant de lire des avis et chroniques d’autres lecteurs et blogueurs, absolument aucun, je dis bien aucun, de ses points ne m’a jamais dérangée : je ne les avais même pas remarquée. Pour la simple et bonne raison peut-être que j’ai toujours pris le parti de lire les romans destinés à la jeunesse avec un regard d’enfant, sans me laisser parasiter par ces critères de grand …

Et quand on arrive à se détacher de tout cela, je vous l’assure, le plaisir est bel et bien là. Je me suis très rapidement attachée – et même parfois identifiée – à Camille, cette adolescente brillante qui se sent en profond décalage avec les autres, et à tous ces compagnons. J’aurai aimé avoir un ami aussi fidèle que Salim, ce jeune garçon qui semble insouciant et désinvolte au premier abord mais qui, on le sent, la fera toujours passer avant lui-même et ne la laissera jamais tomber. Ils sont beaux, tous les deux, liés par cette amitié si évidente et si profonde. J’ai également beaucoup aimé Edwin, qui derrière sa fermeté teinté d’austérité cache un sens du devoir et de l’honneur admirables. Et que dire de Bjorn, ce chevalier au grand cœur dont les tirades grandiloquentes m’ont souvent fait éclaté de rire, de Hans et Maniel, discrets mais indispensables, de Maitre Duom qui prend son rôle de mentor très à cœur, et bien sûr d’Ellana et sa répartie qui n’a d’égale que sa bonté ? Non, vraiment, cheminer aux côtés de cette compagnie est un vrai régal ! Quant à l’histoire, elle est peut-être simple et classique, mais elle est efficace : elle m’a captivée, du début à la fin. J’ai tremblé de crainte et soupiré de soulagement, j’ai ris et j’ai pleuré … 

En bref, vous l’aurez bien compris, je n’ai pour ma part pas le moindre reproche, pas la moindre critique à faire à ce roman, qui m’a fait passer un extraordinaire moment de lecture. Trop court, peut-être, car j’ai eu le sentiment de tourner la dernière page quelques minutes seulement après avoir ouvert la première, mais indiscutablement excellent. C’est un livre vraiment rafraichissant, qui nous invite à retrouver notre âme d’enfant pour le savourer pleinement, qui nous rappelle la force de l’imagination et la beauté du rêve ainsi que la puissance de l’amitié. C’est un premier tome certes plutôt introductif, mais qui donne véritablement envie de se ruer par la suite, car on sent que cette quête qui donne son nom à la trilogie promet d’être vraiment passionnante, riche en rebondissements et en révélations, en actions et en émotions. L’aventure ne fait clairement que commencer, et les choses sérieuses ne vont pas tarder à débuter : alors, prêts à prendre la route aux côtés de Camille et de tous ses compagnons ? Pour ma part, excusez-moi, mais je ne vous attends pas : j’ai bien trop hâte !